‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 312 sur 454 · PLAN D UNE THEOLOGIE NATURELLE. — NE- CESSITE DE PUNIR LE PÉCHEUR · texte numérisé non relu

PLAN D UNE THEOLOGIE NATURELLE. — NE- CESSITE DE PUNIR LE PÉCHEUR

(T. VI, p. 84, Epkt. ad Placcium.)

Il ya déjà plusieurs années que j'ai souvent et fortement pensé à une théologie naturelle, qui s'accorderait parfaitement avec la raison, et qui ne dérogerait en rien à la religion révélée et à la gloire divine. Je puis môme dire, après avoir bien supputé, que l'exécution n'est point au-dessus de mes

forces. On doit considérer Dieu sous deux points de vue, physiquement et moralement : physiquement, comme la dernière raison des choses, quant à toutes les perfections qu'elles contiennent; moralement, comme le monarque d'une république parfaite, telle qu'est, si je puis parler de la sorte, la cité de tous les esprits de l'univers. Cela posé, la théologie pratique n'est autre chose que la jurisprudence de la république universelle, dont Dieu est le souverain directeur, en tant qu'elle comprend nos devoirs dans cette république. C'est par là qu'on dénoue ce nœud si compliqué de la prédestination, et qui a fait enfanter tant de systèmes. Ce dé» nouement consiste à dire que Dieu ne permettrait pas le péché ou le mal, si le mal ne devait pas donner lieu à un plus grand bien. Il faut encore regarder comme certain que personne n'est damné que par soi-même, et ne persévère même dans l'état de misère que par sa volonté propre. On pourrait dire encore, ce me semble, beaucoup d'autres choses excellentes qui n'ont point été assez remarquées ou assez développées par les théologiens, et qui ne sont pourtant point contraires à la saine théologie reçue parmi nous. Les sociniens ont tort de ne vouloir admettre en Dieu ni satisfaction, ni vengeance : je pense, au contraire, qu'outre la correction du pécheur et l'exemple qui sert à préserver les autres, on peut et on doit considérer dans la punition ce qu'exige la raison de l'harmonie universelle , qui ne serait pas complète si Dieu ne faisait éclater enfin une juste vengeance. Ainsi je crois que, dans la république de l'univers, aucune bonne œuvre n'est sans récompense et aucun péché sans châtiment. Si donc on ôte à la colère son imperfection, qui consiste dans l'obscurcissement de la raison et le sentiment de douleur qui l'accompagne, et qu'on y laisse seulement la volonté de punir, rien n'empêche qu'on ne l'attribue à Dieu, à l'exemple de l'Ecriture sainte. Observons soigneusement que le péché n'est un mal que pour celui qui le commet, et non point pour Dieu et pour l'univers, à cause de la correction dont il est suivi, et qui donne naissance à un plus grand bien.j En généra), toutes les passions, excepté celles qui renferment en elles-mêmes quelque chose de mauvais, comme l'envie que les anciens donnaient si ridiculement à leurs dieux, si on les prend pour des inclinations raisonnables, et. qu'on en écarte le trouble de4sens, peuvent être attribuées à Dieu. Kitn n'empêcherait pourtant qu'eu parlant de la Divinité, on n'usât dans la suite d'expressions plus propres et plus châtiées.

Page 1