‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 311 sur 454 · XIX. L'auteur, tout pénétrant qu'il était · texte numérisé non relu

XIX. L'auteur, tout pénétrant qu'il était

HZS

est lombé dans une contradiction dont je ne vois pas qu'on puisse aisément le justifier : car il fonde toute l'obligation du droit sur la volonté d'un supérieur, comme il parait parties passages que j'ai cités ; et cependant il dit peu après qu'un supérieur doit avoir non-seulement des forces suffisantes pour contraindre a lui obéir, mais encore de juste» raisons de prétendre quelque pouvoir sur nous : donc la justice des raisons est antérieure à rétablissement du supérieur. Si, pour découvrir l'origine du droit, il faut trouver un supérieur; et si, d'un autre côté, l'autorité du supérieur doit être fondée sur des raisons tirées du droit, voilà le cercle le plus manifeste où l'on soit jamais lombé : car d'où saura-t-on que les raisons sont justes, s'il n'y a encore aucun supérieur de qui seul on suppose que le droit peut émaner? 11 y aurait lieu d'être surpris qu'un esprit pénétrant pût se contredire si fort luimême, si l'on ne savait qu'il arrive aisément à ceux qui soutiennent des paradoxes, d'oublier eux-mêmes leur opinion, le sens commun prenant le dessus

XX. En voilà assez pour montrer que l'auteur n'a pas des principes certains sur lesquels il puisse fonder de véritables raisons du droit, parce qu'il s'est forgé à sa fantaisie des principes qui ne sauraient se soutenir par eux-mêmes. Au reste, j'ai traité ailleurs et des fondements communs de toute sorte de droit sans en excepter celui qui vient de l'équité, et des fondements propres du droit étroit, qui est celui aussi qui établit un supérieur; et, pour rassembler en un mot tout ce que j'ai dit, voici en général ce qu'il faut penser. La lin du droit naturel est le bien de ceux qui l'observent. L'objet de ce droit est tout ce qu'il importe à autrui que nous fassions, et qui est en notre puissance. La cause efficiente est la lumière de la raison éternelle, que Dieu a allumée dans nos esprits. Ces principes si clairs et si simples ont paru, à mon avis, trop faciles à quelques esprits subtils, qui, à cause de cela, ont inventé des paradoxes dont la nouveauté ,les a ilallés, et les a empêchés de voir? ni d'imperfection de ceux-ci, ni la fécondité des premiers. Voilà ce que j'ai cru devoir vous écrire pour faire voir que l'ouvrage de Puffendorf, quoiqu'il ne soit pas à mépriser, a besoin néanmoins d'un grand nombre de corrections dans ses principes. Je n'ai pas le loisir d'entrer maintenant dans les matières particulières.

Page 1