‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 284 sur 454 · MAXIME DU PLUS SUR EN MATIERE DE RE- LIGION · texte numérisé non relu

MAXIME DU PLUS SUR EN MATIERE DE RE- LIGION

(T. V, p. 55, Remarques sur l'enthousiasme.)

Milord Shaftsbury réfute une maxime que bien des habiles gens prennent pour excellente, et il cite à la marge l'archevêque ïillotson, Pascal et autres. Voici comme l'on conçoit ici cette maxime : c'est qu'il faut faire tous ses etforts pour avoir de la foi, et croire sans exception tout ce qu'on nous enseigne; parce que s'il n'est rien de ce que nous croyons, il ne nous arrivera aucun mal de nous être ainsi trompés : mais si ce que l'on nous enseigne est effectivement comme on nous le dit, nous courons grand risque, et nous avons tout à appréhender de notre manque de foi.

L'auteur croit que cette pensée est injurieuse à Dieu et rend les gens plus libertins : mais il me semble que la maxime n'est pas bien conçue; il ne s'agit pas tant de la foi que de la pratique. Arnaud, dans son Art de penser, et Pascal, dans ses Pensées, soutiennent que le plus sûr est de vivre conformément aux lois de la piété et de la vertu, parce qu'il n'y aura point de danger de le faire, et qu'il y en aura beaucoup de ne le pas faire. Ce raisonnement est bon ; il ne donne pas proprement une croyance, mais il oblige d'agir suivant les préceptes de la croyance : car on n'a pas la croyance quand on veut, mais on agit comme l'on veut. Ce n'est pas le manque de croyance qui mérite proprement d'être puni, mais la malice et l'obstination; et c'est ce que beaucoup de théologiens reconnaissent expressément.

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