‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 301 sur 454 · DOCTRINE DES ANCIENS PÈRES SUR LA DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

DOCTRINE DES ANCIENS PÈRES SUR LA DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST

(T. V, p. 48"2, seconde Lettre à M. Veisière la, Croze.)

Il semble que le concile de Nicée n'a fait qu'établir, par ses décisions, une doctrine qui était déjà régnante dans l'Eglise. Il est vrai qu'il y a des passages des Pères antérieurs, dont les expressions n'étaient pas assez justes ; mais c'est qu'on n'avait pas encore fixé les phrases,, et souvent on ne les a pas bien entendues. Il semble que quelques Pères, surtout les platonisants, ont conçu deux filiations dans le Messie, avant qu'il ait été né de la sainte Vierge Marie : celle qui te fait Fils unique en tant qu'il est éternel dans la divinité, et celle qui le rend l'aîné des créatures, distinguant et séparant TÔv fiwoyem àizà toû 7rp'-oTOTOxo'J tâî y.TLtrzoï;,

santé; et on aurait été fondé de plus en plus à regarder en pitié ces raisonneur!) modernes qui osent assurer que le dogme de la Trinité est évidemment absurde, et qui fondent principalement sur celte prétendue absurdité leur éloLjnemeiU du christianisme.

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ei concevant que, dès le commencement dps choses, Ift Verbe éternel a été revêtu d'une nature créée la plus noble de toutes, qui le rendait l'instrument de la divinité dans la production et la direction des autres natures ; ce qui parait conforme à la doctrine de la préexistence des âmes , enseignée par Origène et par quelques autres Pères, où celle du Messie devait tenir le premier lieu : comme il paraît aussi que c'était l'idée que les anciens Juifs cabalistes avaient de leur Adam Kadmon. Les ariens n'ont gardé que cette seconde filiation, et ont oublié la première; et quelques-uns des Pères ont paru les favoriser, en opposant le Fils à l'Eternel, en tant qu'ils considéraient le Fils par rapport à cette primogéniture d'entre les créaturcs qu'ils se figuraient. Mais ils ne lui refusaient point pour cela ce qu'il avait avant la création , en| tant que Fils unique et consubstantiel. Quant au Dialogue de Philopatris, qui parle si distinctement de la Trinité, quoiqu'il ne paraisse pas être de Lucien, il y a lieu de croire qu'il est d'un païen fort ancien qui avait eu connaissance du christianisme.

POINT DE LA CONTROVERSE ENTRE LES LUTHÉ- RIENS ET LES CALVINISTES SLR L'ARTICLE DE LA PRÉDESTINATION.

(T. V ; Episiola ad Fubricium, p. 237.)

Dans la dispute sur l'élection ou la prédestination, la principale difficulté n'est point seulement dans le décret formé par Dieu de sauver tous ceux qu'il prévoit devoir mourir dans l'état d'une foi vive, mais elle est encore dans le décret de conférer la grâce qui produira une telle foi ; car on ne parvient pas à une telle foi par les seules forces de la nature, puisqu'elle est un don de Dieu : et il est nécessaire pour l'obtenir, soit d'une grâce intérieure, soit d'une grâce, si je peux in'exprimer ainsi, extérieure, c'est-à-dire d'occasions et de circonstances, qui, sans blesser le libre arbitre, inclinent fortement les esprits des hommes vers le bien ou le mal....

D s'élève donc ici deux questions, si je ne me trompe : la première est si Dieu accorde à tous une grâce intérieure qui soit égale en tous. Les réformés, les jansénistes, et même les thomistes le nient ; d'autres paraissent l'accorder.

La deuxième question peut être ainsi proposée : puisqu'on ne peut pas contester que les grâces extérieures , c'est-à-dire les circonstances favorables sont inégales, on demande ce qui détermine Dieu à placer les uns plutôt que les autres, dans des circonstances telles qu'étant jointes au libre arbitre et à la grâce intérieure, il prévoit qu'elles produiront la foi et le salut dans les uns, et ne les produiront pas dans les autres. 11 est

(43) Zwhigle morne , Calvin , Bèze , Hospinien , conviennent que les Catholiques sont, sur ce point, beaucoup plus lonséquen's que les luthériens ; et

des théologiens qui se contentent de répondre simplement que la cause qui détermine Dieu, quelle qu'elle soit, ne peut être que très-juste; d'autres allant plus avant, prétendent que Dieu place dans les circonstances les plus favorables ceux qu'il prévoit, par la science appelée moyenne , ou une autre semblable, devoir en user le mieux. Ces deux questions, l'une de l'égalité de la grâce intérieure, l'autre du motif de la cause impulsive de l'inégalité de cette grâce, ou du moins de la grâce extérieure, forment dans la réalité, si je ne me trompe, le point capital de division entre les parties (c'est-à-dire entre les réformés et les luthériens), mais qui, à mon avis, n'est point fondamental, puisqu'il s'agit de la manière d'agir du Saint-Esprit, et des conseils secrets de la Providence.

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