SIMPLICITE DE L'AME. S
dément seul de nous faire apercevoir de nos rêveries. (Page kok, 400.) (1)
VIII. — Méthode qu'a suivie Descartes pouf prouver l'immortalité de l'âme.
(Abrégé des méditations.)
Pour prouver l'immortalité de l'âme, j'ai
(1) Descartes termine ainsi sa réponse aux objections de Gassendi, qui dans l'ordre suivi dans les méditations , sont les cinquièmes : Jusqu'ici l'esi>ril s est entretenu avec la chair, etc. Pour entendre celle phrase , il faut savoir que Gassendi, dans le cours de ses Objections, adressant la parole à Descaries l'appelle souvent, à esprit! Descaries, qui ne trouvait pas apparemment la plaisanterie fort bonne, lui répond ê chair !
Il parait par la lettre LV du second tome (p. 298) que Gassendi avait élé un peu affecté de la réponse dé Descartes. « 11 me semble, dit Descartes au P. Mer-
< senne, que M. Gassendi sérail fort injuste s'il s'ofi fensail de la réponse que je lui ai faite : car j'ai eu « soin de ne lui rendre que la pareille, tant à ses
< compliments qu'à ses attaques, nonobstant que j'ai « toujours oui dire que le premier coup en vaut deux ; « en sorte que, bien que je lui eusse rendu le double' « je ne l'aurais pas juslemenl payé. Mais peut-être « il est louché de mes réponses, parce qu'il y recont naît la vérité; et moi je ne l'ai point éié de ses ob-
< jeelions, par une raison toute contraire. >
Dans le vrai, quoique Descaries el Gassendi débutent dans leur, écrits avec beaucoup d'honnêteté et les terminent de même , on y aperçoit cependant un fond d'aigreur réciproque. El il esl encore très-vrai que Gassendi parait combattre les arguments de Descartes ave,: une sorle d'animosiié ; qu'il emploie à faire valoir les objections des alliées et des matérialistes, toute la subtilité et taule la force de sou esprit, et que jamais la «anse de ceux-ci n'a élé plus vi»oureusement défendue.
M. Ainanld , qui avait, immédiatement avant Gassendi, proposé ses objections à Descaries , s'en était bien aperçu, el en était mécontent, jusqu'au point de suspecter la religion de ce philosophe. 11 s'en explique plus d'une l'ois dans ses écrits , cl particulièrement dans sa Lettre CCCGLVIII , à M. du Vaucel : « Ce que je vous ai marqué de la doctrine de M. Des" i cartes, me parait tort solide. Ceux qui ont contesté c ce qu'il a dit de la distinction de l'âme el du corps « étaient entêtés de la philosophie d'Epicure et n'a- • vaient guère de religion. Je sais bien ce que je vous « dis. i
Il existe une vie de Gassendi, imprimée à Paris en 1731, et dont ,1 parait, par le privilège, que l'auteur est un M. de Warde. Le père Bougerel y a joint une espèce d'approbation, dans laquelle il cherche à justiher Gassendi de l'imputation qui lui est faile par T. Arnauld; et il remarque avec sagesse que, dans sa philosophie, ouvrage postérieur aux instances Gasssendi a prouvé de la manière la plus claire et là plus précise l'immortalité de l'âme.
Dans une lettre critique el historique, adressée à 1 auteur de la vie de Gassendi, on assure (p. 66) que M. Gassendi ne faisait aucun cas de ses instances ■ qu'il a avoué plusieurs fois à François Henri, que celle production était de tous ses écrits le plus faible et le plus médiocre, i En effet, dit-il, s'il eût élé moins i doux el moins complaisant, elle n'aurait jamais vu i le jour. Mais ses amis le contraignirent à l'envoyer t à Descartes , et le violentèrent encore pbu pouf la i faire imprimer. >
Nous ignorons quel est ce M. François Henri dont parle l'auteur de la lettre. Il parait avoir écrit en latin des mémoires sur Gassendi, que cite l'auteur de celle leur
rru devoir suivre un ordre semblable à celui dont se servent les géomètres, qui est d'avancer premièrement toutes les choses dont dépend la proposition qu'on cherche, avant d'en rien conclure.
Or, la première et principale chose qui est requise pour bien connaître l'immortalité de l'âme, est de former une conception de l'âme claire et nette et entièrement distincte de toutes les conceptions que l'on peut avoir du corps ; c'est ce qui a été fait dans ma seconde méditation. Il est nécessaire outre cela de. savoir que toutes les choses que nous concevons clairement et distinctement sont vraies, de la façon que nous les concevons : ce qui n'a pu être prouvé avant la quatrième méditation. De plus, il faut avoir une conception distincte de !a nature corporelle, et cette conception se forme, partie dans la seconde, et partie dans la cinquième et sixième méditation. Enfin on doit conclure de tout cela que les choses que l'on conçoit clairement et distinctement étredes substances diverses, ainsi que l'on conçoit l'esprit et le corps, sont en effet des substances réellement distinctes les unes des autres ; et c'est ce que l'on conclut dans la sixième méditation. Ce qui se conûrmeen ce que nous ne concevons aucun corps que comme divisible; au lieu que l'esprit ou l'âme de l'homme ne peut se concevoir que comme indivisible. En effet, nous ne saurions concevoir la moitié d'aucune âme, comme nous pouvons concevoir la moitié du plus petit de tous les corps : par là on reconnaît que leurs natures ne sont pas seulement diverses, mais qu'elles sont même, en quelque façon, contraires. Or cela suffit pour montrer assez clairement que de la corruption du corps ne s'ensuit pas la mort de l'âme , et ainsi pour donner aux hommes l'espérance d'une seconde vie après la mort.
On ne conteste point que généralement toutes les substances, c'est-à-dire toutes les choses qui ne peuventexistersansêtrecréées de Dieu, sont de leur nature incorruptiles et ne peuvent jamais cesser d'être, si Dieu lui-même, en leur refusant son concours, ne les réduit au néant, et que le corps pris en général est une substance, et par conséquent ne périt point ; mais le corps humain, en tant qu'il diffère des autres corps, n'est composé que d'une certaine configuration de membres et d'autres semblables accidents, tandis que l'âme humaine n'est point ainsi composée d'accidents, mais est une pure substance : car, quoique tous ses accidents se changent; quoique, par exemple, elle conçoive de certaines choses, qu'elle en veuille d'autrvs et qu'elle en sente d'autres, etc., l'âme pourtant ne devient point autre; au lieu que le corps humain devient une autre chose, décela seul que la figure de quelques-unes de ses
IX. — La croyance de VimmortaUté de l'âme ne peut pas autoriser le suicide.
(ce que je ne distingue point] est immortel de sa nature.
(Tome prem. , Lett. vm.)
La connaissance de l'immortalité de l'âme et de la félicité dont elle sera capable après celte vie pourrait donner sujet d'en sortir à ceux qui s'y ennuient, s'ils étaient assurés qu'ils jouiraient ensuite de cette félicité ; mais aucune raisonne les en assure; et il n'y a que la fausse philosophie d'Hégésias , dont le livre fut défendu par Ptolomée, parce que plusieurs s'étaient tués après l'avoir lu , qui tâche de persuader que cette vie est mauvaise. La vraie enseigne, tout au contraire, que, même parmi les plus tristes accidents et les plus pressantes douleurs , on y peut toujours être content, pourvu qu'on sache user de sa raison.
X. — La simplicité de Vâme, considérée seule, n'emporte pas la certitude absolue de son immortalité.
[Médit. Rép. aux secondes objections , iJ. 174.)
LepèreMersennem'afaitobserver./ue.defa distinction de l'âme d'avec le corps , Une s'ensuit pas qu'elle soit immortelle , parce que , nonobstant cela, onpeut direqueDieu l'afaite d'une telle nature , que sa durée finit avec celle de la vie du corps. Je confesse que je n'ai rien à lui répondre : car je n'ai pas assez de présomption pour entreprendre de déterminer, parla force du raisonnement humain, une chose qui ne dépend que de la pure volonté de Dieu.
La connaissance naturelle nous apprend que l'esprit est différent du corps, et qu'il est une substance ; et aussi que le corps humain , en tant qu'il diffère des autres corps, est seulement composé d'une certaine configuration de membres et autres semblables accidents; et enfin que la mort du corps dépend seulement de quelque division ou changement de figure. Or nous n'avons aucun argument ni aucun exemple qui nous persuade que la mort, ou l'anéantissement d'une substance telle qu'estl'esprit, doive suivre d'une cause si légère, comme est un changement de figure , qui n'est autre chose qu'un mode, et encore un mode non de l'esprit, mais du corps , qui est réellement distincte de l'esprit. Et même nous n'avons aucun argument ni exemple qui nous puisse persuader qu'il y a des substances qui sont sujettes à être anéanties : ce qui suffit pour conclure que l'esprit, ou l'âme de l'homme ( autant que cela peut être connu par la philosophie naturelle) est immortel.
Mais si on demande, si Dieu, par son absolue puissance, n'a point peut-être détermine que les âmes des hommes cessent d'être , au même temps que les corps auxquels elles sont unies sont détruits; c'est à Dieu seul d'en répondre. Et puisqu'il nous a maintenant révélé que cela n'arrivera point, il ne
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rtaus doit plus rester touchant cela aucun doute (i).
(1) Il est bien vrai qu'on ne peut pas démontrer rigoureusement, oar les seules lumières de la raison, que toutes les âmes subsisteront éternellement après la mort; mais on peut démontrer qu'en général elles survivront aux corps, et qu'il y aura pour elles une autre vie ; car Dieu, souverainement juste et souverainement sage, doit mettre une différence entre ceux qui auront constamment observé ses commandements pendant leur vie, et ceux qui les auront constamment violés, entre ceux qui auront prolongé leurs jours à la faveur des crimes, et ceux qui les auront terminés plus tôt, parce qu'ils ont refusé d'en commettre.
Nous convenons bien qu'en général les observateurs fidèles de la loi divine sont plus heureux , même dans cette vie, que ses iransgresseurs ; mais cela n'arrive pas toujours, et avec les proportions couvenables. Un bomme périt dans de cruels tourments, parce qu'il a refusé de rendre un faux témoignage : la paix qu'il éprouve dans sa conscience forme-t-elle pour lui un dédommagement suffisant de la perte de sa vie et de tout ce qu'il possédait dans ce monde? Donc, s'il n'existait point une autre vie, Dieu ne serait pas juste, et il n'y aurait point en ce monde de motif toujours suffisant pour faire lo bien et s'abstenir du mal.
Si on prend la peine d'approfondir la pensée de Deseartes, on verra qu'il a été bien éloigné d'insinuer le contraire.
I.— Différence entre les vérités acquises et les vérités révélées. Abus qu'on peut faire des vérités révélées.
(Tomeu , Lett. c.)
Il y a celle grande différence entre les vérilés acquises et les révélées, que la connaissance de celles-ci ne dépendant que de la grâce, (laquelle Dieu ne refuse à personne , quoiqu'elle ne soit pas efficace en tous ) les plus idiotset les plus simples y peuvent aussi bien réussir que les plus subtils; au lieu que, sans avoir plus d'esprit que le commun, on ne doit pas espérer de rien faire d'extraordinaire dans les sciences humaines. Et enfin , quoique nous soyons obligés à prendre garde à ce que nos raisonnements ne nous persuadent aucune chose qui soit contraire à ce que Dieu a voulu que nous crussions, je crois néanmoins que c'est appliquer l'Ecriture sainte à une fin pour laquelle Dieu ne l'a point donnée , et par conséquent en abuser, que d'en vouloir tirer la connaissance des vérités qui n'appartiennent qu'aux sciences humaines et qui ne servent pointa notre salut.
II. — La foi chrétienne , qui est obscure dans son objet , est claire dans son motif.
(Médit. Rép. aux secondes object.,p. 1C8.)
Quoiqu'on dise que la foi a pour objet des choses obscures , néanmoins ce pourquoi nous les croyons n'est pas obscur, mais il est plus clair qu'aucune lumière naturelle. 11 faut ici distinguer entre la matière ou la chose à laquelle nous donnons notre créance, et la raison formelle qui meut noire volonté à la donner : car c'est dans cette seule raison formelle que nous voulons qu'il y ait rie la rîarlé et de l'évidence. Et quant à la matière, personne n'a jamais nié qu'elle peut être obscure, et l'obscurité même : car quand je juge que l'obscurité doit être ôlée de nos pensées pour leur pouvoir donner notre consentement sans aucun danger de faillir, c'est l'obscurité même qui me sert de matière pour former un jugement clair et distinct.
Outre cela, il faut remarquer que la clarté,
ou l'évidence par laquelle noire volonté peut êlre excitée a croire, est de deux sortes : Tune qui part de la lumière naturelle, et l'autre qui vient de la grâce divine.
Or, quoiqu'on dise ordinairement que la foi est des choses obscures , cependant cela s'entend seulement de sa matière , non point de la raison formelle pour laquelle nous croyons; au contraire, cette raison formelle consiste en une certaine lumière intérieure, dont Dieu nous ayant surnaturellcment éclairés, nous avons une confiance certaine que les choses qui nous sont proposées à croire ont été révélées par lui , et qu'il est entièrement impossible qu'il soit menteur et qu'il nous trompe; ce qui est plus assuré que toute autre lumière naturelle, et souvent même plus évident , à cause de la lumière de la grâce.
Et certes, les Turcs et les autres infidèles,' lorsqu'ils n'embrassent point la religion chrétienne, ne pèchent pas pour ne vouloir point ajouter foi aux chosesobscures, comme étant obscures; mais ils pèchent, ou parce qu'ils résistent à la grâce divine qui les avertit intérieurement, ou parce que péchant en d'autres points, ils se rendent indignes de celte grâce; et je dirai hardiment qu'un infidèle qui, destitué de toute grâce surnaturelle et ignorant tout à fait que les choses que nous autres chrétiens croyons ont été révélées de Dieu, néanmoins attiré par quelques faux raisonnements, se porterait à croire ces mêmes choses qui lui seraient obscures , ne serait pas pour cela fidèle, mais plutôt il pécherait, en ce qu'il ne se servirait pas comme il faut de sa raison.
Et je ne pense pas que jamais aucun théologien orthodoxe ail eu d'autres sentiments touchant cela ; et ceux aussi qui liront mes méditations , n'auront pas sujet de croire que je n'aie point reconnu celle lumière surnaturelle, puisque dans la quatrième, où j'ai soigneusement recherché la cause de l'erreur ou fausseté, j'ai dit , en paroles expresses , qu'elle dispose l'intérieur de notre pensée à vouloir, et que néanmoins elle ne diminuepoint In liberté.
IH. — Office de la raison à l'égard de diverses vérités révélées.
père le faire voir clairement dans les occasions (i).
(Tom. i , Lett. xcix.)
11 est des choses qui ne sont crues que par la foi, comme sont celles qui regardent le mystère de l'Incarnation, delà Trinité, et semblables, lien est d'autres qui, quoiqu'elles appartiennent à la foi. peuvent néanmoins être discutées et prouvées par la raison naturelle , entre lesquelles les théologiens ont coutume de mettre l'existence de Dieu et la distinction de l'âme humaine d'avec le corps. EnOn , il en est d'autres qui n'appartiennent en aucune façon à la foi , mais qui sont seulement soumises à la recherche du raisonnement humain, comme la quadrature du cercle, la pierre philosophale et autres semblables. Et comme ceux-là abusent des paroles de la sainte Ecriture , qui , par quelque mauvaise explication qu'ils leur donnent, croient en pouvoir déduire ces dernières; de même aussi ceux-là dérogent à son autorité qui entreprennent de démontrer les premières par des arguments tirés de la seule philosophie. Cependant tous les théologiens soutiennent que l'on peut entreprendre de montrer que celles-là même ne répugnent point à la lumière de la raison , et c'est en cela qu'ils mettent leur principale étude ; mais pour les secondes , ils estiment qu'elles ne répugnent point à la lumière naturelle même, et ils exhortent et encouragent les philosophes^ faire tous leurs efforts pour tâcher de les démontrer par des moyens humains, c'est-à-dire tirés des seules lumières de la raison. Mais je n'ai encore vu personne qui assurât qu'il ne répugne point à la nature des choses qu'une chose soit autrement que la sainte Ecriture nous enseigne qu'elle est, à moins qu'il ne voulût montrer indirectement qu'il ajoute peu de foi à cette Ecriture; car, comme nous avons été premièrement hommes avant d'être faits chrétiens, il n'est pas croyable que quelqu'un embrasse sérieusement et tout de bon des opinions qu'il juge contraires à la raison qui le fait homme, pour s'attachera la foi par laquelle il est chrétien.