DIEU LÉGISLATEUR
(T. V, p. 589, Episl. ad Dierliwjium.)
Thomasius prétend que si l'on conçoit Dieu comme un législateur qui condamne à des peines les iulracteurs de ses lois, on doit en même temps reconnaître qu'anté-
OEUVUES COMPLETES DE M. EMEKY.
cédemmenl à la volonté divine il n'y a point d'actes moralement bons ou moralement mauvais. Cette conséquence me paraît souffrir quelque difficulté. Dieu, sans doute, peut être considéré comme un législateur, mais non pas comme un législateur despotique; parce que les lois au'ii porte sont conformes au droit naturel, et par la nature même des choses, conformes à la souveraine sagesse : et n'y a-l-il pas des péchés que Dieu, s'il écoute les conseils de cette même sagesse, ne peut laisser impunis?
Tels sont, par exemple, le blasphème et tant d'autres crimes. Dieu est donc, par • rapport à cette sorte d'actes, docteur en même temps et législateur : car il ne peut pas ne pas enseigner ce qui est conforme à l'ordre, puisque c'est lui qui allume en nous le flambeau de la raison ; et il ne peut pas ne pas destiner des peines aux créatures qui troublent l'ordre, puisqu'il gouverne tout avec une parfaite sagesse. Il y a plus : tous les péchés et toutes les bonnes œuvres, considérés surtout dans l'ordre de la vie future, soDt tels que les premiers sont à eux-mêmes leur châtiment, et les secondes à elles-mêmes leur récompense : quand on ferait [donc abstraction des autres récompenses et des peines qu'on conçoit que Dieu décerne à îa manière des législateurs humains, il n'est pourtant pas moins législateur, non-seulement à raison des lois de la grâce, mais encore à raison des lois de la nature, qu'il a portées avec une si grande sagesse que le méchant est heautontimorutnenos (puni par lui-même). 11 n'importe, au reste, qu'un législateur punisse par un premier ou par un nouveau décret. Par exemple, si un prince avait fait creuser autour de son parc des fossés pleins d'eau, disposés de manière que tous ceux qui entreprendraient d'enlever des bêtes fauves, tombassent dedans , et qu'il eût, par ce moyen, prévenu toute procédure criminelle contre eux, ne serait-il pas toujours censé, et même plus sûrement et à plus juste titre, les punir, que s'il avait ordonné que tous les voleurs, après avoir été découverts et pris, seraient précipités dans les mêmes fossés, et qu'il eût fait prononcer contre chacun d'eux une nouvelle sentence?
EFEETS DE l' AMOUR DE DIEU, ET MOYEN DE
l'accroître.
(T. V. p. 75, Episl. ud P. Grimuldum, Sotietalk Je tu.)
Je sais qu'il faut aller par degrés, quand il s'agit de persuader les hommes, et qu'il n'est pas facile de convaincre de la vérité de la religion chrétienne des hommes à qui notre histoire sacrée et profane n'est pas assez connue et assez démontrée. Cependant la bonté de Dieu est si grande, que ceux même à qui la révélation n'a point été. proposée, sont aidés d'un autre genre de grâce qui ne leur manque jamais, pourvu que la bonne volonté ne leur manque pas à eux-
mêmes; car, excités par la contemplation de la nature, et secourus intérieurement d'en haut, ils peuvent aimer au-dessus de tout, relui qu'ils conçoivent, en beauté et en perfection, supérieur à tout, jusqu'à ce qu'enfin leur âme étant ainsi préparée, Dieu y verse la lumière de la foi. Il faut donc s'efforcer d'exciter dans les cœurs l'amour de Dieu, sur lequel Noire-Seigneur a tant insisté, et que la raison elle-même nous recommande. Mais il est certain, d'un autre côté, que personne ne peut être aimé, si sa beauté reste toujours voilée h nos regards, et que la puissance et la sagesse, qui font éclater à nos yeux la beauté de la suprême intelligence, autant que celle-ci est à notre portée, ne peuvent mieux nous être révélées que par la connaissance des merveilles qui sont son ouvrage.
D'où il résulte qu'il y aurait trois choses à faire pour augmenter en nous la lumière naturelle de la Divinité : 1° former une notice complète des merveilles qui ont été déjà découvertes; 2° travailler à en découvrir un plus grand nombre ; 3° rapporter toutes les découvertes passées et futures à la louange du Maître suprême de l'univers, et à l'accroissement île l'amour divin, qui ne saurait être sincère en nous, sans renfermer aussi la charité envers les hommes. Si nous étions assez heureux pour qu'un grand monarque voulût un jour prendre à cœur ces trois points, on avancerait plus en dix ans pour la gloire de Dieu et le bonheur du genre humain, qu'on ne fera autrement en plusieurs siècles.
moyens d'émouvoir l'imagination , ET