DISSERTATION
SUR LA MITIGATION DE LA PEINE DES DAMNE?
Leihnitz , parlant de l'éternité des peines, fait dire à saint Augustin qu'il se peut que les peines des damnés durent éternellement, et soient cependant mitigées. (Enchiridion, c. 110.) Nous avons été curieux de savoir si Leibnitz avait bien saisi le sens de saint Augustin, et si ce grand docteur de l'Eglise avait cru, ou du ruoins permis de croire que les hommes condamnés au supplice éternel pouvaient obtenir, par les prières des vivants, quelque soulagement dans leurs souffrances. Nous avons en même temps recherché ce qu'avaient enseigné sur ce point d'autres Pères de l'Eglise, ce qu'en ont pensé autrefois, ce qu'en pensent aujourd'hui les théologiens; et si l'opinion favorable à la mitigation des peines de l'enfer doit être regardée comme contraire à la foi catholique. Le résultat de nos recherches n'a pas pu être renfermé dans les bornes d'une note : cette note aurait été excessivement longue. Mais dans la pensée que nos recherches pouvaient intéresser une certaine classe de lecteurs, nous n'avons pas voulu qu'elles fussent perdues, et nous les avons placées, en forme d'éclaircissement, à la fin du premier volume.
(ï) Nisi forte quis audeat dicere , eliam his qui damnabuntur cuin diabolo et angelis ejus, aliquam niiseiicordiam Dei non defuturaoi ; non qoa tx illa damnalione libert-mur, sed uleis aliquaienus miligi'tor : alque ila œieinam posse inlelligi Dei iniselicordi un snper illorum «lernam niiicnam. Scd 10-
§ I. — Sentiments de saint Augustin sur la mitigation de la peine des damnés.
Nous allons d'abord mettre sous les yeux le texte de saint Augustin cité par Leibnitz, et nous y joindrons tous ceux dans lesquels ce saint énonce ou semble énoncer les mêmes sentiments.
C'est dans l'interprétation du psaume cv que saint Augustin a commencéàs'expliquer sur ce qui regarde l'adoucissement des peines des damnés. On sait que ce psaume commence par ces paroles : Confitemini Domino quoniam bonus , quoniam in sœculum misericordia ejus. Après avoir examiné si in sœctilum est la même chose que inœlernum, saint Augustin ajoute : « A moins que quelqu'un n'ose dire (1) que ceux qui seront condamnés avec le diable et ses anges, éprouveront de la part de Dieu quelque miséricorde qui aura pour effet , non de les délivrer de cette damnation, mais de la leur rendre plus supportable ; et qu'ainsi ou peut comprendre comment la miséricorde éternelle de Dieu s'exercera sur leur misère éternelle. Nous lisons bien que le supplice de quelques-uns sera moins rigoureux que celui de. quelques autres; mais qui oserait
leialiiliorem quosdam excepturos (lamnaii'Oiem in qiiorumdain coinparaUoue legimus : alicujus v»ro miiigaii eam cui traditus est pœnam, vel quibn-dain inlervallis liabeie aliquam pansant quis ami. cier dixeiit; quando qu'idem unam slillain dives illrf non meruit ?
ŒlVfiES COMPLETES DE M. EMERY.