‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 219 sur 454 · SUR LA RÉSIDENCE ET LA PLURALITÉ · texte numérisé non relu

SUR LA RÉSIDENCE ET LA PLURALITÉ

La non-résidence , excepté dans les cas de nécessité, me paraît un abus qui ne peut avoir sa source que dans l'avarice et dans la paresse. 11 serait bien difficile de justifier des hommes qui vivent d'un troupeau qu'ils ne paissent pas, et d'un autel qu'ils ne servent pas. Comment encore pourrait- on soutenir que, dans la partie qui concerne la prédication et l'enseignement, l'office du pasteur peut être rempli par dos délégués? J'en ai touché un mot plus haut. Toute question sur cet objet ne peut donc se rapporter qu'aux cas d'exceptions; et il y a lieu seulement de demander quelles sont les excuses rie résidence qu'on doit admettre comme justes et suffisantes.

1° Je le dirai avec la permission de votre Majesté , et le respect que je dois aux pairs et aux autres personnages, dont les chapelains sont privilégiés par les statuts; je crois que les services que les chapelains rendent à la cour de votre Majesté , ainsi que dans les maisons et les familles de leurs seigneurs , seraient une juste raison de ne point posséder de bénéfices, plutôt qu'un titre ou une capacité pour en cumuler plusieurs sur leurs tètes. Sans doute, les chapelains peuvent se livrer aux fonctions de leur étal, sans craindre de blesser la discipline ecclésiastique; parce que les avantages qui en résultent pour l'Eglise surpassent ou égalent le bien qu'ils feraient en gouvernant une paroisse, quelque étendue qu'on la suppose. Mais ne serait-il pas bien convenable que les personnes, au service desquelles ils consacrent le r.rs travaux, demeurassent chargées de pourvoir à leur honnête et honorable entretien? D'ailleurs, il y a dans l'Eglise des dignités et des places auxquelles n'est point attachée rigoureusement la charge des âmes : ne pourraiton point récompenser les chapelains (qui devraient être comme ils sont en effet , pour la plupart, des hommes d'une classe et d'un mérite distingués), et exciter leur émulation, en leur accordant ou en leur faisant espérer des places de ce genre? S'il est des ministres qui fassent le service de chapelain, sans cesser de résider dans leurs paroisses, et d'y remplir tous les devoirs de pasteurs , il n'est pas douteux qu'ils ne puissent percevoir tous les profits elles émoluments attachés à leurs places et à leurs fonctions ordinaires, même pendant le temps qu'ils remplissent le service de chapelain.

2* Les études dans les universités dispen-

scnt-eiles suffisamment les bénéficiers de la résidence ? C'est une question à laquelle il 'est plus facile de répondre. Nous disons , on n'étudie que pour se mettre en état de remplir et de pratiquer ce qui est l'objet principal et la fin de son étude : cet objet, cette fin, c'est le salut des âmes : or, est-il raisonnable de négliger et d'omettre ce qui est l'objet capital, ce qui est l'unique fin, pour s'attacher à ce qui n'est qu'un secours et un moyen pour parvenir à cette fin ? Et je ne vois pas d'ailleurs que les ministres qui joignent constamment la pratique avec l'étude, ne remplissent pas leur ministère avec autant de capacité que si , après s'être d'abord donnés totalement à l'étude, ils se livraient ensuite totalement à l'exercice du ministère.

On convient généralement que dans le cas d'un service extraordinaire qu'il s'agit de rendre à l'Eglise, comme si un pasteur est appelé à un concile ou à une convocation . c'est-à-dire , à une assemblée générale du clergé; dans les cas de nécessité, comme celui d'une infirmité corporelle; et dans d'autres cas semblables, un évêque peut substituer quelqu'un à sa place, pour tout le temps que durera la nécessité : mais le cas le plus général de nécessité retombe dans celui de la pluralité. Voici comment. Je suppose une disette de pasteurs, et en même temps une insuffisance dans le revenu des bénéfices ; je suppose encore qu'un ministre partage fidèlement et constamment ses travaux entre deux cures ; ce n'est que dans celte double supposition , que je vais parler de la pluralité des bénéfices.

On sent que dans le cas où il y aurait un nombre compétent de bons ministres , et où les revenus de chacun des bénéfices qu'il s'agirait de réunir sur une même tête , seraient suffisants, la pluralité des bénéfices serait un abus intolérable : mais prenons bien garde de ne point former ici de désirs opposés les uns aux autres; car, désirer que chaque paroisse soit pourvue d'un ministre capable , et désirer en même temps que toute pluralité soit incontinent abolie, c'est désirer des choses qui ne peuvent subsister ensemble; et cela paraîtra évident, si nous nous rappelons que, dans le fait, il n'existe pas un nombre assez grand de ministres capables pour chaque paroisse, et de plus, qu'il n'y a pas dans chaque paroisse un revenu suffisant pour y entretenir un ministre : cette dernière circonstance augmente la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité de pourvoir de ministres toutes les paroisses.

11 y a trois remèdes à ces inconvénients pris dans la nature des choses : union, permutation et supplément. Union des bénéfices dont les revenus sont trop petits, si en même temps les paroisses ne sont pas trop étendues, et sont voisines les unes des autres ; permutation, dans la vue de rendre les bénéfices plus compatibles, ce qui aurait lieu en permutant un bénéfice, quoique d'un revenu plus considérable , contre un bénéfice d'un inoindre revenu , mais plus voisin de celui qu'il s'agit de desservir en même temps que-

l'autre ; supplément, en faisant des fonds pour donner un traitement honnête à des prédicateurs libres qui suppléeraient, autant qu'ils le, pourraient, aux pasteurs, dans les lieux qui n'en sont pas pourvus.

Parmi les actes de bienfaisance qui ont illustré le règne de la reine Elisabeth, on compte la fondation , dans le comté de Lancastre, de quelques places qui avaient une destination semblable. Si on jugeait à propos de pourvoir à l'entretien de ces prédicateurs par la voie des pensions, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas charger de payer au moins une partie de ces pensions, les ministres, simples lecteurs, qui posséderaient de riches bénéfices.

de l'obligation et de là manière de pourvoir a l'uonnéte entretien des ministres de l'église.

Quand il s'agit de l'entretien des ministres de l'Eglise, on doit distinguer avec soin ce qui est de droit divin, et ce qui est de droit positif : il est de droit divin, et c'est un droit auquel nulle loi humaine ne peut déroger, que celui qui paît le troupeau soit nourri au luit du troupeau : que celui qui sert à l'autel vive des oblations qu'on présente à l'autel; que celui qui sème les biens spirituels, recueille aussi des biens temporels : et ce qui en est encore une suite, que la mesure de ce qui doit être fourni pour l'entretien du ministre ne soit pas étroite ou mesquine, mais ample et abondante ; et par une conséquence ulté- 1 ieu-e, que toutes les places et les offices de l'Eglise soient pourvus d'une dotation suffisante pour l'honnête entrelien des titulaires, eu égard au rang qu'ils occupent dans l'Eglise : c'est là une constitution invariable et perpétuelle.

Mais s'agit-il d'assigner la forme et les circonstances de cotte dotation? c'est-à-dire, la dotation consisterait-elle en dîmes , en fonds de terre, en pensions, ou partie en dîmes, partie en terres, partie en pensions? C'est un point sur lequel il faut consulter les convenances; et aucune de ces manières de pourvoira la dotation, n'est d'une nécessité absolue.

On tombe d'accord que, dans l'état actuel , la dotation de l'Eglise est insuffisante ; et d'abord s'il s'agit des places principales, nommément des évêchés, il faut convenir qu'il en est quelques-uns dont les revenus ne sont point assez considérables; ce qui oblige d'y suppléer par la voie des commandes, qui sont une manière de disposer des bénéfices, tolérée, il est vrai , mais peu convenable par elle-même et qui a toujours été regardée comme un abus. 11 est encore un grand nombre de bénéfices et de places de pasteurs vraiment pauvres et très-incompétemment dotés. Il est pareillement très-connu qu'il était un temps où l'Eglise éprouvait plutôt les embarras du superflu que les incommodités de la pénurie : mais cet état des choses a bien changé depuis longtemps ; et si les prédécesseurs avaient trop, aujourd'hui leurs successeurs n'ont pas assez.

CHRISTIANISME DE BACON

Je dis de plus, qu'il serait à souhaiter que les biens enlevés à l'Eglise lui fussent rendus, comme étant sa plus convenable et plus naturelle dotation : c'est encore un point dont on conviendra assez généralement. Cependant il est clair, d'un autre côté, qu'aujourd'hui il est impossible à l'Eglise de reprendre ou de racheter ses possessions. Elle ne peut pas les reprendre , parce que les possesseurs actuels ont en leur faveur la garantie la plus authentique qu'on puisse obtenir dans le royaume, je veux dire, un acte du parlement: elle ne peut pas les racheter, parce que la valeur de ces biens surpasse de beaucoup celle de dix subsides : et ces biens ne peuvent être retirés que des mains de ceux qui en sont actuellement en possession , ou qui ont sur eux des hypothèques.

Mais de tous ces points, qui sont d'une vérité incontestable, tirons quelques conclusions et appuyons-les en môme temps.

1° Je dois le déclarer, et je le fais avec tout le respect convenable ; mon sentiment bien prononcé, c'est que tous les parlements, depuis ceux de l'an 27 et de l'an 31, du règne deHenri VIII, qui ont dépouillé l'Eglise de ses biens, semblent chargés et obligés devant Dieu et en conscience, de procurer quelque indemnité à l'Eglise, et de rétablir son patrimoine jusqu'à la concurrence de ce qui est nécessaire pour son honnête entretien. Le motif de cette décision, c'est que depuis qu'ils ont dépouillé l'épouse de Jésus-Christd'une grande partie de sa dot, l'équité exige d'eux qu'ils lui assignent un douaire compétent.

2° Les biens enlevés à l'Eglise ne doivent point seuls être chargés de fournir ce douaire ; cela ne serait ni possible, ni raisonnable. Cela ne serait pas possible, nous en avons donné les raisons plus haut; cela ne serait pas non plus raisonnable. Prétendrait-on, en effet, et voudrait-on conclure que si des personnes, autres que les possesseurs de ces biens, étaient chargées de contribuer à l'entretien de l'Eglise, il en résulterait pour elles une double charge, attendu qu'elles paient déjà la dîme ? mais ce serait fort mal raisonner. Il faut se rappeler que ce royaume, après avoir donné les dîmes à l'Eglise, les lui a depuis enlevées pour les donner au roi: si ces personnes, en sus de l'ancienne dîme que l'Eglise ne perçoit plus et qui est payée au roi, donnaient la neuvième ou la dixième gerbe , pour l'entretien des ministres de l'Eglise , on ne voit pas comment, par là, elles contribueraient à cet entretien une fois plus que les autres. L'anéantissement de la première donation faite à l'Eglise, ne peut pas anéantir l'obligation perpétuelle ou sont les hommes de fournir à l'entretien des ministres de Dieu.

Nous pourrons confirmer celte vérité par

l'exemple de plusieurs personnes pieuses et bien intentionnées , non propriétaires de biens, ecclésiastiques , qui veulent pourtant bien concourir à l'augmentation des revenus de leurs ministres. Quoique aux yeux de la loi, cette bonne œuvre ne soit de leur part qu'un acte de bienfaisance, aux yeux de Dieu ces personnes remplissent un devoir et une obligation de conscience.

J'ajoute cependant, que les biens enlevés devraient être un peu plus chargés que les autres biens de même valeur; et je ne crois pas qu'on puisse le contester avec quelque fondement, si on veut bien se rappeler quels sont les anciens droits de l'Eglise et les intentions des premiers donateurs ; et si l'on fait attention que dans le commerce ordinaire , lorsque ces biens ont passé d'une main à l'autre, ils ont toujours été estimés et donnés à un prix au-dessous de leur juste valeur, sur ce qu'au fond on ne pouvait se dissimuler les justes prétentions de l'Eglise, et les réclamations qu'elle ne cessait d'exercer devant Dieu au tribunal des consciences.

Je n'entre pas dans de plus grands détails sur ce qui intéresse l'entretien de l'Eglise. Je me réserve d'en traiter dans un autre temps.

C'est dans toute la droiture et la simplicité de mon cœur; c'est en mettant à contribution toutes mes lumières et toutes mes connaissances, que j'ai composé cet écrit. Je l'offre à votre Majesté, comme le tribut de mes soins et de mes pensées sur toutes les matières de religion, si intéressantes pour la gloire de Dieu, pour l'honneur de votre Majesté, pour la paix et la prospérité de vos Etats. Il y a plus , je suis persuadé que les catholiques romains eux-mêmes n'auraient pas grand besoin d'être réprimés par la sévérité des lois pénales, si l'on supprimait les abus qui régnent dans l'Eglise, et si l'autorité donnait plus d'appui à l'exercice de la puissance spirituelle.

Je conclus, en déclarant une seconde fois à votre Majesté, que je soumets humblement tout ce que je viens de lui représenter, à sa très-haute sagesse : je la supplie encore de me pardonner les erreurs qui me seraient échappées dans cet écrit, erreurs que la môme faiblesse de jugement qui a permis que je les commisse, ne permet pas que je les découvre.

Enfin, je pfic Dieu de tout mon cœur, qu'ainsi qu'il vous a fait la pierre angulaire qui a uni les deux royaumes d'Ecosse 'et d'Angleterre, il veuille bien aussi se servir de vous comme d'une autre pierre, pour réunir et lier ensemble les différents partis qui divisent l'Eglise de Dieu. Je recommande à la grâce céleste de ce même Dieu et à sa direc,- 4ion infaillible, la personne sacrée et toute; les actions de votre Majesté.

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