CHAPITRE
Joie de sainte Thérèse et de ses filles, lorsque, dans la fondation de leurs monastères, elles étaient parvenues à la clôture.
Il faut l'avoir éprouvé pour comprendre quelle était notre joie en nos fondations, quand nous nous trouvions dans une clôture où les personnes séculières ne pouvaient entrer, parce que, quoique nous les aimions beaucoup, nulle consolation n'égale celle que nous avons d'être seules. 11 me semble qu'on peut alors nous comparer 5 des poissons qui rentrent dans l'eau d'où on les avait tirés ; car les âmes nourries dans les eaux vives des faveurs de Dieu, se voyant comme prises en des filets quand on les engage dans le commerce du monde, peuvent à peine respirer jusqu'à ce qu'elles rentrent dans leur sainte solitude. Je l'ai remarqué en toutes nos sœurs, et je sais par expérience, que les religieuses qui désirent de sortir pour converser avec les séculiers, ou de communiquer beaucoup avec eux , n'ont jamais goûté de celte eau vive dont Notre-Seigneur parla à la Samaritaine, et que cet Epoux céleste s'éloigne d'elles avec justice, quand il voit qu'elles ne connaissent pas l'extrême bonheur qu'elles ont de demeurer avec lui. J'appréhende que ce malheur ne leur arrive do l'une de ces deux causes, ou de n'avoir pas embrassé purement pour son amour la profession religieuse, ou de ne pas assez connaître la faveur qu'il leur a faite de les appeler à son service, et de les empêcher, par ce moyen, d'être assujetties àun homme qui est souvent cause de leur mort, non-seulement temporelle, mais éternelle. 0 Jésus- Christ, mon Sauveur et mon saint Epoux, qui êtes imit ensemble véritablement Dieu et véritablement homme, une si grande faveur doit elle donc être si peu estimée ? Rendons-lui grâces, mes sœurs, de nous l'avoir faite, et ne cessons point de louer ce puissant Roi, qui, pour nous récompenser de quelques petits travaux qui ontsi peu duré, et qui ont même été mêlés de diverses consolations, nous prépare un royaume qui n'aura jamais de hn.