SUR LES ABUS DE L EXCOMMUNICATION
L'excommunication est le plus grand jugement qui soit porté sur la terre, puisque ce jugement est ratifié dans le ciel, et qu'il est le précurseur ou le prélude du grand .jugement de Jésus-Christ à la fin du inonde; par conséquent , employer les excommunications à des usages peu graves, les faire entrer dans le cours des procédures ordinaires, s'en servir en plusieurs occasions dans des vues purement lucratives , n'est-ce pas manquer essentiellement à l'honneur de Dieu, et rendre le pouvoir des clés méprisable? Je sais bien ce qu'on dit pour justifier cet usage; mais il faut avouer que c'est une allégation bien faible.
On dit donc que celle excommunication n'est point portée pour le fond de l'affaire, qu'elle est portée- pour la contumace; mais la contumace dont il s'agit exige-t-elle une excommunication telle qu'on l'emploie aujourd'hui? N'est-il pas de principe que pour lancer une censure aussi grave , la partie délinquante doit être jugée, autant que la sagesse et les yeux de l'Eglise peuvent le connaître, dans un état de réprobation et de condamnation, c'est-à-dire jugée semblable à une personne qui, dans le moment, paraîtrait livrée à l'impénitence finale ?
Sur cela, je fais deux réflexions. La première, c'est que cette censure doit être rétablie dans sa dignité, et rendue à son véritable usage ; je veux dire qu'on ne doit y procéder que pour des causes d'une grande importance, et qu'elle ne doit être portée par aucun délégué ou substitut de l'évêque , mais par ''évêque en personne, et encore assisté d'un conseil.
La seconde, c'est qu'en étant aux cours ecclésiastiques la faculté de porter des censu?es, on veuille bien leur assurer en même temps la compétence pour les ordinaires, et les pourvoir : de la force et de l'autorité nécessaires pour l'exécution de leurs jugements; il arriverait ainsi que la dignité d'une aussi haute sentence qu'est celle de l'excommunication, étant conservée, et tout ce qui concerne les procès ordinaires étant définitivement réglé, l'Eglise recouvrerait son ancienne orce et son ancienne splendeur
Dans la vingt-troisième année du règne de la feue reine Elisabeth , on proposa dans le parlement d'alors, le plus respectable parlement que j'aie jamais connu, un bill qui renfermait toutes les dispositions précédentes , avec beaucoup d'autres non moins sages, ni moins saintes. 'Ce bill fut appuyé en parlement par le plus grave des membres du conseil d'état; mais la reine ordonna expressément qu'on suspendit celte affaire, sur des considérations prises dans les circonstances du temps.