VÉRITABLE PIÉTÉ
(T. VI, p. 263, septième lettre à M. Thomas Burnet. )
Les ecclésiastiques, capables de toucher et de pousser les hommes- à Ja véritable [ùété, ne sauraient être assez estimés; cependant il faut user de discrétion dans les pratiques de dévotion. Dieu nous a mis dans le monde pour agir suivant sa volonté, et non pas pour lui faire des harangues et des compliments. J'estime véritablement pieux ceux qui ont de grands sentiments de la sagesse de Dieu, et qui ont de l'ardeur pour faire du bien, se conformante sa volonté autant qu'il est en leur pouvoir. Rien ne sert plus à la solide dévotion que la véritable philosophie qui fait connaître et admirer les
merveilles de Dieu, et'quien publie la gloire comme il i'aut. Car comment peut-on aimer Dieu et le glorifier sans eu connaître la beauté? Mais le but de tout est la pratique des vertus morales pour le bien public,, cm, ce qui est la même cbose, pour la gloire de Dieu. Ainsi toute dévotion qui ne nous propose pas quelques vérités considérables sur les perfections et les ouvrages de Dieu, ou qui ne tend point à produire quelque bien, est une simple cérémonie qui ne doit servir qu'à exciter les hommes à ce qu'il y a de réel dans la piété. Au lieu que beaucoup de dévots, cou lents de leurs façons, négligent le solide. Ainsi l'on voit qu'encore les directeurs des âmes et les dévots auraient besoin d'instruction et de réforme.
(T. 1, p. 7Ô8, Lettre à Mme de Scudéry.)
Nous devons prendre soin des affaires avec une supériorité d'esprit qui dirige les choses au grand but , c'est-à-dire à l'amour de Dieu, toujours avec un plein contentement de ce que Dieu a ordonné pour le présent et pour le passé, et avec un ardent dé'sir de contribuer à ce qu'on juge conforme à sa volonté pour l'avenir...
Rien n'est plus estimable qu'une piété éclairée qui cherche à se répandre par de nonnes actions propres à produire de véritables biens parmi les hommes, c'est-à-dire, à produire encore dans les autres la bonne volonté, et le pouvoir de l'exécuter avec la science de bien faire.
Une dévotion oisive et renfermée en ellemême ne me parait pas assez solide : et un homme de bien est comme un aimant qui communique sa direction aux autres corps qu'il touche.
Bien des gens parlent de l'amour de Dieu; mais je vois, par les elfets, que peu de gens l'ont vérilablement, même ceux qui sont le plus enfoncés dans le mystique. La pierre de touche de l'amour de Dieu est celle que saint Jean nous a donnée, et lorsque je vois qu'on a une véritable ardeur pour le bien général , on n'est pas loin de l'amour de Dieu.