‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 277 sur 454 · CERTITUDE D UNE AUTRE VIE · texte numérisé non relu

CERTITUDE D UNE AUTRE VIE

(Nouveaux essais sur l'entendement humain, p. 168.)

Les méchants sont fort portés à croire que l'autre vie est impossible; mais ils n'en ont d'autre raison que celle-ci, qu'il faut se borner à ce qu'on apprend par les sens, et que personne de leur connaissance n'est revenu de l'autre monde. Il y avait un temps que sur le même principe on pouvait rejeter les antipodes, lorsqu'on ne voulait point joindre les mathématiques aux notions populaires; et on le pouvait avec autant de raison, qu'on en peut avoir maintenant pour rejeter l'autre vie, lorsqu'on ne veut point joindre la vraie métaphysique aux notions de l'imagination. Car il y trois degrés de notions ou idées; savoir: notions populaires, mathématiques et métaphysiques. Les premières ne suffisaient point pour faire croire les antipodes; les premières et les secondes ne suffisent point encore pour faire croire l'autre vie. Il est vrai qu'elles fournissent déjà des conjectures favorables; mais si les secondes (les mathématiques) établissaient

certainement les antipodes avant l'expérience qu'on a maintenant (je ne parle pas des habitants, mais de la place au moins que la connaissance de la rondeur de la terre leur donnait chez les géographes et les astronomes), les dernières (les métaphysiques) ne donnent pas moins de certitude sur une autre vie, dès à présent et avant qu'on y soit allé voir.

Page 1