UA
PENSEES bE DESCARTES.
DISC. PREL.
CAO
tmitee les sciences physico-mathématiques (d'Alembert, discours préliminaire). Et (elle est, remarquons-le en passant, la modestie de Descaries, ou, si l'on veut, le noble sentiment de sa supériorité, que dans les démêlés fréquents qu'il eut avec quelques géomètres j.iloux de sa gloire, et qui cherchaient à la déprimer, à peine parle-t-il de cette étonnante invention, ou s'il en parle, c'est sans aucun dessein d'en faire remarquer toute l'importance.
Ce n'est pas qu'il ne connût parfaitement l'importance de ce qu'il avait fait, et ne sentit tout ce qu'il pouvait faire encore : mais il ne versait guère ce senti ment que dans le cœur de sonami,le P.Mersenne. DanslaletlreLXXllI'' de l'an 1637, tome III, il lui dit à l'occasion de Vièle, fameux géomètre : J'ai commencé où il avait achevé; ce que j'ai fait toutefois sans y penser : car j'ai plus feuilleté Viète depuis quej'aireçu votre dernière lettre, que je n'avais fait auparavant... Au reste, ayant déterminé, comme j'ai fait en chaque genre de question, tout ce qui s'y peut faire, et montré les moyens de le faire, je prétends qu'on ne doit pas seulement croire que j'ai fait quelque chose de plus que ceux qui m'ont précédé, mais ausA, qu'on doit se persuader que nos neveux ne trouveront jamais rien en cette matière que je ne pusse avoir trouvé aussi bien qu'eux, si j'eusse voulu prendre la peine de le chercher. Je vous prie que ceci demeure entre nous; car j'aurai une grande confusion que d'autres sussent que je vous ai tant écrit sur ce sujet.
11 avait déjà dit, au commencement de cette lettre, dans l'intime sentiment de sa force : Dès le commencement de ma géométrie, je résous une question qui , par le témoignage de Pappus, n'a pu être résolue par aucun des anciens, et l'on peut dire quelle n'a pu l'éire non plus par aucun îles modernes... Ce que je donne au second livre touchant ta nature et les propriétés des lignes courbes, et la façon de les examiner, est, ce me semble, autant au delà de la géométrie ordinaire, que la rhétorique de Cicéron est au delà de l'A B C des enfants.
A-t-on bien remarqué ce qu'a dit Descartes : Nos neveux ne trouveront jamais rien en géométrie, que je nepusse avoir trouvé aussi bien qu'eux, si j'eusse voulu prendre la peine, de le chercher. Aurait-il trouvé le calcul de l'infini, ou des infiniment petits, s'il avait continué de s'appliquera la géométrie et de suivre ses principes? Notre confiance en Descartes nous engage à le croire : et cela est d'autant plus vraisemblable, que d'habiles géomètres unt rcmarquéqu'ilen avait donné clairement !a première idée dans son problème général des tangentes (1).
(1) Descartcs a cru qu'il y avait des Infinie plus grands les uns que les autres , ce qui est un grand l>:is ver» la théorie des infiniment petits. Dans voire 1 lire du f i , vous me disiez, écrivait il au P. Mersenne, que s'il y avail une ligue infinie, elle aurait un nombre infini de pieds et de toises, et par conséquent (je le nombre infini des pieds serait six fois plus giand que !e nombre des toises. Concéda lalum. Donc
Nous avons dit que la géométrie avait fourni à Descartes le titre à une gloire immortelle, le plus universellement reconnu. Nous ne connaissons qu'un seul homme qui l'ait contesté; c'est Wallis, célèbre mathématicien anglais , apparemment par une suite de la rivalité nationale. Il n'a rien négligé pour ravir à Descartes le mérite de ses inventions en algèbre et en géométrie, et il les a toutes revendiquées pour Harriot , son compalriote. Mais M. de Monlucla, dans son Histoire des Mathématiques, tome II, page 85, démontre jusqu'à l'évidence que cetfe accusation de plagiat intentée contre Descartes est très-mal fondée, qu'elle est même on ne peut pas plus absurde.
Mais la vérité nous oblige de dire qu'en général les Anglais ne sont point aujourd'hui aussi justes à l'égard de Descartes que les Français l'ont toujours été à l'égard de Newton. Nous pourrions citer en exemple plusieurs autres savants anglais, tels que Keil, Maclaurin. Ce dernier, dans le 1" livre des Découvertes philosophiques de Newton , page C9, ne craint point d'appeler le système de Descaries une rapsodie qui ne mérite pas même qu'on la réfute, une entreprise extravagante, etc.
Peut-être M. Newton lui-même n'est pas à l'abri de lotit reproche sur cet article : du moins quelques traits rapportés par le docteur Pemberson, n° 51, nous le feraient soupçonner.
Mais sur un point où notre jugement ne peut être compte que pour très-peu de chose, il vaut mieux entendre parler Leibnitz.
Vous avez raison, écrit-il à M. Bourguet, d'être choqué des expressions peu polies de celui qui a fait la préface de la seconde édition de M . Newton ( Cotes ) , et je m'étonne que M. Nation l'ai laissé passer. Ils devaient parler avec plus de considération de M. Descurtes, et avec plus de modération de ses sectateurs. (Tome II, page 330).
Au témoignage de Leibnitz joignons celui du P. Boscovich. On sait qu'elle était l'étendue et la profondeur de ses connaissances en géomélrie et en physique. 11 n'était ni Anglais ni Français? Il n'avait donc aucun intérêt de favoriser une des deux nations prél'crablement à l'autre C'est donc un témoin en même temps le plus éclairé et le plus désinléressé. Or, voici ce qu'il avance, n° 26 page 39, de son célèbre Commentaire sur le poème de l'Arc-en-ciel du P. Noeeli , son confrère , imprimé à Home en 174-7. // est constant que Descaries a beaucoup plus contribué à l'explitution de l'arc-en-ciel que Newton ne le donne
ce dernier n'est pas infini. Nego consequentiam. Mais ou inlini ne peut pas être plus grand que l'autre. Pourquoi non ? Quid absurdi , principalement s'il est seulement plus grand in rulione fintln, ut hic ubi mulliplicalio ver sex est ratio finila, quœ niliil attimi ad injinitum. Et de plus quelle raison avons-nous de juger si un infini peul èlre plus ^rand que l'autre, ou non, vu qu'il cesserait d'être infini si nous pouvions le comprendre. Tome n , Lettre civ, pugt 4"j, un 1031).
à entendre, ad exphcationem iridis mmtô sanè plus contulit quàrn ipsi à Newlono tribui videtur. Tous ceux qui avant Descaries , passent pour avoir proposé et connu les fondements de l'explication de ce phénomène , et dont les ouvrages ont pu tomber entre mes mains, n'ont rien ou presque rien contribué à l'explication de l'arc-en-ciel, et reliqui qui ante Cartesium iridis explicandœ fundamenta et nosse et proposuisse dicuntur, quorum quidem opéra nancisci poluimus, aut nihil aut ferè nihil ad ipsam explicandam iridem contulerunt. Le P. Boscovich prouve surtout son assertion en analysant le travail de De Dominis, qui est celui auquel Newton paraît vouloir faire honneur de celte explication plutôt qu'à Descartes. Il analyse aussi le travail de Kepler sur le môme objet : car on a voulu aussi faire honneur à ce célèbre astronome de l'explication de l'arcen-ciel. Toute cette discussion du P. Boscovich est aussi lumineuse qu'intéressante; et et il conclut parce témoignage- Descartes est donc le premier qui ait jeté les fondements de l'explication du phénomène de l'arc-en-ciel, et il a élevé tout le corps de l'édifice jusqu'au sommet, en sorte que Newton n'a eu besoin que d'y mettre le comble. Js primus iridis explicandœ et fundamenta jecit, et vero etiam œdificii totius molem maxime ex parte erexit et ad fastigium duxit, à Newlono demum imposition.
L'arc-en-ciel est le phénomène de la nature le plus frappant, le plus singulier, celui dont il paraît d'abord plus difficile d'assigner la véritable cause. Hé bien, Descartes doit donc être regardé, préférablement à lout autre, comme celui qui, le premier, à l'aide de la liioptrique, dont il est l'inventeur, en a donné l'explication et une explication si satisfaisante, qu'elle ne laisselieu a aucun doute. Ce trait seul suffiraitpour rendre sa mémoire immortelle(l).
M. d'Alembert, qui a rendu si hautement justice à la géométrie de Descartes, en a fort peu rendu à sa métaphysique; mais M. d'Alembert était géomètre, et n'était point métaphysicien; et d'ailleurs aucun intérêt de société ou de parti, aucune particulière disposition de cœur n'empêchait qu'il ne tînt la balance juste, dans le jugement qu'il portait sur la géométrie de Descartes, tandis qu'il n'en était pas ainsi, quand il s'agissait de ju-
(t) Descaries est le premier nui a lenlé d'expliquer le flux et le reflux de la mer. 11 l'attribuait à la piession de l'atmosphère : celle explication a paru insuflisanle. Mais au moins il a mis les autres sur la voie d'en imaginer m\e plus heureuse Descartes, ce grand philosophe français, dit M. Euter (Lettre LXIII ,à une princesse d'Allemagne) , a remarqué que le flux et reflux de ta mer se réglait principalement sur le mouvement de la lime; ce qui était déjà sans contredit une
très-grande découverte L'e/forl de Descaries pour
expliquer le flux et le reflux de la mer n'a pas eu de succès ; mais la liaison de ce phénomène avec le mouvement de ta lune, que le philosophe a si bien développée, a mis ses successeurs en état d'y emplotjer plus heureusement leurs lumières.
Quel homme que celui qui eut de si vastes conceptions , qui en s'égarant a mis tous les autres sur la véritable voie, ei dont les erreurs ont été pour eux une source de lumières !
ger sa métaphysique. La méthuphysique de Descartes, dit-il, aussi ingénieuse et aussi nouvelle que sa physique, a eu le même sort à peu près. Il veut dire apparemment qu'elle a été généralement abandonnée, et qu'elle est devenue presque ridicule, comme ses lourbil - Ions. Mais, sans doute, M. d'Alemberl n'a pas voulu parler de la méthode que Descartes a introduite dans la métaphysique, car c'est la méthode des géomètres (1); et peut-être l'application de celte méthode géométrique à la métaphysique n'est pas moins digne d'admiration, et n'a pas été moins utile au genre humain, que l'application de l'algèbre à la géométrie. Nous ne pensons pas non plus que la métaphysique de Descartes ait paru, au jugement de d'Alemberl, tombée dans un si grand discrédit, précisément parce qu'elle aboutissait à démontrer l'existence de Dieu et la spiritualité de l'âme, puisqu'il fait profession, en quelques endroits de son discours, de croire l'une et l'autre, mais ce qui lui a fait tenir ce langage, n'en doutons pas, c'est l.i doctrine de Descartes sur les idées innées: et effectivement, quelques lignes plus bas, il dit : Sans doute Descartes s'est trompé sur les idées innées.
Si l'on en croit la troupe des philosophes les plus modernes qui combattent sous la bannière de M. d'Alembert, les idées innées sont des chimères, l'opinion deDescartes, qui les a soutenues, est une erreur grossière, un exemple mémorable de la faiblesse de l'esprit humain. Il n'est rien de si commun dans leurs écrits que ce langage. La plupart le répètent sans avoir jamais pris la peine d'examiner la question, et même sans l'entendre. M. Thomas lui-même, dans YEloge de Descartes, p. 30, n'a pu se préserver du préjugé dominant : mais avec quels égards pour Descartes et avec quelle noblesse de sentiments! Ferai-je voir ce grand homme, malgré la circonspection de sa marche, s' égarant dans la métaphysique, et créant son système des idées innées? Mais cette erreur même tenait à la grandeur de son génie. Accoutumé à des méditations profondes, habitué à vivre loin des bornes des sens, à chercher dans l'intérieur de l'âme ou dans l'essence de Dieu, l'origine, l'ordre et le fil de ses connaissances , pouvaitil soupçonner que l'âme fût entièrement dépendante des sens pour les idées ? N'était-il pas trop avilissant pour elle qu'elle ne fût occupée qu'à errer sur le monde physique pour y
(1) M. Bùllet (Fie de Descnrles , (orne u, p. 484) , nous apprend une anecdole qui montre que Descaries avait eu l'idée de sa méthode, et en avait fait usage de très lionne heure. Etant encore à la Flèche, dit-il, il s'était formé une métltode singulière de disputer en philosophie, qui ne déplaisait pas au recteur et au préfet, quoiqu'elle donnât un peu d'exercice à son régent. Lorsqu'il était question de proposer un argument , dans la dispute il faisait d'abord plusieurs demandes touchant les définitions des noms. Après il voulait savoir ce que l'on entendait par certains principes reçus dans l'école. Ensuite il demandait si on ne convenait pas de certaine* vérités connues , dont il faisait demeurer d'accord : d'où il farinait enfin un seul argument , dont il était fort difficile de se débarrasser.
ramasser tes matériaux de ses connaissances, comme le botaniste qui cueille ses végétaux, ou à extraire des principes de ses sensations, comme le chimiste qui analyse les corps? D'ailleurs, peut-être que Descartes vit dans les idées innées un pont de communication entre l'âme et la matière ; depuis on a eu l'audace de rompre le pont ; mais qui maintenant pourra nous expliquer comment se fait cepassage ?
Enfin, pour rejeter avec dédain les idées innées, il suffit à un certain nombre des auteurs qu'on appelle philosophes (1), que Locke les ait rejetées, et que Locke ait été proclamé par Voltaire et d'Alembert le créateur de la métaphysique, le démonstrateur de la physique expérimentale de l'âme. Mais pourquoi Locke est-il un auteur si précieux à nos philosophes modernes? Pourquoi veulent-ils qu'on l'écoute comme un oracle? C'est parce que sa doctrine sur la génération de nos idées leur paraît favorable au matérialisme, parce qu'il a paru douter si Dieu ne pourrait pas donnera la matière la faculté de penser. L'auteur d'une excellente Apologie de la métaphysique, dirigée contre le jugement que d'Alembert a porté sur la métaphysique de Descartes , dans son" discours préliminaire de l'Encyclopédie, L'a reconnu comme nous.
Notre siècle, dit-il (p. 19), témoigne pour Locke une prévention dont on ne peut s'empê- ' ner de reconnaître la source dans le libertinage même du siècle, et dans ce que certains principes du philosophe anglais ne favorisent que trop l'impiété, par des conséquences que lui-même n'admettait pas; car tous ceux qui Vont connu attestent unanimement la sincérité de son christianisme et son grand respect pour la religion, respect dont plusieurs de ses écrits sont des monuments certains. Il doutait si la matière n'est pas capable de penser. Il niait que nous eussions en nous 1rs principes innés de la morale. C'en est là plus qu'il n'en fallait pour le rendre l'idole de nos beaux esprits pyrrhoniens. Citons encore un trait de cette apologie : Dans la vérité, dit l'auteur de l'ouvrage cité Descartes était un de ces génies qui, supérieur à son siècle, était né pour éclairer les siècles futurs. Son éloge est celui de là métaphysique. Il ne l'a point créée, mais il l'a éclaircie, approfondie, posée sur une base immuable, et rendue plus accessible à des esprits ordinaires. Par elle, il a jeté Us fondements de la bonne physique et de la saine morale ; par elle, il a solidement prouvé l'existence d'un Dieu, la distinction de l'âme et du corps, l'immatérialité des esprits , la dépendance essentielle où est, dans toutes ses modifications , la matière de l'impression du premier moteur, et par ce moyen il a facilité l'accord de la raison avec la foi. A l'aide de cette science transcendante, il a parfaitement senti l'usage de la géométrie dans l étude de la nature, et s'est ouvert cette vaste carrière de la physique expérimentale, où d'autres venus
(I) M. de la Harpe disait que le nom de philosophe, appliqué à ces messieurs, comme il l'est aujourd'hui, était ii 1 1 sobriquet
ensuite ont fait des progrès étonnants. Tous ceux qui depuis lui pensent et raisonnent, lui doivent cet art précieux de penser et de raisonner, qui nous a valu une foule d'excellents ouvrages.... Se vante qui pourra dans l'ordre de l'esprit, et dans tin ordre purement humain, d'avoir fait de si grandes choses !
Revenons aux idées innées. Ce n'est point ici le lieu d'exposer fidèlement le sentiment de Descartes , communément très-mal entendu, et de le défendre contre les attaques de Locke. Pour rendre les admirateurs de ce dernier plus réservés et plus modestes, qu'ils sachent que Lcibnitz, ce génie bien supérieur à Locke, même en métaphysique, qui connaissait parfaitement les Essais sur l'entendement humain de cet auteur, puisqu'il les a analysés et même fondus dans un de ses ouvrages ayant pour titre : Nouveaux Essais sur l'entendement humain, qui était bien plus disposé à censurer qu'à louer Descartes : hé bien, qu'ils sachent que Leibnitz n'a point été touché des raisonnements de Locke, qu'il les a réfutés'; en un mot, qu'il a défendu hautement l'opinion de Descartes sur les idées iqnées : qu'ils apprennent encore que le cardinal Gerdil, l'un des plus sages et des plus savants métaphysiciens de ce siècle, s'est déclaré ouvertement en faveur de l'opinion de Descartes. Nous les invitons à lire les écrits de l'un et de l'autre , et s'ils ne sortent pas de cette lecture , persuadés qu'on peut dire dans un sens très-véritable que nous avons des idées et des principes innés, au moins ils seront convaincus qu'il y a autant de témérité que d'indécence à traiter cette doctrine d'absurde (1).
Nous avons insinué plus haut que les trois grands titres de Descartes à l'immortalité étaient sa géométrie, sa métaphysique et sa physique. Les deux premiers sont purs, si je "peux m'exprimer de la sorte; je veux dire qu'ils sont exempts de toute erreur, ou si on a prétendu en découvrir quelqu'une, la justification de Descartes est facile; mais il n'en est pas de même du troisième, c'està-dire de sa physique, qui a pourtant beaucoup plus contribué à la célébrité de son nom que sa géométrie et sa métaphysique. Elle a essuyé dans plusieurs de ses points des reproches bien fondés. Mais on peut dire dans un sens très-juste, que ces reproches doivent tomber sur elle seulement et non point sur Descartes. Celte proposition, qui a l'air d'un paradoxe, paraîtra bientôtclaire et véritable.
On impute à Descartes d'avoir négligé, dédaigné même l'expérience, et de n'avoir tiré son système que de sa seule imagination.
(I) Je crois que ceux qui s'élèvent si hautement conire la doctrine de Descartes, sur les idées innées, n'ont point une idée juste de celte doctrine. Ils s'imaginent que Descaries enseigne que les idées innées, telle que l'idée de Dieu, sont actuellement dans l'àme de tous les hommes. Descartes est trèséloigué de le penser et de le dire : il pense et il dit seulement qu'elles sont toujours en nous, non en acte, mais en puissance; on en trouvera plusieurs preuves dans le cours de notre ouvrage.
C'est surtout son fameux système des tourbillons qu'on attaque comme inconciliable avec les phénomènes célestes. Nous allons discuter celte accusation.
Nous convenons d'abord que la physique de Descartes n'a point été établie sur l'expérience, et qu'elle la contredit même en quelques points. Mais nous nions fortement que Descartes n'ait eu que du dédain pour les expériences , et n'en ait tenu aucun compte ; et parce que ce reproche est aujourd'hui dans la bouche de tous nos philosophes, qu'il est le titre principal de ses détracteurs, nous allons employer quelques moments à les confondre.
Si nos critiques avaient seulement jeté les yeux sur les lettres de Descartes , ils penseraient bien différemment. Cent témoignages de son estime et de son goût pour les expériences se seraient présentés à leurs yeux. Cette estime et ce goût étaient si connus de ses contemporains, qu'on le consultait sur la meilleure manière de faire les expériences (1).
(1) « Vous désirez savoir, écrivait-il au P. Meri senne, un mojen de faire des expériences miles, i A cela je n'ai rien à dire, après ce que Verulainius « (Bacon) en a écrit, sinon que sans êlre Irop curieux
< de rechercher lotîtes les petites particularités loui chant une matière, il faudrait principalement faire
< des recueils généraux de toutes les choses les plus
< communes, et qui sont très certaines, et qui peui vent se savoir sans dépense, comme que toutes les c coquilles sont tournées dans le même sens, et sai voir s'il en est de même au delà de l'équinoxial ;
< que le corps de tous les animaux est divisé en trois
< parties, caput, peclus et ventretii, ainsi des autres : i car ce sont celles qui servent infailliblement en i la recherche de la vérité. > Tume il, Lettre lxv.
Il écrivait à M. Chanut, alors amhassadeur en SuèJe : « Si vous jetez quelquefois la vue hors de . votre poêle, vous aurez peut-être aperçu en l'air « d'autres météores que ceux dont j'ai écrit; et vous i m'en pourriez donner de bonnes instructions. Une i seule observation que je lis de la neige exagone, en i l'année 1635, a été cause du traité que j'ai fait sur i les météores. Si toutes les expériences dont j'ai i besoin pour le reste de raa physique me pouvaient « ainsi tomber des nues, el qu'il ne me fallut que i des yeux pour les connaître, je me promettrais de « l'achever en peu de temps ; mais, parce qu'il faut i aussi des mains pour les faire, el que je n'en ai i point qui y soient propres, je perds entièrement
< l'envie d'y travailler davantage. > Tome i, Lettre xxxu, 6 mars 1616.
Dans la lettre suivante à M. Chanut, datée du 15 juin 1046, on voit que quelques mois après. Descartes reprenait courage et en revenait aux expériences pour continuer sa physique. « Je vous dirais, écri- « vait-il, que pendant que je laisse croître les plaines « de mon jardin, dont j'attends quelques expériences
< pour lâcher de continuer ma physique, je m'airête t aussi quelquefois aux quêtions particulières de la
< morale. »
Le gcûl de Descaries, pour les expériences el les observations était si vif et si connu , que quelques personnes, pétulant sa vie, en faisaient la matière d'un reproche. Il est vrai,, écrivait-il au P. Mersenne, en liiôO, que j'ai passé un hiver à Amsterdam, où j'allais presque tous les jours dans la maison d un boucher, pour lui voir tuer des bêles: el je faisais apporter delà à mon logis les parties que je voulais aualomiser plus à mon loisir , ce que j'ai fait encore
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Les détracteurs de Descartes prétendeul sans doute le juger avec connaissance de cause et après avoir lu ses écrits : ils ont donc au moins lu son discours sur la méthode ; et alors comment n'ont-ils pas remarqué le trait suivant (P. 65) : Les expériences, dit Descartes , qui peuvent servir à expliquer la nature , sont telles et en si grand nombre , que ni mes mains, ni mon revenu, en eussé-je mille fuis plus que je n'en ai, ne sauraient suffire pour toutes ; et selon que j'aurai désormais la commodité d'en faire plus ou moins, j'avancerai aussi plus ou moins dans la connaissance de la nature.... Je me proposais de montrer si clairement, dans un traité, l'utilité que le public peut en recevoir, que j'obligerais tous ceux qui désirent en général le bien des hommes, c'est-à-dire tous ceux qui sont en effet vertueux , soit à me communiquer celles qu'ils ont déjà faites , soit à m' aider dans la recherche de celles qui restent à faire. Descartes a— t— il pu s'expliquer plus fortement sur l'utilité des expériences dans l'explication des lois et des phénomènes de la nature? A-t-il pu témoigner plus de goût et d'estime pour elles? Qu'on consulte encore ce qu'il dit sur ce sujet à la fin du même discours.
Mais nos censeurs seront bien étonnés ti nous leur apprenons que la fameuse expérience du Puy-de-Dôme , qui a fait tant d'honneur à Pascal, appartient plutôt à Descartes qu'à Pascal. L'expérience fut exécutée en Auvergne par M. Perrier, beau-frère de Pascal, qui était alors à Paris; cependant on l'attribue à Pascal et non à M. Perrier, et on lui en fait honneur avec raison ; pourquoi? parce que c'est lui qui en donna l'idée à son beau-frère et qui l'engagea à la tenter. Si donc Descartes en avait donné l'idée à Pascal et l'avait exhorté à la tenter par lui-même ou par un autre , d'après le même principe, ce serait donc à Descartes qu'en appartiendrait la principale gloire : or, ce dernier fait nous parait incontestable, et il nous semble que sur ce point on doit's'en rapporter à la déclaration positive et réitérée qu'en a faite Descaries, sans qu'il ait été contredit par Pascal ou ses amis.
Il écrivait , le 11 juin 164-9, à M. Carcavi : Le bon P. Mersenne m'avertissait de toutes les expériences que lui ou d'autres avaient faites Trouvez bon que je vous prie de tn'ap-
prendre le succès d'une expérience qu'on m'a dit que M. Pascal avait faite ou fait faire sur les montagnes d'Auvergne, pour savoir si le vif-argent monte plus haut dans le tuij.au, étant au pied de la montagne , el de combien il monte plus haut qu'au-dessus. J'aurais droit d'attendre cela de lui plutôt que de vous, parce que c'est moi qui l'ai avisé, il y a deux ans, de faire cette expérience, et qui l'ai assuré que, bien que je ne l'eusse pas faite, je ne doutais point du succès ( Lettres de Descartes, tome I, lettre 75).
M. Carcavi satisfit promptement le désir de
plusieurs fois dans tous les lieux où j'ai élé ; mais je ne crois pas qu'aucun homme d'esprit puisse m'en blâmer. Tome il, Lettre xvxtt.
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Dt'tcartes. Celui-ci l'en remercia par une leltri' du 17 août de la même année: Je vous suis très-obligé. lui dit-il, delà peine que vous avez prise de in écrire le succès de l'expérience de M. Pascal , louchant le vif-argent. J'avais quelque intérêt de la savoir, parce que c'est moi qui l'avais prié , il y a deux ans, de lu vouloir faire , et je l'avais assuré du succès, comme étant entièrement conforme à mes principes , sans quoi il n'eût eu garde d'y penser, à cause qu'il était d'une opinion contraire (Lettre 77). Dans la réponse de M.deCarcavi, du 24. septembre 1649, on lit ces paroles :J'ai écrit à M. Pascal, qui n'est pas encore de retour en cette ville, ce que vous avez désiré que je lui fisse savoir de votre part, touchant l'expérience qu'il a faite. On ignore la réponse que fit Pascal. Là finit ce que nous connaissons de la correspondance de Descartes et de M. de Carcavi.
Si quelqu'un osait soupçonner ici la honne foi de Descartes et observait avec malignité que Dcscarles n'assure avoir donné à Pascal l'idée de l'expérience du Puy-de-Dôme qu'après avoir été instruit que celte expérience avait été faite et avait parfaitement réussi , nous serions en état de lui fermer la bouche. Dans le traité de l'équilibre des liqueurs et de la pesanteur de l'air, par M. Pascal, nous voyons que le 15 novembre 1047 il avait écrit à M. Perrier, son beau-frère, pour l'engager à tenter l'expérience, mais qu'elle ne fut réellement exécutée que le 19 septembre 1048 : or, dans une lettre écrite au P. Mersenne le 13 décembre 10V7, et par conséquent près d'une année avant que l'expérience ait été faite , Descartes lui disait : J'avais averti M. Pascal d'expérimenter si le vif-argent montait aussi haut , lorsqu'on est au-dessus d'une montagne, que lorsqu'on est tout au bas; je ne sais s'il l'aura fait.
Cette lettre n'est point, il est vrai, dans le recueil des Lettres de Descartes; elle n'a pas encore été imprimée, mais elle est conservée dans la bibliothèque de l'Institut, et fait partie des Lettres originales de Descartes au P. Mersenne, léguées par M. de la Hire à l'Académie des sciences. Nous avons vu plus haut que Descartes écrivait, le 11 juin 1049, à M. de Carcavi, qu'il avait avisé M. Pascal, il y avait deux ans, de faire cette expérience. Et c'est effectivement peu de temps après cet avertissement que M. Pascal se donna des mouvements pour la faire exécuter en Auvergne, puisque sa lettre à M. Perrier est du 15 novembre 1GV7.
Mais pourquoi M. Pascal n'a-t-il pas lait connaître le droit qu'avait Descartes de revendiquer la première idée de cette expérience? M. î'aillet ( Vie de Descartes , p. 330 ) donne assez à entendre qu'il n'approuve point ce procédé de Pascal; et véritablement, si un aussi grand et aussi honnête homme que Pascal pouvait être jugé défavorablement sur les apparences, on croirait qu'il n'en a point agi avec assez de noblesse et d'équité à l'égard de Descartes; on soupçonnerait qu'il était jaloux de s;i gloire, car non seulement il ne lui témoigne aucune reconnaissance de
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l'heureuse idée qu'il lui avait suggérée, et lui laisse ignorer le succès de l'expérience en même temps qu'il en instruisait toute l'Europe; nlais il a mieux aimé faire honneur de l'idée de celle expérience à Toricelli , qu'au philosophe français (1).
Ajoutons quelques traits tirés des lettres
(I) Nous croyons devoir publier la lettre inédite que nous avons citée; elle fournit encore une prouve intéressante du goût et du zélé de Descaries pour les expériences.
Lettre de Descurtes au P. Mersenne. Egmond, 13 décembre 1647.
i II y a déjà quelque temps que M. de Zuglichem m'a envoyé l'imprimé de M. Pascal, de quoi je remercie l'auteur, puisque c'est de sa part qu'il m'est envoyé. H semble y vouloir combattre ma matière subtile, et je lui en sais l'on bon gré ; niais je le supplie de n'oublier pas à meure toutes ses meilleures raisons sur ce sujet, et de ne pas trouver mauvais si, en temps et lieu, j'explique tout ce que je croirai être à propos, pour me défendre. Vous nie demandez un écrit louchant les expériences du vif argent, et néanmoins vous différez de me les apprendre, comme si je devais les deviner; mais je ne dois pas me mettre en hasard de cela , parce que, si je rencontrais la vérité, on pourrait juger que j'en aurais fait ici l'expérience; et si je manquais, on en aurait moins bonne opinion de moi; mais s'ii vous plaît me faire part ingénument de tout ce que vous avez observé, je vous en aura; Obligation : et en cas qu'il arrive que je m'en serve, je n'oublierai pas de faire savoir de qui je les tiens. J'avais averti M. Pascal d'expérimenter si le vif-argent montait aussi haut, lorsqu'on e^t audessus d'une montagne, que lorsqu'on est tout au bas, je ne sais s'il l'aura fait; mais, afin que nous puissions aussi savoir si le changement des temps et des lieux n'y fait rien, je vous envoie une mesure de papier de deux pieds et demi, où le troisième et quatrième pouce au delà des deux pieds, sont divisés en lignes, et j'en retiens ici une autre toute semblable, afin que nous puissions voir si nos observations s'accorderont. Je vous prie donc de vouloir observer en temps froid et en temps chaud, et lorsque le vent du sud et du nord soufhVront, jusqu'à quel endroit de cette mesure, le vif argent montera; et afin que vous sachiez qu'il s'y irouvera de la différence , et que cela vous engage à «l'écrire aussi tout franchement vos observations. Je vous dirai que, lundi dernier, la hauteur du vif-argent était justement de deux pieds, trois pouces, selon i ette mesure, et qu'hier, qui était jeudi, elle était un peu au-delà de deux pieds et quatre pouces, mais aujourd'hui elle a rabaissé de trois ou quatre lignes. J'ai un tuyau qui demeure attaché jour et nuit en même lieu, pour faire ces observations, lesquelles je crois qu'il n'est pas besoin de divulguer siiôt, et qu'il vaut mieux attendre que le livre de M. Pascal soit publié. Je voudrais aussi que vous essayassiez d'allumer du feu dans votre vide, et que vous observassiez si la fumée ira en haut ou eu bas, et de quelle ligure seia la flamme. On peut faire celle expérience, en faisant prendre un peu de soufre ou de camphre au bout d'un tilet dans le vide, el y mettant le feu au travers du verre avec un miroir ou un verre brûlant. Je ne puis faire cela ici, parce que le soleil n'esl pas assez chaud, cl je n'ai pu encore avoir le tuyau ajusté avec la bouteille. Je m'étonne de ce que vous ave/ gardé quatre ans celte expérience, ainsi que le il Si. Pascal, sans que vous ne m'en ayez jamais rien mandé, ni que vous ayez commence à la laire avant cet élé; car, sitôt que vous m'en parlâtes, je jugeai qu'elle était de conséquence, et qu'elle pour-
inédites, qui achèvent de confondre ceux qui ont prétendu que Descartes n'avait eu que du dégoût et du mépris pour les expériences.
11 écrivait au P. Mersenne le 31 mars 164.1, qu'il s'était retiré à une demi-lieue de Leyde, pour travailler phts commodément à la philosophie , et ensemble aux expériences ; et le 4 janvier 1643, peu de jours après la mort du cardinal de Kichclieu , il lui disait : // faudrait que M. le cardinal vous eût laissé deux ou trois de ses millions, pour pouvoir faire toutes les expériences qui seraient nécessaires pour découvrir la nature particulière de chaque corps; et je ne doute point qu'on ne pût parvenir à de grandes connaissances qui seraient bien plus utiles au public que toutes les victoires qu'on peut gagner en faisant la guerre. Le 7 février il dit au P. Mersenne qu'il s'occupe depuis deux mois d'observations sur le baromètre, et l'on voit dans la lettre du &■ avril de la même année qu'il continuait ces observations.
Le sage et savant M. de Luc, dans ses Recherches sur l'atmosphère {P. 14), observe que Descartes est le premier qui ait pensé qu'on pouvait augmenter l'étendue des variations du baromètre, et qu'il imagina dans celte vue une espèce de baromètre dont l'idée, dit M. de Luc , était très -ingénieuse. Celte idée nous parait avoir donné naissance à tous les baromètres qui ont été inventés depuis. C'est M. Chanul, illustre ambassadeur de France à la cour de Suède, qui nous a fait connaître cette invention de Descartes. Dans une première lettre à M. Perrier, de Stockholm , le 18 mars 1650, et imprimée dans le traité de l'équilibre des liqueurs [P. 203), il lui avait dit : Nous avons perdu depuis peu de jours M. Descartes. Je soupire encore en vous l'écrivant, car sa doctrine et son esprit étaient encore au-dessous de sa grandeur d'âme, de sa bonté, et de l'innocence de sa vie. Son serviteur en s'en allant ne s'est pas souvenu de me laisser le Mémoire des observations du vif-argent. Et dans une autre lettre du 24 septembre de la même année il ajoute : Je vous dirai que feu M. Descaries s'était proposé de continuer cette même observation dans un tuyau de verre, vers le milieu duquel il y eût une retraite, et un gros ventre, environ à la hauteur vu monte à peu près le vif-argent, au-dessus duquel vif-argent, mettant de l'eau jusqu'au milieu environ de la hauteur qui reste au-dessus du vif-argent, il aurait vu plus exactement les changements.
M. de Luc (Recherches sur les modifications de l'atmosphère, tome I, p. 6) nous apprend que Descartes n'avait pas attendu l'expérience de Toricelli pour assignera la pesanteur de l'air les effets que Galilée attribuait encore à l'horreur du vide. 11 cite en preuves plusieurs lettres de Descartes (1).
• rait grandement servir à vérifier ce que j'ai écrit « de physique. Je suis, etc.
D'kgmond, 13 décembre 1647. Liasse 10e.
(I) Ces lettres sont la xci"., xciv'., et xevi*. U observe que ces lettres sont sans date ; mais l'A-
C'est donc ainsi que le grand contempteur des expériences, si l'on en croit nos adversaires , fut surpris par la mort en inventant et en faisant lui-même des expériences.
On. voit donc évidemment que rien n'es! plus injuste que le reproche qu'on fait si communément à Descartes , d'avoir méprisé l'expérience. Malgré tous les puissants raisonnements de Bacon, l'estime et le goût des expériences n'avait point encore gagné les têtes. Très - peu d'expériences étaient déjà faites au temps de Descartes : occupé, comme il était, de spéculations aussi intéressantes que profondes, voyageant presque sans cesse, pourvu d'un patrimoine médiocre, il n'avait ni le temps ni la faculté d'en faire, et surtout d'en faire dans un nombre suffisant pour fournir la base d'un système. Si Boyle est, à juste titre, appelé le père de la physique expérimentale, soit parce qu'il a fait un très-grand nombre d'expériences, soit parce qu'il les expliquait toutes par la voie du mé canîsme, Descartes ne mérile-t-il pas de partager avec lui ce litre, puisque c'est à lui et à sa physique qu'on doit la pensée et la méthode d'expliquer mécaniquement tous les phénomènes de la nature?
Qu'on se rappelle l'état où Descartes trouva la physique. Toutes les puissances qu'ont les corps d'agir les uns sur les autres , dit un auteur célèbre (1), toutes leurs qualités sensibles, étaient autant de vertus-innées , sympathiques ou antipathiques, expultrices ou retentrices, destinées à produire chaque effet en particulier. Descaries conçut que tout cet étalage de vertus occultes ne s'était introduit dans la physique qu'à la faveur de l'ignorance du mécanisme. Il vit ce que Boyle confirma depuis par mille expériences , que la nature ne
endémie des sciences posséJait un exemplaire des lettres de Descaries, qui avait appartenu à M. de Montampuis, ancien recteur de l'Université de Paris; et dans cet exemplaire, toutes les dates sont établies à la main : est-ce M. de Montampuis ou un autre qui a fait la recberche de ces dates? c'est ce que nous ignorons. Il nous a paru seulement que la discussion préliminaire à la fixation de chacune des dates , est faite avec beaucoup de soin et d'exactitude. Or, d'après celte fixation, la lettre xci* est du 8 octobre 1658 , la xciv' est du 13 décembre 1638 , la xcvi" du 9 janvier 1659.
M. de Luc cite encore sa lettre Cil* du 3* vol. de l'édition latine, qui, dans l'édition française de M*. Clerselier, est la exi' Cette lettre, dans l'édition latine, est fans date, et dans la française elle est datée du 2 juin 1631. Dans l'exemplaire cité de l'Institut, l'annotateur a écrit à la marge, que celle lettre exi' est fixement du 2 juin 1651 , mais qu'il n'a pu deviner à qui elle a élé écrite.
M. de Luc croit celle date fausse. Celle date, dit-il, prouve trop ; car il s'ensuivrait que, dès ce temps, on connaissait le baromètre : ce qui n'esi pas. Celle observation ne peut pas prévaloir contre une date aussi positive ; et si le baromètre élail alors connu, on voit par la même lettre que celte connaissance n'éiait pas, si je peux m'expriiner ainsi, bien explicite, et n'appartenait encore qu'à quelques particuliers.'Ce qu'ajoute M. de Luc pour appuyer son jlgement, a bien. peu de force.
(I) Le cardinal Gerdil : Incompatibilité des principet de Descaries et de Spinosn, pnge l'JO.