SENTIMENTS DES CHINOIS SUR DIEU ET LES ESPRITS
(T. IV, pan. i, p. 170.)
I. On peut douter d'abord si les Chinois reconnaissent ou ont reconnu des substances spirituelles: mais après y avoir bien pensé, je juge que oui, quoiqu'ils n'aient peut-être point reconnu ces substances comme séparées, et tout à fait hors de la matière. 11 n'y aurait point de mal en cela à l'égard des écrits créés, car je penche moimême à croire que les anges ont des corps, ce qui a été aussi le sentiment de plusieurs Pères de l'Eglise. Je suis d'avis aussi que lame raisonnable n'est jamais dépouillée entièrement de tout corps. Mais à l'égard de Dieu, il se peut que le sentiment de quelques Chinois a été de lui donner aussi un corps, de considérer Dieu comme l'âme du monde, et de le joindre à la matière, comme ont fait les anciens philosophes de la Grèce et de l'Asie. Cependant, en faisant voir que les plus anciens auteurs de la Chine attribuent au ly, ou premier principe, la production même du ki ou de la matière, on n'a point besoin de les reprendre, et il sullit
(39) Ces réflexions de Leibniiz sont tirées d'une irès-grande Lettre à M. Rêmond. La matière y est iraiiée av.c C'tte linesse de critique ei celte force rie raisonnement que noire auteur mettait dans toutes les discussions de telle nature; son sentiment est favorable aux anciens Chinois, et même à la secte des lettres. Il les défend contre l'accusation d'athéisme et île matérialisme dont ils sont si fortement chargés. Le P. de Sainte-Marie et le P. Longobardi, qu'il rélule dans cette lettre, avaient écrit I un et l'autre pour appuyer celle accusation. Le premier était un Franciscain , et le second un Jésuite, supérieur général des missions de son ordre dans la Chine, opposé sur le point dont il s'agit ici, au sentiment de la plupart de ses confrères.
La religion n'est pas étrangère à l.i cause des Chinois, que Leibniiz entreprend de défendre. Il lui importe qu'on enlève aux ennemis de toute spiritualité le suffrage d'une nation aussi grave et aussi nombreuse que celle des Chinois ; et les auleurs qui ont écrit pour la justifier contre l'accusation d'athéisme et île matérialisme qu'on lui a intentée, ont bien mieux servi la religion, mieux entendu se?» intérêts que ceux qui n'ont rien négligé pour la faire juger coupable.
Le savant Dutens a la même opinion que nous
de les expliquer. On pourra persuader plus aisément à leurs disciples que Dieu est intelligentia supramundana, et au-dessus de la matière. Ainsi pour juger que les Chinois reconnaissent les substances spirituelles, on doit surtout considérer ( p. 171 ) leur ly ou règle, qui est le premier auteur et la raison des autres choses, et que je crois répondre à notre divinité. Or il est impossible d'entendre cela d'une chose purement passive, brute et indifférente à tout, et par conséquent sans règle, comme est la matière. La règle, par exemple, ne vient pas de la cire, mais de celui qui la forme Leurs esprits aussi, qu'ils attribuent aux éléments, aux fleuves, aux montagnes, sont ou la puissance de Dieu qui y paraît, ou peut-être, au sentiment de quelques-uns d'entre eux, des substances spirituelles particulières, douées de ia force d'agir et de quelques connaissances, quoiqu'ils leur attribuent des corps subtils et aériens, comme les anciens philosophes et les Pères en donnaient aux génies ou aux anges. C'est pourquoi les Chinois ressemblent à ces Chrétiens, qui croyaient que certains anges gouvernent les éléments et les autres grands corps; ce qui serait une erreur apparemment, mais qui ne renverserait point le christianisme. Dans le règne des scolastiques, on n'a point condamné ceux qui croyaient, avec Aristote, que certaines intelligences gouvernaient les sphères célestes. Et ceux qui, parmi les Chinois, croient que leurs ancêtres et leu-s grands hommes sont parmi ces esprits, s'approchent assez de l'expression de Notre- Seigneur, qui insinue que les bienheureux .doivent être semblables aux anges de Dieu. Il est donc bon de considérer que ceux qui donnent des corps aux génies ou anges, ne nient point pour cela les substances spiri tuelles créées, car ils accordent des âmes raisonnables à ces génies doués de corps, comme les hommes en ont, mais des âmes pi us parfaites, comme leurs corps sont plus
sur les écrits de Leibniiz en fiveurdes Chinois; tout ce qu il y discuie, nous dit-il, dans la préaee latine du quatrième volume de sa colleciion, est de la plus grande utilité, ulilia sunt quam maxima. Il recherche effectivement quel a été le sentiment des anciens Chinois sur la nature de Dieu, sur les esprits, sur lame de l'homme et son immortalité; et il répond à ces questions avec l'esprit vraiment philosophique qu'on admire dans tous ses ouvrages. Je ne crains pas même de dire, ajoute Dutens, que jusqu'ici il n'a rien prouvé sur la philosophie des Chinois, plus digne que les écrits de Leibniiz, d'intéresser les lecteurs, soil à raison de la nouveauté des objets qu'on y traite, soit qu'on considère l'eteuilue des re<h< rche> et la sagacilé que l'auteur y f.iit paraître. Leibniiz pense que les anciens Chinois ont eu des sentiments justes sur Dieu, sur les esprits, et sur l'immortalité des âmes : il défend les philosophes Chinois du moyen âge, contre ceux qui leur oui imputé l'athéisme ; el il étend son apologie à ceux même des temps modernes, en observant qu'on ne doit accuser d'un crime aussi odieux une nation entière, ou même le petit nombre de ses philosophes, qu'avec une extiéine réserve, el sur les preuves les plus graves.
parfaits aussi. Ainsi le P.
ms
Longobardi, et le
p. sabbatini, cité par le premier, ne doivent
joint conclure, de ce qu'il parait que les
Chinois donnent des corps à leurs esprits,
qu'ils ne reconnaissent point de substances
spirituelles.
.11. Comme la Chine est un grand empire,
qui ne cède point en étendue à l'Europe
cultivée, et la surpasse par le nombre ues
habitants et en bonne police; et comme il y
a dans la Chine une morale extérieure admirable à certains égards, jointe à une doctrine philosophique, ou bien à une théologie
naturelle, vénérable par son antiquité, établie et autorisée depuis trois mille ans ou
environ, longtemps avant la philosophie des
Grecs, laquelle est pourtant la première
dont le reste de la terre ait des ouvrages,
nos saints livres toujours exceptés, ce serait
une grande imprudence et présomption à
nous autres nouveaux venus après eux, et
sortis à peine de la barbarie, de vouloir
condamner une doctrine si ancienne , parce
qu'elle ne parait point s'accorder d'abord
avec nos notions scolastiques ordinaires. Et d'ailleurs, il n'y a point d'apparence
qu'on puisse détruire cette doctrine sans une grande révolution. Ainsi il est raisonnable de voir si on ne pourra pas lui donner
un bon sens
111. Je crains que le P. Longobardi, déjà prévenu contre la doctrine chinoise, n'ait été ébloui lui-même par les discours de certains mandarins athées, qui se sont moqués de ceux qui voulaient tirer des conséquences de la doctrine de leurs ancêtres, pour établir la divinité, la Providence, et le reste de la religion naturelle. 11 ne faut point se lier aux interprétations de ces genslà, qui sont manifestement forcées, non plus qu'a un athée d'Europe, qui s'efforcerait de prouver par des passages ramassés mal à propos de Salomon et d'autres auteurs sacrés, qu'il n'y a point de récompense ni de châtiment après cette vie. Et si par malheur l'athéisme prévalait en Europe, et y devenait la doctrine commune des plus savants lettrés, comme il y a eu un temps où l'averroïsme prévalut quasi parmi les philosophes île l'Italie ; les missionnaires envoyés en Europe parles sages de la Chine, et étudiant nos anciens livres, auraient raison de s'opposer au torrent des sentiments de ces lettrés, et de se moquer de leurs moqueries que de très-habiles
fectifs et. réels. Il y a grande apparence que ces expressions, si approchantes des grandes vérités de notre religion, sont parvenues aux Chinois par la tradition des anciens patriarches. Le P. de Sainte-Marie n'y oppose que des interprètes qu'on appelle classiques, mais qui sont bien postérieurs.... El leur autorité , quand il s'agit du véritable sens desanciens textes, ne saurait être plusgrande que celle d'un Accurcius ou d'un Bartolus , quand il s'agit d'expliquer le sens de VEdictum perpetuum de l'ancienne jurisprudence romaine, qu'on trouve aujourd'hui bien et très-souvent éloigné de celui de ces glossateurs. Il en est de même de plusieurs interpiétalions attribuées à Arislote par les Arabes et les scolastiques , qui sont tout à fait contraires au sentiment de cet auteur et au véritable sens que les anciens interprètes Grecs lui donnaient , et que des modernes ont trouvé. Et je crois moi-même avoir montré ce que c'est que VEnléléchie , que les scolastiques n'o il guère connue.
Ainsi l'autorité que les PP. Longobardi et de Sainte-Marie donnent aux Chinois modernes n'est qu'un préjugé d'école. Us ont jugé de l'école chinoise postérieure comme l'école postérieure européenne (dont ils étaient préoccupés ) voudrait qu'on jugeât d'elle; c'est-à-dire qu'on jugeât du texte des lois divines et humaines, et des anciens auteurs, selon son interprétation ou sa glose, défaut assez répandu parmi les philosophes, les jurisconsultes , les moralistes ou les théologiens, sans parler des médecins, qui , n'ayant presque plus d'école fixe , ni même de langage régie, sont allés jusqu'à mépriser les anciens, et se sont tellement affranchis du joug, qu'ils sont tombés dans la licence , puisqu'ils n'ont presque plus rien d'établi au delà de quelques expériences ou observations, qui même bien souvent ne sont pas trop assurées ; «le sorte qu'il semble que la médecine aurait besoin d'être rebâtie tout de nouveau par des communications autori*ées de quelques excellents hommes dont elle ne manque point , qui rétabliraient un langage commun, sépareraient l'incertain du certain, fixeraient les degrés du vraisemblable, et découvriraient une méthode certaine pour l'accroissement de la science ; mais cela soit dit en passant. Le peu d'aulorité des glossateurs fait que je m'étonne
rapporte (p.
Oh! les rares
IV. Le P. de Sainte-Marie 191) ces paroles de Confucius vertus et les grandes perfections de ces esprits célestes ! Y a-l-il quelque vertu supérieure à la leur ! On ne tes voit pas, mais ce qu'ils font les manifeste; on ne les entend pas, mais les merveilles qu'ils ne cessent d l'opérer parlent assez. Le même Confucius dit: que nous ne pouvons pas concevoir de quelle façon les esprits sont si intimement unis à nous; ainsi nous ne pouvons avoir trop d'empressement à les honorer, à les servir et à leur offrir des sacrifices; car, quoique leurs oj>( râlions soient secrètes et invisibles, leurs bienfaits ne laissent pas d'être visibles , ef-
théologiens
de notre
temps, qui préfèrent la doctrine des anciens Pères de l'Eglise aux sentiments des modernes dans la théologie spéculative, aussi bien que dans la morale, prétendent juger de la théologie des Chinois plutôt par les modernes que par les anciens. On ne le doit point trouver étrange dans un P. Longobardi, ou dans un P. de Sainte-Marie, qui donnaient apparemment dans les sentiments de l'école théologique et philosophique vulgaire ; mais il me semble que parmi des savants théologiens qui s'opposent aux Jésuites sur cette matière de la doctrine chinoise, il y en a qui en devraient juger tout autrement
PENSEES DE LEIBMTZ SUP. LA HELIC10N ET LA MOIiAI.E.
il 30
V. Le P. de Sainte-Marie, après avoir rapporté le beau passage de Confucius marqué ci-dessus, prétend que ce même auteur, continuant son discours, découvre jusqu'où va son erreur grossière sur cela. Car il dit (spIoii ce Père), que tes esprits s'unissent et s'incorporent réellement avec les choses, dont ils ne peuvent se séparer qu'ils ne soient totalement détruits Je dis d'abord que je
suis porté à croire que ce ne sont pas les doctrines expresses de Confucius, mais des sentiments qu'on lui prête sur les interprétations des modernes. Car les paroles expresses qu'on rapporte de lui ne souffrent point ce sens , à moins qu'on ne veuille soutenir qu'il n'a parlé que pour tromper les lecteurs simples , sous le voile de religion, mais que son vrai sentiment est celui des athées. Imputation où l'on ne doit venir que sur de bonnes preuves , et dont je n'ai vu aucun fondement jusqu'ici que les interprétations sourdes des modernes , qu'ils n'oseraient peut-être avouer assez nettement dans des ouvrages publics. Si Confucius avait ce sentiment des esprits , il n'en jugerait pas plus avantageusement que notre école commune ne juge des âmes des bêtes, qu'elle croit périr avec la bête. Mais si cela était ainsi, que serait-ce que ces rares vertus et grandes perfections, ces merveilleuses opérations , ces grands bienfaits dignes de notre reconnaissance et de notre culte, qu'il attribue à ces esprits et génies célestes ?
De plus, Confucius et les anciens donnent des esprits ou des génies assistants à plusieurs choses, qui ne sont point susceptibles d'une telle incorporation, par exemple, aux hommes, aux villes , aux provinces. Quelle apparence aussi de s'imaginer une incorporation de l'esprit avec sa montagne ou avec sa rivière, ou même de l'esprit des quatre saisons avec les saisons mêmes ; de 1 esprit du chaud et du froid avec ces qualités? Ainsi il faut dire ou que ces anciens Chinois se moquaient des gens , et ne cherchaient qu'à les tromper , ce qu'il ne faut point leur imputer sans preuves; ou qu'ils croyaient des esprits subalternes, ministres de la divinité , gouvernant les choses de leur département ; ou enfin qu'ils honoraient sous leur nom la vertu divine répandue partout, comme quelques anciens Grecs et Latins ont prétendu que sous les noms de plusieurs dieux on n'adorait qu'une seule divinité
VI. Le Chou-king, livre originaire et des plus anciens, selon le P. Longobardi , raconte, au rapport de ce même Père, que les Chinois, dès le temps de Jao et de Kun, qui sont les fondateurs de l'empire, ont adoré les esprits, et que quatre sortes de sacrilices se faisaient à quatre sortes d'esprits. Le premier sacrilice se faisait au ciel , et tout ensemble à son esprit. Le second se faisait à l'esprit des six principales causes , c'està-dire des quatre saisons de l'année, du chaud et du froid , du soleil, de la lune, des étoiles , de la pluie et de la sécheresse. Le
OEUVRES C051PL. Dlî M EmeRY. I.
troisième se faisait aux esprits des montagnes et des grandes rivières. Et le quatrième se faisait aux esprits des choses moins considérables de l'univers, et aux hommes illustres de la république. Et le même P. Longobardi remarque que le texte dit qu'il y a différents esprits qui président aux montagnes, aux rivières et aux autres choses de ce bas monde; mais les interprètes expliquent cela des causes naturelles, ou des qualités qu'elles ont pour produire certains effets.
Ces interprèles ont raison, s'ils n'approuvent point qu'on s'imagine, avec le peupla ignorant de l'antiquité, que Jupiter, ou un certain génie de l'air, lance la foudre; qu'il y a certains barbons assis dans ces montagnes et dans les creux de la terre, qui versent les rivières de leurs urnes; s'ils croient que tout ceia arrive naturellement par les qualités de la matière. Mais ils n'ont point raison s'ils croient que les anciens ont voulu faire adorer ces choses brutes, et s'ils réduisent à celte même condition d'un amas de qualités brutes le premier principe et le gouverneur du ciel , ou plutôt le gouverneur de l'univers; puisque les merveilles des choses particulières, qui ne connaissent point cequ'elles font, ne saura. eut venir que de la sagesse du premier principe» Ainsi il faut croire , ou que les anciens sages de la Chine ont cru que certains génies , comme ministres du suprême Seigneur du ciel et de la terre, présidaient aux choses inférieures, ou qu'ilsont voulu adorer le grand Dieu encore dans les vertus des choses particulières, sous le nom des esprits de ces choses, pour donner dans l'imagination des peuples; et que c'est ainsi qu'ils ont cru que tout était un, c'est-à-dire que la vertu d'un grand principe unique paraissait partout dans les merveilles des choses particulières; que l'esprit des saisons, l'esprit des montagnes, l'esprit des rivières était ce même Xangti qui gouverne le ciel.
Ce sentiment est le plus vrai. Cependant l'autre, admettant des génies présidant aux choses naturelles, aux globes célestes , aux éléments , etc. , n'est pas tout à fait intolérable, et ne détruit pas le christianisme, comme j'ai déjà remarqué ci-dessus. Mais s'il est aisé d'enseigner et de faire recevoir aux Chinois ce qui est le plus véritable, par une interprétation raisonnable de cet axiome, que le tout se réduit à la vertu d'un , c'està-dire que les vertus de toutes les créatures inanimées ne marquent point leur sagesse, mais celle de l'auteur des choses, et ne sont qu'une suite naturelle des furies que le premier principe y a mises. Faisant pourtant comprendre, suivant la véritable philosophie découverte de nos jours, que des substances animées sont répandues partout, qu'elles n'ont pourtant lieu que là où il y a des organes qui ont du rapport à la perception ; que ces substances animées ont leurs âmes ou leurs esprits propres comme l'homme ; qu'il y en a une infinité au-dessous, mais aussi une infinité au-dessus de l'âme ou de
ii:i
l'esprit île l'homme; que ceux qui sont audessus s'appellent anges et génies; qu'il y en a qui servent pins particulièrement le souverain Esprit, étant plus disposés à entendre sa volonté et à s'y conformer ; que les âmes des personnes vertueuses leur sont associées, et qu'on peut leur accorder des honneurs, mais qui ne dérogent point à ce qu'on doit a la substance suprême.
Ainsi on peut encore satisfaire aux interprètes chinois modernes, en leur applaudissant, lorsqu'ils réduisent aux causes naturelles le gouvernement du ciel et d'autres choses, et s'éloignent de l'ignorance du peuple, qui y cherche des (miracles surnaturels, ou plutôt surcorporels, et des esprits, comme Deus ex machina; et on les éclairera davantage là-dessus en leur faisant connaître les nouvelles découvertes de l'Europe, qui rendent des raisons presque mathématiques de plusieurs grandes merveilles de la nature, et font connaître les véritables systèmes du macrocosme et du microcosme.
Mais il faut leur faire reconnaître en même temps, comme la raison le demande, que ces causes naturelles qui font leur ollice si exactement à point nommé pour produire tant de merveilles, ne le sauraient faire, si elles n'étaient des machines préparées pour cela, et formées par la sagesse et par la puissance de la substance suprême, qu'on peut appeler ly avec eux
Vil. ( P. 198. ) L'auteur d'une philosophie chinoise, cité par le P. Longobardi, veut qu'on cherche une proportion ou connexion entre l'esprit à qui on sacrifie, et celui qui sacrifie; que c'est pour cela que l'empereur doit sacrifier au Roi d'en haut ou au Seigneurdu ciel : que les princes et ducs sacrifient aux esprits protecteurs des cinq genres de vie; qu'on sacrifie à Confucius dans les écoles des universités, et que ce rapport fait encore que chacun doit sacrifier
à ses ancêtres C'est dans le même esprit
(jue Confucius dit (au rapport du P. de Sainte-Marie ) : Sacrifier à l'esprit </ui n'est pus de ton état et. de la condition, en un mot, qui n'est pas propre pour toi, c'est une flatterie téméraire et infructueuse ; la justice et la raison y répugnent. Et selon l'exposition de Chuin-Kolao, il n'appartient qu'à l'empereur de sacrifier au ciel et à la terre; il appartient aux héros du royaume de sacrifier aux montagnes et aux eaux ; il appartient aux hommes illustres de sacrifier aux esprits ; le reste du peuple a le droit et la liberté de sacrifier aux ancêtres. Et la Somme philosophique dit : Les âmes cherchent les esprits de même qualité, et avec lesquels elles ont plus de rapport. Par exemple, si un paysan s'adressait à l'esprit d'un homme de condition, dans le même instant il serait rebuté, et cet esprit n'opérerait rien: au contraire, si quelqu'un invoque un esprit proportionné à son état, il est assuré qu'il touchera l'esprit, et Je portera à le favoriser. Et le P. de Sainte- Msrie ajoute, que pour cette raison, les seuls lettrés sacrifient à Confucius, et que c'est de
cette manière qu'on doit entendre ce que le P. Martinez avait exposé à Rome en 1656, que le temple, ou, comme il l'appelait, la salle de Confucius est fermée à tout le monde, hors aux lettrés. Le même Père remarque que les soldats chinois honorent un ancien et illustre capitaine Taik-ung; les médecins une espère d'Esculape, et les orfèvres un ancien alchimiste , qu'ils nomment Suhoang.
Ce Père entre encore dans un plus grand détail. Selon lui, les Chinois attribuent au très-haut Xangti, et à tous les autres esprits le gouvernement du monde ; au premier, comme au souverain Seigneur qui habite le ciel comme son palais, et aux esprits comme à ses ministres, chacun commandant dans le poste qu'on lui a confié; les uns placés dans le soleil, la lune, les étoiles, les nuées, les tonnerres, les grêles, les tempêtes et les pluies ; les autres dans la terre, sur les montagnes, les étangs, les fleuves, lesmoi«sons, les fruits, les forêts et les herbes; d'autres parmi les hommes et les animaux ; plusieurs dans les maisons, aux portes, dans les puits, dans les cuisines, dans les fourneaux, et même dans les lieux les plus immondes; d'autres à la guerre, aux sciences, à la médecine, à l'agriculture, à la navigation, à tous les arts mécaniques. Chaque Chinois prend pour son patron un esprit qu'il prie, qu'il invoque, et qu'il tâche de se rendre favorable par des sacrifices. Ils rendent à leurs ancêtres les mêmes devoirs qu'aux esprits familiers et domestiques; ils traitent les autres morts d'esprits étrangers. Pour Confucius et ses disciples les plus renommés, ils les prient comme des esprits qui président aux écoles et aux sciences. La glose du Père est que les Chinois sont comme les stoïciens qui se figuraient un dieu matériel et corporel, répandu dans tout l'univers, pour l'animer et pour le gouverner avec d'autres dieux inférieurs et subalternes. Mais je ne vois rien qui nous empêche d'y trouver un Dieu spirituel, auteurdela matière même, montrant sa sagesse et sa puissance dans les choses brutes, et servi par des esprits intelligents qui ressemblent à nos anges et à nos âmes ; et on peut dire que le peuple parmi eux, comme parmi les païens, multiplie ces esprits particuliers outre mesure et besoin ; au lieu que les sages se contentent du suprême esprit, et de ses ministres en général, sans leur assigner des départements fixes.
VIII. Je ne veux point examiner jusqu'à quel point le culte des Chinois pourrait être blâmé ou excusé; je veux seulement faire recherche de leur doctrine : et il me paraît (à joindre tout ensemble ) que l'intention 'le leurs sages a été d'honorer le ly ou la suprême raison, qui se fait voir et opère partout, soit immédiatement dans les choses brutes, soit par des esprits inférieurs, comme ses ministres , auxquels les âmes vertueuses sont associées : et les mêmes sages ont voulu qu'on donnât son attention aux objets dans lesquels la suprême sagesse paraît plus
particulièrement, et que chacun eût égard, ]>our cela, aux objets les plus convenables à son état, selon le règlement des lois : l'empereur aura égard au ciel et à la terre; les grands seigneurs aux grands corps qui ont leur influence sur la production des aliments, comme les é'éments, les tleuves, les montagnes; les lettrés aux esprits des grands philosophes et législateurs; et chacun aux âmes vertueuses de sa famille.
SENTIMENTS DES CHINOIS SLR L'iMMORTALITÉ DE L'AME, LES PEINES ET LES RÉCOMPENSES APRÈS L'AUTRE VIE.
(T. IV, p. 20S, 206.)
Le sentiment des Chinois sur l'immortalité de l'âme sera plus éclairci, quand on reconnaîtra que vraisemblablement, selon l'ancienne doctrine chinoise, lésâmes reçoivent des récompenses et des châtiments" après cette vie. Il est vrai que la secte des lettrés ne parle ni du paradis ni de l'enfer, et!e docteur Michel, Chinois chrétien, l'avoua en soupirant et en louant la secte de Foë, qui propose l'un et l'autre. Il paraît aussi que les Chinois modernes, qui veulent passer pour les plus éclairés, se moquent quand on leur parle de l'autre vie; mais peut-être ne s'en moqueront-ils pas toujours quand ils considéreront que cette suprême substance, qui, selon eux-mêmes, est la source de la sagesse et de la justice , ne doit pas agir moins parfaitement surles esprits et lésâmes qu'elle produit, qu'un roi sage dans son royaume agit sur des sujets qu'il ne produit pas selon son inclination, et qu'il lui est plus dillicile de gouverner, puisqu'ils ne dépendent pas de lui absolument. Ainsi cette monarchie des esprits sous ce grand maître, ne doit pas être moins réglée qu'un empire des hommes , et par conséquent il faut que les vertus soient récompensées, et les vices punis sous ce gouvernement, ce qui n'arrive pas assez dans cette vie; c'est aussi ce que les anciens Chinois ont insinué. Mous avons déjà remarqué qu'ils mettent un empereur sage et vertueux àcôté deXangti; qu'ils considèrent les âmes des grands hommes comme des anges incarnés. Le P. de Sainte-Marie cite le Xi-King, qui est un des principaux livres des lettrés, où ils font mention de quelques-uns de leurs anciens rois, qui après leur mort montèrent au ciel, pour éclairer et pour aider (je crois qu'on doit traduire pour assister et pour servir) ce roi très-haut Xangti, et pour s'asseoir à sa droite et à sa gauche. Kt il est dit dans le même livre, que les rois montant de la terre au ciel, et descendant du ciel en terre, peuvent favoriser et secourir le royaume, en qualité de patrons et de protecteurs.
Le culte des ancêtres et des grands hommes, institué par les anciens Chinois, peut bien avoir pour but de marquer la gratitude des vivants, vertu chérie et récompensée du ciel, et pour exciter les hommes à faire des actions qui les rendent dignes de la recon-
naissance dé la postérité. Cependant les anciens en parlent, comme si les esprits des vertueux ancêtres, environnés d'un rayon de glorreà la cour du Monarque de l'univers, • étaient capables de procurer du bien et du mal à leurs descendants; et il paraît a li moins par là qu'ils les ont conçus comme subsistants. Il est bon de voir comment ils se sont expliqués. Au rapport du P. de Sainte-Marie, Confucius fait l'empereur Xum auteur du culte des ancêtres. Cet empereur, selon la chronologie royale( un deslivres classiques), appelée Tung-ki en, c'est-à-dire Histoireuniverselle, a été le cinquième après la fondation de la monarchie. Confucius l'en loue extrêmement, et attribue la prospérité de l'empire à ce culte, audit endroit, et il propose les anciens rois en cela pour modèies à la postérité. Il dit aussi, vers la fin de ce chapitre, que celui qui saurait parfaitement ce que le culte du ciel et de la terre renferme en soi, et la juste raison qu'il y a de sacrifier à ses ancêtres, pourrait se promettre une paisible prospérité et un sage gouvernement dans tout le royaume, avec autant de certitude que s'il les tenait dans sa main. Il est vrai que les Chinois lettrés ne parlent ni d'enfer ni de purgatoire; mais il se peutque quelques-uns d'entre eux croient ou ont cru autrefois que les âmes errantes qui rôdent par-ci par-là, à travers des montagnes et des forêts, sont dans une espèce de purgatoire. Nous avons déjà parlé de ces âmes errantes; et sans faire trop de comparaison entre les sentiments des Chrétiens et des païens, on peut dire qu'il se trouve quelque chose d'approchant dans la Vie de saint Conrad, évêque de Constance, publiée dans le tome U de mon Recueil , où l'on rapporte que lui et son ami saint Udalric trouvèrent des âmes en forme d'oiseaux, condamnées aux cataractes du Rhin, qu'ils délivrèrent par leurs prières. Peut-être aussi que, selon quelques-uns de ces Chinois lettrés, anciens ou modernes, les âmes punissables deviennent des esprits destinés à de bas ofliees, à garder les portes, la cuisine, les fourneaux, jusqu'à ce qu'ils aient expié leurs crimes. Nous sommes trop peu instruits de la doctrine de ces lettrés, pour entrer dans le détail de leurs sentiments.
LE DÉLUGE UNIVERSEL, TEL QUE NOUS L*AT- TESTE LA SAINTE ÉCRITURE, n'est POINT UN FAIT INEXPLICABLE.
(T. Il, pari. Il ; Prologea, p. 205.)
Au commencement du monde, et avant que la lumière eût été séparée des ténèbres (Gen. i, k), tout a été soumis à l'action du feu; et après l'incendie universel, la terre a été ensevelie sous les eaux. Les monuments sacrés de notre religion attestent ce dernier point, et toutes les anciennes histoires des nations le continuent. Mais, indépendamment de ces témoignages, les vestiges du séjour de la mer au milieu denos terres, suffiraient pour nous en persuader, car on
UEl VUES COMPLETES DE M. EMERY.
rencontre des coquillages dans les montagnes (40); et l'ambre, qui croît seulement dans la mer, se trouve quelquefois enfoui dans des terrains qui en sont bien éloignés, tels que ceux où nous habitons.
Je n'ignore pas que quelques personnages ont poussé la licence des conjectures jusqu'à prétendre que l'Océan couvrant autrefois tout le globe, les animaux qui habitent maintenant la terre, avaient élé d'abord aquatiques, que l'eau s'élant retirée peu à peu, ils étaient devenus amphibies, et qu'enfin leur poster ité avait entièrement oublié son jireutier élément. Mais outre que cette hypothèse ne peut se concilier avec ce que nous apprennent les écrivains sacrés dont il ne nous est pas permis de nous écarter, elle soutire, considérée en elle-même, des difficultés immenses ; « e n'est pas le lieu de les exposer ici, il vaut mieux nous occuper à rechercher d'où a pu venir une quanlilé d'eau assez grande pour couvrir les montagnes, et où cette masse d'eau s'est retirée quand elle a laissé dans la suite la terre à sec.
Quelques écrivains ont soutenu, avec plus d'esprit que de succès, que tout pouvait s'expliquer par le seul changement du centre de la terre ; qu'il était résulté de ce changement, que l'inclinaison des graves s'était portée ailleurs: et que, quoique la superficie de la terre fûtdemeurée la même, cependant sa hauteur et l'abaissement des lieux avaient changé, parce que cette hauteur et cet abaissement s'estiment, non par eux-mêmes, mais far la proximité du centre de gravité. Il y aurait peut-être quelque fondement de tenir ce langage, si les mers et les montagnes occupaient séparément diverses parties du globe, et n'étaient pas mêlées ensemble dans le même hémisphère.
Cependant on peut concevoir ici une certaine vacillation du centre vers des points divers, d'où résulterait réellement, de tous côtés, une alternative d'élévation et d'abaissement dans les eaux... Onconçoit assez facilement où a pu se retirer une quantité d'eau suffisante, pour laisser la terre à découvert; cette eau, à la faveur de quelques ouvertures, ou ruptures secrètes, nouvellement formées, a pu se précij iter dans des cavernes immenses, et pénétrer dans l'intérieur du globe, puisque la masse d'eau qui aurait suffi pour couvrir les sommets de toutes les montagnes actuelles, en supposant que leurs sommets ne sont pas élevés de plus de quatre milles d'Allemagne, au-dessus du niveau -'de la mer, ne forme pas la soixante et dixième partie du reste de notre globe. Ainsi, rien n'empêcherait que ce que
(■40) Leibnilz dit, peregtinantur in montibus cochleœ. Terlullieo rsl le premier qui ait employé i elle expression. Pereyrinanlut adhuc in moniibus maris conclue et buccinœ , cupientes Platoni probure, eliam ardua /luilasse. (De pallio.) Celle manière de s'exprimer est aussi lorie et aussi sublime que telle de L'historien de l'Académie qui app lie les coquillages qu'on trouve dans les montagnes, des médailles incontestables du déluge.
nous voyons maintenant à sec n'eût élé autrefois sous les eaux : ou s'il existait de tout temps une partie de la terre plus élevée, on concevrait comme possible, que les hommes qui l'habitaient fussent descendus de ces hauteurs ( ainsi que les Scythes le soutenaient aux Egyptiens ), dans' des demeures nouvellement formées, et dans la célèbre vallée de Sennaar, forcés peut-être par le froid ; car, par la retraite de la mer vers les parties inférieures, ils se trouvaient comme élevés dans une région d'air plus haute et moins tempérée par les vapeurs.
Mais la terre étant une fois affermie, par quelle cause naturelle les eaux ont-elles pu, des lieux les plus bas, s'élever jusqu'audessus des plus hautes montagnes ? Voilà ce qui e>t un peu plus difficile à découvrir, et qui exige d'autres recherches. Les pluies ne seraient point par elles-mêmes une cause suffisante du phénomène, à moins que l'air n'ait <Hé autrefois beaucoup plus aqueux qu'il ne l'est aujourd'hui. Jl est encore peu croyable qu'à la faveur de vents impétueux, sortis de tous côtés des entrailles de la terre, l'Océan ait été soulevé autour du monde, et soutenu pendant quelque temps comme par une voûte ; ce n'est qu'au temps où tout était en fusion, et où la masse de la terre était encore molle et tenace, qu'on pourrait rapporter un tel gonflement de la surface ou croule de la terre, et non au temps où cette croûte était déjà durcie et friable. Je n'oserais pas encore, pour expliquer le fait dont il s'agit, recourir à des causes extrinsèques à la terre, telles que le passage d'une < omète dans son voisinage, ou une proximité de la lune, plus grande qu'elle n'était autrefois : passage ou proximité qui, en occasionnant une plus forte attraction sur Jes eaux, auraient produit leur élévation et leur débordement.
Si nous voulons ne point aller chercher si loin les causes du fait qu'il s'agit d'expliquer, je ne vois rien de plus naturel et de plus simple que de dire que la voûte de la terre s'étant rompue dans la partie où elle était pi us faiblement soutenue, une masse immense de terre s'est précipitée dans l'abîme d'eau qui était renfermé sous cette voûte; qu'ainsi, les eaux poussées hors de leurs caverne^, s'étaient élevées au-dessus des montagnes, jusqu'à ce qu'ayant rencontré de nouvelles issues pour pénétrer dans les abîmes inférieurs; et ayant rompu une autre clôture intérieure de la terre, elles avaient une seconde fois laissé notre continent à sec; ainsi donc, si l'eau, depuis la formation de la terre, a couvert une seule fois sa surface, une seule voûte nous suffit pour tout
L'ouvrage posthume de Loibnitz , dont nous avons traduit le morceau précédent, est plein de f.iits et d'observations curieuses, qui prouvent que notre auteur était fort savant dans l'histoire naturelle, et il les accompagne de conjectures et de réflexions qui peuvent n'être pas toujours assez heureuses, mais qui ffiontreut toujours sa grande sagacité.
expliquer; el si elle l'a couverte une autre fois, alors nous reconnaîtrons que la terre avait deux voûtes, que la cavité extérieure ou plus voisine de la surface était remplie d'eau, et que l'autre était pleine dair; qu'ainsi, la première étant rompue, l'eau s'était élevée au-dessus des montagnes, mais que bientôt après, la seconde ayant éprouvé le même accident, les eaux étaient retombées dans l'abîme intérieur, et avaient laissé encore une fois aux habitants de la terre, une partie de sa surface à découvert.
Nous aurions pu, dans l'explication que nous venons de donner, mettre à profit quelques pensées d'un auteur ingénieux, qui, dans la Théorie sacrée de la terre, nouvellement publiée, forme de ruines nos montagnes et nos vallées, et nous aider encore des écrits de quelques savants, qui, excités par son exemple, ont voulu traiter le même sujet. Le célèbre Stenon, qui avait parcouru une partie considérable de l'Europe, et observé fréquemment les vestiges de ces voûtes rompues, avait eu quelque idée approchante (les nôtres ; et nous nous souvenons de l'avoir souvent eniendu disserter sur ce sujet, se féliciter même de pouvoir contribuer à nourrir la piété des fidèles, en démontrant la véracité des saintes Ecritures, et la réalité du déluge universel, par des arguments que lui fournissait le spectacle de la terre.
LES ANTITRINITAIRES MODERNES.
(T. V, p. 483 ; troisième Lettre à M. Vcissière la Crote.)
L'histoire des antitrinitaires modernes est assez curieuse. Il semble que les Italiens et les Espagnols, qui sont les auteurs de cette secte, ont eu envie de raffiner en matière de réformation sur les Allemands et sur les Français ; mais ils ont presque anéanti notre religion, au lieu de la purifier, il est vrai que la rigueur exercée contre eux, et particulièrement contre Servet, est inexcusable... J'ai d'autant plus de compassion de son malheur, que son mérite devait être extraordinaire, puisqu'on a trouvé de nos jours qu'il avait une connaissance de la circulation du sang, qui passe tout ce qu'on en trouve avant lui. C'est un bonheur pour le christianisme, que les Turcs n'aient pas eu l'esprit de profiter des avis des gens faits comme Adam Neuser, ministre du Palatinat, qui voulait établir une intelligence entre eux et les Chrétiens antitrinitaires. Par ce moyen ils auraient eu un parti parmi nous. On aurait tort de mettre ce Neuser sur le compte des réformés ; il y a eu des renégats île tous les partis du christianisme ; el s'il y en a moins de la confession d'Augsbourg, c'est que ceux-ci ont eu moins de commerce avec les Turcs ; et si Neuser a eu des vues plus étendues que d'autres, cela ne fait rien à la réformation.
Je ne voudrais pas attribuer la fin malheureuse de quelques anlitrinitanes à leur
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erreur d'entendement, mais plutôt au dérèglement de leur cœur, ou bien à quelques jugements de Dieu, dont nous ne connaissons point les ressorts. Souvent les gens de bien sont malheureux. D'ailleurs une mort difficile, accompagnée de fureurs et de mugissements, étant un effet de la maladie et de la constitution, elle peut arriver aumeilleur Chrétien du monde: outre que les gens en fureur ne ressentent pas ordinairement le mal autant qu'il le paraît, comme on le reconnaît par ceux qui en reviennent.
Comme il y a eu, et comme il y a encore parmi les antitrinitaires des gens vivant moralement bien, aussi bien que parmi les Turcs, il faut en avoir pitié, et implorer pour eux la clémence et la miséricorde de Dieu.