DU MINISTÈRE DE LA PRÉDICATION
Je suppose que les ministres dont je vais parler sont vraiment capables; et alors, je dis que le mérile des pasteurs et des ministres est, de lous les points de la religion , le plus sommaire. Je ne prétends pas dire par là qu'il soit le point le plus important, considéré en lui-même : je v eux dire qu'il est celui de tous qui contribue le plus à mettre en œuvre et à rendre utiles les autres. Mais ici , pendant que certains personnages consacrent tout leur zèle à hâter l'œuvre de la prédication, ils ne sont point, à mon avis, assez en garde contre un inconvénient aussi grave, plus grave même que celui qu'ils cherchent à écarter : car, tandis qu'ils déclament contre les ministres qui ne prêchent pas , ils sont trop faciles et trop indulgents pour ceux qui prêchent; ils n'ont point assez d'égards, ni à leur habileté dans les autres sciences , qui sont comme les servantes de la Divinité, ni à leur âge qui, excepté le cas d'un talent extraordinaire, doit élre un peu avancé, ni au talent lui-même, qui souvent est entièrement nul dans ceux qu'ils emploient : à Dieu ne plaise qu'on reconnaisse un homme comme capable de prêcher, par cela seul qu'il aurait assez de hardiesse pour parler dans l'église sur un texte pendant une heure de suite, quelque bonnes d'ailleurs que soient ses intentions. Je sais que Dieu ne donne point à tous les hommes les mêmes talents , et qu'il est des auditoires et des assemblées qui n'en exigent point d'aussi distingués que d'autres auditoires : cependant il y a un certain degré de capacité au-dessous duquel il ne doit point être permis de monter dans la chaire évangélique. Il vaut mieux laisser l'arche chanceler comme il plaità Dieu, que de porter sur elle, pour la soutenir, des mains indignes ; el quand nous sommes dans le temple de Dieu, nous sommes avertis de porter nos mains sur notre bouche, plutôt que d'offrir le sacrifice des insensés.
Je ne crains point d'avancer que parmi les nombreuses causes d'athéisme , qui se ren-
contrent malheureusement dans notre siècle, telles que les schismes , les controverses, les railleries profanes en matière de religion, la moins pernicieuse n'est pas la témérité qu'ont eue quelques sujets incapables et indignes , de s'ingérer dans le ministère de la prédication.
Au reste, je veux bien qu'on sache qu'on se tromperait fort, si on s'imaginait qu'en parlant de la sorte, mon intention est de favoriser une manière de prêcher qui serait recherchée et affectée : cette manière ne me paraît pas moins blâmable que l'autre; je la crois , autant que l'autre , une source d'athéisme et de scandale. Comment ne serait-on pas effectivement scandalisé en voyant un homme monter en chaire , comme s'il montait sur un théâtre pour débiter un rôle ou disputer un prix?
Je déclare aussi qu'il est bien loin de mon intention de vouloir décourager les ministres qui n'auraient que des talents ordinaires : mais , sur ce point, je propose trois considérations.
La première : ne serait-il pas convenable de rétablir l'estimable exercice qui avait lieu dans cette église, il y a quelques années, et dont il faut convenir que cette église ellemême a ordonné la suppression , touchée de quelques abus et de quelques inconvénients relatifs aux circonstances du temps ? J'observe cependant que la suppression eut lieu contre le sentiment d'un des plus grands et des plus graves prélats de ce royaume. Cet exercice s'appelait communément prophétie : voici en quoi il consistait. Les ministres d'un canton se rassemblaient un jour ouvrable dans quelque \ ille principale; là , ils étaient présidés par l'un d'entre eux . distingué par la gravité des mœurs et l'ancienneté du service. Des gentilshommes , et d'autres personnes vivant de leurs revenus , formaient l'auditoire. Chaque ministre, successivement, en commençant par le plus jeune , parlait sur le même' texte de l'Ecriture sainte, pendant un quart-d'heure ou un peu plus; et en tout, on ne parlait qu'environ deux heures. L'exercice, qui avait commencé par une prière, se terminait de même; et, le président ayant donné le texte qui devait être traité dans la prochaine assemblée , on se séparait. Cet exercice , autant que je peux me souvenir , avait lieu pendant quinze jours.
C'était là, ce me semble, pour former les prédicateurs à traiter la parole de Dieu comme ou doit le faire, la plus excellente de toutes les méthodes qui aient été employées jusqu'à ce moment. ISous voyons que les orateurs ont leurs déclamations, les légistes leurs disputes de droit, les logiciens leurs argumentations ; enfin, dans chaque classe de science, les hommes qui s'y attachent ont un exercice d'instruction et d'initiation, avant de professer et de pratiquer cette science. 11 s'y aurait donc que la prédication , c'est-à-dire , le plus précieux de tous les arts , celui où il est plus dangereux de faire des fautes , qui manquât d'introduction , et que les
hommes osassent exercer sans aucune préparation ?
Mais je désirerais qu'on fit deux additions à cet exercice de prophétie.
La première, c'est qu'immédiatement après cet exercice, qui est en quelque sorte public, il y eût une assemblée particulière des mêmes ministres , où ils s'avertiraient fraternellement les uns les autres ; surtout les anciens feraient remarquer aux plus jeunes ce qui se serait fait ou dit dans l'exercice de contraire à la décence ou à la saine doctrine : en un mot, ils devraient alors se donner réciproquementtous les avis et les encouragements, toutes les consolations et les instrutions dont l'exercice peut fournir une occasion favorable : pour des réprimandes et des corrections faites en public, il ne doit pas en être question.
La seconde, c'est que cet exercice, qui aurait donc lieu pour les ministres qui travaillent dans les campagnes, fût adopté dans les universités, en faveur des jeunes théologiens, et que ceux-ci, avant de l'avoir pratiqué, n'en» treprissent jamais de monter en chaire. Les universités ont bien, dans quelques collèges, un exercice que l'on appelle lieu commun; mais cet exercice, qui chaque fois ne consiste que dans le discours d'un seul homme, n'est pas, à beaucoup près , aussi utile que celui dont il s'agit à présent; et si on craignait que cet exercice ne fût pour les ministres une occasion de prendre goût et s'exercer aux controverses, il est aisé de prévenir cet inconvénient; il ne s'agit que de défendre rigoureusement d'agiter dans ces discours les matières de dispute qui tendent directement ou indirectement à violer ou à troubler la paix de l'Eglise ; et les exercices étant toujours présidés par un homme grave, il serait facile de tenir la main à l'exécution de celte défense.
Voici la seconde des trois considérations que j'ai annoncées plus haut : ne serait-il pas convenable qu'on mît plus d'exactitude dans l'examen et i'épreuve des ministres ? Qu'ainsi , par exemple, l'évèque ne donnât point les ordres sans avoir pris l'avis d'un conseil; qu'on fît revivre l'ancien usage de l'Eglise, suivant lequel l'évèque ne pouvait ordonner des ministres qu'à quatre époques fixes de l'année, qu'on appelait pour celle raison quatuor temporel, et que nous appelons aujourd'hui cmber weelks ; qu'on accompagnât une action si sainte et si importante, de jeûnes généraux, de prières , de sermons et d'autres saints exercices ; enfin , que les noms de ceux qui devraient être ordonnés , fussent publiés quelques jours avant leur ordination, afin de pouvoir exclure ceux que des avertissements reçus feraient connaître peu propres aux saints ordres?
La troisième considération est celle-ci. Si l'on faisait dans l'Eglise d'Augletcrre le dénombrement de toutes les églises paroissiales qui subsisteraient, après qu'on aurait réuni celles qui sont trop peu étendues, et qui sont voisines les unes des autres ; si l'on prenait encore l'étal de tous les sujets qui sont pro-
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près à remplir l'office de pasteur, et qu'après avoir comparé une liste avec l'autre, on découvrît qu'il y a plus d'églises que de pasteurs, alors il faudrait nécessairement recourir à l'un de ces deux moyens, ou de permettre qu'un même ministre pût posséder deux cures (particulièrement si , à la faveur des permutations , on peut rendre les bénéfices plus compatibles ) , ou de donner aux prédicateurs des pouvoirs plus étendus, et les autoriser à desservir successivement les paroisses qui manquent de pasteurs; car, que des églises soient abondamment pourvues de pasteurs habiles, tandis que d'autres en seraient entièrement dépourvues , cela me paraît contraire à la communion des saints, aussi bien qu'à la pratique de la primitive Eglise.