‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 299 sur 454 · PARALLÈLE DES SOCINIENS ET DES MA110IUÉ- TANS · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DES SOCINIENS ET DES MA110IUÉ- TANS

(T. V, p. 481 ; troisième Lettre à M. Veissière la Croze.)

11 faut avouer que les sociniens approchent fort des mahométans ; et quoiqu'ils n'admettent point que Mahomet est l'envoyé de Dieu, ils suivent pourtant et cultivent le principal de sa doctrine, en tant qu'il combat la Trinité et l'Incarnation. C'est pourquoi je me souviens d'avoir lu autrefois dans un livre de Comenius contre Zwicker, qu'un Turc ayant entendu ce que lui disait un socinien polonais, s'étonna qu'il ne se faisait point circoncire. II est vrai qu'ils rendent un culte à Jésus-Christ, que les mahométans lui refusent ; mais il semble que les derniers agissent plus conséqueuimenl que les sociniens; car pourquoi adorer une pure créature? François Davidis avait raison en cela de s'élever contre Blandrata et Socin : nous n'adorons formellement et précisément que l'Eternel et l'Infini; et l'union du Créateuravec la créature, quelque grande qu'elle soit, ne doit point altérer ce culte. Si quelques savants mal appris, ou quelques personnes grossières du peuple mal instruit parmi les Chrétiens, s'écartent de ce grand principe du vrai culte, il faut les reprendre et les redresser avec zèle; mais il ne faut point détruire pour cela ni l'union du Verbe avec la nature humaine, aussi étroite qu'il est possible, ni la diversité des trois personnalités et de deux productions, que la sainte Ecriture nous enseigne en Dieu, sans multiplier Dieu lui-même. 11 y a quelque chose de profond et d'incompréhensible dans la Divinité, dont la sainte Ecriture nous adonné quelque connaissance, par des paroles empruntées de ce qui se trouve d'analogique parmi les créatures, mais en excluant l'imperfection qui s'y trouve jointe dans les créatures. Les sociniens poussent leur audace plus loin que les mahométans dans les points de doctrine; car non contenls de combaltre ce mystère et d'éluder des passages très-forts, ils affaiblissent jusqu'à la théologie naturelle, lorsqu'ils refusent à Dieu la près-

cience des choses contingentes, et lorsqu'ils combattent l'immortalité de l'âme de l'homme. Et dans l'envie de s'éloigner des théologiens scolastiques, ils renversent (ont ce que la théologie a île grand et de sublime, jusqu'à rendre Dieu borné. Au lieu qu'on sait qu'il y a des docteurs mabométans qui ont de Dieu des idées dignes de sa grandeur. Conrad Vorstius, emporté trop loin par l'aversion qu'il avait de tout ce qui vient de l'école, donna dans des extrémités qui sont incompatibles avec la suprême et immense perfection de Dieu ; mais les sociniens lui en avaient montré le chemin, et l'événement a fait voir que le roi Jacques n'avait pas eu tort d'écrire si fortement contre ce docteur. Je ne suis pas instruit de ce Guillaume-Henri Vorstius, fils de Conrad... Il faut être bien téméraire et bien extravagant pour traiter de supposés les passages de l'Alcoran, qui parlent honorablement de Jésus-Christ, et ceux de Pline, de Tacite et de Suétone, qui parlent des Chrétiens.

DOGME DE LA TRINITÉ MAI. ENTENDU; OBSTA- CLE A LA CONVERSION DES MAHOMÉTANS (41j.

(T. V, p. 481, même leltrr.)

Le P, Michel Nau, qui a été au Levant et s'est attaché à instruire ceux qui ont à convertir les mahométans, a rapporté de bonnes choses tirées de leurs livres, dont on peut se servir pour leur rendre le christianisme recommandable. Mais le principal est de leur ôter l'opinion qu'ils ont de nous, que nous multiplions la divinité. Et il serait à souhaiter que des Chrétiens mal instruits, et même quelquefois d'habiles gens, m:iis d'un esprit à prendre un peu le travers, ne donnassent pas dans une manière de trithéisme. On le voit par des passages de quelques remontrants, et par le livre de l'abbé Faydit contre les scolastiques, qui m'a paru incomparablement plus embrouillée que les scolastiques mêmes, qui s'attachent à conserver le grand point de l'unité de Dieu, sans parler de la controverse qui s'éleva en Angleterre, il y a quelques années, où des hommes savants montrèrent du zèle contre quelques dogmes qui sentaient un peu le trithéisme.

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