IMMORTALITÉ DE L'AME HUMAINE DÉMONTRÉE PAR UN SORITE CONTINU
(T. Ie', Confessio nalurœ, p. 9.)
1° L'âme de l'homme est un être dont quelque action est la pensée.
(20') Rien n'est plus rigoureusement démontré (|tie la spiritualité ou l'immatérialité de l'âme, aux yeux de lout homme qui joindra à la droiture du cœur quelque noliou de métaphysique, Bien surtout n'est plus constant dans les principes de la philosophie de Leibnilz, qui ne reconnaît dans l'univers que des substances simples, et pour qui la matière n'est qu'un aggrégat de monades. M;iis puisque les ennemis de la religion l'ont les plus grands efforts pour établir le matérialisme de l'âme, et que c'est dans ce dogme favori qu'ils mettent leur principale confiance, nous croyons utile de placer ici quelques pensées du célèbre Bonnet, de Genève, bien propres à ralentit leur ardeur et à diminuer leur confiance. Dans l'analyse abrégée de son Essai analytique , voici ce que dit cet auteur si judicieux et si sage ; c J'ai osé avancer, dans la simplicité d'un cœur
qui cherchait sincèrement le vrai, que quand Vhomme luit t entier ne serait que inaltéré, il n'en serait pas moins appelé a ïimmortatilé. (l'est que la volonté de Dieu, toujours efficace , peut conserver une portion de matière, même très-composée , comme elle conserve une unie indivisible. >
Ou peut même aller plus loin que Bonnet, et ajouter ce que nous avons déjà fait observer ailleurs, que quelque matérielle que fût notre àme, on peut très-bien supposer qu'elle survivra à la dissolution du corps auquel elle est unie, sans faire intervenir extraordinairement la Providence, et en lui accordant seulement ce qu'on ne peut refuser à une multitude de particules du même corps, qui, sans doute, ne seront jamais décomposées jusque dans leurs derniers éléments, et peut-être môme ne peuvent pas l'être. Car enfin, ce petit corps, cette petite machine,
2° Un être dont quelque action est la pensée est un être dont quelque action est une chose immédiatement sensible, sans aucune imagination de parties.
Car la pensée est une chose : 1° immédiatement sensible, puisque l'âme semant qu'elle pense, est imirïédiaie à elle-même; 2° la pensée est une chose sensible sans aucune imagination de parties. L'expérience le montre clairement; car la pensée est ce je ne sais quoi que nous sentons quand nous sentons que nous pensons. Mais quand nous sentons, par exemple, que nous avons pensé à Titius, nous ne sentons pas seulement que nous avons eu dans l'esprit 1 image de Titius, qui sans doute a des parties (car cela ne suffit pas pour la pensée, puisque ions avons des images dans l'esprit, même quand nous n'y pensons pas) ; mais nous sentons de plus que nous avons l'ait attention â cette image; or dans l'imagination de cette attention faite, nous ne découvrons aucune partie.
3° Un être dont quelque action est une chose immédiatement sensible, sans imagination de parties, est un être dont quelque action est une chose sans parties.
Car une chose qui est immédiatement sentie, est toujours telle qu'on la sent effectivement. La cause de notre erreur, quand nous y tombons, est nécessairement dans le moyen ou le médium dont nous i ous servons; car ce qui est l'objet du sentiment,
qui, suivant les matérialistes, constitue notre âme. Me peut-elle pas avoir ses parties tellement liées et unies entre elles, que les causes ordinaires qui opèrent la dissolution dis corps grossiers, n'aient point de prise sur elle, que le feu, les sucs et les autres agents ordinaires de la dissolution ou de la pourriture, ne puissent la pénétrer ou s'insinuer entre ses parties, et par conséquent les diviser et les séparer? car ce n'est que par celte pénétration, celte insinuation entre les parties du corps, que la division et la séparation de ces parties s'opèrent. En un mot , pourquoi la particule de matière qui forme notre âme, et qu'il faut nécessairement admettre imperceptible et subtile au dernier degré, n'aurait-elle pas le privilège des derniers atomes de la nature, qui, s'ils ne sont pas indivisibles par leur essence, ainsi que le prétendaient les épicuriens, sont au moins indivisibles de fait? Mais continuons d'entendre Bonnet.
c Le matérialiste voluptueux et insensé, que la crainte de l'immortalité poursuit, se réfugie derrière un retranchement de chaume, que le Chrétien peu instruit prend bonnement pour un retranchement de briques. Accordez au matérialiste le principe qu'il chérit et qui le trompe; convenez pour un moment que l'àine est matérielle; qu'aurait-il gagné par et aveu? Ne lui resterait-il pas à démontrer qu'il n'existe point un être sage, qui veut essentiellement le bonheur du juste opprimé et la collection du méchant qui l'opprime? Quand je me
suis étudié moi-même, je n'ai pu me rendre raison de la simplicité de mon moi , dans la supposition que l'âme lut matérielle. J'ai cru voir distinctement que ce moi, toujours un, toujours simple, toujours indivisible, ne pouvait être une pure modification de la substance étendue. J'ai donc admis l'existence d'une âme immatérielle pour satisfaire â des phénomènes que je ne pouvais expliquer sans elle Je
ne suis donc puim matérialiste; mais si quelqu'un démontrait jamais que l'âme est matérielle, loin de s'en alarmer, il faudrait admirer la puissance qui aurait donné â l'âme la capacité de penser. >
Ce que dit encore Bonnet, dans le chap. 24 de son Essai analytique, mérite d'être rappelé :
ne peut être cette cause : autrement cet objet serait toujours faussement senti ; celle cause d'erreur ne peut pas être non pins le sujet dans lequel le sentiment réside, autrement le sujet sentirait toujours faussement.
4° Un être dont quelque action est une chose sans parties, est un être dont quelque action n'est pas un mouvement.
Car tout mouvement a ou suppose des parties, ainsi qu'Arislote l'a démontré, et que tout le monde le confesse.
5° Un être dont quelque action n'est point un mouvement, esl un être qui n'est pas un corps.
Car toute action du corps est un mouvement; la preuve en est que toute action d'une chose est une variation de son essence; or l'essence du corps est d'être dans l'espace : la variation de l'existence dans l'espace est un mouvement. Donc toute action du corps esl un mouvement.
6° Tout ce qui n'est pas corps n'est pas dans l'espace.
Puisque la définition du corps, c'est d'être dans l'espace.
T Tout ce qui n'est pas dans l'espace n'est pas mobile.
i L'immortalité de noire âme ne repose pas uniquement sur sa simplicité. Dieu pourrait accorder l'immortalité â une portion de matière même trèscomposée, très-organisée : mais la simplicité de l'àme la met hors de l'atteinte dss agents qui opèrent la destruction des corps ; il n'est donc pas impossible en soi qu'elle survive au corps, il ne l'est point qu'elle soit anéantie par celui qui l'avait unie au corps. Il faut donc prouver qu'il ne veut pas l'anéantir, et ces preuves, la leligion les fournit. Un matérialiste serait donc bien peu avancé dans ses projets contre la religion ; quand il serait parvenu â démontrer la matérialité de l'âme, il faudrait encore qu'il démontrât la fausseté des fails qui établissent la vérité de la religion ; je ne dis pas seulement de la religion révélée, je dis encore de la religion naturelle; car l'univers est un fait qui suppose une cause, et nous déduisons du fait, l'existence et les attributs de la cause; "T, parmi ces attributs, il en est ipii supposent la conservation de l'âme , quelle que soit sa nature, ou matérielle ou spirituelle.
t Des hommes qui aiment la religion parce qu'ils la connaissent, et qui la connaissent parce qu'ils l'ont approfondie, devraient se rassurer sur les efforis du matérialisme; leurs alarmes lui font un honneur qu'il ne mérite pas. Nous sommes assez heureux pour que nos espérances ne reposent pas sur la base infiniment élroile d'un point de métaphysique. C'esi mettre la pyramide sur la pointe*, que dî faire dépendre la religion de la question abstraite si l'âme est matière ou esprit. >
Locke, qui a douté si Dieu ne pouvait pas donner à la matière la faculté de penser, fut vivement attaqué sur ce point par l'évêque de Worcuester. Il observa dans sa défense, qu'i/ avait montré que les grandi buts de la religion et de lu momie sont assurés par l'immortalité de l'àme, sans qu'il soit besoin de supposer son immatérialité. L'évêque de Worchesler ne parait pas contester ce point; mais il remarque avec raison que le but de la religion et de la morale est encore mieux assuré si on prouve (pie l'âme est immortelle par sa nature, c'est-à-dire iwmalc.ielle.