‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 254 sur 454 · SLR LA MO II A LE · texte numérisé non relu

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on est assuré néanmoins qu'on fait son devoir : au lieu que si on exécute quelque action vertueuse, et que cependant on pense mal faire, ou bien si on néglige de savoir ce qui en est, on n'agit pas en homme vertueux.

Pour ce qui est de l'honneur et de la louange, on les accorde souvent aux biens de la fortune; mais il me semble qu'il n'y a que la vertu qu'on ait une juste raison de louer. Tous les autres biens méritent seulement d'Ôre estimés, et non point d'être honorés ou loués , si ce n'est en tant qu'on prt^uppose qu'ils sont acquis ou obtenus de Dieu , par le bon usage du libre arbitre. L'honneur et la louange sont une espèce do récompense , et il n'y a que ce qui dépend do la volonté qu'on ait sujet de récompenser ou de punir.

Il me reste encore ici à prouver que c'est de ce bon usage du libre arbitre que vient le plus grand et le plus solide contentement, de la vie ; ce qui me semble n'être pas difficile , parce que si je considère avec soin en quoi consiste la volupté ou le plaisir, et généralement toutes les sortes de contentements qu'on peut avoir, je remarque, en premier lieu, qu'il n'en est aucun qui ne soit entièrement dans l'âme, quoique plusieurs dépendent du corps; de même que c'est aussi l'âme qui voit, quoique ce soit par l'entremise des yeux. Puis, je remarque qu'il n'y a rien qui puisse donner du contentement à l'âme, sinon l'opinion qu'elle a de posséder quelque bien, il est vrai que souvent cette opinion n'est en elle qu'une représentation fort confuse; et son union avec le corps est même cause qu'elle se représente ordinairement certains biens , incomparablement plus grands qu'ils ne sont; mais si elle connaissait distinctement leur juste valeur, son contentement serait toujours proportionné à la grandeur du bien dont il procéderait. J« remarque aussi que la grandeur d'un bien, à notre égard , ne doit pas seulement être mesurée par la valeur de la chose en quoi il consiste, mais principalement aussi par la façon dont il se rapporte à nous ; et qu'outre que le libre arbitre étant de soi la chose la plus noble qui puisse être en nous, puisqu'il nous rend en quelque façon pareils à Dieu , et semble nous exempter de lui être sujets, et que par conséquent son bon usageest le plus grand de tous les biens, il est aussi le bien qui est le plus proprement nôtre, et qui nous importe le plus; d'où il suit que ce n'est que de lui que nos plus grands contentements peuvent procéder.

Aussi voit-on, par exemple, que le repos d'esprit, cl la satisfaction intérieure quo ressentent en eux-mêmes ceux qui savent qu'ils font toujours tout ce qu'ils peuvent, soil pour connaître le bien , soit pour l'acquérir , est un plaisir sans comparaison plus doux, [dus durable et plus solide que tous ceux qui viennent d'ailleurs.

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il — Fondements de la béatitude de l'homme

et procédé qu'aurait dû suivre Sénèquc dans

son traité de Vitâ beatâ.

( Tom. i , Lctt. m et iv. )

Point de sujet d'entretien plus intéressant que les moyens que la philosophie nous enseigne pour obtenir celte souveraine félicité, que les âmes vulgaires attendent en vain de la fortune, et que nous ne saurions avoir que de nous-mêmes. L*un dj ces moyens , qui me semble des plus utiles, est d'examiner ce que les anciens eu ont écrit, et de chercher à renchérir sur eux, en ajoutant quelque chose à leurs préceptes; c'est par là qu'on peut rendre ces préceptes parfaitement siens et se disposer à les mettre en pratique. Dans ce dessein , je me suis proposé d'examiner le livre que Sénèque a écrit. De Vitâ beatâ. En choisissant ce livre, j'ai eu seulement égard à la réputation de l'auteur et à la dignité de la matière, sans penser à la manière dont il la traite. J'ai depuis examiné cette manière , et je ne la trouve pas assez exacte pour mériter d'être suivie. Mais , afin qu'on en puisse juger plus facilement, je tâcherai ici d'expliquer comment il me semble que cette matière eût dû être traitée par un philosophe tel que lui, qui , n'étant point éclairé de la foi, n'avait que la raison naturelle pour guide.

11 dit fort bien, au commencement, que vivere omnes béate volant, sed ad pervidendum quid sil quod beatam vitam efficiat , câlinant. Mais il faut savoir ce que c'est que vivere beatè; je dirais en français vivre heureusement, s'il n'y avait pas celle différence entre le bonheur et la béatitude, que le bonheur ne dépend que des choses qui sont hors de nous ; d'où vient que ceux-là sont estimés plus heureux que sages auxquels il est arrivé quelque bien qu'ils ne se sont point procuré ; au lieu que la béatitude consiste, ce me semble, en un parfait contentement d'esprit et une satisfaction intérieure, que n'ont pas ordinairement ceux qui sont les plus favorisés de la fortune . et que les sages acquièrent sans elle. Ainsi, vivere beatè, vivre en béatitude, n'est autre chose qu'avoir l'esprit parfaitement content et satisfait. Considérant après cela ce que c'est quod beatam vitam efficiat, c'est-à-dire quelles sont les choses qui nous peuvent donner ce souverain contentement, je remarque qu'il y en a de deux sortes : celles qui dépendent de nous , comme la vertu et la sagesse, et celles qui n'en dépendent point, comme les honneurs, les richesses et la santé. Car il est certain qu'un homme bien né, qui n'est point malade, qui ne manque de rien . et qui avec cela est aussi sage et aussi vertueux qu'un autre qui est pauvre, malsain et contrefait, peut jouir d'un plus parfait contentement que lui. Cependant, comme un petit vaisseau peut être aussi plein qu'un plus grand, quoiqu'il contienne moins de liqueur, si nous entendons par le contentenipnt d'un chacun la plénitude et l'accomplissement de ses désirs réglés selon la rai-

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