SUR LA LITURGIE, LES CEREMONIES ET LA SOUSCRIPTION
Il faut avoir une très-grande attention qu'en s'élevant avec force contre les ministres qui n'annoncent point la parole de Dieu, on ne le fasse d'une manière à affaiblir l'estime et le respect qu'on doit avoir pour la liturgie. Sans doute le don de la parole est fort audessus du don de la lecture ; mais l'action de la liturgie est aussi élevée et aussi sainte que celle de la prédication. Il est dit de la maison du Seigneur, qu'elle est une mai>on de prière : domus mea , domus orationis vocabitur {Matth., XXI, 13) : il n'est point dit qu'elle est une maison do prédication. L'Apôtre dit : Comment les hommes invoqueront-ils celui auquel ils n'ont point cru, et comment croirontils en celui dont ils n'ont point entendu parler, et comment pourront - ils en entendre parler, s'il n'y a quelqu'un qui leur précité {Rom. , X , 11) ? La prédication est donc, particulièrement le commencement de l'œuvre de Dieu; mais la prière en est plus particulièrement la Gn ; en sorte qu'il existe entre la prédication et la prière la même différence qu'entre la semence et le fruit.
La parole de Dieu est bien proprement la semence d'où naissent les fruits ; mais la prédication est l'action qui répand cette semence: on peut même dire, à la louange de la prédication , qu'elle est l'élévation du serpent d'airain , le ministère de la foi, le moyen ordinaire du salut. Cependant , il est bon d'observer, d'après divers exemples, que ce qu'il
i meilleur dans la religion peut être poussé jusqu'à des excès, et dégénérer en
superstition véritable ; et qu'ainsi il n'est
pas douteux que la prédication de la parole divine pourrait être louée et exaltée jusqu'à la superstition, jusqu'à donnera entendre que toutes les parties du service de Dieu doivent aboutir aux oreilles , comme à leur centre.
Il n'est donc aucun homme bien pensant, comme je le suppose, qui n.; continue à respecter, ainsi qu'il le doit, la liturgie, si la forme de cette liturgie est dans toutes ses parties d'accord avec la parole de Dieu, avec l'exemple de l'Eglise primitive, et cette sainte décence que recommande S. Paul.
Je désirerais, 1° que la liturgie, ou prière publique, eût une forme constante, et no fût point abandonnée à la liberté ou à l'inspiration subite de celui qui est chargé de la faire; 2° qu'on fit entrer dans la composition de la liturgie des hymnes, des cantiques et des actions de grâces , aussi bien que des demandes, des invocations et des supplications; 3" que pour exciter et soutenir l'attention, les prières et les hymnes fussent courtes et variées, et de plus, que la voix du peuple qui chante, et la voix des ministres qui prêchent , se succédassent de temps en temps ; 4° qu'on y eût quelque égard aux différents temps de l'année, et qu'on y rappelât la mémoire-des principaux bienfaits de Dieu, tant généraux que particuliers ; 5° que les prières fussent pareillement adaptées aux besoins et aux nécessités diverses de l'Eglise; 6° qu'on fixât les paroles et les rits qui doivent être employés dans l'administration des sacrements et la dénonciation des censures, ainsi que dans tous les actes et toutes les solennités ecclésiastiques. Je ne crois pas que ces différents points puissent éprouver beaucoup de contradictions.
Sur les reproches particuliers qu'on pourrait faire à la liturgie, dans l'état où elle se trouve, je pense qu'il en est plusieurs ( en supposant même qu'ils soient bien fondés ) d'une petite importance, si toutefois on peut dire qu'il y a quelque chose de peu important en matière de piété et de religion ; et ce païen l'a bien vu, qui disait qu'on blesse souvent la piété par la seule contenance du visage : Etiam vultu sœpè lœditur pietas. Je pense donc qu'on ne devrait point continuer de se servir du mot de prêtre, particulièrement dans les cas où les personnes s'en tiendraient offensées, d'autant plus que le mot de ministre est déjà devenu familier parmi nous. On peut donner comme une règle sage, en fait de traduction, de ne confondre jamais en un seul mot, ce qui est exactement distingué en deux mots dans l'original, afin d éviter toute équivoque dans la traduction ; et , par conséquent , puisque nous voyons les mots presbyteros et hiereus , toujours distingués dans l'original, et que l'un est employé pour exprimer un sacrificateur, et l'autre pour signifier un ministre, le mot prêtre ( quelle qu'en soit d'ailleurs l'étymologie | étant rendu commun à tous les deux, il so
Cîl CI1MSTIANISME
rcstiîlc qup, dans l'usage, ce mot confond le sacrificateur avec le ministre. Aussi, pour citer un exemple de ce genre , ai-je toujours approuvé en ce point la discrétion cl la délicatesse de l'auteur de la traduction rémoise{i). Cetautcur, trouvant dans l'original ie mot agapc , et jamais le mot eros, traduit toujours charité , et jamais amour, pour éviter l'équivoque de 1 amour honnête et de l'amour profane.
Voici mes observations sur la musique dans 2es églises. On doit chanter dans les églises des psaumes et des cantiques : cela n'est pas douteux; il ne peut donc être question que du mode, de modo : mais si quelqu'un veut bien observer attentivement ce qui se pratique, il lui sera facile de distinguer ce qui appartient à l'institution primitive, d'avec les abus qui se seraient introduits dans les derniers temps; car d'abord il n'y a ni cantiques ni psaumes chantés par le chœur, qui ne soient censés devenus assez familiers au peuple par un long usage, pour qu'il puisse les chanter sans livre. Ainsi, le chant ne nuit point à l'intelligence du sens ; et ceux qui ne savent pas lire dans un livre, comprennent cependant ce qu'on chante, et peuvent suivre d'esprit. Anciennement , on croyait devoir faire suivre la lecture de la parole divine de quelque sainte méditation ; et dans celle vue, après la lecture, et avant de procéder au reste du service, on faisait une pause. On jugeait encore plus convenable, pendant cette pause, de faire jouer quelque grave instrument, que de laisser le peupledans un silence calme ; c'est de là qu'est venu l'usage de toucher des orgues, après la lecture de l'Ecriture sainte. Toutes ces pratiques étaient conformes à la décence, et ne tendaient qu'à 1'édiGcation. On ne connaissait point alors ■es fredons et toutes les autres figures de musique, qui n'ont avec le service de Dieu aucun rapport raisonnable, et n'ont été introduites que dans les temps où l'on a affecté de meltrc dans ce service plus de pompe que de véritable décence.
Le bonnet et le surplis sont des choses indifférentes de leur nature ; cependant elles sont jugées superstitieuses par quelques personnes. Le débat est donc entre la science et la conscience ; il semblerait que c'est ici le cas d'appliquer la règle de S. Paul : Que celui qui est plus fort condescende et compatisse à celuiqui est plus faible (Rom., XIV, 1). On peut seulement objecter contre cette application que la règle, prise à la lettre, a lieu entre homme privé et homme privé, et non pas entro la conscience d'un homme privé d'un côté, et la discipline de l'Eglise de l'autre. Mais cependant, puisqu'il s'agit maintenant d'une tolérance seulement, et non pas d'une connivence qui irait à favoriser la révolte contre l'autorité; puisqu'il est question
(I) C'est une traduction «lu Nouveau Testament en anglais, d'après l'ancienne version latine, qui a pour ailleurs quelques théologiens de l'université de Douai, et qu'on appelle rémoise, parce qu'elle fut imprimée itteims en 1^82.
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seulement d'une loi qui pourrait donner m liberté de se servir ou de ne pas se servir du surplis, il est encore bon d'examiner si une semblable loi ne serait pas dans l'esprit de la règle de l'Apôtre, bien entendue ; d'autanf plus qu'interdire la chaire aux ministres qui répugneraient à se servir du bonnet et du surplis, ce serait, dans la disette que nous éprouvons de bons prédicateurs , faire retomber la punition sur tout le peuple, aussi bien que sur les minisires.
Quant à la souscription des articles dressés par les évéques , il me semble qu'elle a plus de rapport à une confession de foi , et qu'elle doit être plutôt exigée quand il est question de doctrine, que lorsqu'il s'agit de rils, de cérémonies et d'autres points qui appartiennent au gouvernement extérieur de l'Eglise. Des considérations politiques et des raisons d'état, peuvent exiger l'uniformité; mais les principes de la loi chrétienne et divine ne respirent tous que l'unité.