ACON. — GUERRE SACREE
ses jours d'étudier et de cultiver la littérature profane, ainsi que nous l'apprennent ses savants écrits. Le trait suivant prouvera encore mieux ce que nous avons avancé. Les Anglais demandèrent à l'un des successeurs de saint Grégoire, dans le même siècle, un sujet propre à remplir !e siège de Cantorbéry. Vitalien, c'était le nom de ce pape, jeta d'abord les yeux sur le moine Adrien , qui lui avait été annoncé comme aussi bien instruit des lettres humaines que des lettres divines. Adrien s'étant excusé sur ses infirmités, proposa un sujet non moins habile que lui dans l'un et l'autre genre. Le pape l'agréa. C'est le moine Théodore qui arrivé et établi en Angleterre, fit fleurir les études, et fonda cette fameuse école, où avec les lettres grecques et latines on enseignait l'astronomie , la géométrie , etc. et dont sortirent depuis , dit M. l'abbé Fleury , tant de grands hommes (Tome VIII, pag. 613). Je reprends, et je dis, si on avait cru à Rome, où la vénération pour saint Grégoire allait toujours en croissant, que ce grand pape eût été par principe de religion, ennemi des lettres humaines, et en eût jugé l'étude incompatible avec la profession du christianisme, des moines qui auraient fait de cette étude un des principaux objets de leurs occupations, auraient dû paraître bien répréhensibles. Cette circonstance les aurait fait juger plus indignes que tout autre de remplir des fonctions importantes dans l'Eglise ; cependant les papes ne sont point détournés par cette considération de les élever à l'épiscopat, elle parait au contraire influer dans leur choix ; donc, etc.
Il est bien temps d'abandonner les critiques que l'esprit d'irréligion, ou l'esprit de parti a rendus aussi crédules qu'injustes, et de revenir au sage et vertueux Bacon. Il a répété le fait delà destruction des monuments anciens dont on charge saint Grégoire : cela est vrai, il ne l'avait point examiné, et il l'a cru sur le témoignage de Machiavel. Mais il n'en a fait sortir aucune conséquence injurieuse à la religion ; il combat au contraire celles qu'en tirait l'auteur italien. Il assure, sans que nous sachions où il a pris cette anecdote, que les antiquités détruites par saint Grégoire furent aussitôt ressuscitées par Sabinien son successeur ; et il saisit cette occasion pour rendre à l'Eglise un témoignage qui détruit pleinement toutes les accusations que ses ennemis élèvent contre elle en %ce genre. C'est que lorsque les Scythes du côté du nord et les Sarrasins du côté du Midi , inondèrent l'empire romain , l'Eglise chrétienne seule recueillit et conserva dans son sein les précieux restes de la littérature païenne , qui autrement auraient péri sans ressource. Sola chrisliana Ecclesia inter inundationes Scytharum à plagis Septentrionalibus et Sarracenorwn ab Orientations , pretiosas genlilis eruditionis reliquias jamjam funditùs perituras , sinu et gremio suo conservavit [DeAugm.scient.l. l.part.med.et fidel, serm. de viciss. cap. 56). Nos adversaires n'oseraient contester ce fait , il est trop évident.
Voiià donc , dans le moyen âge , les chefs de la religion qui ont été les sauveurs et les conservateurs des livres et des sciences. Si on observe encore , que sous le règne des premiers empereurs chrétiens, lorsque ces fhefs pouvaient tout contre les livres des païens, loin de les détruire, comme Machiavel et Montaisne l'ont prétendu, ils les ont
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recueillis soigneusement (sans leur bibliothèque,et en ont fait l'un des objets de leurs études, on sera parfaitement convaincu que les gens de lettres doivent beaucoup et même tout à la religion chrétienne, et qu'au lieu de mériter quelque reproche de leur part , elle est digne au contraire de leur éternelle reconnaissance.