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sang, on était aussi peu avancé qu'auparavant, qu'arriva-t-il? C'est que la paix étant faite, plusieurs personnes se dégoûtèrent de ces questions, et en général de l'étude de l'antiquité. Il se fit alors une révolution, qui fut pour ainsi dire une nouvelle époque dans les études. Quelques auteurs, célèbres par de belles découvertes et des systèmes heureux, tournèrent les esprits vers l'étude de la nature, en leur faisant espérer qu'avec le secours des mathématiques, ils parviendraient à la connaître. Ces auteurs furent Galilée en Italie, Bacon, Harvée et Gilbert en Angleterre, Descartes et Gassendi en France, et un homme qui ne le cède à aucun des premiers, Joachim Jungius en Allemagne. 11 faut convenir que ce dernier genre d'étude a de grands attraits et une utilité évidente. Ce n'est pas ici le lieu de faire connaître en quoi il me parait aujourd'hui défectueux, et comment il arrive que les disciples de quelques-uns de ces grands hommes, au milieu de tant de secours, ne font pourtant rien de mémorable. Je me contente d'observer que depuis cette époque, l'élude de l'antiquité et l'érudition solide sont tombées dans une espèce de mépris, jusque-là que quelques auteurs affectent de n'employer aucune citation dans leurs ouvrages, suit qu'ils veuillent paraître avoir écrit de génie, soit qu'ils ne cherchent qu'un prétexte à leur paresse. Cependant, dans les choses de fait, l'usage des autorités et des témoignages est absolument nécessaire, à moins qu'on ne prétende qu'un écrit fait sur-le-champ est préférable à un traité où l'on a mis des discussions et des recherches.
Ainsi, Monsieur, dans la crainte qu'un préjugé si dangereux ne s'étende de plus en plus, il est bon d'avertir les hommes, en leur proposant en même temps votre bel ouvrage pour modèle, qu'il est de l'intérêt de la religion que le goût de la bonne érudition se conserve. C'était un avertissement que Casaubon le fils a déjà donné il n'y a pas bien longtemps dans des écrits anglais. 11 y déclare, et non sans raison, qu'il craint beaucoup pour la piété, si l'on néglige l'étude de l'antiquité et les bonnes lettres, pour se livrer uniquement à la recherche de la nature. Aussi je n'approuve point du tout ces hommes sans respect pour l'antiquité, et qui parlent de Platon et d'Aristote, comme de quelques misérables sophistes.
S'ils avaient lu avec plus d'attention les écrits de ces grands hommes, ils tiendraient un tout autre langage. Car j'ose dire que la doctrine de Platon sur la métaphysique et la morale, que peu de personnes puisent dans sa source, est sainte et juste; et tout ce qu'il dit de la vérité et des idées éternelles, vraiment admirable. La logique, la rhétorique et la politique d'Aristote, entre les mains d'un homme qui a du génie et de l'expérience, sont d'une très-grande utilité dans le cours de la vie. La véritable notion du continu qu'il nous a donnée dans sa physique secrète, et qu'il a défendue contre
les spécieuses erreurs des'platoniciens, est une chose d'un grand prix. Enfin ceux qui entendront Apollonius et Archimède, admireront avec plus de réserve les découvertes de nos modernes les plus illustres.
(P. 4G1, epist. 5.)
Je suis bien fâché (il écrit encore à Huet) que mes lettres vous soient parvenues si tard; j'en admire d'autant plus votre bonté, puisque vous avez bien voulu répondre avec tant de politesse à des lettres non-seulement écrites à la hâte, mais encore qui n'avaient plus le mérite de l'à-propos : car j'y parlais de votre ouvrage comme n'étant point imprimé, et pourtant il avait paru depuis longtemps au moment où elles vous ont été rendues. 11 est parvenu de très-bonne heure à notre souverain; j'avais si bien prismes mesures, qu'il est difficile qu'en Allemagne personne l'ait eu avant nous. En cela, je n'ai pas seulement servi mon inclination propre , j'ai encore rempli les intentions de mon prince, qui avait depuis longtemps le plus grand empressement de le voir. A peine était-il arrivé, qu'il en a parcouru lui-même les principaux articles; et il m'a chargé d'examiner les autres avec soin, et de lui en rendre compte. Je n'ai jamais exécuté d'ordre avec plus de plaisir. Ciel 1 quel trésor d'érudition vous avez renfermé dans cet ouvrage ! quel abondance et en même temps quel ordre! L'abondance est telle qu'il semble que vous ayez dû travailler plusieurs années à en rassembler les matériaux : et d'un autre côté, tout s'y suit, tout y est enchaîné d'une manière si naturelle, qu'on pourrait croire que vous l'avez composé d'un seul trait, pour ainsi dire, et avec le seul secours de la mémoire.
Assurément vous pouvez vous flatter d'avoir laissé un ouvrage immortel, et vous ne pouviez faire un plus sage et plus magnifique emploi de cette érudition qui vous a coûté tant de veilles. Vous avez bien démontré le point capital, c'est-à-dire que les prophéties ont été accomplies en Notre- Seigneur. Comment en effet un si merveilleux accord pourrait-il être l'ouvrage du hasard? Pour moi qui n'ai jamais douté que ce monde ne fût gouverné par une souveraine Providence, je regarde comme un trait particulier de cette providence divine, que la religion chrétienne, dont la morale est si sainte, ait été revêtue à nos yeux de tant d'admirables caractères. Car je ne disconviens pas que cette même providence se manifeste dans la conservation de l'Eglise catholique. Ainsi pour en venir à la dernière partie de votre lettre, j'ose dire qu'il ne tient pas à moi et à plusieurs autres, que nous ne communiquions avec les Catholiques. Si on nous repousse, ou qu'on exige de nous des conditions qu'il ne serait pas en notre pouvoir de fournir, vous êtes trop équitable pour ne pas voir qu'il n'y a plus rien à nous imputer....