JUSTICE ET PROVIDENCE DE DIEU
Je conviens, avec milord Shaftsbury, qu'un grand homme ne se fâchera pas si quelque homme igorant et simple ne connaît point son mérite; et qu'ainsi cela convient encore moins à Dieu. Mais comme un homme qui ne connaît point le bon médecin en est assez puni, parce qu'il n'est point guéri, il peut arriver par la même raison que ceux qui ne connaissent point les perfections de la Divinité, s'en punissent eux-mêmes, parce qu'ils n'en tirent pas le secours qu'ils pourraient attendre de cette connaissance.
11 est bien dit aussi, que rien que ce qui est moralement excellent ne doit avoir place dans la Divinité, et qu'il s'ensuit que Dieu surpasse intiniment tous les hommes en bonté; mais lorsqu'on ajoutu que de cette manière il ne nous restera plus aucune frayeur, ni aucun doute qui puisse nousin-
quiéter, et que nous ne pouvons rien craindre de ce qui est bon , mais uniquement de ce qui est méchant, je trouve quelque chose à dire à cette conséquence, qui ressemble un peu au sentiment de quelques peuples, où l'on ne craint qu'une divinité mauvaise. Il y a des peines qui servent à corriger ou ceux qui pèchent, ou au moins quelques autres : il y a aussi des peines naturelles qui sont la suite des péchés, comme j'ai déjà dit; et dans toutes ces peine*, ou dans tous ces maux infligés au péché , il n'y a rien de contraire à la bonté de Dieu ; au contraire, c'est la bonté ou la sagesse qui ies demande pour un plus grand bien.
Ces pensées sont excellentes, que Dieu est un esprit universel, une intelligence qui a rapport au tout, un père commun ; et que cette idée nous doit moins effrayer que cello d'un monde orphelin, abandonné au hasard. Mais lorsqu'on ajoute, que sur le pied où la religion est parmi nous, il y a plusieurs bonnes âmes qui craindraient moins de se voir exposées a cet accident, et qui auraient l'esprit plus en repos si elles étaient assurées qu'on n'a rien à craindre après cette vie ; je crois qu'il faut ajouter encore que ces bonnes âmes sont mal instruites. Cependant il est bon que les méchants craignent le châtiment, et que les bons craignent de devenir méchants. On poursuit en disant, que la pensée qu'il n'y a point de Dieu n'a jamais fait trembler personne, mais bien celle qu'il y en a un. Mais je ne suis point de cet avis. On peut trembler, non-seulement lorsqu'on appréhende un grand mal, mal aussi lorsqu'on pense à la perle d'un grand bien.