H VIE RELIGIEUSE
H voulut se justifier de celte imputation, dans le moment même. On vous a rapporté, ditesnous, que je vais au prêche des calvinistes; c'est une calomnie très-pure. En examinant ma conscience, pour savoir sur quel prétexte on a pu la fonder, je n'en trouve aucun autre, sinon que j'ai été une fois à une lieue de Leyde, pour voir, par curiosité, l'assemblée d'une certaine secte de gens qui se nomment prophètes, et entre lesquels il n'y a point de ministres ; mais chacun prêche quand il veut, soit homme ou femme, selon qu'il s'imagine être inspiré : en sorte qu'en une heure de temps nous entendîmes les sermons de cinq à six paysans, ou gens de métier; et une autre fois, nous fûmes entendre le prêche d'un ministre anabaptiste , qui disait des choses si impertinentes, et parlait un français si extravagant, que nous ne pouvions nous empêcher d'éclater de rire, et je pensais être à une farce plutôt qu'à un prêche : mais pour ceux des calvinistes, je n'y ai jamais été de ma vie, que depuis votre lettre écrite le 9 de ce mois, jour ou on fait des feux de joie, et on remercie Dieu pour la défaite de la flotte espagnole. Je fus entendre un ministre français dont on fait cas ; mais ce fut de telle sorte, qu'il n'y avait là personne qui ne m'aperçût, qui ne connût bien que je n'y allais pas pour y croire: car je n'y entrai qu'au moment où le prêche commençait ; j'y demeurai contre la porte, et j'en sortis au moment où il fut achevé, sans vouloir assister à aucune de leurs cérémonies. Si j'eusse reçu votre lettre plus tôt, je n'y aurais point été du tout ; mais il est impossible d'éviter les discours de ceux qui veulent parler sans raison. Descartes ajoute à la fin de sa lettre : Sans la crainte des maladies que cause la chaleur de l'air, j'aurais passé en Italie tout le temps que j'ai passé en ces quartiers, et ainsi je n'aurais pas été sujet à la calomnie de ceux qui disent que je vais au prêche (Lett. xxxm , tome h).
C'était en l'année 1633 que Descartes était venu fixer son séjour en Hollande. Son temps, ainsi qu'il se l'était proposé, fut uniquement consacré à la découverte de la vérité et à la composition de différents ouvrages qui ont porté si haut sa gloire, et qui ont formé une époque à jamais mémorable dans l'histoire de l'esprit humain. Un de ces ouvrages, et celui qui occupa la plus grande partie de son temps pendant les quatre premières années de son séjour, fut le Traité du Monde. Nous faisons celte remarque , parce que ce traité a fourni à Descartes l'occasion de nous manifester jusqu'à quel point allait sa docilité et sa soumission à tout ce qui émanait ou paraissait émaner du saint-siége. Il était prêt à l'envoyer au P. Mersennc, qui devait le faire imprimer à Paris , mais au moment de l'envoi , il apprit que Galilée venait d'être condamné à Rome, pour avoir soutenu que la terre tournait autour du soleil. Or, Descartes soutenait ou supposait la même doctrine.
Cette nouvelle l'arrêta tout court. Non seulement il suspendit l'envoi de son ouvrage au P. Mersenne, mais il lui écrivit au'il était
OEdvres coMrL. de M. Ejiert. I.
presque résolu de le brûler, ou du moins de ne le laisser voir à personne. Sa lettre est du 20 novembre 1633; il ajoutait : Le mouvement de la terre est tellement lié avec toutes les parties de mon traité, que je ne l'en saurais détacher , sans rendre le reste entièrement défectueux. Je ne voudrais pas pour rien au monde qu'il sortît de moi un discours où il se trouvât le moindre mot qui fût désapprouvé par l'Eglise; mais aussi j'aime mieux supprimer mon traité que de le faire paraître estropié.
Deux mois après, Descartes écrivait encore au P. Mersenne : Je ne voudrais pas pour rien au monde soutenir mon opinion contre l'autorité de l'Eglise. Je sais bien qu'on pourrait dire que tout ce que les inquisiteurs de Rome ont décidé, n'est pas incontinent article de foi pour cela , et qu'il faut , premièrement, que le concile y ail passé : mais je ne suis point si amoureux de mes pensées, que de vouloir me servir de telles exceptions pour les maintenir (Tom. n , p. 351).
Le P. Mersenne lui avait parlé d'un ecclésiastique qui voulait défendre par écrit le mouvement de la terre, el aurait désiré que M. Descaries lui eût communiqué quelques pensées sur ce sujet. Descartes, dans la même lettre, témoigne au P. Meryenne, qu'il est étonné qu'un homme d'église ose écrire pour le mouvement de la terre, de quelque façon qu'il s'excuse. C'est ainsi que Descartes , homme du monde , témoignait , pour la congrégation chargée à Rome de la censure des livres, plus du déférence et de respect, que des hommes d'église; et on est vraiment étonné, et, pour mieux dire, édifié, quand on le voit encore , trois années après , déclarer, dans son discours delà Méthode, que les messieurs inquisiteurs n'avaient guèie moins de pouvoir sur ses actions, que sa propre raison sur ses pensées. Ce n'est point un Italien qui parle de la sorte , mais un Fi ançais, et un Français retiré en Hollande. 11 ajoute : Cependant ne voyant pas encore que la censure ait été autorisée par le pape ni par le concile, mais seulement pur une congrégation particulière des cardinaux, je ne perds pas tout à fait espérance qu'il n'en arrive ainsi que des antipodes (1), qui avaient été condamnés autrefois, presque de la même manière, et qu'ainsi mon Monde ne puisse voir le jour avec le temps.
Cependant, Descartes imagina une manière adroite et plausible de concilier le mouvement de la terre avec la censure des inquisiteurs. De plus , il consulta et fit consulter, sur le sens et sur les effets de cette censure, quelques cardinaux qui étaient ses amis. II disait au P. Mersenne : Si vous écrivez à M. Naudé (savant qui était de la maison du cardinal Bagni), vous m'obligeriez de l'avertir
(1) Descaries partageait , sur la condamnation de l'opinion des antipodes , la croyance commune de si n temps. Mais si on prend la peine délire une dissertation placée à la lin du second volume du Christianisme de Bacon , on sera convaincu que celte condamnation n'a point eu lieu, et que l'opinion purement philosophique des antipodes n'a jamais été dans l'Eglise regardée comme une hérésie.
que riuti ne m'a empêché jusqu'ici de publier ma philosophie, que la défense du mouvement de la terre. Je ne l'en saurais séparer, à cause que toute ma physique en dépend. V ous pourrez lui mander que je serai peut-être obligé .-le la publier , à cause des calomnies de quelques personnes, qui, faute d'entendre mes principes, veulent persuader au monde que j'ai des sentiments très-éloignés de la vérité. Priez-le de sonder son cardinal sur ce sujet, parce qu'étant extrêmement son serviteur, je serais très-fâché de lui déplaire, et qu'étant trèsattaché à la religion catholique, j'en révère généralement tous les chefs...
Quelques années après, rendant compte à un de ses amis de l'état de ses pensées : Je n'ai plus, lui dit-il , qu'un scrupule louchant le mouvement de la terre ; et pour cela, j'ai donné ordre qu'on consultât pour moi un cardinal, qui me fait l'honneur de m'avouer pour un de ses amis, depuis plusieurs années, et qui est l'un des cardinaux de cette congrégation qui a condamné Galilée. J'apprendrai volontiers de lui comment je dois nie comporter en ce point ; et pourvu que j'aie Rome et la Sor— bonne de moncôté, oudumoins quejenelesaie pas contre moi, j'espère pouvoir soutenir seul, sans beaucoup de peine, tous les efforts de mes envieux.
Telle était la crainte qu'avait Descartes de toute censure ecclésiastique. M. Bossuet croit même qu'il la poussait trop loin. M. Descartes , dit-il, a toujours craint d'être noté par l'Eglise, et on lui voit prendre sur cela des précautions qui allaient jusqu'à l'excès (Lett. cv, tome x).
Enfin, au bout de dix ans de perplexités, en 1644, rassuré par les éclaircissements qu'il avait obtenus et par l'exemple de tout ce qui existait d'habiles philosophes et maihémaliciens catholiques , qui avaient été moins intimidés que lui par le décret de l'inquisition , il publia son fameux livre des Principes, quoiqu'il y suppose ouvertement que la terre tourne autour du soleil. Mais ce livre même renferme un témoignage de sa docilité religieuse ; et il le termine par protester qu'il soumet toutes ses opinions au jugement de l'Eglise.
Descartes, en Hollande, n'était pas tellement occupé des sciences mathématiques, qu'il négligeât toute étude religieuse. Il lisait saint Thomas ; c'était son théologien favori, et presque son unique théologien. 11 le cite souvent avec complaisance, et sa Somme, ainsi que la Bible, l'accompagnait partout. Je ne suis pas aussi dépourvu de livres que vous pensez, écrivait-il au P. Mcrsenne (Lett. xxxiv, tome n), et j'ai encore ici une Somme de saint Thomas, et une Bible que j'ai apportée de France.
Malgré sa retraite profonde et son application infaliguable à la recherche delà vérité, Descaries n'était pas dépouillé de la nature humaine, ni affranchi de l'obligation indispensable pour tout homme , de veiller sans cesse à la garde de ses sens : il est à craindre qu'il ne se soit relâché de celte vigilance, et qu'il n'ait eu quelques moments de sur
prise et de faiblesse
On croit en avoir la preuve dans une fille qui naquit le 19 juillet 1635, et dont il s'est avoué le père. Cet enfant fut-il le fruit d'une union illégitim c'est un problème; car ce qu'on a dit d'ut mariage secret, qu'il aurait contracté en Hollande, n'est pas accompagné de preuves suffisantes (1). On pourrait supposer que Descartes aurait regardé ce mariage secret comme une faiblosse honteuse. Ce serait peut-être le seul moyen de concilier M. Clerselier, son ami, avec lui-même ; car c'est des manuscrits seulement de M. Clerselier qu'on paraît tenir cette anecdote ; et cet ami, aussi sage que zélé, n'a pas craint d'avancer, dans la préface du premier tome des Lettres de notre grand philosophe, que l'intégrité de sa vie n'avait jamais été attaquée que par des médisants, et qu'elle a toujours paru d'autant plus pure, qu'on a fait plus d'efforts pour la noircir. Quoi qu'il en soit, en supposant la réalité de la faute dont on charge la mémoire de Descartes, nous pensons (2)
(1) Le mariage de Descartes a acquis plus de probabilité depuis la publication de lu pièce suivante, adressée à l'auteur de l'Année littéraire, et insérée dans le vic volume de 1785, page 66.
« Je viens, monsieur, de faire une découverte qui lèvera, je crois, tous les doutes sur le mariage de Descartes. J'ai maintenant sous les yeux l'expédition d'un acte authentique, passé devant le Verrier et Doyen, notaires à Paris, le 2 décembre 1741, qui cou lien l renonciation suivante:
i Elisabeth Reqnard , veuve de messire Urbain de i Duré, chevalier, seigneur de la Tremblaye, hérâ-
< tière de demoiselle Charlotte Descaries, sa nièce, la- « quelle, par représentation de dame Catherine Re-
< gnard, sa mère, femme de messire René Descarlet, i était héritière de messire Jacques Regnard, son « aïeul, lequel était propriétaire de la terre de "",
< près de Monfurt-l'Amaury, par partage du 1er juil- • let 1613. )
< D'après cela, monsieur, il me semble bien évivenl que René Deseartes a été marié avec Catherine Regnard, et que de celte union est issue une tille nommée Charlotte Descartes, dont Elisabeth Regnard, sa tante maternelle, a été héritière.
< Le mariage du célèbre philosophe n'est donc plus un problème; il a constamment eu lieu. Cette anecdote devant intéresser les gens de lettres, je m'empresse de vous en faire part.
Signé, Robert, avocat. »
Deux difficultés sur la conséquence qu'on lire de cet acte, se présentent : 1°. La fille dont il est question dans l'acte s'appelait Charlotte, et la fille de Descaries s'appelait Francine. Si Franchie était le même nom que François, ainsi que Baillel parait le croire, le René Descaries, père de Charlotte, serait un René différent de noire philosophe. 2°. Si on en croit Voëtius et les autres détracteurs de Descaries, la mère de Francine élait une femme employée dans le service de la maison de Descartes, ou, comme on dit, sa gouvernante, et par conséquent une femme du commun. Mais il parail, par l'acte cité, que la mère de Charlotte Descaries était lille de condition , puisque son père est qualifié de messire, et possédait une terre. Ces deux difficultés , auxquelles il n'est pourtant pas impossible de répondre, ali'uiblissenl la preuve qu'on apporte du mariage de Deseartes, sans la détruire entièrement.
(2) Les disciples de Descaries ont peine à convenir de la taule de leur maître. L'auteur des Mélange-* d'histoire et de littérature ( lom. Il, p. 554 ), nous raconte ce qui s>-ii •
qu'elle est, à quelques égards, pour nous, et dans le dessein que nous avons de prouver la piété de Descaries, une faute heureuse, parce qu'elle a donné lieu à un témoignage de Descaries, qui nous donne la plus grande cerlilude qu'il fût possible de se procurer, de l'intégrité au inoins habituelle de ses mœurs ; car, à l'occasion de celle faute, il déclara à M. Clerselier, durant son voyage de Paris , en 1644, qu'i7 y avait près de dix ans que Dieu l'avait retiré de ce dangereux engagement; que, par une conlinuation de la même grâce, il l'avait préservé jusque-là de récidive, et qu'il espérait de sa miséricorde qu'il ne l'abandonnerait pas jusqu'à la mort. M. Baillet observe avec raison qu'on ne peut suspecter ici la sincérité de Descartes, puisque aucun intérêt humain ne l'obligeait de s'ouvrir jusqu'à ce point à M. Clerselier, et de lui faire une déclaration hypocrite (1).
i Sur ce que M. Baillet, dans la Vie de Deseartes, ,1 rapporté c|iie ce philosophe avait eu en Hollande u.ie fille nommée Franchie, un cartésien tort zélé m'a mandé que celle histoire était un conte fait à plaisir par les ennemis de Desearles , à l'occasion d'une "machine automate qu'il avait faile avec beaucoup d'industrie, pour prouver démonslraiivemeni que les hèles n'oni point d'aine, et que ce ne sont lia des machines fort composées qui se remuent à {■•occasion des corps étrangers qui les frappent, et leur communiquent une partie de leur mouvement. Ce. cartésien ajoutait que M. Desearles ayant mis ■elle machine sur un vaisseau, le capitaine eut la «uriosilé d'ouvrir la caisse dans laquelle elle é:ait enfermée, et que, surpris du mouvement qu'il remarqua dans celle machine qui se remuait , comme à elle eût élé animée, il la jeta dans la mer, croyant que ce lui un diable. >
(1) Le minisire Voélius, dans l'ouvrage ayant poui litre'P/ii/osop/iia Cartesiam, avait atlaqué la conduite personnelle de Deseartes, et lui avait reproché d'avoir des calants illégitimes. Descaries nie positivement le fai'„ Nous ne pouvons cependant pas inférer de là qu'il n'a point eu celle fille, dont ses adversaires lui ont si amèrement reproché la naissance, parce que Voélius parle de (ils et non de Allés, et qu'il paraît qu'au temps de la querelle de Voélius et de Deseartes, la fi t le en question ne vivait plus. On verra avec intérêt la manière dont Descartes se défend du reproche qui lui était fait par Voélius.
Ce théologien avait dit que si Descaries élait noble, comme on l'assurait, il ne lui enviait pas celle prérogative. Si aliorum lilulis fides adhibenda, nobilissimus aut saltem nobilis est. Natalium liane prœrogalivam , quœ pessimis ac faillis etiam nascendi sorte conlingere potesl, non invideo. Il •ajoutait ensuite : Emolumenta ejus nobilitatis videbimus, ubi filium legitimum genuerit : itli enim quorum liaclenus perliïbelur puler, subseqnenlibus amis infelices nobilitatis palemœ testes fuluri •uni.
Descaries lui répond : Ilorum verborum nullus est sensus ; neque enim filiis illegilimis quicquam solel detrahere nobililat putris : et tarte si quos laies kaberem, non negarem ; nuper enim juvenis fui, et nunc adliuc Iwmo ittm, nec unquam caslitatis votum (eci, nec sanctus prœcœteris voluivideri ; sed cum rêvera nullos liabeam, nïliil ex tua isla plirasi polest intelligi, nisi tantam quod sim cœlebs ; nec miror te, qui de clericis dicere soles esse miraculum, si caslitatem servent, in caiibalu noluisse me fmgere illic sancliorem (lïpisl ad Voclium,
Vnelius le (ils, dans une réponse à Samuel Desmarcis, partisan de Descaries, et qui a pour litre : Ma-
VIE RELIGIEUSE DE DESCARTES 730
Nous avons supposé, d'après M. Baillet , que le repentir de Descartes avait précédé la naissance de sa fille, et nous le prouvons, parce qu'elle naquit le 19 juillet 1635, et qu'il déclarait, en 1644, qu'il y avait près da dix ans que ses mœurs étaient innocentes. Cet enfant, qu'il appelait Francine, mourut le 7 septembre 1640.
Nous croyons devoir, à cette occasion, faire remarquer le témoignage que rendent à la bonté du cœur de Descartes et à toute* ses qualités morales, deux de ses amis intimes, et qui méritent bien d'en être crus ; nous voulons dire MM. Chanut et Clerselier. On ne vit jamais, dit ce dernier (dans la préface des Lettres de Descaries, tom. I"). un homme plus simple, plus humble, plus sincère, mais surtout plus humain que lui. Dans la médiocrité de sa fortune, et dans xme retraite aussi éloignée que celle où il vécut, il se chargea du soin et de l'entretien de sa nourrice, pour la subsistance de laquelle, j'ai vu, dans ses lettres, plusieurs ordres donnés à celui qui avait le soin de ses affaires.
M. Baillet ajoute qu'il lui créa, sur son bien patrimonial, une pension viagère qui lui fut payée exactement jusqu'à sa mort. Mais ce qui est vraiment touchant, c'est que, dans une leltre à ses deux frères, qu'il dicta cinq ou six heures avant d'expirer, il parle de sa nourrice et leur recommande d'en prendre soin. Nous apprenons ce trait de mademoiselle Deseartes, dans la relation de la mort de son oncle, dont nous parlerons incessamment. M. Chanut écrivait à M. Perrier , beau-frère de Pascal, le 28 mars 1650, six
semaines après la mort de notre philosophe : Nous avons perdu M. Descartes : je soupire encore en vous l'écrivant ; car sa doctrine et son esprit étaient encore au-dessous de sa grandeur d'âme, de sa bonté et de l'innocence de sa vie.
Descartes fit imprimer, en 1641, ses Méditions sur l'existence de Dieu et sur l'immatérialité de l'âme (Baillet, page 100). Nous remarquons ce fait, parce qu'il fut un acte de la piété de Descartes, et qu'il nous assure qu'il ne fit imprimer ses Méditations métaphysiques que pour obéir à sa conscience. J'ai fait, dit-il (Lett. lmi , tome n), en publiant ma Métaphysique, ce à quoi je pensais être obligé pour la gloire de Dieu et la décharge de ma conscience. La crainte des
resii tribunal iniquum, etc., Vllrajecli, an. 1646, relève avec assez d'adresse, mais en termes grossiers, ce que Descaries ohserve, dans sa Défense, qu'il n'avait pas fait le vœu de chasieté. De stupris ac scortationibus non laborat ipse Carlesius, qui ore tibero profilelur se votum castitalis nullum fecisse. Vocem dicam hirci , non Iwminis chrisliani, qui contra peccata omnia, omnium virlulum votum, in et cum ipsà cliristianismi susceplwne ac professione, fecisse intelligilur (p. 61).
Voélius a raison de dire que l'obligation de vivre chastement, est suffisamment renfermée dans la profession du christianisme; mais il a torl de supposer que Descartes fût dans une opinion contraire; et quand celui-ci ohserve qu'il n'a jamais fait le vœu de chasteté, il ne veut rien insinuer par là, sinon qu'en péchant contre la chasteté, il serait moins coupable que ceux qui en auraient fait un vœu particulier.
contradictions qu'il prévoyait, et l'amour de son repos, lui avaient fait prendre pendant longtemps la résolution de les ensevelir dans les ténèbres (1) ; mais sa conscience éclairée parla plus haut, et ne lui permit pas de priver la religion des avantages inestimables qu'elle devait retirer de cet excellent ouvrage. Effectivement, les Méditations de Descartes feront toujours une époque mémorable dans l'histoire de la religion (Baiilet, page 100.) L'auteur n'y a pas seulement fourni, pour le dogme de l'existence de Dieu, des preuves nouvelles et d'un prix inestimable; il y a mieux développé encore, et plus clairement fait connaître qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, la nature de l'âme; et en démontrant son immatérialité aux yeux de tous les hommes qui raisonnent et qui sont de bonne foi, il a détruit jusqu'à la racine le matérialisme, cette erreur la plus dangereuse et la plus mortelle de loutes.
M. Arnaud a été même jusqu'à dire, à l'occasion du livre des Méditations [tome v, de ses Difficultés à M. Stetjaert, page 100) et il l'a répété cinq ou six ans après, dans sa di« lettre à M. du Vaucel , que Dieu avait suscité Descartes pour arrêter le progrès de l'irréligion. On doit regarder, dit-il, comme un effet singulier de la providence de Dieu, ce qu'a écrit M. Descartes sur le sujet de notre âme, pour arrêter la pente effroyable que beaucoup de personnes de ces derniers temps semblent avoir à l'irréligion et au libertinage, par un moyen proportionné à leur disposition. Ce sont des gens qui ne veulent recevoir que ce qui se peut connaître par la lumière de la raison ; qui ont un entier éloignement de commencer par croire ; à qui tous ceux qui font profession de piété, sont suspects de fai-
(t) On esl peut-être élonné que Descaries ne voulût point rendre ses Méditations publiques; car il est assez naturel de penser qu'il aimait la gloire : cependant on se tromperait. Loin d'aimer, de rechercher la gloire, il la haïssait, il la fuyait plu. ôt, ainsi qu'il ledéclaredans son Discours de la Méthode; et la raison qu'il en donne, c'est qu'il la jugeait contraire au repos, dit-il, que j'estime au-dessus de toutes choses. On retrouve presque à chaque page de ses ouvrages ce sentiment; ce qui prouve que ce n'était pas dans Descaries un sentiment passager. < Je suis ennemi de i toutes les louanges, écrivait-il (Lettre xn, tome n), c non que je sois insensible, mais parce que j'estime < que c'est un plus grand bien de jouir de la tranc (faillite de la vie et d'un honnête loisir, que d'ac
i quérir beaucoup de renommée, et que j'ai bien de « la peine à nie persuader <,ue, dans l'état où nous i sommes, et de la manière dont on vit, on pusse c posséder les deux biens ensemble. > De là sa devise, Hene qui laluil, bene vixit.
Ce qui est bien remarquable, c'est que cet amour Jnminant de Deseartes pour la tranquillité, a été aussi le goût dominant de Newton, et que les deux philosophes des derniers siècles qui se sont le plus couverts de gloire, sont en même temps les deux philosophes qui ont le moins ambitionné la gloire, et lui ont attaché le moins deprix. Newton nousapprend qu'il a présenté sa doctrine sous une l'orme géométrique, dans la crainte que la chose ne tournât en discute, ne ret trunerelur in dUputalionem. 11 déclare qu'il piéfère le repus à tout, et il l'appelle une chose en- »c : nent iubslan'iette, rem prorsus substantialem.
blesse d'esprit; et qui se ferment toute entrée à la religion par la prévention où ils sont, et qui est en la plupart une suite de la corruption de leurs mœurs, que ce qu'on dit d'une autre vie n'est que fable, et que tout meurt avec le corps. Il semble donc que ce qu'il y avait de plus important pour lever le plus grand obstacle au salut de tous ces gens—là, et pour empêcher que celte contagion ne se répande de plus en plus, était de les troubler dans leur faux repos, qui n'est appuyé que sur la persuasion où ils sont, qu'il y a de la faiblesse d'esprit à croire que notre âme survit à notre corps. Or Dieu, qui se sert comme il lut plaît de ses créatures, et qui cache par là les effets admirables de sa providence , pouvait-il mieux leur causer ce trouble , si propre à les faire rentrer en eux-mêmes, qu'en suscitant un homme qui avait toutes les qualités que ces sortes de gens pouvaient désirer , pour rabattre leur présomption et les forcer au moins d'entrer dans de justes défiances de leurs prétendues lumières; une grandeur d'esprit tout à fait extraordinaire dans les sciences les plus abstraites ; une application à la seule philosophie, ce qui ne leur est point suspect; une profession ouverte de se dépouiller de tous les préjugés communs.ee qui est fort à leur goût-, et qui, par là même, a trouvé moyen de convaincre les plus incrédules, pourvu qu'ils veuillent seulement ouvrir les yeux à la lumière qu'on leur présente, qu'il n'y a rien de plus contraire à la raison que de vouloir que la dissolution de notre corps, qui n'est autre chose que le dérangement de quelques parties de la matière qui le cvmpose , soit l'extinction de notre âme? Et comment a-t-il trouvé cela? En établissant par' des principes clairs, et uniquement fondés sur les notions naturelles dont tout homme de bon sens doit convenir, que l'âme et le corps, c'est-à-dire ce qui pense et ce qui est étendu, sont deux substances totalement disti7ictes; de sorte qu'on ne saurait concevoir, ni que l'étendue soit une modification de la substance qui pense, ni que la pensée soit une modification de la substance étendue. Cela seul étant bien prouvé (comme il l'est très-bien dans les Méditations de M. Descartes), il n'y a point de libertin qui ait l'esprit juste, qui puisse demeurer persuadé que nos âmes meurent avec nos corps (Lelt. di). (i).
(1) On sait que Descartes avait provoqué de toute part des objections contre le livre des Méditations, dans le dessein de fournir de plus grands éclaircissements sur un sujet en même temps si important et si difficile. Le I'. Mersenne avait invité les docteurs de la faculté de théologie de Paris a entrer d;ms les vues de M. Deseartes. M. Arnauld, qui n'était encore qu'un jeune docteur , fut le seul qui se rendit à cette invitation : ses objections, qui tiennent le quatrième rang dans le livre des Méditations, furent très bien accueillies de Descaries; il y répondit avec soin, et avec des marques d'une estime distinguée pour leur auteur. 11 parait que M. Arnauld lui satisfait de ces réponses, et il se montra, jusqu'à la fin de sa vie, un zélé défenseur des Méditations.
Nous avons sur ce point important le témoignaga positif du P. Mersenne, dans sa lettre à Voélius, imprimée dans le premier volume des Lettres. Voici d'abord quelques traits de cette lettre» oui montrent
VIE RELIGIEUSE DE DESCARTES
Nous avons dit plus haut que la conscience seule avait engagé Descartes à publier ses Méditations. Mais nous devons ajouter que ces méditations n'étaient point, pour Descartes, des spéculations sèches et purement métaphysiques; elles étaient des méditations proprement dites, dans toute la rigueur du langage ecclésiastique, c'est-à-dire qu'elles aboutissaient en lui aux actes les plus profonds d'admiration, d'adoration et d'amour de laDivinilé.
On n'a point assez remarqué la manière dont Descartes termine sa troisième méditation sur l'existence de Dieu. Rien cependant de plus remarquable et de plus édifiant. Il avertit qu'il ne pousse pas plus loin dans le moment ses recherches sur Dieu, ainsi que les conséquences qu'on doit tirer de ces recherches, et qu'il s'arrête : mais pourquoi s'arréte-t-il?// me semble très à propos, ditil, de m arrêter quelque temps à la contemplation de ce Dieu tout.parfait , de peser tout à vsir ses merveilleux attributs, de considérer, jpdmirer et d'adorer l'incomparable beauté de cette immense lumière, au moins autant que la force de mon esprit, qui en demeure «n quelque sorte ébloui, me le pourra perxettre.
Il ajoute aussitôt : Comme la foi nous apprend que la souveraine félicité de l'autre vie ne consiste que dans celte contemplation de la majesté divine, ainsi expérimentons-nous, dès ù présent, qu'une semblable méditation, quoique incomparablement moins parfaite, nous fait jouir du plus grand contentement que nous soyons capables de ressentir en cette vie.
Voilà donc Descaries qui nous enseigne, fX qui reconnaît d'après sa propre expérience, que c'est dans la contemplation de Dieu qu'on goûte la plus douce satisfaction dont on puisse jouir sur la terre, ou, en d'autres termes, que consiste le souverain bien de celte vie.
Apparemment ce trait et d'autres sem-
(|Ucllo opinion avait conçue le P. Mersenne de la religion de Descaries. < C'est moi, dit- il à Voëtius, qui « lui ai proposé les secondes ei les sixièmes objeci lions; et j'ai éië ravi en admiration, de voir qu'un « homme qui n'a point étudié en théologie y ail rét pondu si pertinemment. En relisant encore les six « Méditations, et les réponses qu'il a f.iiles aux qua- • Irièmes objections qui sont très subtiles, j'ai cru t que Dieu avait mis en ce grand homme une lumière t toute particulière , et si conforme à l'esprit et à la ] doctrine du grand saint Augustin, que je remarque i presque les mêmes choses dans les écrits de l'un i que dans les écrits de l'autre.... Je vois que , dans i toutes ses réponses, il est si ferme sur ses princi- « pes, et, de plus, il est si chrétien, il inspire si dou- « cernent l'amour de Dieu, que je ne puis me persnai der que sa philosophie ne tourne un jour au bien i et à l'ornement de la vraie religion.
« Je demandai dernièrement à l'auteur des qua ■ « trièmes objections ( M. Arnauld ), qui est un des « plus subtils philosophes , et l'un des plus grands i théologiens de la faculté de théologie , s'il n'avait « rien à repartir aux réponses qui lui avaient été fai- « les par ». Descaries. Il me répondit que non , et i qu'il se tenait pleinement satisfait, i
blables semés dans les écrits de Descartes, avaient frappé M. Thomas, auteur de sou Eloge : et c'est d'après l'impression qu'ils avaient faite sur son àme, qu'est tombé de sa plume ce morceau qui honore également son esprit et sa religion.
Celui qui, à l'exemple de Descartes, est suns cesse occupé à méditer sur V éternité , sur le temps, sur l'espace, ne doit-il pas contracter, comme Descartes, une habitude de grandeur qui de son esprit, passe à son àme? Celui qui mesure la distance des ostres, et voit Dieu un delà; celui qui se transporte dans le soleil ou dans Saturne, pour y voir l'espace qu'occupe la terre, et qui cherche alors vainement ce point égaré comme un sable à travers tes mondes, reviendra-t-il sur ce grain de poussière, pour y flatter, pour y ramper, pour y disputer ou quelques honneurs ou quelques richesses! Non, il vit avec Dieu et avec la nature. Il abandonne aux hommes les objets de leurs passions, et poursuit le cours de ses pensées, qui suivent le cours de l'univers. Il s'applique à mettre dansson âme l'ordre qu'il contemple, ou plutôt son âme se monte insensiblement au
tonde cette grande harmonie Pleinderes-
pect, comme Newton, pour la Divinité, comme lui, fidèle à la religion. Descartes aime à s'occuper dans la retruite, et avec ses amis, de l'idée de Dieu. Malheur à celui qui ne trouverait pas , dans cette idée, si grande et si consolante,'les plus doux moments de sa vie!
AI. Thomas vient de parler du respect de Newtonpourla Divinité. On sait effectivement, et Voltaire nous dit l'avoir appris de Clarkc, que ce grand homme ne prononçait jamais le nom de Dieu, sans donner quelques marques extérieures de respect. Nous n'avons point appris, il est vrai , que Descartes eût une habitude semblable, et qu'il accompagnât toujours de quelques démonstrations sensibles de respect, la prononciation du nom de Dieu; mais nous n'en sommes pas moins assurés qu'il portait aussi loin, et peut-être encore plus loin que Newton, le respect pour Dieu. Nous en trouvons la preuve dans son langage. Telle était l'idée qu'il avait conçue de la grandeur de Dieu, de sa puissance, de son indépendance, de sa sagesse, qu'il voulait que le mol d'infini ne fût jamais appliqué qu'à lui seul, qu'il ne fût employé que pour lui seul, qu'on ne se permît pas même de dire que la matière est divisible à l'infini; et enfin , il ne parlait de l'infini qu'avec une circonspection sans bornes. Je n'ai jamais traité de l'infini, écrivait-il (Lett. lui, tome n) , que pour me soumettre à lui, et non point pour déterminer a qu'il est ou ce qu'il n'est pas.
Dans le sentiment profond de la toutepuissance de Dieu, il ne voulait pas qu'on dit d'aucune chose qu'elle fût impossible à Dieu, qu'on dît que les essences sont indépendantes de la volonté de Dieu, qu'on se permit de vouloir pénétrer dans les fi-ns ultérieures de Dieu ; enfin, s'il était possible de porter jusqu'à un véritable excès la vénéralion de Dieu cl l'idée de sa puissance. Descartes serait coupable de cet excès; et s'il
7jS ŒUVRES COMPLET
est tombé dans quelque erreur en métaphysique, c'est son extrême respect pour Dieu qui l'y a poussé. Ce qui étonnera peut-être, c'est que Bayle, ainsi qu'on le verra dans le cours de notre ouyrage, n'a pas été éloigné d'adopter sur ce point le sentiment et le langage de Desearles.
En ÎGU, Di scartësfit le voyage de Paris ; il n'y séjourna que quelques jours. Dans ce court espace de temps, il fut accablé d'affaires, ainsi nue de visites ; et cependant on remarque qu'il vit très-fréquemmentlcsThéatins , nouvellement établis à Paris, qu'il contracta avec plusieurs de ces saints religieux une amitié particulière , et qu'il entendit presque tous les jours la messe dans leur chapelle. Assurément, aucune considération purement humaine, aucun motif d'intérêt ne pouvait commander à Desearics des démarches et des actes semblables (Bailht, page 2ii). La piété seule peut en avoir été le principe; et il ne faudrait pas d'autres preuves que ce fait, pour convaincre les plus incrédules qu'au moins, dans les dernières années de sa vie , Descartes joignait à une religion profonde une tendre pieté.
Nous prendrons occasion du trait que nous venons de citer, pour observer que Descartes, dans les séjours qu'il avait faits à Paris en différents temps , voyait fréquemment le cardinal de Bérulle et les principaux membres de l'Oratoire, tels que les PP. de Condren , Gibieuf , etc. ; c'est même à ce cardinal qu'il avait confié le soin de sa conscience ; du moins M. Baillet, à l'occasion de la mort de M. de Bérulle, nous dit que M. Descartes , perdit dans sa personne un excellent directeur, ce qui ne peut s'entendre que d'un di recteur de sa conscience: car assurément le cardinal n'était point le directeur de ses études ; et il ajoute que Descartes , après la mort de M. de Bérulle , eut la satisfaction de trouver de ses disciples , aux mains desquels il put confier la direction de sa conscience pendant tout le temps de son séjour en Hollande. Il cite ailleurs le prêtre de l'Oratoire qui en était effectivement chargé.
Nous dirons encore que Descartes était étroitement lié avec d'autres prêtres catholiques qui remplissaient la fonction de missionnaires apostoliques (1).
(I) Quelques-uns d'eux ayant été inquiétés par le gouvernement, il s'intéressa vivement en leur faveur. « Je vous recommande, écrivait-il à un ami qui pou-
< vait beaucoup auprès du prince d'Orange, deux « prêtres qui ont une requête à présenter à son aliesse.
< Je crois les avoir assez fréquentés pour assurer > qu'ils ne sont point de ces hommes simples quise • persuadent qu'un :ie peut ê;re bon catholique, qu'en
< favorisant le parti du roi qu'un nomme Catholique,
< ni de ces séditieux qui le persuadent aux simples,
< et qu'ils ont pour cela trop de lion sens, et connais-
< sent trop bien les maximes de la bonne morale...
< Si on leur impute ce crime d'être papistes, je veux i dire de recevoir leur mission dn pape, et de le
< reconnaître de la même manière que font les ca-
< Iholiques de France et de tous les autres pays où
< il y a des catholiques , mus que cela donne de ja- ■i lousie aux souverains qui y commandent, c'est un
« crime commuu et essewiel à ceux de leur protes-
ta DE M. EMERÏ. 756
Enfin , ajoutons aux traits précédents , qui prouvent la sincère piété de Descartes, et sa fidélité à remplir tous les devoirs de la religion chrétienne, que, lorsqu'il apprenait que ses amis étaient malades, il sollicitait auprès de Dieu le rétablissement de leur santé; et s'ils mouraient, il pri :it pour le repos de leurs âmes. C'est lui qui nous l'apprend dans la li* lettre du second volume.
Descartes quitta bientôt Paris qu'il ne devait plus revoir , et rentra dans sa chère solitude d'Egmont, pour y reprendre ses occupations ordinaires. L'arrivée à Amsterdam de son intime ami , M. Chanut, qui était envoyé delà cour de France à celle de Suède , l'obligea d'en sortir, au moins pendant quelques jours, et nous a procuré un témoignage de sa religion et de son zèle , vraiment précieux. M. Chanut avait à sa suite M. Porlier. homme de lettres fort estimable , et très-empressé de faire la connaissance de notre philosophe. Ce voyageur ne négligea rien pour s'instruire de la conduite, et surtout des sentiments religieux deDescartes. La Providence le servit très-bien ; elle lui procura la connaissance d'un Français qui devait faire le voyage de Stockholm dans la compagnie de l'envoyé de France , et qui avait beaucoup vu Descartes dans différents lieux de son séjour en Hollande.
M. Porlier lui ayant demandé, sans paraître mettre beaucoup d'intérêt à sa question, ce qu'il pensait de M. Descartes, ce Français lui répondit sans hésiter , que M. Descartes était tin homme plein de religion, d'une grande droiture de cœur, généreuxdans ses aumônes, exact et exemplaire dans les exercices de sa religion , édifiant les protestants , et , en général , faisant dans toute la Hollande beaucoup d'honneur àVEglite romaine. M. Porlier fut inlérieuremcnt ravi d'apprendre que les calomnies qu'on avait répandues contre la religion de Descaries , jusque dans la France, parussent mal fondées, cl ne fussent pas crues, dans les lieux mêmes qui les avaient vu naître. Il engagea ce français à entrer dans quelque détail , et celui-ci lui apprit diflé-
« sion. Vous trouverez peut-être étonnant que je « vous écrive sur celle affaire, principalement si
< vous savez que je le fais de mon propre mouve-
< ment, sans que ces deux prêtres m'en aient requis ; i mais je vous dirai qu'outre l'estime très-particu- « lière que je fais d'eux , et le désir que j'ai de les i servir , je considère aussi en cela mon propre in-
< lérêt; car il en est en France, parmi mes faiseurs « d'objections , qui me reprochent la demeure dans « ce pays, à cause que l'exercice de ma religion n'y
< est pas libre ; ils di>ent même qu'en cela je ne suis
< pas aussi excusable que ceux qui portent les armes
< pour la délense de cel Elat, parce que les intérêts « en sont joints à ceux do la France, au lieu que je ( pourrais faire partout ailleurs ce que je fais ici. A
< quoi je n'ai rien de mieux à répondre , sinon
< qu'ayant ici la libre fréquentation et l'amitié de • ipielques ecclésiastiques , je ne sens point que ma t conscience y soit gênée. Mais si ces ecclésiastiques « étaient estimés coupables, je n'espère pas en Iront ver d'auires plus innocents dans le pays, ni dml la « fréquentation me soit plus permise » ( Lelt, xm , loin. ii J.
rents traits de la vie de Descartes , qui tous étaient autant de preuves convaincantes de la conscience pure et de la probité de ce philosophe chrétien.
Il lui dit entre autres, que souvent il était le conseil des personnncs qui , dans la révolution qu'avait éprouvée la religion en Hollande , flottaient sur le parti qu'elles avaient à prendre, et qu'il réussissait ordi nairement à les affermir dans la foi catholique. Il lui fit l'histoire d'un honnête homme, fortement ébranlé pur le changement presque universel de ses compatriotes dont il était lémoin , mais qui , ne voulant rien hasarder dans une affaire aussi importante que celle du salut , s'adressa à M. Descartes qu'il ne connaissait pas , mais qu'il savait être un personnage célèbre qu'on consultait volontiers surces matières. M. Descartesl'accueillil avec bonté, et, sans le faire entrer dans la discussion des dogmes , il se contenta de lui demander s'il croyait l'Eglise protestante fort an< ienne , s'il en connaissait les commencements , s'il avait entendu parler de la conduite et des motifs des premiers réformateurs, de leur mission , de leur autorité et des moyens qu'ils avaientmis en œuvre pour accréditer la réformation. D'après les réponses et les aveux du consultant , il lui fit tirer des conclusions qui aboutirent à faire cesser toutes ses perplexités , et à l'attacher iuébranlablement à la foi de ses pères.
Ce trait, qui prouve le zèle de Descartes pour sa religion , montre aussi que, quoiqu'il fit profession de ne point se mêler de controverse , il aurait été un conlrovcrsisle très-habile (Baillet. page 277).
La reine Christine a témoigné qu'il avait beaucoup contribué à sa conversion , et qu'il 'ui en avait donné les premières lumières. Nous produirons bientôt le témoignage de cette princesse , et nous dirons dès a présent que , dans une conversation particulière qu'elle eut à Rome avec un prêtre de saint Antoine , elle lui déclara que la facilité avec laquelle elle s'était rendue sur plusieurs difficultés qui l'éloignaient auparavant de la religion catholique , était due à certaines choses qu'elle avait ouï dire à M. Descartes.
Descartes, qui aurait toujours pu disputer de religion avec tant d'avantage , évitait cependant de le faire quand la charité ne l'exigeait pas. Jacques Revius, fameux théologien de Leyde , nous apprend qu'il avait tenté d'engager une dispute avec Descartes , en lui faisant observer que, puisqu'il examinait avec tant d'application les fondements de la philosophie , il ferait bien d'examiner les fondements de la religion qu'il professait (Ibid., p. W3). Mais Descartes se contenta de répondre : J'ai la religion du roi. Revius ayant insisté , Descartes ajouta : J'ai la religion de ma nourrice ; et il ne put en tirer rien de plus. Revius , qui n'a point vu que Descartes plaisantait, et ne voulaitque se débarrasser d'un importun , dit gravement : Voilà les solides fondements sur lesquels Descartes établissait fa foi.
Descaries , qui ne voulait point traiter la
VIE RELIGIEUSE DE DESCARTES
controverse avec les ministres protestants , évitait, avec le même soin , toutes les discussions sur les questions de l'école avec les théologiens catholiques. Une de ses principales raisons , sans doute, c'est qu'il ne voulait point faire de diversion à ses recherches philosophiques ; car, d'ailleurs, il avait beaucoup étudié sa religion., et il en connaissait à fond toutes les parties. Le P. Mersenne témoigne , dans sa lettre à Voëtius, que cette profonde connaissance le ravissait quelquefois en admiration.
On sait que Christine , reine de Suède , dé- .sira vivement entendre , de la bouche même de Descartes, les principes de sa philosophie, qui commençait à jeter un grand éclat. Il céda, après une assez longue résistance, aux sollicitations de cette princesse, et vint à Stockholm. Pendant qu'il y vécut, il n'eut point d'autre logement que celui de M. Chanut, ambassadeur de France. La famille do ce ministre, qui était fort pieuse , pria souvent Descartes de faire dés entretiens sur la religion. Il se rendait facilement à des prières si chrétiennes : on ne se lassait point de l'entendre et de l'admirer. M. Chanut nous apprend que madame l'ambassadrice fut longtemps inconsolable de ce que son fils , qui était absent, n'avaitpu l'entendre un jour où il parla sur la rédemption.
L'ambassadeur avait établi danssa maison, et pour sa famille , des exercices journaliers de piété, lelsque la prière en commun, l'examen de conscience , etc. Descartes y assistait religieusement et avec une grande exactitude. Ce n'est pas seulement les jours de fête et les dimanches, c'était encore tous les autres jours de la semaine qu'il était présent à la célébration des saints mystères. Il s'approchait encore régulièrement des sacrements de pénitence et d'eucharistie, et il les avait reçus le jour même où se déclara la maladie qui devait l'enlever de ce monde , je veux dire le jour de la Purification. Tel est le témoignage rendu par toule la maison de M. Chanut, et particulièrement par le P. Viogué , religieux auguslin , docteur de Surbonne, envoyé en Suède parle pape Innocent X, comme missionnaire apostolique, et qui remplissait la fonction d'aumônier dans la maison de l'ambassadeur de France. On peut consulter le témoignage authentique de ce saint religieux, imprimé dans le second volume de la Vie de Descartes.
La maladie de Descartes, qui fut d'abord très-violente , lui laissa peu de liberté d'esprit ; mais , dans le transport où le jetait l'ardeur de la fièvre, on découvrait combien profondément de saintes pensées étaient gravées dans son esprit; car il ne s'entretenait avec lui-même que de la prochaine délivrance de son âme : on lui entendait dire souvent : Allons, mon âme, il y a longtemps que tu es captive; voici l'heure où tu dois sortir dt prison : il faut souffrir la séparation de ton torps avec courage et avec joie (Préface, tom. prem.). Le huitième jour de sa maladie, il eut assez de présence d'esprit pour comprendre le danger de son état. Je crois , disait-il à
M. Chanut , que Dieu le souverain arbitre de la vie et de la mort, a permis que mon esprit ait été si longtemps enveloppé de ténèbres , pour arrêter mes raisonnements .qui n'auraient peut-être pas été assez conformes à la volonté qu'-il a témoignée de disposer de marie. Il conclut que, puisque Dieu lui rendait l'usage libre de la raison , il lui permettait , par conséquent, de suivre ce quelle lui dictait, pourvu qu'il s'abstint de vouloir pénétrer trop curieusement dans ses décrets et de se livrer à aucune inquiétude sur l'événement. Il se Gl donc saigner de son propre mouvement , ce qu'il avait toujours refusé jusqu'alors. Quelques moments après, M Chanut étaiil rentré dans sa chambre, Descartes flt tomber la conversation sur la mort; et persuadé, de plus en plus , de l'inutilité des remèdes , il demanda le directeur de sa conscience, et pria qu'on ne l'entretînt plus que de la miséricorde de Dieu et du courage avec lequel il devait souffrir la séparation de son âme. Il attendrit et édifia, par les réflexions qu'il fit sur son état et sur celui de l'autre vie , toute la famille de l'ambassadeur rassemblée autour de son lit. La nuit suivante, il entretint encore l'ambassadeur de sentiments de religion, et lui marqua, en termes également généreux et tournants, la disposition où il était de mourir pour obéir à Dieu, et le sacrifice qu'il lui offrait de sa vie en expiation de ses fautes. Dans le soir du lendemain, on vint avertir M. Chanut que le malade paraissait loucher à sa dernière heure. M.Chanutaccourutavec sa famille, pour recueillir les dernières paroles de son ami ; mais il ne parlait déjà plus. Le confesseur , qu'il avait inutilement demandé jusqu'alors , parce qu'il était absent de Stockholm , arriva dans le moment, et voyant bien que le malade n'était point en état de faire sa confession de bouche,- il fit souvenir l'assemblée qu'il avait rempli tous les devoirs d'un chrétien fidèle, dans le premier jour de sa maladie et un mois auparavant. Croyant ensuite reconnaître, aux yeux du malade et au mouvement de sa tête , qu'il conservait la connaissance , il le pria de témoigner, par quelque signe, s'il l'entendait encore, et s'il voulait recevoir de lui la dernière bénédiction. Aussitôt le malade leva les yeux au ciel , d'une manière qui toucha tous les assistants , et qui annonçait une parfaite résignation à la volonté de Dieu. M. l'ambassadeur, qui entendait le langage de ses yeux, et qui pénétrait encore dans le fond de son cœur, dit à l'assemblée, que son ami se retirait content de la vie, satisfait des hommes, plein de confiance dans la miséricorde de Dieu, et trè=-empressé d'aller voira découvert et de posséder la vérité qu'il avait recherchée toute sa vie. La bénédiction donnée, toute l'assemblée se mit à genoux pour faire les prières des agonisants, et s'unira celles que le prêtre allait adresser à Dieu pour la recommandation de son âme, au nom de l'Eglise et des fidèles répandus dans tout l'univers. Elles n'étaient pas achevées quand Descartes rendit l'esprit à son Créateur, dans Une tranquillité digne de l'innocence de sa
vie. Il mourut le II février 1650, à quatre heures du matin , âgé de cinquante-trois ans dix mois et onze jours, après neuf jours de maladie.
Toutes ces circonstances de la mort de Descartes, si édifiantes, sont en même temps indubitables; elles avaient été recueillies par différents témoins oculaires dont les relations subsistaient encore au temps de M. Baillet, et lui avaient été communiquées.
Mais la mort est un point si important el si digne d'attention dans l'histoire de la vie d'un homme, et d'un homme tel que Descartes ; ses actions et ses discours, dans cette dernière circonstance, sont si propres à manifester ses véritables sentiments, que nous croyons devoir joindre à la relation précédente de la mort de Descartes, une autre relation curieuse et singulière. L'auteur est la nièce même de Descartes, l'une des personnes de son sexe qui ont le plus contribué, par leur esprit et leur savoir, à illustrer le siècle de Louis XIV. Cette pièce, qui est écrite en prose et en vers, se lit dans un recueil de poésies publié par le pèreBouhours, en 1693.
// a passé par la ville de Rennes, dit mademoiselle Descartes, un vieillard qui, sachant que j'étais nièce du philosophe Descartes , m'embrassa de bon cœur et me dit qu'il était à Stockholm quand mon oncle mourut. Cest un ministre qui allait s'embarquer à Saint-Malo pour l'Angleterre. Il me parla tant de cette mort, que je crois que c'est lui, à proprement parler, qui a fait la relation que je vous envoie, car je tiens de lui tout ce qu'elle renferme.
Mademoiselle Descartes raconte en vers l'histoire du voyage de son oncle en Suède ; elle observe ensuite qu'il donnait ses leçons à la reine dans la bibliothèque de cette princesse, à cinq heures du matin, temps, ajoute-t-elle, tout ensemble fort honorable et fort incommode pour le philosophe né, comme il le disait lui-même, dans les jar'diyis de la Tour aine. Il y avait un mois que cela continuait, quand il se trouva saisi d'une grande inflammation de poumon et d'une violente fièvre qui occupait le cerveau par intervalles. Il demeurait chez M. Chanut .alors ambassadeur de France. Ils s'appelaient frères, et il y avait effectivement entre eux une amitié ancienne, sincère et fraternelle. M. Chanut accourut à la chambre de son ami avec les médecins de la reine. Ils ne désespérèrent pas de le guérir, mais le malade jugea qu'il était frappé a mort. Cette pensée ne l'étonna point ; au contraire, il se disposa à ce grand passage avec tin recueillement d'esprit fort paisible. Le matin il sentit de grandes douleurs ; mais, pendant plus d'une heure, il n'en interrompit pas son silence ; à la fin, on l'entendit soupirer et se plaindre. Quand cela eut duré quelque temps , M. Chanut, qui avait passé la nuit auprès de lui, jugea à propos de l'interrompre pour détourner l'âme du malade de la pensée de ses douleurs ; il s'approcha de lui, ei , d'une voix basse et douce, il lui dit : (Mademoiselle Descartes met en vers les paroles de M. Chanut , en voici quelques-uns) :
f N'uublions jamais, mon cher frère,
VIE RELIGIEUSE DE DESCARTES
« Que la douleur et la misère,
« Du corps morlel que nous avons,
< Et de la terre où nous vivons,
< Sont l'apanage nécessaire.
i C'est un tribut que nous devons.
« Rendons-le librement, et suivons sans murmure
i La conduite de la nature, i Elle eu lionne, elle est sage, et ses riches présents,
« Comme ceux d'une bonne mère, i Se répandant sur tous, se font goûter longtemps ;
« Et ses grands maux ne durent guère. >
Mlle Doscarles fait converser ensemble, pendant assez longtemps, les deux amis, tantôt en vers, tantôt en prose, d'après les principesd'une philosophie toutedivine. Nous remarquerons ces deux vers qu'elle met dans la bouche de Descartes :
i Ah ! j'aurais donc vécu bien inutilement, < Si je n'avais appris à mourir un moment. >
Nous voyons, dans la relation donnée par M. Baillelde la mort de Descartes, que les discours que Mlle Descarlcs met dans la bouche de son oncle et de M. Chanut, ne sont pas de pures fictions.
Mlle Descartes finit sa relation par ces paroles :
Un très-dévot religieux, quiservait d'aumômier à M. l'ambassadeur, s' étant approché, remontra à Descartes que quoiqu'il se fût confessé, et qu'il eût reçu son Créateur depuis deux jours, il était plus à-propos d'employer le peu de temps qui lui restait à vivre, à des actes de repentir de ses péchés, et d'espérance en la miséricorde divine qu'à des discours philosophiques. Le malade obéit à l'instant; il dit le dern ier adicuàM. Chanut en l'embrassant avec tendresse. Ensuite il dicta une lettre à ses deux frères, conseillers au parlement de Bretagne, où, entre autres choses , il leur recommanda de pourvoir à In subsistance de sanourrice .delaqucllc il avait toujours eu soin pendant sa vie. Puis se retournant vers son confesseur, il passa cinq ou six heures, qu'il vécut encore, en de continuels actes de piété et de religion.
Cette relation, faite sur le rapport d'un Français qui était alors à Stockholm, et qui ne paraît pas avoir été de la maison de l'ambassadeur, diffère en quelques circonstances légères de celle qu'on lit dans la vie de Descartes par Baillet. Mais on voit toujours, et on doit au moins conclure de celle relation, qu'au temps où mourut Descarlcs, il était notoire à Stockholm qu'il était mort dans de grands sentiments de piété. Nous terminerons celte vie de Descarlcs par le témoignage authentique que lui a rendu la reine Christine en 1GG7 (1).
C hristine-Alcxandra, reine, etc.
Certifions que le sieur Descaries a beaucoup contribué à notre glorieuse conversion, et que la providence de Dieu s'est servi de lui et de notre illustre ami, le sieur Chanut, pour nous en donner les premières lumières ; en sorte que ta grâce et sa miséricorde achevèrent ensuite
(I) Le P. d'Avrigny, dans ses Mémoires ecclésiastiques, a paru douter de l'authenticité de ce témoignage. Il ignorait apparemment que l'original existe dans la bibliothèque de l'abbaye de Sainte-Geneviève.
de nous faire embrasser les vérités de la religion catholique, apostolique et romaine, que le sieur Descurtes a toujours constamment professée, et dans laquelle il est mort avec toutes les mar' ques de la vraie piété que notre religion exigt. de tous ceux qui la professent. En foi de quoi nous avons signé les présentes et y avons fait apposer notre sceau royal \ A la tétc des méditations de Descartes).
Epithaphe de Descartes dans l'église dt Sainte-Geneviève.
RENATUS DESCARTES,
Vii- supra titulos omnium rétro philosophnrum , Nubilis génère, Armoricus génie, Turonicus origine, In Gallia Flexire sluduit, In Pannonia miles meruit.
In Baiavia pliilosnpluis deliluil, In Suecia vocatus oceuhuit.
Tanli viri pretiosas reliquias, Gallinrum percelobris tune legatus, PETKUS CHA- NUT.
CIIIUSTINjE , sapieniissimco reginse , sapicntiuài ain.Ui ici ,
lnvidere non pntuit, nec vindicare PatrU- ; Sed quihns licuil eumulalas honorions Peregrinac terra mandavit iuvitus ; Anno Domini 1650, mense februario, a-labis Si. Tandem posl sepiem efdccem anno-, lu graliam christianissimi régis
LUDOYICI DECIMIQUART1,
Virorum insignium cultoris et remunexatoris, Procurante PETHO D'ALIUERT, Scpulchri pio et amico violatore, Palri;c reddite surit ; El in isio nrliis et artium culmina; positon; lit qui vivus apud exieros otium et famam qiiîcsierat;
Morluus, apud suos cuui lande quiescerel ; Suis et exleiis in exemplum et docuinentuin fulurns.
I nunc vi.itor ; El Divinitalis, iinmorlalilalisque anima?, Maximum et cliruni asscriorcin, Aut jam crede felicem, aut precihus redde.
Inscriptions inises sur le monument de forme quadrangulaire qui fut élevé à Stockholm, en l'honneur de Descartes, aussitôt après sa mort.
Sur la face antérieure ; D. O. M.