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dire avec assurance que, parmi ceux qui sont condamnés à des peines éternelles, il en est dont les souffrances seront mitigées ou cesseront par intervalles, puisque nous voyons que le mauvais riche ne put obtenir une seule goutte d'eau ? >>
On voit que saint Augustin croyait, en expliquant ce psaume, qu'il faudrait de la hardiesse pour soutenir que l'adoucissemnt des peines a lieu par rapport aux damnés ; mais il ajoute en même temps qu'une question aussi importante mérite un examen plus approfondi : Sed de hac tanta re diligentius ex otio disscrendum est. C'est vers l'an 416 que saint Augustin travaillait à l'explication du psaume cv.
Dans son Enchîridion, on Manuel, composé cinq ou six ans plus tard, saint Augustin entre dans cet examen. C'est au § 29, c. 110. « Lorsqu'on offre le sacrifice de l'autel, » ditil, « nu qu'on fait des aumônes pour tous les défunts qui ont été baptisés (2) , ce sont des actions de grâces pour ceux qui ont été trèsbons ; ce sont des propiliations pour ceux qui n'ont pas été très-mauvais : et pour ceux qui ont été très-mauvais : quoique ces suffrages ne servent pointa leur soulagement, ils sont une espèce de consolation pour les vivants qui les offrent. Quant à ceux à qui ces suffrages sont utiles, ils sont utiles pour leur obtenir ou une pleine rémission , ou une damnation plus tolérable. » Ainsi, suivant saint Augustin, les suffrages des vivants pour les morts servent ou pour qu'ils obtiennent une pleine rémission, ou pour que leur damnation, c'està-dire leur supplice,' soil plus tolérable. Ceux quiobtiennent une pleine rémission sont sans doute ceux qui sont détenus dans le purgatoire, parce qu'enfin leur peine finira, et qu'elle sera pleinement remise ou plus tôt ou plus tard, par l'accumulation des suffrages de l'Eglise. La damnation plus tolérable dont saint Augustin parle, ne peut être entendue de la punition de ceux qui sont dans le purgatoire; elle ne peut convenir et s'appliquer qu'à une autre classe de morts qu'on ne doit point supposer dans ce lieu d'expiation; car la damnation, dans le langage ecclésiastique, et particulièrement dans celui de saint Augustin, est \a damnation proprement dite, ou la condamnation aux peines de l'enfer. Dans le premier passage de l'homélie sur le psaume cité plus haut, les mêmes mots, tolerabilior damnatio, signifient incontestablement cette condamnation. Plus bas on va voir la damnalion confondue par saint Augustin avec cette colère de Dieu sur les pécheurs qui n'aura pas de terme, il ne suffirait donc pas de dire et de prouver que le mot damnation se prend quelquefois pour une peine temporelle dans l'Ecriture; caroutre que nous ne croyons pas
que la damnation simplement et proprement dite soit jamais prise en ce sens, et qu'il est au moins très-rare qu'on la prenne ainsi, la question est de savoir comment saint Augustin la prend, et particulièrement dans YEnchiridion. Or nous avons vu que saint Augustin entend par la damnation la peine éternelle.
Les savants Bénédictins qui ont publié les OEuvres de saint Augustin, donnent manifestement à entendre, dans une note que nous rapporterons dans la suite , qu'Albert le Grand est le premier des commentateurs du Maître des sentences qui ait entendu le tolerabilior damnatio, de la punition des fidèles qui doivent être sauvés après avoir subi la peine du purgatoire. La foule des scolastiques a suivi sans autre examen cette interprétation ; mais le savant P. Pelau, que nous citerons dans la suite, bien plus exercé que tous les scolastiques dans la lecture et l'intelligence des saints Pères, n'hésite pas à entendre comme nous le passage de saint Augustin , et n'en l'ail pas même la matière d'une discussion.
Plus bas, et dans le même paragraphe de V Enchîridion, saint Augustin parie de ceux qui, par une suite de leur compassion naturelle, ne croyaient pas que les peines des damnés pussent être étemelles, et s'autorisaient de ce passage du Psalmiste : Non obliviscetur misereri Dcus, neque continebil in ira sua miseraliones suas. (Psal. i.xxvi, 10.) « S'ils pensent, » dit saint Augustin, « que ce témoignage regarde tous les damnés, ce n'est pas pour eux une nécessité de croire qu'il y aura une fin à la damnation de ceux dont il a été dit : lbunl ht in suppticium œternum; car par 15 on serait aussi fondé à croire que la félicité de ceux dont il est dit : Justi autem in vitam œternam (Matth. xxv, h6), aura une tin. Mais, » continue saint Augustin (3), « qu'ils pensent, si cela leur plaît, que les peines des damnés sont, en quelques intervalles de temps, mitigées jusqu'à un certain point; car de cotte sorte on peut comprendreque la colère de Dieu, c'est-à-dire la damnation, demeure sur eux ; de manière que Dieu, dans sa colère même, c'est-à-dire sa colère ne cessant point, n'arrête pas cependant le cours de ses miséricordes, non en donnant une fin à ce qui doit être éternel, mais en accordant quelque soulagement ou quelque interruption dans les tourments. »
S'il y avait quelque difficulté dans le premier passage de \' Enchîridion , il semble qu'il n'y en a point dans celui-ci. Saint Augustin y permet manifestement de croire que Dieu accorde aux damnés quelque soulagement ou quelque interruption dans leurs tourments : il est seulement vrai qu'il n'y
(2) Cuni sacrificia, siv* aliaris, sive quarumcunque eleeiuosyuarum pro bapliz;ilis delunctis omnibus otferunlur, pro valde bonis gratiarum aciiones suni, pro non valde malis propiliaiiones suni ; pro valde malis , etiamsi anila suiit adjunienta moriuornm, qnalescunque vivorum consolalioues sont. Quiluis auiem prosunl, aul ad lioc prosunt ut su pleua reîuissio, aui ceite ut tolerabilior sit damnatio.
(3) Pœnas damnalorum certis tenip- runi intervallis exisiinieni, si hoc cis pl.icet, aliquaienus iniiig:ui : eiiam sic quippe intelligi potesl manere in ilbs ira Dei, hoc est ip-a damna. io; ut in iia sua, hoc est inanente ira sua , non lameii conlineat miseraliones suas , non aeterno Qnem dando, sed levamen adhibendo vcl iuierponeiido ciuciatibus.
DISSERT. SUR LA MITIGATION DES PEINES DES DAMNÉS
dit point que ce soit auxprières des fidèles que ce soulagement est accordé. Les scolasliques paraissent n'avoir point connu ce texte si intéressant, ou du moins ils lui ont donné peu d'attention.
Sixte de Sienne , dans sa Bibliothèque sainte, livre vi, annol. 47, conclut des deux textes précédents, qu'il met sous les yeux de ses lecteurs, que saint Augustin, ce grand docteur, n'avait pas un bien grand éloignement pour l'opinion de ceux qui pensent que les peines des damnés peuvent être adoucies par les sull'rages des vivants : Ab hac opinione Augustinus non omnino abhorruisse videlur. Il sera bon, dans la suite, de se rappeler le témoignage de ce célèbre Dominicain, pour montrer qu'il était bien éloigné de croire, comme Albert et la foule des scolastiques, qu'il ne s'agit, dans ces textes de saint Augustin, que des peines du purgatoire.
Saint Augustin reprend la question de la mitigation du supplice des damnés dans le xxr livre De la cite de Dieu, ebap. 24. Après avoir traité à fond tout ce qui concerne l'éternité des peines, il s'objecte encore le verset du Psalmiste : Nunguid conlinebit in ira sua misericordias suas (Psal. lxxvi, 10); et après avoir observé qu'il n'y a aucune nécessité de l'appliquer à ceux qui sont condamnés à un supplice éternel, il ajoute (4) : « Mais pour ceux qui croiraient que cette sentence du Prophète doit s'étendre jusqu'aux tourments des impies, qu'ils l'entendent du moins de manière que la colère de Dieu, qui s'exerce par des supplices éternels, demeurant toujours sur eux, Dieu, dans sa colère même, n'arrête point le cours de ses miséricordes, et veut bien ne pas les punir par des peines aussi rigoureuses que celles dont ils sont dignes, non en les exemptant pour toujours de ces peines, ou en mettant un terme à leur durée, mais en les rendant plus douces et plus légères qu'ils ne le méritent. Car ainsi, et la colère de Dieu restera sur eux, et dans sa colère même, il n'arrêtera pas l'exercice de sa miséricorde... Mais de ce que je ne m'oppose pas à ce sentiment, il ne faut pourtant pas conclure que je l'adopte. «
Nous observons , sur ce dernier passage, 1° que saint Augustin nedit pointqu'il adopte l'opinion sur la mitigation de la peine des damnés, dont il vient de parler : il dit seulement qu'il ne s'y oppose pas; 2" que saint Augustin n'y distingue pas, comme dans son Enchiridion , différentes classes de damnés; mais c'est à l'égard de tous indistinctement, fidèles ou infidèles, qu'il ne trouve pas mauvais qu'on croie que leurs peines seront mitigées; 3" qu'il ne dit, comme dans Y Enchiridion, que les sull'rages des fidèles peuvent
procurer celte mitigation, mais aussi il ne dit pas le contraire; 4" que le texte sur lequel nous venons de raisonner est tiré de l'avantdernier livre De la cité de Dieu, auquel saint Augustin n'a mis la dernière main qu'assez peu de temps avant sa mort, c'està-dire en 426 ou 427, et qu'ainsi ce texte nous représente ses derniers sentiments.
Avant de passer à d'autres témoignages des saints Pères, nous ne croyons point inutile d'observer, 1° que les théologiens proteslants, intéressés, par les principes de leur secte, à ne reconnaître aucune influence de la prière et des bonnes œuvres sur le sort des hommes morts, ont entendu le célèbre passage de YEnchiridion de saint Augustin dans le sens que nous lui donnons. Jean Fechlius, dans son traité De statu damnatorum , imprimé en 1708, conclut de ce texte que la mitigation de la peine des damnés n'a paru à saint Augustin ni absurde ni contraire aux saintes Ecritures : Ex quibus palam est mitigationem pœnarum (damnatorum) vel absurdam vel sacris Litleris repugnantem nequaquam visam fuisse Augustino , p. 273. Lambertus Daneus, autre protestant cité par Fechtius, dans son commentaire sur YEnchiridion, donne aussi le même sens que nous au fameux texte de saint Augustin; mais il prétend que l'opinion du saint docteur sur la mitigation des peines n'a aucun fondement; car qui est-ce qui l'a révèle, qui» enim hoc revelavit ? « Mais, >■ reprend Fechtius, «on pourrait demander à Daneus, par le même droit, qui lui a révélé que les supplices, dans l'enfer, auraient constamment la même intensité?L'Esprit-Saint nous a bien appris, il est vrai, que les peines des damnés seraient très-grandes; mais il ne nous a point révélé qu'elles seraient toujours au même degré, et qu'elles ne varieraient jamais. »
2° Quelques auteurs, pour montrer que les textes de saint Augustin que nous avons cités plus haut, ne doivent point être entendus comme le prétendent le P. Petau et d'autres théologiens, assignent un texte du xxr livre De la cité de Dieu, ch. 24, où saint Augustin dit formellement qu'on ne doit pas plus prier pour les défunts condamnés à la peine éternelle, qu'on ne prie pour les démons. Le P. Peteau et ceux qui suivent son sentiment répondraient, sans doute, que saint Augustin parle ici de la prière qui aurait pour objet de délivrer les damnés de l'enfer, ou de les amener à la pénitence; prière qu'ell'ectivenient ni les fidèles ni l'Eglise ne pouvaient adresser à Dieu ; et pour prouver que c'est de cette prière dont parle saint Augustin, il suffira d'analyser le texta même qu'on objecte.
Après tout, quand il serait vrai que saint
(1) Sed quibusplacet islam sententiam usque ad ilta impiorum lormeiita pnriendere , saltein sic inlelligant, ut mauenle in illis ira Dm quoe in aeierno prxnuniiata estsupplieio, non contmeat Deus in ira sua miseraiioucs suas, et facial cos non lauta , quanta digni sunt pœnarum airociiate cruciari;
non ut eas poenas vel nunquam subeant, vel unquam finiant, sed ut eas minores quani mérita sont eorum, levioresque patiantur : sic enini et ira Dei manebit et in ipsa ira miseradones non conlinebit.... quoi quidein non ideo conlirmo quouiaiii non rcsisto.
ÛLIVKtS CUilPLLTLS bel M. E.UEUY.
Augustin a cru qu'on prierait inutilement pour la mitigation de la peine des damnés, il est au moins vrai qu'il a permis de croire le contraire.
§ II. — Sentiments de quelques saints Pères et de quelques Papes.
Saint Jean Chrysostome , avant saint Augustin, parait avoir eu le même sentiment sur le point dont il s'agit. Ce saint et su- Ijlime orateur est un des Pères de l'Eglise qui ont prouvé plus fortement et inculqué plus fréquemment que les supplices des hommes condamnés seraient éternels; et par conséquent il est un des Pères les plus éloignés de flatter l'erreur d'Origène. Cependant il a enseigné que les aumônes, les prières des fidèles, les sacrifices qu'on a coutume d'offrir dans 1 Eglise pour les morts, apportaient quelque soulagement à ces mêmes damnés.
Saint Chrysostome a paru à Sixte de Sienne insinuer ce sentiment dans sa 3e homélie sur saint Matthieu. « A qui laisserons-nous,» disent des parents désolés de la mort de leur fils unique, « nos meubles, nos maisons, nos terres? — A cet enfant mort, répond saint Jean Chrysostome, et bien plus sûrement que s'il vivait encore 1 Car si les nations barbares font brûler avec les défunts tout ce qui leur a appartenu, n'est-il pas bien plus convenable que vous envoyiez à votre fils tout ce qui lui appartenait dans ce monde, non pas pour être réduit en cendre, mais pour lui procurer une plus grande gloire ? S'il est mort dans le péché, ces biens serviront à l'effacer ; s'il est mort dans la justice, ils lui procureront une augmentation de récompense. »
Sans doute saint Chrysostome enseigne ici que d'abondantes aumônes faites à l'intention des morts, leur seront utiles. Sixte de Sienne et quelques auteurs concluent de ce texte que saint Chrysostome est favorable à l'opinion de la mitigation des peines. Cette conséquence pourrait être contestée; mais le saint parait s'expliquer nettement sur ce point dans la 3' homélie sur l'Epître aux Philippiens : « Les morts que nous devons pleurer, » dit-il, « sont ceux qui sont morts
dans leurs péchés : ceux-là sont vraiment dignes de gémissements et de larmes...
Pleurons les infidèles ; pleurons ceux qui n'ont point reçu le baptême, et qui ne diffèrent en rien des infidèles...; pleurons les riches qui sont morts sans s'être ménagé, par un bon emploi de leurs richesses, quelques ressources dans l'autre vie ; pleurons ceux qui avaient dans ce monde la facilité d'obtenir le pardon de leurs péchés, et qui n'ont point voulu en faire usage: pleurons-les donc; aidons-les suivant nos forces; portons-leur quelque secours, qui sera petit, il est vrai, mais qui néanmoins leur sera profitable : ce secours, c'est de prier pour eux; c'est de faire pour eux de fréquentes et d'abondantes aumônes. »
Plus bas il dit encore: «Dieu nous ordonne de prier pour tous les hommes, dans le nombre desquels, sans doute, sont des voleurs, des violateurs de sépulcres, des scélérats de toute espèce; si donc il nous est recommandé de prier pour ces méchants qui vivent et qui cependant ne diffèrent on rien des cadavres, pourquoi ne prierions-nous pas pour ces mêmes méchants quand ils sont morts ? Sicut igilur pro his virentibus precamur qui nihil a cadaveribus differunt, ita pro istis eliam precari lieel. »
Mais il est remarquable que saint Chrysostome n'exhortait à prier que pour ceux qui sont morts dans la toi : Verumhoc quidem pro iis agendum qui in fide decesserunt ; et il ne croyait pas qu'on pût le faire utilement pour les catéchumènes. Il croyait que ceux-ci ne pouvaient être soulagés que par les aumônes. Catechumeni ve.ro neque hac dignantur co7}solatione, sed omni auxilio sunt destituti, uno quidem excepta ; quale vero hoc ? lieel pauperibus pro ipsts dare, atque hinc aliquid percipiunt refrigerationis (5).
Sixte de Sienne [Biblioth. sanct. lib. vi, annot. 311) croit que les paroles de saint Chrysostome doivent s'entendre, non des prières particulières, mais des prières publiques et solennelles, c'est-à-dire du chant des psaumes, du sacrifice de la Messe, qui avaient coutume d'accompagner les funérailles des Chrétiens ; et il dit qu'il était défendu alors de faire pour les catéchumènes
(5) Nous croyons devoir faire connaître dans une note l'espèce d'analyse que le P. Petau a f.ute de ce texie, le t-ens dans lequel il l'entend et le jugement qu'il en porte.
Ab hac opinione non videlur abhorrere Chrysoslomus : qui cum plerisque lotis, seiupiternas esse dœmonum . uc dainnuiorum pœnus egregh disserat : prwseriim vero hemilia noua in priorem ad Cormihios ; cl humilia il in Acla; et homitia 15 in Epitlolain ad Philippenses.et aliis in lotis : lumen howiliu lerlia in Episiotam ad Philippenses ait, fidelium prêtes, eleemosynas, el sacrifiaa.quœ pro morluis in Ecelesia fieri soient, exiguum uliquod dantnutis a/j'erre solatium. Ilvrtatur euim pvpulum, ni in tuctu mortuoTum moderemr sibi : uc deftendos quidem el perpeluo planctu prosequendos eos, qui m peccalis obierunt ; velut infidèles, caiechumcnos, dirttes, qui cum peccutis suis compensare cliarilulis, el lafgitatu officia nolnerunt : alqite hos ipsos dunlaxut, qui cum fide Chr sliana decesserunt, tevi illus
quidem, sed nonnullo lamen solalio juvandos. < Ploremus igilur, > inquit, < islos, opiluteinur ipsis pro viribus : excogitemus opem illis uliquam, parvam quidem, sed quœ juvare nihilominus possit. (juinam tstud, et qua ralione? Ut et oreiuus ipsi, el alios hortemur, ut pro illis oraliones faciant, et pauperibus pro itlis lurgiuinitr assidue. Afj'ert ea res solutii aliquid. » Moxcatechumenis isla nectil: tVerum hoc quidem pro iis ugendum, qui in fide decesserunt. At calechUnieni ne hue quidem solulium percipiunt ; sed ea omni ope deslituunlur, una tunlum excepta. (Jua tandem? Licel pauperibus pro ipiis erogare. Aohnullum ea res consolalionetn tpsis Inbutt. >
Ergo preces el sacrificia, et largiliones in pauperes, fidèles damnatos non nihil sublevunl, ut levius tantummodo loiqueuulur, catechuntinis vere solie eleemosgnœ opem afj'eiunl; si vere isia icriptil Chrysostomus. Celte restriction du P. Pelau, s» vere isia teripsit, parait ne tonifier que sur la dernière putie...
DISSERT. SUR LA MITIGATION DES PEINES DES DAMNES
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de tell 'S prières, en haine et en punition de l'insouciance qui en portait plusieurs à différer leur baptême jusqu'au dernier moment de leur vie.
On cite ordinairement Prudence comme ayant eu le même sentiment que saint Jean Chrysostome, et on en trouve la preuve dans une hymne qu'il a composée pour le jour de Pâques. Il y (lit effectivement que, dans ce grand jour, il y a diminution ou même suspension de peines dans les enfers, feriœ.
Sont et spiriiibus ssepe nocentibus
Pœnannn célèbres sul> Slyge f riœ III i noc e, sacer qua rediit Dens Siagirs au superos ex Acheruntiis, etc.
Marcem suppliciis Tartara mitibus, Exsultatque sui carceris otio Umhrarum populus liber ab i^nibus; Née fervent soliln lluiuina sulfure.
Bellarmin, qui s'oppose ce texte, se contente de répondre, Prudentium more poetico lusisse. Cette réponse pourrait bien paraître à plusieurs personnes insuffisante.
Saint Jean Damascène est nettement et formellement prononcé en faveur de la miligation dont il s'agit. On ne le conteste pas (G) ; mais on objecte que ce saint ne montre point d'ailleurs une doctrine assez exacte dans le discours où il professe ce
(6) II faut excepter le P. Patuzy: mais ce théologien parait avoir pleinement ignoré l'espèce d'argument (|ue les défenseurs de la mitigation tirent de ce saint Père.
(7) Ksiius (in lib. îv, dist. 46, pag. 211) nomme une multitude de personnes qui, comme Trajan, ont été délivrées ou déchargées de la peine éternelle à laquelle elles avaient été condamnées, si on en croit les historiens; et il ajoute qu'il aurait pu en citer un plus grand nombre : Les uns, dit-il, ontéié tirés de l'enfer, et immédiatement transportés dans le ciel ; les autres ont élé rappelés à la vie, et ensuite ont été bapiisés et ont fait pénitence. 11 trouve avec raison beaucoup plus de difficulté dans la délivrance supposée des premiers, que dans celle des autres.
Saint Thomas, qui neconlesle point le fait de la délivrance de Trajan, dit que ce prince aura élé rappelé à la vie par les prières de saint Grégoire, et aura reç n dans cet état la grâce par laquelle ii aura obtenu la rémission de ses péchés, et par conséquent l'exemption de la peine éternelle...; qu'il faut dire de Trajan et de tous ceux qui ont élé milaculeusement ressuscites, et parmi lesquels il est constant que plusieurs étaient des idolâtres et des damnés, qu'ils n'étaient pas destinés à l'enfer finalement, mais seulement suivant ce qu'ils méritaient au sortir de celle vie : Non erant in infernà finalité)' députait, sed secuiidum prœseutem propriorum meritorum justiliam ; el que sur des considérations supérieures, d'après lesquelles il était prévu qu'ils devaient être rappelés à la vie, on devait en disposer autrement...; qu'au reste, les Suffrages ne devaient pas communément produire un effet semblable, parce qu'autre chose est ce qui arrive d'après la loi commune, autre chose est ce qui est accordé à quelques personnes par un privilège singulier : Nec lumen uportel quod hoc fiât communiter par sujfragia : quia atia sunl quai lege commuai accidunl , el alla quœ singulariter ex privilégia aliqttibus conceduntur.
Saint Thomas a donc cru qu'un Chrétien, et même un idolâtre mort en eiat de péché mortel, pouvait être, parles prières des lilcles, sinon délivré
sentiment ; et qu'aux raisonnements et aux autorités qu'il y fait valoir, il mêle des histoires fabuleuses, telles que la délivrance de Trajan par les prières de saint Grégoire, de Falconille par celles de sainte Tbèc.le sa lille, et de la conversation de saint Macaire avec le crâne d'un prêtre des idoles. Mais il ne s'agit pas dans le moment présent de savoir si saint Jean Damascène a été trop loin, s'il a solidementprouvé son sentiment, mais de savoir quel a été ce sentiment. Au reste, on peut seulement conclure des fausses histoires qu'il rapporte, qu'il a cru que Dieu, par un acte extraordinaire de sa puissance, et en dérogeant à l'ordre commun, pouvait délivrer certaines âmes de l'enfer, ce qui n'a rien d'hétérodoxe. Suarès dit expressément, disp. 7, De peccatis, sect. 3, que « quoique Dieu ait révélé qu'il ne pardonnera point aux damnés, cependant il n'est pas de foi qu'il n'exceptera personne ; el c'est un point controversé : An vero aliquis excipiatur, res controversa est etquœ non pertinet ad (idem.» Et cela est bien évident par l'exemple de saint Augustin et de saint Thomas, dont le premier a cru à la délivrance du frère de sainte Perpétue, et le second à celle de Trajan (7). On objecte encore que le discours dont il s'agit est faussement attribué à saint Jean
de l'enfer, où il aurait été précipité, du moins déchargé de la damnation éternelle qui lui étaii due, et transporté ensuite dans le> cieux, après les dillêrentes opérations que le saint docteur juge, nécessaires.
Jean Diacre, un des aireurs originaux de la Vie de saint Grégoire, observe i qu'on ne lit point que l'âme de Trajan ait é é tirée de l'enfer et transporlée dans le paradis ; mais on dit simplement qu'elle a élé dé ivrée des peines de l'enfer ; ce qui n'est pas incroyable, pa'ce qu'une âme peut être dans l'enfer, et, par la misé icorde de Dieu, n'en point sentir les tourments. C'est ainsi que tous les pécheurs qui sont dans le même l'eu de l'enfer, n'en souffrent pas tous également. > Non legitur (,'regorii precibus Trajani anima ab inferno libérant et in parudtsu reposita : quod omnino incredibile videlur propler iliud quai! scriptum est : t Nist qttis venants fiteril ex aqua el Siiirittt sanclo. non inlrabil in régnant cœlorum, > sed simplicité)' dicitur ab inferni solitmmotto crucialibus liberala : quod vide'.icet potest videri credibile, quippe cum ila valent anima in inferno exsistere et inferni cruciatus per Dei tnisericordiam non senlire, siculi unus geliennœ ignis valet omîtes peccatores delinere partie); sic per Dei jttstitiliam, cunclos non valet œquutiler exurere, eic.
Sans douie saint Thomas aurait appliqué toute cette doctrine au cas de Dinocrate s'il lui avait élé objecié; car ce n'esi pas seulement saint Thomas qui a cru nue les piètres pouvaient délivrer quelqu'un de l'enfer : un autre docteur de l'Eglise, (tout l'autorité est supérieure à la sienne, l'a cru de même; c'est saint Augustin, l. i De anima, c. 12. Voici comment on le prouve. Vincent- Victor, donalisie, avail avancé qu'on devait offrir le saint sacrifice et faire d'aulres oblations pour les enfanls morts sans baptême; et pour 'justifier sa prétention, il se prévalait de l'exemple de sainte Perpétue, qui avait prié pour son frère Dinocrate, mort sans baptême, et l'avait délivré des peines qu'il souffrait, et qui lui avaient élé révélées dans une vision. Saint Augustin répond à Vincent ;
1° Qu'il n'est point sur que Dinocrate n'eût pas
OEUVKES COMPLE1ES DE M. EMEIU.
de Damas: et il est vrai que d'habiles critiques le pensent ainsi. Mais le P. Combefis, nui n'est pas moins habile qu'eux, et qui, comme eux, avait d'abord douté de l'authenticité de ce discours, a Uni par le croire une véritable production dece saint docteur, et, en conséquence, il l'a insérédans sa Bibliothèque des Pères prédicateurs, Bibliotheca Patrum prœdicaturum. Mais quand on ôterait à ce discours une autorité aussi grande que celle de saint Jean de Damas, il conserverait encore celle de l'Eglise orientale, qui, en l'insérant dans ses livres ecclésiastiques, comme elle l'a fait depuis longtemps, est censée en adopter, ou du moins ne point en désapprouver la doctrine.
Voilà ies saints Pères ou les anciens auteurs ecclésiastiques qu'on a coutume d'alléguer comme favorables à l'opinion de la mitigation des peines : en voici deux autres qu'on pourrait, à ce que nous croyons, leur ajouter. Le premier est Théophilacte. On sait que cet auteur est un grand admirateur de saint Jean Chrysostome, et que ses commentaires ne sont guère qu'un abrégé des homélies de ce saint. Théophilacte observe, sur le y a du th. xn de saint Luc, « que Nôtre-Seigneur ne dit point qu'il faut craindre celui qui, après avoir ôté la vie au corps, précipite l'âme dans l'enfer, mais celui qui peut l'y précipiter : Qui habet potestatem mittendi in gehennum. Car les pécheurs qui meurent ne sont pas toujours jetés dans l'enfer : il est au pouvoir de Dieu de leur faire grâce. Je parle ainsi en conséquence des offrandes et des aumônes qu'on fait pour les défunts, et qui ne servent pas peu à ceux qui sont morts dans de grands péchés. Hoc aulem dico propter oblationes et dislributiones quœ fiunt pro defunctis qui in gravibus pcccatis mortui sunt... Ne cessons donc jias de nous rendre favorable celui qui a le pouvoir de jeter dans l'enfer, mais qui n'use pas toujours de ce pouvoir et qui peut nous remettre quelque chose, »
Théophilacte ne pouvait guère plus clai-
été baptisé depuis que sa sœur avait été conduite «•h prison, et que cet enfant, âgé de sept ans seulement, n'eût point été ramené à l'idolâtrie par son père idolâtre, ou ne fût point tombé dans quelque péché mortel depuis son baplènie : Quis scit utrum puer Me post baplismum persecutionis tempore a puire impio per idololatrium fueril alienalus a Clnisto, propter quod in damnulionem ieril, nec inde nisi pro Clnisto montures tororis precibus donatus exierii? 2" Le fait dont il s'agit est lire de la partie des A tes du martyre de sainte Perpétue, écrite par ellemême; et saint Augustin observe que ces Actes ne sont point une écriture canonique, nec ipsu scripiura canonica est ; et que dans les questions de ce genre (où il ne produisait que des témoignages de la sainte Ecriture), on ne devait lui opposer que des témoignages tirés de la même sourie, quanquam tpsa leclio non sit in eo canone Scriplurarum unde in liujusmodi quiesliombus teslimonia proj'erenda sunt. De là, ceux qui sont d'un autre avis que nous prennent occasion île dire que saint Augustin a doulé du fait en question; et c'est leur réponse la plus ordinaire. Mais très -certainement elle est insullis'ai.le : car dire d'un fait qu'il est moins certain que s'il eiait consigné dans la sainte Ecriture, ce
rement enseigner que nous pouvons, par nos prières et nos aumônes , procurer quelque soulagement aux âmes des réprouvés.
On ne peut pas dire ici qu'il s'agit des âmes détenues dans le purgatoire, mais prédestinées à la vie éternelle, puisqu'il s'agit d'hommes morts dans l'état de péché mortel : Qui in gravibus peccatis mortui sunt.
On lit, dans le volume II des OEuvres de sant Athanase , un opuscule qui a pour litre: Quœstioncs ad Antiochum. L'auteur, dans la réponse à la 33e question, avait dit que les âmes des justes se réjouissaient et chantaient avec les anges, des hymnes à la louange de Dieu.
« Mais quoi, reprend -on, et c'est la 3V question , les âmes des pécheurs ne tirentelles aucun avantage des sacrifices, des bonnes œuvres, des offrandes qui sont faites à leur intention : Quidergo? Nullumne beneftcium percipiunt peccatorum animœ, cum pro ipsis fiant synaxes, beneficentiœ et oblationes?»
L'auteur répond : « Si elles n'en tiraient aucun avantage , on ne ferait point mention d'elles dans l'offrande : Nisi inde alicujus participes essent bene/icii, non eorumfieret mentio in oblutione. »
Et il ajoute: «De même que lorsque la'vigne est en fleur dans la campagne , le vin qui est renfermé dans des vaisseaux participe à son odeur et fermente aussitôt qu'elle : Yerum quemadmodum rite foris in agro floreseente, ejus percipit odorem vinum conclusum, sitnulque efflorescit ; ainsi les âmes des pécheurs tirent quelque avantage du sacrifice non sanglant et des bonnes œuvres qui sont offertes pour elles en la manière que connaît et que détermine seul celui qui est le Maître des vivants et des morts : Sic intellige peccatorum animas alicujus participes esse bene/icii ex incruento sacrificio et beneficentia pro ipsis facta, ut solus novit etjubet tivorumet morluorum dominator, Deus nosler.»
Ce témoignage est clairement favorable à l'opinion de la mitigation des peines.
On peut objecter que l'auteur de cet opus-
n'est point témoigner qu'on ne le croit pas, ou qu'on en doute : car autrement on douterait de tous les faits qui ne sont point dans le canon des Livres saints.
3° Il serait assez naturel de penser que les peines que souillait Dinoerale, et dont il fut délivré par les prières de sa sœur, étaient celles du purgatoire : mais saint Augustin ne l'entendait point ainsi, puisqu'il suppose, connue nous l'avons vu plus haut, que la peine que soutirait Dinoerale avait pu être infligée pour le crime d'idolâtrie, et qu'il appelle la condamnation qu'avait subie cet enfant, dumnutio niortis; ce qui signifie certainement la condamnation aux peines de l'enfer.
■4° Si saint Augustin avait cru que la foi catholique ne permit pas de croire qu-1 quelqu'un puisse, par des prières, être délivré de l'enfer, il aurait infirme par cet endroit le lait qu'on lui objectait; il ne se >erail pas, pour combattre la conséquente qu'en tirait son adversaire, épuisé en conjectures. Il aurait simplement nié le fait et aurait été obligé de le nier, comme renversant, s'il eût été vrai, un point de la foi catholiqtie.fi n'a rien fut de semblable : donc, etc.
DISSERT. SUR LA MITIGATION DES PEINES DES DAMNES
(ule n'est point saint Atlianase; et cela est vrai : mais il est vrai aussi que l'auteur est fort ancien, qu'il vivait au plus tard dans le vn° siècle, et que son ouvrage n'est qu'un extrait des Pères qui l'avaient précédé. On peut consulter ce qu'en ont dit les éditeurs bénédictins de saint Athanase, et Guillaume Cave dans son Histoire littéraire des écrivains ecclésiastiques, pag. 195.
Si quelqu'un prétendait que lésâmes des pécheurs dont il s'agit dans ces questions, sont les âmes des justes qui avaient quelques fautes à expier dans une autre vie, il faudrait l'inviter à lire les questions précédentes, et notamment les questions 19, 20 et 32. Il vernit clairement que les pécheurs dont il s'agit sont les réprouvés , et que l'auteur oppose toujours les âmes de ces pécheurs aux âmes des justes qui sont dans le ciel.
Il existe en faveur de l'opinion dont il s'agit un témoignage d'un très-grand poids , c'est celui d'Innocent III. Ce grand Pontife a écrit à l'archevêque de Lyon une épître très-longue et très-grave, qui a été insérée tout entière dans le Corps du droit ; on la lit au m' livre des Décrétales, lit. 41, n. 6.
Innocent III la termine ainsi ("*) : « Mais, dans cet article, y a-t-il lieu a la distinction (hms laquelle on enseigne qu'entre les défunts, les uns sont très-bons et les autres trèsmauvais ; d'autres sont médiocrement bons, et d'autres médiocrement mauvais ; qu'il arrive de là que les suffrages qui se font par les fidèles dans l'Eglise, sont, à l'égard des très-bons, des actions de grâces ; à l'égard des très-mauvais, une consolation aux vivants; que pour les médiocrement bons , ils sont des expiations; et pour les médiocrement mauvais, des propitiations ? J'abandonne cette recherche à votre discrétion. » Ces morts qui ont été médiocrement bons, et pour qui le Pape dit que les suffrages des fidèles sont des expiations, sont assurément ceux qui sont détenus dans le purgatoire. Donc les médiocrement mauvais , à l'égard desquels ces suffrages sont des propitiations, doivent être renfermés ailleurs, et ne peuvent l'être que dans l'enfer, puisqu'ils ne sont pas dans le ciel, où il n'y a pas lieu à la propitialion ; autrement Innocent III aurait vainement distingué entre les médiocrement bons et les médiocrement mauvais, et entre les effets des suffrages, qui sont des expiations pour les premiers et des propitiations pour les seconds.
Bellarmin observe (lib. ni De purgatorio, c. 18) que ce texte d'Innocent 111 est en possession de tourmenter un grand nombre de personnes, apparemment de celles qui veulent y répondre : Multos lorquere solel. effectivement cela ne doit pas être facile. Bellarmin essaye cependant d'y donner lui-même deux réponses. La première consiste à soupçonner que la mémoire a manqué au
Pape, quand il a cru que la division, qui n'est que de trois membres dans saint Augustin,enavait réellement quatre : « Cardans ce saint docteur, » dit-il, «les médiocrement bons et les médiocrement mauvais sont les mêmes, et ne forment qu'un seul nombre ; et Innocent III, de ce nombre, en fait deux, en disant, les uns sont médiocrement bons et les autres médiocrement mauvais. » Bellarmin aurait raison de soupçonner d'infidélité la mémoire d'Innocent III, si ce Pape avait voulu fairp une allusion au texte de saint Augustin. Mais cette allusion, il l'a faite au Maître des sentences, où se trouve effectivement cette division en quatre membres. Ce qui auraitdûle faire remarquerau savanteardinal, c'est que le Pape demande: Utrumvaleatilla dislinctio quadocetur, etc. Or on sait bien que le Maître des sentences divise sou ouvage par distinctions ; que la question qui nous occupe est traitée dans la 45' distinction, et que c'est sur cette distinction que se sont exercés les commentateurs de ce grand théologien. Nous allons, dans un moment, produire son texte.
La seconde réponse du cardinal , c'est qu'on peut dire que les médiocrement bons, dans le texte d'Innocent 111, sont ceux qui n'ont la conscience chargée d'aucune faute , mais qui cependant sont comptables de quelque peine temporelle à la justice divine; et les médiocrement mauvais sont ceux qui ont quelque faute, mais seulement vénielle, à se reprocher. Bellarmin n'appuie ce qu'il dit d'aucune preuve ; ses adversaires peuvent donc le nier avec la même facilité qu'il l'avance.
Mais le cardinal Bellarmin, et les théologiens qui adoptent sa réponse, ont-ils fait attention à ce qu'on serait en droit d'eu conclure contre le Pape Innocent III? D'après cette réponse, le grand Pontife aurait donc cru que les médiocrement botis et les médiocrement mauvais étaient détenus dans le purgatoire; et cependant il aurait douté , il n'aurait pas voulu décider si on pouvait utilement prier pour les uns ainsi que pour les auires. Hé quoi 1 n'était-il pas, au temps d'Innocent III, constant et de foi catholique qu'on offrait utilement les aumônes et le saint sacrifice pour les fidèles détenus dans le purgatoire, sans aucune distinction de ceux qui seraient morts redevables seulement de quelque peine temporelle et de ceux qui seraient morts avec une conscience chargée de quelques fautes vénielles? Comment un Pape, et un aussi savant Pape , aurail-il pu ignorer celte vérité?
La bonne foi nous oblige d'observer qu on s'appuierait mal à propos sur l'autorité du Pape Innocent 111, pour soutenir positivement que les ûdèles peuvent, par leurs prières, procurer quelque adoucissement aux peines des damnés. L'archevêque de
('*) Yerum utrum in hoc articulo locum liabcat Ma d libns in Ecc'esia pro valuV bonis actior.es sunt Ki a-
tlisunciio qua clocelur quoil defunctoium alii sunt tiarum ; pro valJe inaliscoiisolationes vivonim . ex-
^al.le boni, alii sunt valde mali.alii mediocritet boni, piaiiones voro pro medioci iter bonis, et propiuanu-
alu m diocriter mali: unde suffragia qu;c Qunl a li- ncs pio meJiocriter inafis, tua discieuo invcstnjui.
ŒUVRES COMPLETES L>K M. LMERY.
Lyon avait demandé au Pape son sentiment sur la question présente, et voulait l'engager 5 la décider : Quœsivitti utrum habeat locum illa distinctio qua docetur, etc. C'est-à-dire, vous avez demandé si ce qu'avance le Maître des sentences, dans sa 45e distinction, est bien fondé. Le Pape ne juge pas à propos de répondre à l'archevêque sur cette question, et lui en renvoie l'examen : Tua discretio investiget.
Mais, ce qu'on est en droit de conclure, et qui suffit à notre but principal, c'est que ce Pape supposait que la question n'était pas décidée, et qu'elle était problématique ; c'est que, de l'aveu du Pape, on pouvait, sans blesser la foi, croire ce qu'on voulait sur cette matière, et par conséquent croire que les suifrages des fidèles servaient au soulagement des damnés, du moins de ceux qui n'avaient pas été dans ce monde des scélérats consommés.
§ III. — Sentiment des Grecs et du concile de Florence.
Le concile oecuménique de Florence a été favorable au sentiment dont il s'agit, en ce sens du moins, qu'il l'a jugé irrépréhensible. Les lerteurs jugeront, d'après l'exposition des faits, si celte assertion est bien fondée.
Marc Eugénique, métropolitain d'Ephèse, prononça, en présence de ce concile, deux discours sur les peines du purgatoire, et soutint, dans l'un et dans l'autre, que les âmes des pécheurs condamnés aux supplices éternels, recevaient, par les prières des tidèles, quelque soulagement dans leurs peines. Le P. Lequien, éditeur des OEuvresde saint Jean de Damas, dans la a* dissertation qu'on lit à la tête du i" volume, page 63, et qui a pour titre, De oratione , de iis qui in fide dormierunt (c'est le discours de saint Jean de Damas), et de purgatorio secundum Orientalis Ecclesiœ sensum, dit, à cette occasion, que Marc d'Ephèse est, sur ce point, pleinement d'accord avec saint Augustin dans son Enchiridion (ce que nous remarquons en passant, pour faire connaître que ce savant critique, ainsi que le P. Petau, ne doutait pas que saint Augustin ne dût être entendu dans le sens où nous avons cru qu'il était naturel de l'entendre).
Marc d'Ephèse, dit le P. Lequien, appuie son sentiment sur un passage de saint Basile, tiré d'une homélie que les Grecs lisent dans leur Office pascal. Le saint, dans celte homélie, s'adresse à Notre-Seigneur, et lui dit : « Dans ce jour si saint et si solennel, daignez agréer les supplications que nous
(8) L'iniporiance de la matière nous engage à mettre en noie le teste la'in du P. Lequien, qui lenfriiie encore des circonstances que nous n'avons pas rapportées. L'abbé Renaudot, l. V de la Perpétuité, pa^- 615, assure que l'extrait des deux discours Ue Marc d'Ephèse, donné par le P. Lequien, est fort exact.
< In ulraque oratione asseril Marcus peccato-
tvm animas quœ œlernis suppticiis addictœsuut, lanliUnm quanduque relaxalionis ex fidelium precibus perciperc. Quo plane sensu Angnstintts in Encliiiidio,
vous faisons pour ceux qui sont détenus dans l'enfer; nous espérons vivement que. vous leur accorderez quelque relâche et quelque soulagement dans leur supplice. »
Il fait encore un grand usage du fameux discours de saint Jean de Damas, De iis qui in fide dormierunt ; discours qu'il ne douto pas être de ce saint docteur. Il conclut que l'Eglise otfre des sacriiices et des prières pour tous les défunts, sais aucune exception ; qu'à l'égard des saints, ce sont des actions de grâces que l'Eglise prétend rendre à Dieu; et qu'à l'égard des autres, ses prières ont pour objet d'obtenir, pour les uns, unepleine.rémission, et pour les autres, quelque soulagement.
Le P. Lequien analyse ce que Mare d'Ephèse avança dans le concile de Florence, en vue de faire connaître et de justitier la doctrine de l'Eglise orientale sur le feu, que cette Eglise ne croit pas, comme le croit l'Eglise latine, servir à l'expiation des péchés dans le purgatoire, et sur d'autres manières d'expier ces péchés, qu'elle adopte. C'était, dit le P. Lequien, l'objet principal des deux discours qu'il prononça, comme au nom de l'Eglise orientale, velut Ecclesiœ Orientalis nomi ne ; et après qu'il eut fourni les éclaircissements qui lui furent demandés sur quelques parties de l'un et de l'autre, les Latins témoignèrent approuver les deux discours : Latini ullro opprobarunl, dit le P. Lequien; ils exceptèrent seulement les endroits où il avait prétendu que la récompense des bons et les supplices des méchants seraient différés jusqu'au jour du jugement, et que les saints ne pouvaient voir Dieu ni son essence.
Voici maintenant le raisonnement qu'on pourrait former d'après ce qui précède : Marc d'Ephèse, dans les deux discours qu'il a prononcés dans le concile de Florence, a soutenu très-nettement que les damnés tiraient quelques soulagements des prières et des sacrifices qui s'offraient dans l'Eglise. Les Latins approuvèrent, ou du moins jugèrent irrépréhensible la doctrine énoncée dans ces discours ; ils n'exceptèrent de leur approbation que les deux points dont nous venons de parler : donc les Grecs, au nom de qui parlait Marc d'Ephèse, et les Latins, devant lesquels il parlait, c'est-à-dire tout le concile de Florence, ont cru que ce que Marc avait soutenu sur le soulagement de la peine des damnés par les suifrages de l'Eglise, était orthodoxe, ou du moins n'était point contraire à la foi catholique (8).
Pour montrer que Marc d'Ephèse n' en a
cap. 112, ait supplicaliones et sacrificia de f une lis prodesse. et iltis quidem, qui cuni valde mali non essenl, mortem obierunt, ut sit i plena remissio, » et valde malis ut sit i lolerabilior ipsa damnalio. i Quocirca,c. 110, exptoso primant Urigenis errore.... qui ouciatuum metas fore finxerat, niliilomînus hune rersum psalmi lxxvi : Non obliviscetur iniscreri Deus, ila enarral, ut si ad defunctos omnes haie verba pertinere exislimentur, * pœnœ damnalorrtm cerlis temporum intervallis aliqualenus mitigari putentur — non œterno supplicio finem dundo, sei tevamen adhi-
BISSERT. SUR LA MITIGATION DES PEINES DES DAMNÉS
pas imposé à l'Eglise orientale, et que l'opinion des Grecs sur la mitigation. des peines des damnés est eflectiveiiient telle qu'il nous la représente, nous produirons l'anecdote suivante :
Syrophulus, dans son Histoire du concile de Florence, sess. 5, ch.14, raconte que l'empereur Paléologue ayant ordonné à Marc d'Ephèse de mettre par écrit .les deux discours qu'il avait prononcés, ce prince voulut, avant qu'ils fussent rendus publics, les examiner lui-même avec un petit nombre de Grecs les plus savants, et s'assurerqu'ils ne renfermaient rien que de sage et d'orthodoxe. Après en avoir entendu la lecture, il en fit un grand éloge, et n'improuva que ce que Marc avait dit de la conversation de saint Macaire avec un prêtre des idoles, dont ce saint avait rencontré le crâne, non à cause de l'usage qu'il en faisait pour appuyer sa doctrine, mais parce que les Latins traiteraient cette conversation de fable, et que Marc n'était pas en état d'en prouver la vérité. L'empereur, ainsi que son conseil, fort instruits de toute la doctrine de l'Eglise orientale, n'ont donc point blAmé ni fait retrancher ce que Marc avait avancé si positivement dans ses discours sur la mitigation des peines des damnés ; il fallait donc que la doctrine de Marc, sur ce point, fût commune à toute cette Eglise ; et le P. Lequien en était bien persuadé, puisque après avoir annoncé qu'il va exposer à ses lecteurs quelle est, sur le purgatoire, la doctrine de l'Eglise orientale, il croit qu'il suffît, pour la faire parfaitement connaître, de rapporterce qu'en dit Marc d'Ephèse : Verum, dit-il, enarrure lubet quœ sit Ecclesiœ Orientalis hac in parte doctrina, qnodut conficiamus, unum e multis auctorem seligo Marcum, etc. 4
Ce qui doit achever de mettre hors de doute que tel est le sentiment des Grecs, c'est le témoignage de Léo Allatius, l'auteur qui a le plus étudié et le mieux connu toute
leur doctrine. Or, dans son ouvrage De libris ecelesiasticis Grœcorum, dissert. 2, Allatius assure le point dont il s'agit de la manière la plus nette et la plus positive: et voici comment il s'exprime : « Lps Grecs soutiennent constamment que les prières des hommes saints et agréables à Dieu sont prolitiibles aux infidèles et à tous ceux qui sont condamnés aux peines éternelles; qu'elles leur procurent du soulagement dans leurs peines, et quelquefois même une entière délivrance : » Grœci illam mordicus tuentur sententiam,precesa sanclisviris Deoque gratis effusas, infidelibui et œlernis cruciatibus damnatis propcuas esse, quibus et recreanlur, et aliquando etiam earum ope a pœnis libérant ur (9).
Mais nous avons à produire, pour constater le même fait, un auteur d'une plus grande autorité encore qu'Allatius, c'est Dosithée, patriarche de Jérusalem, un des plus savants Grecs modernes. Il présida, en 1672, au synode de Jérusalem, que le P. Hardouin a inséré dans sa Collection des conciles ; et il en fit imprimer les décrets en 1090, dans la Moldavie : or, dans cette édition, il ne se borne pas à dire que les peines des damnés peuvent être mitigées par les prières des fidèles; il assure que, par les mêmes prières, des damnés peuvent être entièrement délivrés de leurs peines. Allatius a raison de blâmer dans les Grecs ce dernier point de doctrine, commetropfavorableà l'erreur d'Origène. Si les Grecs se contentaient de dire que, dans certains cas extraordinaires seulement, et en dérogeant à la loi commune, quelques âmes sont tirées de l'enfer, leur doctrine n'aurait rien d'hétérodoxe, et ils ne diraient rien de plus que ce qu'a dit saint Thomas à l'occasion du fait deTrajan. Nous avons déjà cité le texte suivant : Nec tamen oportet ut hoc fiât communiter per suffragia : quia alla sunt quœ lege communi accidunl et alia quœ singulariter ex privile-
bendo cruciatibus. t llœc quidem hommes suspicari permiitit Augustinus. Mur eus vero eudem probare nilitur quodum Magni Bnsilii. ut putat, loco ex homilia quam Crœci lequnt in Officia pascliali Pentecostes, quo nempe Christus ad hune modum interpellatur : < Quin et in isln omnium solemnissima et salulari festivitate expiationes quidem deprecatorias pru Us qui in infento deiinenlur diynaris suscipere : magnam vero spem prœbes, reluxationem eorum quibus plectunlur suppliciorum et refrigerium qunddum concessum eis iri ; t quibus si damnatorum animas innuunt, consentanei sunt Ai Prudentii puetœ versus :
< Sunt et spirilibus sœpe noeenlibus, etc.
t Ex his ilaque Eugenicus intutit pro fidclibus defnnclis uullis prorsus exceptis, sacrifiait et pièces ab Ecctesia fieri, pro san élis quidem, ut gratiarum acliones, etc., pro utiis vero ut vel nmissionem plénum, vel quatecunque tandem tevumen imvetremus. » (P. 6S, ir G.)
^ Le P. Lequien, après avoir rapporté ce que Marc d'Ephèse dit, pour expliquer la doctrine de son Eglise, principalement sur le feu et les autres genres rie purgation, ajoute :
Hœc cum Ephesius duptici sermone in synodo vclul Ecclesiœ Orientalis nomine peiorusset, adjecissetque,
ut postidatus fuerat, quorumdam ulriusque oralionis locorum expositionem, Lalim ultra comprobarunt, ittis dunlaxal exceptis, quibus tum dumnatorum «mpiurumve pœnas et supplicia, tum beulorum coronas initient judicii di/j'erri asseveraverut, ueqaretque sanctos beum Deive essentiam posse conlueri. (Pag. 68, n„ 12.)
(il) L°s Grecs fondent leur opinion principalement sur la miséricorde rie Dieu et sur l'autoriié de linéiques saints Pères. Mais Allatius observe qu'ils s'appuient encore sur plusieurs exemples qu'il rapporte dans le cours de sa dissertation, et spécialement sur celui de Trajan et de l'empereur Théophile. Il blâme la trop grande crédulité des Grecs sur ce point, et pense que ces fréquentes délivrances des enfers, et la facilité qu'ils semblent supposer aux lidèles de procurer ces délivrances par leurs prières, donnerait quelque atteinte au dogme de l'éternité îles peines. Il convient cependant que les Latins ont aussi, pendant longtemps, ajouté foi à la délivrance de Trajan par les prières de i-aint Grégoire; et il rapporte les différentes manières dont les théologiens s'efforcent de concilier ce fait avec celle sentence de l'Ecriture : In inferno nulla redemplio; mais, ajoute- 1- il, les Grecs ne daignent pas seulement se mettre en peine de lire cette conciliation. Toute la dissertation d'Allalius mérite d'être lue.
gio aliquibus conceduntur.
art. 2, ad o. )
Nous avons désiré savoir si les Grecs professaienl encore aujourd'hui la même doctrine sur la tuitigation des peines. Dans cette vue, nous avons consulté d'Anse ,de Vilioison, que nous savions avoir étudié avec soin, (ians son voyage en Grèce, la doctrine de l'Eglise grecque, et avoir demeuré quelque temps parmi les moines du mont Athos, les moines les plus habiles de cette Eglise; et ce savant nous a plusieurs fois assuré, et quelques jours encore avant sa mort, que les Grecs étaient toujours dans les mêmes sentiments.
L'Eglise romaine ne peut pas l'ignorer ; et cependant, dans différentes déclarations que les Papes ont de temps en temps exigées de ceux qui se réunissaient à l'Eglise, et auxquels ils confiaient des pouvoirs, nous ne voyons point qu'ils aient jamais démandé qu'ils renonçassent à celte doctrine et à la pratique qui en est la suite.
Voilà ce que nous avons pu tirer des saints Pères et des monuments ecclésiastiques sur la question présente (10).
Il est temps d'examiner ce qu'en ont pensé les théologiens scolastiques qui n'ont pris en aucune considération et ne se sont point objecté le sentiment des Grecs, qui très-vraisemblablement leur était inconnu.
Nous croyons devoir placer ici le témoignage d'un auteur qui n'est point un Pape, et qui n'a pas rang parmi les saints Pères, il est vrai, mais qui n'appartient pas non plus à la classe des théologiens de l'école: c'est Hugo Elérianus. Cet auteur, né en Toscane, dans le xn' siècle, qui a vécu longtemps à Constantinople, fort considéré des empereurs Michel et Emmanuel, parlant le grec comme sa langue naturelle, profond dans la connaissance des saints Pères de l'une et l'autre Eglise , et qui enfin, au jugement de l'abbé Trilhème, fut incontestablement, dans son siècle, le plus habile interprète de l'Ecriture sainte; ce savant, disje, composa, à la prière du clergé de Pise, un Traité du rappel des âmes de l'enfer, « De regressuanimarum\a'j inferno, » imprimé pour la première fois en loiO, et qu'on trouve dans le XXIIe volume de la Bibliothèque des Pères. Il y fait parler un Chrétien qui est dans les enfers, et qui sollicite les vivants d'intercéder pour lui. C'est principalement dans les chapitres 13, 14 et 15 qu'est renfermée sa doctrine sur le point qui nous intéresse. Quand ou les a lus avec attention, on conclut avec confiance que Hugo Elérianus
OEl'VRES COMPLETES DE ». E.MERY.
Dist. 45, q. 2
a cru, 1° que les hommes morls dans l'état de péché mortel pouvaient être soulagés,. et même quelquefois entièrement délivrés de l'enfer par les suffrages des vivants; 2° que ceux dont les crimes étaient montés à leur comble, quorum sinistra trulina terrain atligerit, et qui habitaient en conséquence la partie la plus profonde de l'enfer, ou n'avaient aucune part à ces suffrages, ou n'en avaient qu'une très-faible. Les principaux faits qu'il allègue à l'appui de son sentiment, sont :. celui de Judas Machabée, qui fit offrir des sacrifices pour des soldats tués dans un combat, et que lui Hugo croit avoir péri en état de péché mortel ; celui d'Herman, évoque de Capoue, qui arracha à une Iroupede démons le diacre Paschase, obstinément attaché, jusqu'au dernier soupir, au parti de l'antipape Laurent; celui de saint Grégoire, qui délivra de l'enfer l'empereur Trajan : et comme il craint qu'on ne traite ce dernier trait de fabuleux : « Interrogez, » dit-il, « les Grecs; toute l'Eglise grecque en rendra témoignage. » Il s'objecte ces sentences de l'Ecriture : Dieu rendra à chacun selon ses œuvres (Rom. u, 6) ; Qui est-ce qui confessera Dieu dans l'enfer? (Psal. vi, 6.) Il répond que cette sentence aura seulement son accomplissement après le dernier jugement du Seigneur et à la fin de ce monde. Car alors, dit-il, toute prière sera inutile ; et d'ailleurs il n'y aura plus d'aumônes, plus d'oeuvres de bienfaisance, plus de saints sacrifices.
Le Chrétien interlocuteur continue de s'adresser aux vivants. « Vos suffrages, » dit-il, « peuvent servir à expiernos délits, soit afin que nous souffrions une damnation plus supportable, soit pour obtenir une pleine rémission : Ut aul tolerabiliorem nunc dam* nationem patiamur, aut integram adipisca mur remissionem. Empressez-vous de secourir par vos suffrages, les Chrétiens qui sont sortis de cette vie; et si ces suffrages sont peu utiles à ceux dans qui le poids des iniquités aura été au dernier point, ils sont au moins des remèdes et des consolations pour ceux qui les leur accordent.... Toutes lesvoies de Dieu, continue l'interlocuteur, sont vérité et miséricorde. Un juge n'inflige ja^-
mais toute la peine que le délit mérite
Si Dieu nous accablait de tout le poids des châtiments dont nous sommes véritablement dignes, il oublierait d'avoir pitié, et dans sa colère, il arrêterait tout le cours de ses miséricordes (contre l'assurance qu'il nous a donnée du contraire) : Oblivisceretur misereri Deus, et contincret in ira sua misericordias suas. (Psal. lxxvi, 10.) Aussi il ne pu-
(10) Ce n'est pas l'autorité d'un Père ni d'un théologien que nous voulons produire en faveur du sentiinenl dont il s'agit ; niais nous pensons qu'd est curieux de savoir que le fameux moine Goihescale, qui occasionna, dans le i\e siècle, t;>nl de disputes sur la prédestination, lui était favoiable. Il écrivit aux cvèqut s pour les exhorter à prêcher aux peuples que, puisque les réprouvés ne pouvaient plus éviter leur damnation, ils adressassent à Dieu des supplications , et fissent quelques œuvres de péni-
tence pour en obtenir qu'il voulût bien au moins mitiger et adoucir un peu les peines qui leur étaient destinées. C'est Amolon, archevêque de Lyon, qui, dans une lettre à Goihescale, nou> apprend ce trait: Episcopos ad quos sentis, quasi miscricordiler adhurluns ul lioc prœdicenl populis, ut quia jam praftnitam damnalionem evadeve non possuiit, aaltem uliquuntulum [>eo supplicent cl humilientur , ul statntai eis vel modicum miligel et lœvigel pœiias. (Uiblioih., ['air., l. XIV, p. 335.)
DISSERT. SIR LA MITIGATION DES PEINES DES DAMNÉS e méri
ni t jamais nos crimes autant qu lent.»
Hugo Eterianus finit pareiler deux traits, l'un de l'évêque Félix, l'autre de saint Grégoire, pour montrer ce que peut, pour le soulagement des morts, le saint sacrifice de la Messe.
Il est facile de reconnaître dans la dernière partie que nous venons de citer du traité de Hugo, que lorsqu'il l'écrivait, il avait sons les yeux le texte de VEnchiridion de saint Augustin dont nous avons t'ait usage, et qu'il en adoptait la doctrine dans le sens où plusieurs savants, comme le P. Pelau, croient qu'on doit l'entendre.
§ IV. — Sentiment des théologiens et des canonistes.
Pierre Lombard, évêque de Paris, plus connu sous le nom de Maître des sentences, parce qu'il appuie tout ce qu'il dit sur les témoignages ou sentences des saints Pères, a été sans contredit le plus fameux théologien de son temps; dans les siècles suivants tous les maîtres de théologie ne prenaient point d'autre texte pour lire et expliquer aux écoliers, que son Cours de théologie; et l'on compte jusqu'à deux cent quarantequatre auteurs qui ont fait des commentaires sur le Livre des sentences , parmi lesquels sont les plus laineux théologiens de chaque siècle, et saint Thomas lui-même. Il est donc bien inb-ressant de connaître ce qu'il a pensé sur le point que nous examinons.
Le Maître des sentences, liv. iv, dist. 45, rappelle le fameux passage de saint Augustin, tiré de son Enchiridion : Cum ergo sacrificiel sive altaris sive quarumeunque eleemosynarum pro baptizatis defunclis, etc. C'est le même que nous avons cité plus haut; et il finit par dire : Ecce quibus et qailiter prosunt illa quœ pro defunclis fréquentât Ecclesia ; mediocriler malis suffragantur ad pœnœ mitigalionem, mediocriter bonis ad plenam absolutionem.
Saint Augustin avait dit que les suffrages de l'Eglise ne sont point proprement utiles à ceux qui sont très-bons, ni à ceux qui sont très-mauvais; qu'ils ne profitent qu'à ceux qui ne sont pas très-mauvais, et qui composent la troisième classe; c'est à l'égard de ceux-ci qu'il dit : Quibus vero prosunt, vel ad hoc prosunt ut sitplena remissio, vel certe ut tolerabilior sit ipsa damnât io. Voilà ce qui donne lieu au Maître des sentences de distinguer, d.-ins la troisième classe, deux sortes de membres qui obtiendront, par les suffrages de l'Eglise, les uns une entière rémission, les autres une plus supportable damnation. Il appelle les premiers médiocrement bons, et les au très médiocrement mauvais : et il est bien évident que ceux qui doivent obtenir une rémission pleine, doivent être réputés moins coupables, et appelés médiocrement bons, relativement à ceux dont la condamnation sera seulement adoucie:
on doit assigner aux premiers le purgatoire pour le lieu de leur demeure ; et ils l'habi-
tent plus ou moins de temps, suivant qu'ils sont plus ou- moins redevables à la justice divine; mais enfin tous ceux qui habitent le purgatoire en sortiront et obtiendront enfin une pleine rémission. Donc les médiocrement mauvais, pour qui les fidèles, par leurs prières, obtiendront, non une pleine rémission, mais seulement une mitigation dans leurs peines, ne sont pas renfermés dans le purgatoire, mais sont dans la classe et la demeure des damnés.
Le Maître des sentences forme ensuite une question qui insinue bien que ceux qu'il appelle médiocrement bons sont les seuls qui soient dans le purgatoire : car il demande par quels suffrages seront aidés les médiocrement bons qui se trouveront à la tin du monde : Quibus suffragiis juvabuntur mediocriter boni qui in fine invenientur? Il est évident que ce serait le même embarras pour les médiocrement mauvais, s'ils étaient aussi en purgatoire; et que si le Maître des sentences avait cru qu'ils l'habitassent effectivement, il aurait proposé sa question à l'égard des uns comme à l'égard des autres.
L'opinion du Maître des sentences sur la mitigation des peines de quelques damnés, et qu'il fondait sur l'autorité de saint Augustin, paraît avoir été une opinion commune parmi les théologiens des xi:c et xnr siècles : son autorité était bien capable de les entraîner.
C'était constamment l'opinion de Prépositivus, très-célèbre théologien de ce tempslà, et dont il existe une somme de théologie qui n'a point été imprimée.
On peut regarder comme assez favorable à l'opinion de la mitigation des peines, le cardinal Robert Pullus, qui passe pour le plus ancien des théologiensde l'école. Pans la i"" partie de ses Sentences, chap. 14 : « Peut-être est-il des damnés, » dit-il, « dont les mérites des vivants adoucissent le supplice : si cependant, ainsi que quelques-uns le conjecturent, leur vie précédente les en a rendus dignes: » Portasse queunl viveniïum merita in aliquo perditorum laxare supplicia : si lumen, ut aliqui opinando perhibent, id anteacta vita meruerit. Dans celte dernière restriction, Robert Pullus, vraisemblablement, avait saint Augustin en vue. Il est dans le même chapitre plusieurs autres textes où ce théologien ne paraît point du tout éloigné de croire que la charité des vivants peut rendre les tourments des damnés plus supportables.
Saint Thomas, quest. 73, art. 5, suppose que Guillaume d'Auxerre pensait, sur le point dont il s'agit, comme Prépositivus. Mais à moins qu'il n'ait existé un Guillaume d'Auxerre autre que celui qui enseigna la théologie à Paris avec un grand éclat, et qui a composé une somme de théologie irèseslimable, imprimée en 1500, il faudrait reconnaître que saint Thomas s'est trompé sur le véritable sentiment de cetauteur. Le célèbre Guillaume, connu sous le nom d'Altissiodorensis, sur la lin de la somme, uaite fort au long la question de la mitigation de