‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 249 sur 454 · V. — De l'éternité des peines · texte numérisé non relu

V. — De l'éternité des peines

(Tome i, Lett. ex.)

On m'a proposé de traiter la question si la bonté de Dieu lui permet de condamner les hommes à des peines éternelles. Cette question est du ressort de la théologie , et je me suis abstenu de répondre ; non pas que les raisons des libertins en ceci aient quelque force, car elles me semblent frivoles et ridicules, mais parce que je tiens que c'est faire tort aux vérités qui dépendent de la foi, et qui ne peuvent être prouvées par une démonstration naturelle, que de les vouloir affermir par des raisons humaines et probables seulement (1).

VI. — Descartes se justifie de l'accusation de pélagianisme et d'avoir écrit contre les vœux.

(Tome il, lett. vi; tome m, lett. vu.)

J'ai cherché dans saint Augustin k-s erreurs de Pelage, pour savoir sur quoi peuvent se fonder ceux qui disent que je suis de son opinion ; mais j'admire comment ceux qui ont envie de médire, s'avisent d'en chercher des prétextes si peu véritables, et tirés de si loin. Pelage a dit qu'on pouvait faire di- bonnes œuvres et mériter la vie éternelle sans la grâce, ce qui a élé condamné par l'Eglise; et moi je dis qu'on peut connaître par la raison naturelle que Dieu existe. Mais je ne dis pas pour cela que celte connaissance naturelle mérite de soi, et sans la grâce, la gloire surnaturelle que nous attendons dans le eiel : car au contraire, il est évident que cette gloire étant surnaturelle, il faut (les forces plus que naturelles pour la mériter; et je n'ai rien dit, touchant la connaissance de Dieu , que tous les théologiens ne disentaussi.Mais il faut remarquer que.ee qui se connaît par la raison naturelle, comme qu'il est tout bon, tout-puissant, tout véritable, etc. , peut bien servir à préparer les infidèles à recevoir la foi, mais non pas suffire pour leur faire gagner le ciel ; car pour cela il faut croire en Jésus-Christ et aux autres choses révélées , ce qui dépend de la grâce.

11 en est qui s'offensent mal à propos de ce que j'ai dit que les vceux sont faits pour remédier à la faiblesse humaine : car outre que j'ai très-expressément excepté , dans mon discours sur la Méthode, tout ce qui touche la religion, je voudrais qu'ils m'apprissent à quoi les vœux seraient bons , si les hommes étaient immuables et sans faiblesse. Et quoique ce soit une vertu, de se confesser , aussi bien que de faire des vœux de religion , cependant cette vertu n'aurait jamais lieu si les hommes ne péchaient point.

(I) Nous regrettons que Descaries n'ait pas voulu traiter celle question dans la môme lettre. Il dit un mot sur la perfection de l'univers, qui jette un grand jour sur l'optimisme de Leihmu et de Mallebranche. « Dieu mène tout à sa perfection, c'esl-.i-dire tout « collective, non pas chaque oliose en particulier; car t cela môme, que les choses particulières périssent, et c que d'antres renaissent en leur place, est une des < principales perfections de l'univers, i

-Pensée de Descartes sur une pierre pi etendue miraculeuse.

(Tome n, Lett. xxix.)

Vous me parlez dans l'une de vos lettres fil écrit au P. Mersenne) de l'ombre du corps de saint Bernard, qui paraît sur une pierre ; sur quoi je m'assure qu'il est aisé, en la voyant, d'examiner si elle est miraculeuse, ou bien si ce sont seulement les veines de la pierre qui représentent cette figure ; mais il est mal aisé de deviner ce qui en est en ne la voyant pas ; et je n'en puis dire autre chose, sinon que si elle est miraculeuse, et qu'on la regarde avec dessein d'examiner si les veines de la pierre la peuvent représenter sans miracle, il me semble qu'on y doit remarquei quelque circonstance qui fera voir qu'elles ne peuvent pas ; car pourquoi Dieu ferait-il un miracle, s'il ne voulait qu'il pût être connu pour miracle ?

VIII. — Souhait de Descartes pour la réunion des Hollandais à l'Eglise romaine.

(Tome m, Lett. ovin.)

J'ai lu avec bien de l'intérêt (il écrit à un Hollandais) votre traité flamand sur l'usage des orgues dans l'Eglise, et je n'y ai rien remarqué qui ne s'accorde avec notre

Eglise Je voudrais cependant qu'en nous

disant, comme vous faites, beaucoup d'injures, vous eussiez aussi bien déduit tous les points qui pourraient senir à réunir Genève avec Rome. Mais parce que l'orgue est l'instrument le plus propre de tous pour commencer de bons accords, permettez à mon zèle de dire ici. omen accipio, sur ce que vous l'avez choisi pour sujet. Si quelques indiens ont refusé de se rendre chrétiens, parla crainte qu'ils avaient d'aller au paradis des Espagnols, j'ai bien plus de raison d souhaiter que votre retour à notre religion me fasse espérer d'être après cette vie avec les habitants de ce pays, où j'ai montré par le fait que j'uimais mieux vivre oue dans le mien propre.

IX. — Quelle est la certitude de la présence du corps de Jésus-Christ dans une hostie.

(Tome n, Lett. liv.)

J'admire les objections de vos docteurs (il écrit au P. Mersenne), qui prétenlent que nous n'avons point de certitude, suivant ma philosophie, que le prêtre tient l'hostie à l'autel , ou qu'il ait de l'eau pour baptiser, etc. Car qui a jamais dit, même parmi les philosophes de l'école, qu'il y eût une autre certitude qu'une certitude morale de telles choses? Et quoique les théologiens disent qu'il est de la foi de croire que le corps de Jésus-Christ est dans l'Eucharistie, ils ne disent pas toutefois qu'il soit de la foi de croire qu'il est en cette hostie particulière, sinon en tant qu'on suppose, ex fide humanâ, guàd sacerdos habueril voluntatem consecrundi, et quod verba pronuntiarit, et sit rite ordina- ("i. ci talia (jute nullo modo sunt de fide.

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