SENTIMENT DE LEIBNITZ
Sur la fameuse procédure suivie dans l'affaire de la conspiration contre le roi d'Angleterre, en 1078, dont on accusait les Catholiques , et principalement les Jésuites. — Sur la régate et les procédés des parlements de France dans cette a/faire (69).
(Œuvres d'Arnaud, t. IV, p. 186.)
Il me semble que je reconnais Arnaud dans le livre de V Apologie pour les Catholigues. 11 n'y a que l'amour rie la vérité qui peut l'avoir porté à écrire contre la prétendue conspiration d'Angleterre : car il n'appartenait pas aux nommés jansénistes de justifier les Jésuites.
Je ne crois pas qu'on puisse trouver hors de l'Angleterre un jurisconsulte savant et
lion , se contente rie renvoyer aux écoles des Jésuites. »
Effectivement le chancelier Bacon, supérieur à tous les préjugés du parti protestant, et aussi bon juge i|iie Leibnitz en ces matières, avait conçu la plus haine idée de la capacité des JesuiUs pour l'éducation de la jeunesse; i! allait jusqu'à les envier à l'Eglise romaine. Voici comment il s'en explique dans son bvre De augmentas scicniiarum :
Nobilissima pars priscm disciplina (scilicet eduealionis) revocalu est aliqualenus , quasi posiliminio in Jesuitaruin collegiis, quorum cuin intueur induslriam solerlïamque, tara in doclrina exculenda, quant in nwribus informandit, illud occurrit Agesilai de Pharuabaso, talis cum sis, utinam noster esses !
El dans le livre vi-, chapitre 4, il ajoute : Ad pœdagoyicum quod allinel, brevissimum furet diclu : consule scholas Jesuilarum ; nikil euim quod in usum venit, /lis melius. Nos tamen paucu more nostro monebimus, tanquum spicas legenles.
Leibi.ii/. n'a pas l'ait attention que le magnifique éloge que Bacon (ail des Jésuites, porte principalement, non sur l'ordre et l'objet, des études, en quoi il est possible que les Jésuites laissassent quelque chose à désiier, mais sur I ur méthode pratique, sur leur zèle et leur habileté à tonner le cœur aussi bien que l'esprit ne leu-s élèves : il est iinposible que sur ce dernier point, L.ibniiz ne leur eùi pas
sans passion, qui puisse approuver la forme du procès criminel dont on s'y est servi au sujet de la conspiration. S'il est conforme aux lois d'Angleterre, c'est ce que je ne sais point. Je crois avoir entendu dire que la cour de l'amirauté en Angleterre se sert du droit commun, parce que les étrangers y ont souvent affaire, Il me semble que dans cette affaire, qui touche la réputation de tant d'étrangers de grande considération , on aurait mieux fait d'en user de même. La cause pourquoi on donne tant de croyance en Angleterre aux dépositions des témoins, c'est parce que la toiture n'y est point en usage ; cela les oblige de se contenter de preuves pour condamner, dont, en quelques autres endroits, on ne se servirait que pour venir à la question; particulièrement en Allemagne, où l'on ne condamne ordinairement les criminels qu'après leur aveu. Cependant les témoins devaient être, sinon omni exceptione majores, au moins sans reproche, et déposer d'un même fait ; et la considération de ce qu on appelle corpus delicti , ne doit pas être négligée : car elle est , en quelque façon, de droit naturel et de la bonne logique. Mais hors la déposition assez mal concertée, ici les témoins sont suspects. On n'a pas trouvé la moindre chose qui confirme le dessein d'assassiner le roi, de faire un massacre général et de bouleverser le gouvernement, choses qui demandent des préparatifs qui ne se cachent pas aisément, et ne sont pas facti transeunlis. Il aurait fallu aussi dresser des articles pour interroger làdessus les témoins.... Plusieurs remarques qu'Arnaud fait sur cette matière me sont venues dans l'esprit quand je lisais ces procédures : et il y en avait encore dont il ne fait pas mention; entre autres je crois d'avoir lu que le chevalier Vaheman, qu'Oalès avait accusé d'avoir voulu empoisonner le roi, sortit d'affaire et fut absous, ce qui
rendu , comme Bacon, une pleine justice.
Au reste, l'événement a parlé plus haut que le chancelier d'Angleterre , et n'a que trop fortement ronfini é -on témoignage. On a expulsé hs Jésuite-, on a rejeté leur méthode ; que leur a-t-on substitue ? Qu'esl-il rés'illé de laiu de nouveaux systèmes d'éducation? Les jeunes gens ont-ils été mieux instruits? Leurs mœurs sont-elles devenues plus pures ? Hélas! leur ignorance présomptueuse, la corruption de leurs mœurs portée à son comble, forcent la plupart des bonimes honnêtes à regretter bien vivement et la peisonne et la méthode des anciens maîtres.
((il)) En 1678, on accusa les Anglais catholiques d'avoir conspiré contre la vie du roi Charles II, dans le dessein d'élabtir la leligion caiholique en Angleterre. C'est un iiomit.é Titus Oalès qui l'ut le dénonciateur de celle prétendue conspiration.
La régale est, selon les jurisconsultes fiançais, un droit par lequel le roi jouit du revenu des évèches du royaume, et conlére fs bénéfices simples pendant la vacance du siège , jusqu'à ce que le pourvu ait prêté serment de fidélité. Ce droit ne s'exerçait pas dans un grand nombre de diocèses de France ; le parlement de Pans voulut l'étendre à tous, et prétendit que ce droit était inhérent à la couronne.
ne se pouvait qu'en convainquant Oatès de faux témoignage.... Cependant je n'oserais pas accuser le grand sénéchal et le lord chef de la justice, de malice et de collusion avec les témoins. Car, quand je considère ce que peut la passion sur des hommes prévenus, j'aime mieux lui attribuer ce qui paraît si déraisonnable.... Arnaud aurait pu joindre aux monarchomatées, ou ennemis de la monarchie, qu'il nomme, le livre assez célèbre du siècle passé, qui parut sous le nom d' Anti- Machiavel et qui fut fait par Innocentius Gentilotus, docte huguenot, estimé pour son savoir; et il faut avouer que la plupart des auteurs de la religion (réformée), qui ont fait en Allemagne des systèmes de la science politique , ont suivi les priDC-ipes de Buchanan, de Stephanus Junius Brutus, qu'on croit être Hubertus Langulrus, autre ministre huguenot, de V Anti-Machiavel de David Pareus, et de leurs semblables.... Mais les luthériens leur ont fait la guerre pour cela, particulièrement l'université d'Helmstadt . qui a toujours suivi d'autres maximes, et Henning Arniseus , qui a écrit assez amplement de la guerre politique , a fait un livre exprès pour prouver que la majesté des princes doit être toujours inviolable.
Quant à la régale , un habile homme de Paris m'éerivant, me demanda un jour mon sentiment sur la matière de la régale. Je ne pouvais lui répondre autre chose, sinon que je tenais que la présomption était pour la liberté des Eglises où la régale n'avait pas encore été introduite, et que je ne croyais pas qu'on puisse prouver aisément que ce qu'on appelle réijale soit une suite naturelle de la puissance royale, ni qu'elle appartienne aux rois, ipso jure, ou de plein droit, là où ils ne l'ont pas acquise exprès. C'est pourtant sur quoi roule le raisonnement des Français qui ont écrit pour le roi en cette matière.... Les procédures des parlements de France et autres officiers royaux, sont même fort étranges et fort 'précipitées. Quand il est question des droits de leur roi, ils agissent en avocats et non pas en juges , sans même sauver les apparences, et sans avoir égard à la moindre ombre de justice ; de sorte qu'on n'a rien à reprocher là-dessus aux juges anglais. — 27 avril 1783.
SÉCULARISATION DE l'ÉVÈCHÉ d'uTRECHT, ET CONCESSION DE LA PUISSANCE SPIRITUELLE AU DUC DE CLÈVES.
(T IV, p. 520, Disserlatio prima de actorum publicorum tisu.)
Le Pape Clément Vil fit à l'empereur Charles-Quint une concession qui nous offre un exemple remarquable. 11 lui donna et à ses héritiers ducs de, Brabant et comtes de Hollande, toutes les terres et tous les droits temporels de 1 évêché d'Ltrecht. C'est précisément ce que nous appelons séculariser des biens ecclésiastiques. Les raisons que le Pape déclare l'avoir déterminé ne sont pas fort concluantes : car elles ne sont tirées ni du rétablissement de la paix et dans l'u-
nité de l'Eglise (ainsi que les offres de ce genre qu'on prétend avoir été faites à Elisabeth, reine d'Angleterre), ni d'une expédition contre les infidèles ( titre sur lequel les Papes ont abandonné aux Vénitiens les biens de quelques ordres religieux); elles sont uniquement fondées sur ce que l'Eglise d'Ulrecht n'était point en état de défendre ses terres contre le duc de Clèves. Cette considération paraissait bien suffisante pour engager le Pape à avertir l'empereur de son devoir, et non pour donner à ce prince une souveraineté, qu'en sa qualité d'avoué il était obligé de défendre ; car le remède paraissait pire que le mal. Mais ce trait montre combien un Pape, qui a pu tant pour son avantage et l'avantage de sa famille, pouvait aussi pour le bien de l'Eglise, de l'aveu des plus
plus puissants princes
Je remarquerai , à l'occasion du duc de Clèves, que le Pape Eugène IV le soustrait à la juridiction de l'évêque de Munster et de l'archevêque de Cologne : le premier était son évoque, et le second son métropolitain. La puissance qui résulte de ce privilège est assez semblable à ce qu'on nomme la monarchie de Sicile, contre laquelle le cardinal Baronius s'est élevé dans un ouvrage prohibé par cette raison en Espagne; et quoique l'origine de cette dernière puissance soit assez incertaine, un célèbre jurisconsulte se prévalait, il n'y a pas longtemps, de son exemple, pour montrer qu'il fallait accorder aux princes protestants d'Allemagne, nonseulement les droits des évoques, mais encore ceux du Pape.