‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 24 sur 454 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Les péchés véniels délibérés ne fautes légères.

sont pus des

(1 est des péchés véniels d'inadvertance dont personne n'est capable de se garantir ; mais il y a deux sortes d'advertance, si l'on peut user de eu terme , l'une accompagnée de réflexions, et l'autre qui est si soudaine, que le péché véniel est presque plus tôt commis qu'on ne s'en est aperçu. Dieu nous garde des fautes qui se commettent avec cette première advertance , quelque légères qu'elles paraissent 1 J'avoue ne pas comprendre comment nous pouvons être assez hardis pour offenser un si grand Seigneur, quoiqu'on des choses légères , et sachant, comme nous le savons , que rien n'est petit de ce qui peut etie désagréable à une si haute majesté, qui a sans cesse les yeux arrêtés sur nous. Ce péché ne peut, ce me semble, être qu'un péché prémédité, puisque c'est comme qui dirait : Seigneur, quoique cela vous déplaise, je ne laisserai pas de le faire. Je sais que vous le voyez , et je ne puis douter que vous ne le voulez pas ; mais j'aime mieux suivre mon désir que votre volonté. Quoi! l'on osera faire passer cela pour une chose de néant? Je suis d'un sentiment bien contraire ; car je trouve que c'est non-si'uleineut une faute , mais une trèsgrande faute.

Liberté sainte et ennemie des scrupules, avec laquelle doivent agir ceux qui servent le Seigneur.

Je vous exhorte fort à fuir la gêne et la contrainte dans le service de Dieu, parce que l'âme qui s'y laisse aller ne se trouve par là disposée à aucune sorte de bien, et tombe quelquefois dans des scrupules qui la rendent inutile à elle et aux autres. Si , en demeurant gênée de la sorte , elle ne tombe pas dans ces scrupules , quoiqu'elle soit bonne pour elle-même , elle sera incapable de servir à d'autres pour les faire avancer dans la piété; parce que cette contrainte est si ennemie de notre nature, qu'elle nous intimide et nous effraye. Ainsi, quoique ces personnes soient persuadées que le chemin que vous tenez est meilleur que celui où elles marchent, l'appréhension de tomber dans ces gênes et contraintes où elles vous voient, leur fera perdre l'envie qu'elles avaient d'y entrer.

Tâchez donc, autant que vous le pourrez sans offenser Dieu , do vous conduire de telle sorte envers toutes les personnes avec qui vous aurez à vivre , qu'elles demeurent satisfaites de votre conversation , qu'elles désirent do pouvoir imiter votre manière d'agir, et que la vertu leur paraisse si belle et si aimable dans vos entretiens, qu'au lieu de leur faire peur, elle leur donne du respect et de l'amour.

Cet avis est très-important aux religieuses; plus elles sont saintes, et plus elles doivent s'efforcer de témoigner de la douceur et de la bonté envers leurs sœurs. C'est pourquoi, mes filles, lorsque les discours de vos sœurs ne sont pas tels que vous désireriez, quoique cela vous donne beaucoup de peine, gardez-vous bien de le témoigner et de vous éloigner d'elles. Par, ce moyen elles vous aimeront, et vous leur serez utiles : [trenons donc un extrême soin de plaire à tous ceux avec qui nous avons à traiter, mais principalement à nos sœurs.

Tâchez de bien comprendre cette importante vérité , que Dieu ne s'arrête pas tant à de petites choses que vous vous l'imaginez , et qu'ainsi vous ne devez point vous gêner l'esprit, parce que cela pourrait vous empêcher de faire beaucoup de bien. Ayez seulement, comme je l'ai dit, l'intention droite, et une volonté déterminée de ne point offenser Dieu , sans laisser accabler votre âiun par des scrupules; puisqu'au lieu de devenir saintes par ce moyen , vous tomberiez en beaucoup d'imperfections où le démon vous pousserait insensiblement , sans que, je le répète encore, vous fussiez utiles ni aux autres ni à vous-mêmes , ainsi que vous l'auriez pu être en agissant autrement.

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