‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 278 sur 454 · ANCIENNETÉ DU DOGME DE L'IMMORTALITÉ DE LAME · texte numérisé non relu

ANCIENNETÉ DU DOGME DE L'IMMORTALITÉ DE LAME

(T. V, p. 516, epist. 18, Ad Korihollum.)

Toland a prétendu, dans un de ses ouvrages, que le dogme de l'immortalité de l'âme était une invention des Egyptiens. Mais il est très-évident que les Grecs des âges les plus reculés ont cru cette même immortalité. Elle était aussi reconnue par les druides gaulois, suivant le témoignage de Lucain. Les peuples de la Virginie, dans l'Amérique, croient que les âmes des morts habitent au delà d'une haute chaîne de montagnes. Et qui ne sait pas que l'opinion de la métempsycose, qui suppose évidemment l'immortalité de l'âme, est très-ancienne dans les Indes?

LIMMORTALITÉ DE l'aME , FONDEMENT NÉCES- SAIRE DE LA MORALE.

(T. V, epist. Ai Bierlingmm, p. 590.)

Je trouve très-mauvais que des personnages célèbres, tels que Puffendorf et Thomasius, enseignent qu'on ne connaît que par la seule révélation l'immortalité de l'âme, ainsi que les peines et les récompenses qui nous attendent au delà de cette vie. J'ai remarqué dans ma lettre à Bohemer, sur le Traité des devoirs de l'homme, par Puffendorf, que le fondement de toute la théologie naturelle était manifeste à tout homme, même du simple peuple, qui connaissait la providence de Dieu et ses conséquences, sans qu'il fût nécessaire d'employer, pour le convaincre, les arguments métaphysiques qui en démontrent la vérité. Toute doctrine sur les mœurs, la justice, les devoirs, qui ne se fonde que sur les biens de cette vie, ne peut être que très-imparfaite. Otez l'immortalité

de l'âme, la doctrine de la Providence est inutile, et n'a pas plus de force pour obliger les hommes que les dieux d'Iîpicure qui sont sans providence. Si Dieu n'avait donc point mis en nous des principes qui nous conduisissent à la connaissance de l'immortalité, la théologie naturelle serait sans fondement et ne servirait de rien contre l'athéisme pratique : il aurait donc été permis aux hommes d'être athées avant la révélation : car la Divinité ne se venge pas, ou ne se venge pas assez dans cette vie.

(P. 588, epist. Ad Bierl.)

Thomasius enseigne que l'universel et premier principe du droit naturel ou de toute doctrine morale, est de faire tout ce qui rend ta vie des hommes plus longue et plus heureuse, et d'éviter tout ce qui la rendrait moins longue et moins heureuse. Je ne peux point admettre un premier principe qui borne tout à une vie aussi courte et aussi prête à finir que la nôtre, sans avoir aucun égard à la via éternelle. Car en supposant les dogmes de la divine Providence et de l'immortalitéde l'âme humaine, qui peuvent être connus par la lumière naturelle, et qui conséquemmenl fondent le droit de la nature, il peut arriver qu'en considération des biens éternels, le sa^e puisse et doive renoncer à la vie présente et à toutes ses commodités. Mais, en mettant à part l'immortalité, la mort ne paraîtra-t-elle pas quelquefois préférable à la vie présente ?

Il serait facile de rectifier le principe de Thomasius, en disant en général, qu'on doit chercher ce qui rend la vie heureuse, et éviter ce qui la rend malheureuse, et en expliquant en même temps en quoi consiste le véritable bonheur. Thomasius dit bien qu'il consiste dans la paix intérieure et extérieure de l'homme; mais il faut aller encore plus loin.

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