FACILITÉ DE RÉSOLDHE LES OBJECTIONS CONTRE LES MYSTÈRES
(Théodicée : Discours sur la conformité de la foi avec la raison, § 27.)
11 semble que Bayle ne prend les objections qu'il propose contre nos mystères pour invincibles, que par rapport à nos lumières présentes, et il ne désespère pas môme que quelqu'un ne puisse un jour trouver un dénouaient peu connu jusqu'ici... Cependant je suis d'une opinion qui sui prendra peutêtre : c'est que je crois que ce dénouaient est tout trouvé, et n'est pas môme des plus difficiles; et qu'un génie. médiocre, capable d'assez d'attention, en se servant exactement des règles de la logique vulgaire, est en état de répondre à l'objection la plus embarrassante contre la vérité, lorsque l'objection n'est prise que de la raison, et qu'on prétend que c'est une démonstration. Et quelque mépris que le vulgaire des modernes.ait aujourd'hui pour la logique d'Aristote , il faut reconnaître qu'elle enseigne des moyens infaillibles de résister à l'erreur dans ces occasions. Car on n'a qu'à examiner l'argument suivant les règles, et il y aura toujours moyen de voir s'il manque dans la forme, ou s'il y a des prémisses qui ne soient pas encore prouvées par un bon argument.
C'est tout autre chose quand il ne s'agit que des vraisemblances; car l'art déjuger des raisons vraisemblables n'est pas encore bien établi ; de sorte que notre logique à cet égard est encore Irès-imparlaite, et que nous n'en avons presque jusqu'ici que l'art de juger des démonstrations. Mais cet art suflit ici : car quand il s'agit d'opposer la raison à un article de notre foi, on ne se met point en peine des objections qui n'aboutissent qu'à la vraisemblance : puisque tout le monde convient que les mystères sont contre les apparences, et n'ont rien de vraisemblable, quand on ne les regarde que du côté de la raison; mais il suffit qu'il n'y ait rien d'absurde. Ainsi il faut des démonstrations pour les réfuter.
Et c'est ainsi sans doute qu'on le doit entendre, quand la sainte Ecriture nous avertit que la sagesse de Dieu est une folie devant les hommes (/ Cor. i, 25), et quand saint Paul (Ibid., 23) a remarqué que l'Evangile de Jésus-Christ est une folie aux Grecs, aussi bien qu'un scandale aux Juifs; car au fond une vérité ne saurait contredire l'antre; et la lumière de la raison n'est pas moins un don de Dieu que celle de la révélation. Aussi est-ce une chose sans difliculté parmi les théologiens qui entendent leur métier, que les motifs de crédibilité justifient une fois pour toutes l'autorité de la sainte Ecriture devant le tribunal de la raison; afin que la raison lui cède dans la suite, comme à une nouvelle lumière, et lui sacrifie toutes ses vraisemblances. C'est à peu près comme un nouveau chef envoyé par le prince doit faire voir les lettres pa-
tentes dans l'assemblée où il doit présider par après.