‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 356 sur 454 · OEUVRES COUPLE · texte numérisé non relu

OEUVRES COUPLE

lorsque Leibnitz a dit que Dieu ne punissait pas le crime dans cette vie, il est bien manifeste qu'il voulait dire qu'il ne le punissait pas toujours. Et quand on admettrait avec Dierlingius qu'il y a toujours quelque peine, quoique non toujours évidente, qui accompagne le crime dans cette vie, il est au moins bien certain que cette peine secrète n'est pas toujours proportionnée à la gravité des crimes.

Leibnitz loue le traité de l'Existence de Dieu, par Fénélon.

T. ô op. p. 71, 1712

J'ai lu avec plaisir le beau livre de M. l'archevêque de Cambrai sur l'existence de Dieu : il est fort propre à toucher les esprits; et je voudrais qu'il lit uu ouvrage semblable sur l'immortalité de l'âme. S'il avait vu ma Théodieée, il aurait peut-être trouve quelque chose à ajouter à son bel ouvrage.

Pensées de Leibnitz sur la réunion des catholiques et des luthériens.

T. 3 ecllect. epist. ad Fabricium 33, p. 219, cl l. G. epist. ad Ludolfum W>, p 137.

1° 11 est bien vrai qu'on ne peut rien statuer de la part des catholiques sur l'union, sans l'approbation du souverain pontife: cependant on peut toujours établir des conférences préliminaires sur ce sujet, et savoir ce qu'en pensent des catholiques doctes et pieux. Mais, de notre côté même, on ne pourrait espérer aucun succès des démarches qui seraient faites pour la réunion, si un grand nombre de nos souverains ne concouraient à ce pieux dessein.

2" 11 est juste ensuite que des deux côtés on prenne les moyens les plus propres à faciliter la réunion.

3° Il serait nécessaire encore d'établir des principes d'après lesquels on pût reconnaître ce qui est de foi et ce qui ne l'est pas ; car je crains que les catholiques ne regardent comme appartenant à la foi ou comme étant de droit divin certains points à regard desquels nous ne penserions pas de même.

k> Je ne sais si de ce que l'Ecriture sainte n'est point opposée à certains articles qu'ordonnent les catholiques, on est en droit de conclure que nous ne devons pas les contester ; car c'est à celui qui affirme, de fournir la preuve de ce qu'il avance : et on ne peut nier qu'un article appartienne à la foi jusqu'à ce qu'on prouve qu'il a été révélé par Dieu.

5° Je crois me souvenir que le concile de Trente ou la profession de foi du pape Pie IV en appelle au consentement unanime des pères. Ce point, s'il était vrai, serait pour nous d'un grand avantage, cardans la plupart des > ontroverses que nous avons avec les catholiques, il leur serait bien difficile de prouver qu'ils ont pour eux le consentement unanime des pères (l).

(1) Effectivement, dans la profession de foi de Pie IV, on s'engage à n'entendre et à n'interpréter la sainte Ecriture qut conformément auscutiuicnl uua-

îESUE M. EMEUY. 1336

G" Quant à sa manière de procéder dans les causes et les jugements ecclésiastiques, »i une fois l'union était faite, il serait facile de s'accorder : parce que la plupart des points de jurisprudence canonique dans l'Eglise romaine ne sont que de droit humain, et par conséquent sont susceptibles de changement. 7° J'avoue que les espérances d'une réunion des catholiques et des protestants sont éloignées : et cependant tout consiste dans le concours de la volonté de quatre, cinq ou six personnes. Car supposé que le pape, l'empereur et le roi de France d'un côté, et quelques grands princes de l'autre, veuillent sincèrement la réunion, nous devons la regarder déjà comme faite : et ne savons-nous pas, ainsi que nous l'apprend la sainte Ecriture, que les cœurs des rois sont dans la main de Dieu? mais notre siècle qui tend vers sa Gn ( Leibnitz écrivait en 1698 ) ne sera pas assez heureux pour voir ce grand événement : et je ne sais si le siècle suivant sera plus heureux que le nôtre.

Origine de l'ouvrage de Leibnitz, qui a pour titre : théodicée (1).

T. G de la collect. p. 181 et 28t. lelt. à Th. Burnet, 1710.

On aura bientôt achevé d'imprimer à Amsterdam mon livre intitulé : Essais de Théodicée sur 'a bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal. La plus grande partie de cet ouvrage avait été faite par lambeaux, quand je me trouvais chez la feue reine de Prusse où ces matières étaient souvent agitées

nime des pères. Mais celle unanimité se prend moralement : et M. Leibnitz se Irompe quand il inel en lait que dans les controverses des catholiques avec son parti, les catholiques ne peuvent pas toujours prouver qu'ils ont pour eux le consentement unanime.

(1) Nous avons cru devoir faire connaître cette anecdote :

1" Pour montrer avec quelle application et quelle constance Leibnitz avait étudié tout ce qui appartient à la religion , parce que son autorité en acquiert plus de force ;

2° Pour avoir occasion de conseiller la lecture do la Théodicée ei de répéter ce qu'avait coutume de dire l'illustre Charles Bonnet de Genève, que la Théodicée devait être le manuel du philosophe chrétien : et c'est pour ne point détourner de lire en entier cet admirable ouvrage que nous eu avons extrait si peu de chose ;

5° Pour montrer' de plus en plus ce que nous avons déjà fait dans le iscours .préliminaire, combien M. Psal'l avait été mal fondé à soutenir que M. Leibnitz n'avait prétendu dans sa Théodicée que faire un jeu d'espril, et que M. Leibnitz m'en avait assuié luimême.

Nous croyons convenable de placer une apostille qui se trouve dans la lettre de Leibnitz à Tolaud , et que nous avions cru devoir négliger , parce qu'elle était étrangère au but de la lettre. Elle confirme notre observation sur M. Psaft.

« Mes amis m'ont pressé de mettre au net mes Considérations sur la liberté de l'homme et la justice de Dieu par rapport à l'origine du mal, dont une bonne partiu avait clé autrefois couchée sur le papier pour le faire lire à la reine de Prusse qui le désirait. J'y examine toutes les difficultés de M. Bayle , et lâche de les résoudre en même temps que je rends justice à sou inertie. ♦

à l'occasion du dictionnaire et des autres ouvrages de M. Bayle , qu'on y lisait beaucoup. J'avais coutume, dans les discours, de répondre aux objections de Bayle, et de faire voir à la reine qu'elles n'étaient pas aussi fortes que certaines gens, peu favorables à la religion, voulaient le faire croire. Sa majesté m'ordonnait assez souvent de mettre mes réponses par écrit, afin qu'on pût les considérer avec attention. Après la mort de cette grande princesse, mes amis m'ont exhorté à réunir et à fortifier ces réponses : et il est résulté de mon travail l'ouvrage dont je viens de parler. Comme j'ai médite sur cette matière depuis ma jeunesse, je crois l'avoir discutée à fond.

Ouvrage de Julien contre la religion chrétienne, conservé par saint Cyrille : vérité de la religion, objet de sermon.

T. 6, Jeu. à TU. Burnet, p. 2i2.

Le second tome des ouvrages de Julien, que M. Spanhcim se prépare à nous donner, contiendra ses remarques sur le livre de cet empereur apostat contrôles chrétiens, et sur la réponse de saint Cyrille , archevêque d'Alexandrie. C'est la réponse de saint Cyrillequi nous aconservé l'ouvrage de Julien : ces ouvrages des païens contre les chrétiens sont presque tous perdus. Cet ouvrage viendra bien à propos dans un temps où il est hesoin d'écrire sur la vérité de la religion chrétieLue, pour fermer la bouche à ses ennemis.

On a envoyé à madame l'électrice le livre de M. Jaquelot sur la religion : mais comme le prédicateur de la cour a annoncé qu'il prêcherait sur la vérité de la religion, elle lui a envoyé ce livre : ainsi au lieu de le lire pendant quelques heures, elle l'entendra toute l'année.

Langage du P. Mallebranchc sur les idées et la vision en Dieu, favorable à la piété.

Recueil île pièces, lett. à M. Hemond, t. 2, p. "iij.

Il n'y a aucune nécessité de prendre avec le père Mallebrancbe les idées pour quelque chose qui soit hors de nous. 11 suffit de les considérer comme des notions, c'est-à-dire comme des modifications de notre âme. C'est ainsi que l'école et M. Descartes les prennent. Mais, comme Dieu est la source des possibilités et par conséquent des idées, on oeut excuser et même louer ce père d'avoir changé de termes et d'avoir donné aux idées une signification plus relevée, en les distinguant des notions et en les prenant pour des perfections qui sont en Dieu* , auxquelles nous participons par nos connaissances. Ce langage mystique du père n'était donc point nécessaire ; mais je trouve qu'il est utile, car il nous fait mieux envisager notre dépendance de Dieu. Il semble même que Platon parlant des idées, et aaint Augustin parlant de la vérité, ont eu des pensées approchantes, que je trouve fort raisonnables, et c'est la partie. du système du père Mallebranchc, que je serais bien aise qu'on conservât avec

les phrases et formules qui en dépendent ; comme je suis bien aise qu'on conserve la partie la plus solide de la théologie des mystiques. Et bien loin de dire, avec l'auteur do la réfutation du père Mallebranchc, que le système de saint Augustin est un peu infecté du langage et des opinions platoniciennes, je dirais qu'il en est enrichi et qu'elles lui donnent du relief.

J'en dis presque autant du sentiment du père Mallebranche, quand il assure que nous voyons tout en Dieu : que c'est une expression qu'on peut excuser et même louer. Car il est bon de considérer que non seulement dans le système du père Mallebranche, mais encore dans le mien, Dieu seul est l'objet immédiat externe des âmes, exerçant sur elles une influence réelle. Et quoique l'école vulgaire semble admettre d'autres influences par le moyen de certaines espèces, qu'elle croit que les objets envoient dans l'âme, elle ne laisse pas de reconnaître que to'ites nos perfections sont un don continuel de. Dieu et une participation bornée de sa perfection infinie. Ce qui suffit pour jugerque ce qu'il y a de vrai et de bon dans nos connaissance* est encore une émanation de la lumière de Dieu, et que c'est dans ce sens qu'on peut dire que nous voyons les choses en Dieu.

Bonheur des saints dans la vue de Dieu et de l'univers (1J.

OUuih hanoveranum, p. 10.

Les saints, dans la vie éternelle, jouiront de la vue de Dieu : mais il y a divers degré» et diverses perfections dans cette vue. C'est ainsi que lorsque plusieurs personnes contemplent un seul et même objet, les unes le voient avec des yeux plus clairvoyants, les autres avec des yeux un peu troubles ; les unes le voient de plus près, et les autres de plus loin. Toutes aperçoivent la même image ; mais la vue de l'une est , quant à la lumière et aux rayons qui pénètrent dans les yeux, distincte de la vue d'une autre.

Tandis que nous sommes sur la terre nous ne sommes point dans notre véritable centre et par conséquent dans notre véritable point de vue : nous voyons, il est vrai, les créatures et les œuvres admirables de Dieu ; mais nous les voyons comme un homme placé entre les scènes d'un théâtre peintes suivant les règles de l'optique. Cet homme voit des figures, mais des figures grossières, informes et incohérentes, ce qui ne l'empêche pas cependant de reconnaître l'art du peintre ou do l'architecte. Ainsi dans notre position actuelle, quoique nous ayons toujours lieu d'admirer les œuvres de Dieu, nous ne pouvons pourtant pas jouir du beau spectacle de leur ensemble. Il en serait autrement si nous étions transportés dans le soleil, ou plutôt, dans le lieu qu'habitent les bienheureux :

(1) Quoique Diilens nil eu sous les yeux l'ouvrage qui a pour lilre, Olium lumoveranum, cl qu'il eo ail laii grand usage, celte lettre no se trouve poia dans sa Ciillexliuii.

c'est là que, placés comme dans le véritable centre de tout l'univers, la vue de sa beauté nous remplira d'un plaisir ineffable.

But principal de Leibnitz dans son travail sur les connaissances naturelles.

T. 6, Ictt. 9, a Th. Burnet, p. 231.

J'ai lu les discours de Ch. Bentley. Je vois en lui une combinaison bien rare de deux avantages très-grands : l'érudition et la solidité. MM. Saumaise, Isaac Vossius, Guiiius

et quelques autres de celte sorte, étaient d'une grande érudition ; mais ou ils ne méditaient guère , ou ils méditaient superficiellement et avec, peu d'exactitude. Mais Grotius, Gassendi et quelque peu d'autres, ont montré qu'ils excellaient dans l'un et l'autre genre; et j'approuve surtout le dessein de Ch. Bentley de se servir des connaissances naturelles pour faire admirer la sagesse et la puissance du Créateur : c'est aussi mon but principal.

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