‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 282 sur 454 · KM · texte numérisé non relu

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paraître comme des étincelles que le choc fait sortir du fusil : et ce n'est pas sans raison qu'on croit que ces éclats marquent quoique chose de divin et d'éternel, qui paraît surtout dans les vérités nécessaires; d'où il naît une autre question, savoir, si toutes les vérités dépendent de l'expérience, c'est-à-dire de l'induction et des exemples, ou s'il y en a qui ont encore un autre fondement. Car si quelques événements peuvent être prévus avant toute épreuve qu'on en ait faite, il est manifeste que nous y contribuons quelque chose de notre part. Les sens, quoique nécessaires pour toutes nos connaissances actuelles, ne sont point suffisants pour nous les donner toutes, puisque les sens ne tiennent jamais que des exemples, c'est-à-dire des vérités particulières ou individuelles. Or tous les exemples qui confirment une vérité générale, en quelque nombre qu'ils soient, ne suffisent pas pour établir la nécessité universelle de cette même vérité; car il ne suit pas que ce qui est arrivé, arrivera toujours de même ; par exemple, les Grecs et les Romains, et tous les autres peuples, ont toujours remarqué qu'avant le décours de vingt-quatre heures, le jour se change en nuit, et la nuit en jour; mais on se serait trompé si l'on avait cru que la même règle s'observe partout, puisqu'on a vu le contraire dans le séjour de Nova Zembla. Et celui-là se tromperait encore qui croirait que c'est, au moins dans nos climats, une vérité nécessaire et éternelle, puisqu'on doit juger que la terre et le soleil même n'existent pas nécessairement, et qu'il y aura peut-être un temps, où ce bel astre ne sera plus avec tout son système, au moins dans sa forme présente ; d'où il paraît que les vérités nécessaires, telles qu'on les trouve dans les mathématiques pures, et particulièrement dans l'arithmétique et dans la géométrie, doivent avoir des principes dont la preuve ne dépende pas des exemples, ni par conséquent du témoignage des sens; quoique sans les sens, on ne se serait jamais avisé d'y penser. C'est ce qu'il faut bien distinguer; et c'est ce qu'Euclidea si bien compris, en montrant parla raison ce qui se voit assez par l'expérience et par les images sensibles. La logique encore avec la inéthaphysique et la morale, dont l'une forme la théologie, et l'autre la jurisprudence, naturelles toutes deux, sont pleines de telles vérités; et par conséquent leur preuve ne peut venir que des principes internes que l'on ap-

(28) Nous croyons que, pour appuyer et éclaircir la doctrine de Leibnitz sur les idées innées, il est lion d'ajouter en forme de note ce qu'il dit, ;Youreaux essuis sur l'entendement humain, pacte 8, pour prouverque l'âme n'est jamais sans perception, mais qu'elle est souvent sans apercepiion.

« Leckf soutient que l'esprit ne pense pas toujours, ei particulièrement qu'il est sans perception, quand on dort sans avoir des songes. Il dit que puisque les corps peuvent être sans mouvement, les âmes pourront bien être aussi sans pensée. Mais ici je réponds un peu autrement qu'on n'a coutume de faire : car je soiiti- us que nature lemcut une subi-

pelle innés. Il est vrai qu'il ne faut point s'imaginer qu'on puisse lire dans l'âme ces éternelles lois de la raison à livre ouvert, comme l'édit du préteur se lit sur son album, sans peine et sans recherche ; mais c'est assez qu'on les puisse découvrir en nous, à force d'attention ; à quoi les occasions sont fournies par les sens. Le succès des expériences sert de confirmation à la raison, à peu près comme les épreuves servent dans l'arithmétique, pour mieux éviter l'erreur du calcul, quand le raisonnement est long.... Locke avoue pourtant, dans la suite, que les idées qui n'ont point leur origine dans la sensation, viennent de la réflexion. Or la réflexion n'est autre chose qu'une attention à ce qui est en nous, et les sens ne nous donnent point ce que nous portons déjà avec nous. Cela étant, peut-on nier qu'il n'y ait beaucoup d'inné en notre esprit, puisque nous sommes innés à nous-mêmes, pour ainsi dire?et qu'il y ait en nous, être, unité, substance, durée, changement, action, perception, plaisir, et mille autres objets de nos itlées intellectuelles? Ces mêmes objets étant immédiats et toujours présents à notre entendement, quoiqu'ils ne sauraient être toujours aperçus à cause de nos distractions et de nos besoins, pourquoi s'étonnerque nous disions que ces idées nous sont innées avec tout ce qui en dépend ? Je me suis servi aussi de la comparaison d'une pierre de marbre qui a des veines, plutôt que d'une pierre de marbre tout uni, ou de tablettes vides, c'està-dire de ce qui s'appelle tabula rasa chez les philosophes; car si l'âme ressemblait à ces tablettes vides, les vérités seraient en nous comme la figure d'Hercule est dans un marbre, quand le marbre est tout à fait indifférent à recevoir ou cette figure, ou quelque autre. Mais s'il y avait des veines dans la pierre, qui marquassent la figure d'Hercule préférablement à d'autres figures, cette pierre y serait plus déterminée, et Hercule y serait comme inné en quelque façon , quoiqu'il fallût du travail pour découvrir ces veines et pour les nettoyer par la polissure, en retranchant ce qui les empêche de paraître. C'est ainsi que les idées et les vérités nous sont innées, comme des inclinations, des dispositions, des habitudes ou des virtualités naturelles, et non pas comme des actions; quoique ces virtualiiés soient toujours accompagnées de quelques actions, souvent insensibles (28), qui y répondent.

Il semble que notre habile auteur prétende

tance ne saurait être sans action, et qu'il n'y a même jamais de cores sans mouvement. L'expérience me favorise déjà, et on n'a qu'à consulter li- livre de l'illustre Bayle, contre le repos absolu, pour en èire persuadé. Mais je crois que la raison y est encore, et c'est une des preuves que j'ai pour détruire les atomes. D'ailleurs il y a mille marques qui font juger qu'il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous , mais , sans aperception et sans réflexion, c'est-à-dire des ebangements dans l'àme même, dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont ou trop petites et en trop grand nombre, uutrop unies,

qu'il n'y ait rien de virtuel en nous, et même rien dont nous nous apercevions toujours actuellement. Mais il ne peut pas prendre cela à la rigueur: autrement son sentiment serait trop paradoxe, puisque encore que les habitudes et les provisions de notre mémoire ne soient pas toujours aperçues, et même ne viennent pas toujours à notre secours au besoin, nous nous les remettons souvent aisément dans l'esprit, à quelque occasion légère qui nous en fait souvenir : comme il ne faut que le commencement d'une chanson pour nous faire ressouvenir du reste. Il limite aussi la thèse en d'autres endroits, en disant qu'il n'y a rien en nous dont nous ne nous soyons au moins aperçus autrefois. Mais outre que personne ne peut assurer par la seule raison, jusqu'où peuvent être allées nos aperceptions passées que nous pouvons avoir oubliées, surtout suivant la réminiscence des platoniciens, qui, toute fabuleuse qu'elle est, n'a rien d'incompatible avec la raison toute nue : outre cela, dis-je, pourquoi faut-il que tout nous soit acquis par les aperceptions des choses externes, et que rien ne (misse être déterré en nous-mêmes ? Notre âme est-elle donc

en sortequ'elles n'ont rien d'assez distinguant à part;

mais, jointes à d'autres, elles ne laissentpas de faire leur effet, et de se faire sentir dans l'assemblage, au moins confusément. C'est ainsi (pie la coutume fait que nous ne prenons pas garde au mouvement d'un moulin, ou à une chute d'eau, quand nous avons habile tout auprès depuis que'que temps. Ce n'est pas que ce mouvement ne frappe toujours nos organes, et qu'il ne se passe encore quelque chose dans l'âme qui y réponde, à cause de l'harmonie de l'aine et du corps; mais les impressions qui sont dans l'âme et dans le corps, destituées des attraits de la nouveauté, ne sont pas assez fortes pour ai tirer notre attention et notre mémoire, qui ne s'attachent qu'à des objets plus occupants. Toute attention demande de la mémoiie; et quand nous ne sommes point avertis, pour ainsi dire, de prendre garde à quelques-unes de nos propres perceptions présentes, nous les laissons passer sans réflexion, et même sans les remarquer; mais si quelqu'un nous en avertit incontinent, et nous fait remarquer, par exemple, quelque bruit qu'on vient d'entendre, nous nous en souvenons et nous nous apercevons d'en avoir eu laniôi quelque sentiment. Ainsi c'étaient des perceptions dont nous ne nous étions pas .aperçus incontinent, l'aperception ne venant dans ce cas d'avertissement qu'après un intervalle, quelque petit qu'il soit.

« Pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j'ai couiume de me servir de l'exemple du mugissement ou bruit de la mer, dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit, comme l'on fait, il faut bien qu'on entende les parties qui composent ce tout, c'est-à-dire, le bruit de chaque vague, quoique, chacun de ces petits bruits lie se fasse connaître que dans l'assemblage confus de tous les autres ensemble, cl qu'il ne se remarquerait pas, si cette vague qui le fait était seule : car il faut qu'on soit affecté un peu par le mouvement de cette vague, et qu'on ait quelque perception de chacun de ces Inuits, quelque petits qu'ils soi. nt ; autrement on n'aurait pas celle de cent nnl!e vagues, puisque cent nulle riens ne sauraient faire quelque chose. D'abord on ne doit jamais si profondément qu'un n'ait quelque sentiment faible et

seule si vide que sans les images empruntées du dehors, ellene sait rien? Ce n'est pas là, je m'assure, un sentiment que notre judicieux auteur puisse approuver. El où trou vera-t-on des tablettes qui ne soient quelque chose de varié par elles-mêmes? Yerrat-on jamais un plan parfaitement uni et uniforme? Pourquoi donc ne pourrions-nous pas fournir aussi à nous-mêmes quelque objet de pensée de notre propre fonds, lorsque nous y voudrons creuser? Ainsi je suis porté à croire que dans le fond son sentiment, sur ce point, n'est pas différent du mien, ou plutôt du sentiment commun, d'autant qu'il reconnaît deux sources de nos connaissances, les sens et la réflexion.

AMES DES BÈTES ; CE QU'ELLES SONT ET CE QU'EL- LES DEVIENNENT : DIFFÉRENCE ENTRE ELLES ET CELLES DES HOMMES.

(T. II, Considér. sur les principes de vie, p. 42.)

Suivant l'opinion commune, les âmes des bêtes périssent, et selon les cartésiens, il n'y a que l'homme qui ait véritablement une âme, et même qui ait perception et appétit;

confus : et on ne serait jamais éveillé par le plus grand bruit du monde, si on n'avait quelque perception de Sun commencement, qui est petit : comme on ne romprait jamais une corde pir le plus grand effort du monde, si elle n'était tendue et allongée un peu par de moindres efforts, quoique celte petite extension qu'ils font ne paraisse pas.

« Ces petites peiceplions sont donc de plus grande efficace qu'on ne pense. Ce sont elles qui forment ce je ne sais quoi, ces goûts, ces images des qualités des sens, claires dans l'assemblage, mais confuses dans les parties ; ces impressions que les corps qui nous environnent lont sur nous, et qui enveloppent l'infini ; celte liaison que chaque être a avec tout le reste de l'univers. On peut même dire qu'eu conséquence de ces petites perceptions, le présent est plein de l'avenir et chargé du passé, que tout est conspirant, et que dans la moindre des substances, des yeux aussi perçants que ceux de Dieu pourraient lire toute la suite des choses de l'univers.

y use sint, quoe fuerint, quœ inox fulura trahautur.

Ces perceptions insensibles marquent encore et constituent le même individu, qui est caractérisé par les traces qu'elles conservent des états précédents de cet individu, eu faisant la connexion avec son état présent ; et elles se peuvent connaître par un esprit supérieur, quand même cet individu ne le sentirait pas , c'est-à-dire lorsque le souvenir exprès n'y serait plu». Llles donnent même le moyen de retrouver le souvenir, au besoin, par des développements périodiques qui peuvent arriver un jour. C'est pour cela que la mort ne saurait être qu'un sommeil, et même ne saurait en demeurer un, les perceptions cessant seulement d'être assez distinguées et se réduisant à un état de contusion dans les animaux, qui suspend l'aperception, mais qui ne saurait durer toujours

« En un mot, les perceptions insensibles sonl d'un aussi grand usage dans la pneumatique, que les corpuscules dans la physique ; et il est également déraisonnable de rejeter les uns et les autres, sous prétexie qu'ils sont hors de la porlée de nos sens. Rien ne se l'ait lout d'un coup, et c'est une de mes garnies maximes cl des plus vérifiées, que la nature ne (ait jamais de suuts.>

opinion qui ne sera jamais approuvée, et où l'on ne s est jeté que parce qu'on a vu qu'il fallait ou accorder aux hôtes des âmes immortelles, ou avouer que l'âme de l'homme pouvait être mortelle. Mais il fallait dire plutôt que toute suhstance simple étant impérissable, et toute âme par conséquent étant immortelle, celle qu'on ne saurait refuser raisonnablement aux hêles, ne peut manquer de subsister aussi toujours, quoique d'une manière bien différente de la nôtre puisque les bêles, autant qu'on en peut juger, manquent de cette réflexion qui nous fait penser à nous-mêmes : et l'on ne voit point pourquoi les hommes ont tant de répugnance à accorder aux corps des autres créatures organiques, des substances immatérielles impérissables; puisque les défenseurs des atomes ont introduit des substances matérielles qui ne périssent point, et que l'âme de la bête n'a pas plus de réflexion qu'un atome. Car il y a bien de la distance entre le sentiment, qui est commun à ces âmes, et la réflexion qui accompagne la raison, puisque nous avons mille sentiments sans y faire réflexion; et je ne trouve point que les cartésiens aient jamais prouvé ni qu'ils puissent prouver que toute perception est accompagnée de conscience. Il est raisonnable aussi qu'il y ait des substances capables de perception au-dessous de nous, comme il y en a audessus, et que notre âme, bien loin d'être la dernière de toutes, se trouve dans un milieu dont on puisse descendre et monter ; autrement ce serait un défaut d'ordre, que certains philosophes appellent vacuum formarum. Ainsi la raison et la nature portent les hommes au sentiment que je viens de proposer ; mais les préjugés les en ont détournés. Ce sentiment nous mène à un autre, où je suis encore obligé de quitter l'opinion reçue. On demandera à ceux qui sont de la mienne, ce que feront les âmes des bêtes après la mort de l'animal, et on nous imputera le dogme de Pythagore, qui croyait la transmigration des âmes, que non -seulement feu Vun Helmont le fils, mais encore un auteur ingénieux de certaines méditations métaphysiques publiées à Paris, a voulu ressusciter. Mais il faut savoir que j'en suis fort éloigné, parce que je crois que non-seulement l'âme, mais encore le même animal subsiste. Des personnes fort exactes aux expériences se sont déjà aperçues de notre temps, qu'on peut douter, si jamais un animal tout à fait nouveau est produit, et si les animaux tout en vie ne sont déjà en petit avant la conception dans les semences aussi bien que les plantes. Cette doctrine étant posée, il sera raisonnable déjuger que ce qui ne commence pas de vivre, ne cesse pas ite vivre non plus ; et que la mort, comme la génération, n'est que la transformation du même animal, qui est tantôt augmenté, et tantôt diminué. Ce qui nous découvre encore des merveilles de l'artifice divin, où l'on n'avait jamais pensé, c'est que les machines de la nature, étant machines jusque dans leurs moindres parties, sont indestruc-

tibles, à cause de l'enveloppement d'une petite machine dans une plus grande à l'infini. Ainsi on se trouve obligé de soutenir en même temps et la préexistence de l'âme comme de l'animal, et la subsistance de l'animal comme de l'âme... On voit par là, que non-seulement l'âme, mais encore l'animal, doit subsister toujours dans le cours ordinaire des choses. Mais les lois de la nature sont faites et appliquées avec tant d'ordre et de sagesse, qu'elles servent à plus d'une fin, et que Dieu qui tient lieu d'inventeur et d'architecte, à l'égard des machines et ouvrages de la nature, tient lieu de roi et de père aux substances qui ont de l'intelligence, et dont l'âme est un esprit formé à son image. Et à l'égard des esprits, scn royaume, dont ils sont les citoyens, est la plus parfaite monarchie qui se puisse inventer ; où il n'y a point de péché qui ne s'attire quelque châtiment, et point de bonne action sans quelque récompense ; où tout tend enfin à la gloire du monarque et au bonheur des sujets, par le plus beau mélange de la justice et de la bonté qui se puisse souhaiter.

UTILITÉ DES PRINCIPES DE LEIBMTZ SUR LA DYNAMIQUE POUR ARRÊTER LES PROGRÈS DU MATÉRIALISME.

(T. H, Lettre au P. Bouvet, p. 262.)

Rien n'est plus propre que la force que j'admets dans les phénomènes du corps à donner de l'ouverture pour la considération des causes spirituelles, et par conséquent à y introduire les hommes qui sont enfoncés dans les notions matérielles. Ainsi je crois avoir rendu en cela quelque service à la religion, et j'espère que cela contribuera beaucoup à arrêter le cours d'une philosophie trop matérielle, qui commence à s'emparer des esprits, au lieu que je montre que les raisons des règles de la force viennent de quelque chose de supérieur.

EMPRESSEMENT DE LEIBMTZ POUR LA DÉMONS- TRATION ÉVANGÉL1QUE DIIUET. — RÉ- FLEXIONS SUR LA RELIGION.

(T. V, p. 457, epist. 3, Ad Euetium, anno 1079.)

J'ai appris avec une satisfaction infinie que votre grand et immortel ouvrage sur la vérité de notre religion avait enfin paru. Sans doute il n'était point de sujet qui méritât mieux que vous lui consacrassiez cet appareil immense d'érudition qui vous a coûté tant de veilles. Car enfin qu'y a-l-il de plus grand que la religion et qui intéresse plus fortement tous les hommes? N'est-il pas infiniment doux, infiniment consolant au milieu des misères de celte vie, d'apprendre avec certitude que nous sommes nés pour l'immortalité, et pour une immortalité telle que nous pouvons la désirer, c'est-àdire telle que Jésus-Christ nous l'enseigne. Prouver qu'il est le Messie réparateur du genre humain, annoncé par tant d'oracles, c'est après la démonstration de l'existence

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de Dieu et de l'immortalité de l'âme, la plus importante de toutes les conclusions; et je ne vois pas quel plus grand avantage on peut attendre de l'histoire et de l'érudition. Je dis plus; l'étude de l'antiquité ne me parait presque avoir d'autre usage que de nous mettre à portée de constater et de conserver fidèlement les anciens titres de notre bonheur, et, si je puis d'exprimer ainsi, de notre noblesse, que nous devons, après notre régénération par le baptême, faire remonter à Jésus-Christ. Il faut prouver d'abord que nos livres^sacrés sont authentiques, et qu'ils sont parvenus jusqu'à nous sans aucune altération sub-tanlielle. Or on ne peut y réussir parfaitement, à moins qu'on n'entende à fond les principes delà critique, qu'on ne puisse s'assurer de l'authenticité des manuscrits, qu'on ne connaisse les propriétés des langues, le génie des siècles et la suite des temps. 11 faut montrer ensuite que l'auteurde si grandes choses, et auquel se rapportent les livres sacrés, a été envoyé du Ciel. C'est ce qu'attestent les oracles, qui l'ont annoncé tant de siècles avant sa naissance, les miracles que ses disciples ont faits en son nom, la sainteté incomparable de sa doctrine, la constance des martyrs et le triomphe de la croix. Mais on ne peut démontrer que toutes ces choses se sont passées comme on les raconte, sans avoir établi solidement toute l'histoire universelle, sacrée et profane; et pour l'établir solidement, il faut des collections de manuscrits, de médailles, d'inscriptions, et toutes les autres pièces qui composent le trésor des savants. Car c'est de là que l'histoire tire ses titres de créances; j'ai donc souvent désiré que quelqu'un voulût bien travailler à faire, pour ainsi dire, l'inventaire le plus exact qu'il serait possible de tous ces précieux restes de l'antiquité que nous possédons encore. Gudius nous fait espérer la partie des inscriptions, dont il a fait une étude profonde. Spanheim et d'autres savants hommes, surtout de Carcavi, garde des médailles du cabinet du roi, nous donneront, il faut espérer, la partie des médailles. Mais je désire encore depuis longtemps une histoire des manuscrits, où l'on fasse l'énumération des meilleurs qui se conservent encore aujourd'hui dans toute l'Europe, surtout de ceux d'après lesquels les éditions des auteurs ont été faites, et qui sont uniques ou du •moins rares ; mais cela soit dit en passant. Je me contente d'observer, dans le moment présent, que le principal but de toute l'étude de l'antiquité doit être l'éclaircissement et la confirmation de l'histoire sacrée. Je ne doute pas que votre ouvrage ne fournisse la plus heureuse application de ce principe, quoique je n'en aie encore vu qu'une partie, que vous voulûtes bien autrefois me montrer manuscrite; et je peux déjà féliciter l'érudition qui enûn a trouvé dans vos mains son véritable usage; je peux aussi vous féliciter vous-même sur un monument qui est en même temps si avantageux à la religion et si propre à étendre

votre gloire. Je l'attends avec une vive impatience, quoiqu'il soit déjà en route pour parvenir jusqu'à nous. Notre souverain, le duc de Brunswick et de Lunebourg, ne l'attend pas moins impatiemment que moi.

C'est un prince d'une pénétration extraordinaire, curieux de toutes les belles connaissances, et surtout de l'érudition sacrée. Votre nom ne lui est pas inconnu , et il m'entendait avec le plus grand intérêt lui rendre compte du plan de votre ouvrage. Je vous souhaite une heureuse santé, et je vous prie de continuer vos bontés à l'homme du monde qui admire le plus vos vertus et vos talents.

compliment a nuET, sur sa Démonstration évangélique. — étude de la critique nécessaire A LA RELIGION.

(T. V, p. 458, epist. i, ann. 1679.)

Je vous témoignais souvent , Monsieur, lorsque j'étais en France, et que je jouissais de vos savantes conversations, avec quel empressement j'attendais l'édition du bel ouvrage dont vous aviez bien voulu me faire voir le prospectus; et je ne vous dissimulerai pas qu'un tel ouvrage n'était guère facile qu'à vous seul, parce que vous êtes le seul peut-être dans notre siècle qui possédiez le vaste fond d'érudition et de philosophie qu'il exige. Enfin je l'ai vu , et j'ai été parfaitement confirmé dans la grande idée que j'en avais conçue. Je suis redevable de cette lecture à notre souverain, prince rempli du plus grand zèle pour la solide piété, et doué d'une pénétration d'esprit incroyable à tous ceux qui n'ont pas comme moi le bonheur de le voir et de l'entendre. Son sentiment a toujours été qu'un sujet comme le vôtre ne pouvait être dignement traité que par un auteur qui, à un génie étendu, joindrait de profondes connaissances. Aussi quand je lui fis part de votre dessein, il donna ordre aussitôt que l'ouvrage lui fût envoyé dès qu'il aurait paru. Il en attendait infiniment, et il n'a point été trompé dans son attente. 11 est vrai que tout homme qui possède cet esprit d'ordre et de combinaison qui caractérise le philosophe, pourra démontrer en général, d'après les premiers objets qui tombent sous nos sens, qu'il faut admettre une religion et une providence. Car puisqu'il n'est point de cause qui ne puisse être démontrée par chacun de ses effets, il n'est par conséquent aucun phénomène dans la nature qui ne fournisse une preuve de l'existence de Dieu. Or les preuves ne sont rien de plus* que des arrangements de nos pensées, propres à faire connaître la connexion des choses.

Mais quand il s'agit de démontrer la vérité de la religion chrétienne, il faut bien plus de matériaux et de recherches. Car il s'agit de la chute et de la réparation du genre humain, des différences des nations, des écritures les plus anciennes ; et cette discussion demande non-seulement un philo-

sophe , mais encore un savant , et môme quelqu'un qui soit l'un et l'autre dans le degré le plus éminent. J'entends par un savant, tel que vous êtes. Monsieur; car quel exemple puis-je citer plus à propos? et qui jamais mérita mieux que vous ce glorieux titre dans le sens où nous allons le définir? J'entends, dis-je, un homme qui possède et qui a combiné dans sa tête les événements les plus importants arrivés dans le monde connu , dont la mémoire s est conservée parmi les hommes ; et pour entrer dans un plus grand détail, j'entends un homme qui connaît les principaux phénomènes du ciel et de la terre, l'histoire de la nature et des arts, les émigrations des peuples, les révolutions des langues et des empires, l'état présent de l'univers, en un mot, qui possède toutes les connaissances qui ne sont pas purement de génie, et qu'on n'acquiert que par l'inspection même des choses et la narration des hommes; et voilà ce qui fait la différence de la philosophie à l'érudition; la première est à la seconde ce qu'une question de raison ou de droit est à une question de fait. Or quoique les théorèmes qu'on découvre par la seule force du génie puissent être écrits et transmis à la jiostérité, aussi bien que les observations el l'histoire, il y a pourtant entre les uns et les autres celte différence, que les théorèmes tirent leur autorité, non des livres qui les ont fait parvenir jusqu'à nous, mais de l'évidence des démonstrations qui les

accompagne encore aujourd'hui au lieu

que l'autorité des histoires est toute fondée sur les monuments. C'est de là qu'est née la critique, cet art si nécessaire, et qui a pour objet de discerner les monuments, tels que les inscriptions, les médailles, les livres imprimés ou manuscrits. Pour moi, je pense que si cet art, oublié pendant si longtemps, a reparu avec éclat, a été si soigneusement cultivé dans les deux derniers siècles, et si heureusement favorisé par la découverte de l'imprimerie, c'est un effet de la divine Providence, qui avait principalement en vue de répandre plus de lumières sur la vérité de la religion chrétienne. Je sais que l'histoire est d'une grande utilité pour fournir à la postérité de beaux modèles , exciter les hommes à faire aussi des actions qui immortalisent leur mémoire, fixer les limites des empires, terminer les différends des souverains. Je sais enfin que nous lui devons ce spectacle des révolutions humaines, si intéressant, si varié et si magnifique. Ces avantages sont grands, je l'avoue, mais ils ne prouvent point que l'érudition soit nécessaire. Eh! combien est-il de nations qui en sont privées, el qui jouissent pourtant des principales commodités de la vie ? L'histoire et la critique ne sont donc vraiment nécessaires que pour établir la vérité de la religion chrétienne. Car je ne doute pas que si l'art de la critique périssait une fois totalement, les instruments humains de la foi divine, c'est-à-dire les motifs de crédibilité ne périssent en même temps et que nous

n'aurions plus rien de solide pour démontrer à un Chinois, à un Juif ou à un mahométan, la vérité de notre religion. Supposez en effet que les histoires fabuleuses de Théodoric, dont les nourrices en Allemagne endorment les enfants, ne puissent plus être discernées d'avec les relations de Cassiodore, écrivain contemporain de ce prince, et son premier ministre ; supposez qu'il vienne un temps où l'on doute si Alexandre le Grand n'a pas été général des armées de Salomon, ainsi que les Turcs le croient; supposez qu'au lieu de Tite-Live et de Tacite, nous n'ayons plus que quelques ouvrages bien écrits, si vous voulez, mais pleins de futilités, tels que sont ceux où l'on décrit aujourd'hui les amours des grands hommes; en un mot, faites revenir ces temps connus seulement par les mylhologistes, tels que sont ceux qui chez les Grecs ont précédé Hérodote, il n'y aura plus de certitude dans les faits ; et loin qu'on puisse prouver que les livres de l'Ecriture sainte sont divins, on ne pourra pas seulement prouver qu'ils sont d'un tel temps et de tels auteurs. Je crois même que le plus grand obstacle à la religion chrétienne dans l'Orient, vient de ce que ces peuples qui ignorent totalement l'histoire universelle, ne sentent point la force des démonstrations sur lesquelles la vérité de notre religion est établie dans votre ouvrage; et ils ne la sentiront jamais parfaitement, à moins qu'ils ne se policeut et ne s'instruisent dans notre littérature. Je ne pense jamais à cela, que je ne voie avec chagrin cetle classe d'érudits, que nous appelons critiques, et qui est préposée dans la république des lettres à la garde des monuments, diminuer tous les jours, au point de faire appréhender qu'elle ne s'éleigne dans quelque temps. Elle était au commencement de ce siècle très-florissante, et surchargée en quelque sorte du trop grand nombre de ses sujets. Personne n'était réputé savant, si on ne lui entendait dire fréquemment : J'efface, je corrige, j'ai un ancien manuscrit, les copistes ont corrompu ce texte. J'avoue que les disputes sur la religion entretenaient et animaient ce genre d'étude: car il n'y a point de mal qui ne donne naissance à quelque bien. Comme il fallait souvent disputer sur le sens des Ecritures, sur le sentiment des anciens, sur les livres supposés ou véritables; et dans la grande liaison que toutes les choses ont entre elles, comme on ne pouvait juger des écrivains sacrés de chaque siècle, sans être versé dans la connaissance de tous les genres de monuments, il n'y eut donc rien dans toutes les bibliothèques qui échappât à la curiosité et aux recherches des critiques. Jacques, roi d'Angleterre, lui-même, et plusieurs personnages qui occupaient les premiers rangs dans l'Eglise et dans l'Etat, se mêlaient dans ces discussions au delà peut-être de ce qui convenait à leur caractère. Mais enfin ces disputes ayant dégénéré en guerre ouverte, el les sages voyant qu'après de si longs débats et une si grande effusion de

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