‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 363 sur 454 · SO · texte numérisé non relu

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la peine des damnés. I! assure qu'il y a sur ce point deux opinions : Duplex est opinio, dit-il: quidam dicunt quod suffragia Ecclcsiœ non prosunt damnatis ; alii dicunt quod prosunt quantum ad mitigalionem parnœ. Il expose les raisons des uns et des autres avec beaucoup de clarté; et après les avoir balancées pendant longtemps, et dit à peuples tout ce qui a été dit depuis, et tout ce qu'il est possible de dire sur cette matière, il se déclare en faveur de l'opinion qui rejette la mitigation des peines: Yiso qualiter possint sustineri duw primœ opiniones, dicimus sine prœjudicio melioris sententiœ, quod illa quœ dictt quod suffragia non prosunt damnatis, probabilior est etmagis consonatdivinis eloquiis. Il cite sur cela quelques passages de la sainte Ecriture. Ainsi il est vrai qu'il embrasse L'opinion de ceux qui n'admettent aucune mitigation ; mais il faut observer, i° qu'il ne l'embrasse que comme plus probable, probabilior; 2° qu'il ne l'embrasse qu'avec défiance, sans préjudice, dit-il, d'un sentiment mieux fondé, sine prœjudicio metioris sententiœ ; 3° qu'il donne à entendre que l'opinion qu'il adopte était celle du ]>etit nombre; car en parlant de ses défenseurs, il dit: Quidam dicunt.

Le premier des scolastiques qui se soit écarte du sentiment du Maître des sentences, et qui ait entendu autrement que lui saint Augustin, paraît être Albert le Grand; et il semble que nous avons pour garant de ce fait les savants éditeurs des OEuvresde saint Augustin, qui insinuent, qui prouventmême qu'Albert n'a point entendu le Maître des sentences sur cet article. Ils nous apprennent que les docteurs de l'école postérieure à Albert ont adopté son sentiment. La note de ces éditeurs est trop importante, pour que nous ne la rappelions pas tout entière (11).

Mais il est juste de donner une attention particulière à ce qu'a écrit saint Thomas sur cette matière. Ce saint docteur a suivi Albert le Grand, qui avait été son maître en théologie; il emploie les mêmes arguments que lui, et il en ajoute quelques autres, quest. 73, art. 5. «Cependant, s dit-il (et ceci est digne de remarque), « certains auteurs ont une manière de prétendre que les suffrages des vi-

vants sont utiles aux damnés, qui pourrait être soutenue en quelque façon. Ils disent que les suffrages ne leur servent ni pour l'interruption ni pour la diminution de la peine du sens ; mais que, par ces suffrages, on leur ôte un sujet de douleur qu'ils pourraient concevoir, s'ils se voyaient tellement abandonnés que personne ne daignât plus s'intéresser à leur sort; sujet de douleur qui leur est effectivement ôlé quand on offre pour eux des suffrages. » Saint Thomas n'a donc pas cru impossible que les vivants, par leurs suffrages, procurent quelques consolations aux damnés.

Saint Thomas ne nomme point les auteurs de l'opinion dont il vient de parler; mais nous savons que l'un d'eux est Rupert ou Robert, évêque de Lincoln. Sixte de Sienne qui nous apprend ce fait, Biblioth. sanct., lib. vi, ann. 48, nous dit ailleurs, page 300, que ce Robert, connu dans l'histoire d'Angleterre sous le nom de Robert-Grosse-Tête, était le premier théologien et le premier philosophe de son siècle. Son opinion mérite donc quelque attention. Mais comment prouve-t-il ce qu'il avance sur la connaissance qu'ont les damnés de ce qui se passe a leur égard dans le monde? Saint Thomas observe que cela ne peut avoir lieu dans l'ordre ordinaire des choses, secundum legem communem,» parce que, »dit-il, «saint Augustin enseigne, dans son traité De cura pro morluis agenda ; et cela est principalement vrai des damnés, que les âmes des défunts sont dans un lieu où elles ne voient pas ce qui se fait ou qui arrive aux hommes dans cette vie: » lbi sunt spirilus defunctorum ubi non vident quœcunque agunlur aut eceniunt in ista vitahominibus. Et ainsi, conclut saint Thomas : « Elles ne connaissent pas quand on offre pour elles des suffrages, à moins qu'en dérogeant à la loi commune, cela ne soit divinement révélé à quelques-uns des damnés; ce qui, ajoute saint Thomas, est entièrement incertain : Quod est verbum omnino incertum. n Mais au moins il n'est pas entièrement certain que Dieu ne le leur révèle pas.

Saint Augustin semble, au chap. 18 du même livre, mettre quelque modification à ce qu'il avait dit dans le 16' : « Il faut

(11) Dunnationem vero hic pro punitione forum qui post purgaiot ii pœnas salv.ndi sunt, accipienuaiii cocuii Albertus Magnus in iv Sent., disl. 45, art. 3, ad 1, eanique înleipretalioneni ptobaruiil niagisiri deiuceps in euimie n senteiHiarum locum. Aliamen Peirus Lombardus eo loci distinction is 45 cap. Neque negandum est, pro damnatoruni quonimdam, qui iiunquain Iiberandi sint, punitione accepit, quando subinde Concludens dixit, medtocriier malin suffraganiur ad pœnœ mitigalionem. Nain ab istis medioailer malts prorsus secernil eos qui a pœnis purgatoriis sive celerius, sive taidius absolvuulur per Lcclesiaj pièces, appellalque oiunes bujus genens médiocrité!' lniiioj. lies patei parlectis ibidem capitulis Solet moveri el Sed iieruni. Hinc fslossa in 2, q. li, cap. Tempus, liste apposita est : Me.dioeriter matis prosunt ud Iwc ul minas punianlur, nuuqnaiu lamen liberabuntur. Pro nac ipsa opiinone al) Alberto Magi o citatur l'ixpositivus. In Gel'.o-

nensi codice pervetnsto exslat inscripta Missa pro cujus anima dubitatur, in qua islhse legitur oialio : Omnipotent et misencurs Ùeus gui habes poleslatem muriijicare, et iterum vivi/tcare, deuucere ad inleros, el iterum reducere; et vocas ea quœ non sunt tanquam ea quœ sunt; cujus potcslus incœto et in terra, el in mûri et in iii/eiis plena adsiilii : le liumites trementesque deprecamur pro anima fa ■ muli lui, quum Iraiisti de prœsenii sœculo absque pœnilenliœ spatio, ut si [orsttan ob gravilulem cnminum non merelur surgere ad gloriam. per liœc sucra oblatiunis libamina, tel tulerabitia fiant ipsa lormenta. Adre\aldus lib. De miruculis suncli Henedicti, cap. 21, scribil Floriatenses pro animabus praedOQum m acie cresuruiii ureces ad Doiiuiiuin ludisse; qualenus etsi perpeuds non mererentur absoivi cruciatibus, saltem miioribus multaréulur a stricto Judice pœnis. iS. Ai'G.)

DSS£ERT. SUT. LA MIT1GAT10N DES PEINES DES DAMNÉS

ilonc avouer, » dit-il, « que les morts ignorent ce qui se passe dans le monde ; mais ils l'ignorent seulement dans le temps qu'il s'y passe : car ils l'apprennent ensuite de ceux qui, en mourant , vont dans l'autre monde (12). »

Le saint docteur met à cette assertion quelques restrictions sages; et il ajoute encore que s'ils n'apprennent pas ce qui s'est passé dans le monde, par la voie des morts qui vont se réunir à eux dans le même lieu, ils peuvent l'apprendre par la voie des anges.

Saint Augustin remarque que c'est par la main des anges que Lazare fut transporté dans le sein d'Abraham. On croit communément que c'est par les mauvais anges que les âmes des damnés sont transportées en enfer; mais rien n'empêche de dire que les bons anges sont aussi chargés de cet office: telle est au moins l'opinion de saint Jérôme (m Dan. vu ) et de saint Ambroise. ( L. v, epist. 21.)

On dira peut-être que saint Augustin n'a eu eu vue que les bienheureux, et non point ceux qui sont délenus dans l'enfer, quand il a dit que la connaissance de ce qui se passe dans ce monde pouvait parvenir aux morts; mais le saint docteur a parlé en général, et sans aucune restriction , de tous les morts.

Quoi qu'il en soit de cetle consolation et de son principe, nous avons une observation plus importante à faire sur l'opinion de saint Thomas en cette matière. Ce saint docleur, qui ne croit pas que les fidèles puissent, par leurs suffrages, obtenir aux damnés quelque soulagement, assure ailleurs que les damnés qui auront exercé quelques actes de miséricorde, éprouveront une diminution dans leurs peines par un effet propre de la miséricorde de Dieu, et conséquemment à la déclaration qu'il a faite: Miséricordes misericordiam consequentur.[Matlh.y ,1 .) Saint Thomas, dis-je, dans le supplément, quest. 100, art. 3, ad k, propose la question, Si la divine Miséricorde peut permettre que les hommes soient éternellement punis ? question sur laquelle on ne doute pas qu'il ne prenne l'affirmative; il s'objecte ensuite ce verset du psaume lxxv.I [y 10) : Nunquid in œternum irascelur Deuil aut continebit in ira sua misericordias suas ? et il répond que si on l'applique aux damnés, on peut l'entendre de la miséricorde qui relâche quelque chose, et non de la miséricorde qui délivre entièrement. Voilà pourquoi, continue-t-il, le Psalmiste ne dit pas continebit ab ira misericordias suas, sed, in ira, parce que la peine ne sera pas entièrement ôtée, ipsa pana durante; mais la miséricorde opérera en la diminuant : Vel dicendum quod hoc intel-

(12) Pro'mde falcndum esl, nescire qnidem morluos quod hic agaïur, sed iluin hic agilur ; poslea vero audire ab lis qui liinc ad eos moriendo perguut; non quidem omnia, sed quae sinunlur indicare, qui simiulur etiain ista nicminisse; et quae illos, quibus liaec indicant, oporiet audire. Possunt et ab angelis qui rébus quae agilntur hic, priesio sunt, au'ire aliquid morlui, qnud unoirique.i que

ligitur de misericordia aliquid relaxante, non de misericordia totaliler libérante, si extendalur etiam ad damnatos : inde non dicit, continebit ab ira misericordias suas, sed, in ira; quia non totaliter pana tolletur, sed ipsa pœna durante, misericordia operabitur eam diminuendo.

La question serait maintenant de savoir si saint Thomas veut seulement qu'au moment où le jugement du défunt est prononcé, Dieu, ayant égard aux œuvres de miséricorde qu'il aurait exercées pendant sa vie, décernera un châtiment moins rigoureux que ne l'auraient mérité ses crimes; châtiment qui sera ensuite subi sans aucun adoucissement pendant toute l'éternité : nu s'il enseigne que le réprouvé, par un effet de la miséricorde divine, éprouvera de temps en temps, dans le cours de son supplice, quelque diminution de peine, suivant les conseils impénétrables de la sagesse de Dieu. Ce dernier point paraîtrait plus vraisemblable, car le saint docteur dit formellement que la miséricorde opérera en diminuant la peine, operabitur pœnam diminuendo.

Mais en admettant ce sens, faudrait-il dire que saint Thomas est en contradiction avec lui-même? Cette conséquence ne serait pas nécessaire; car, 1° saint Thomas a soutenu seulement, dans la quest. 73, que les suffrages des vivants ne pouvaient pas être utiles aux damnés ; et ici il ne dirait point le contraire : c'est à la pure miséricorde de Dieu, et non point aux prières des vivants, qu'il attribuerait l'adoucissement de la peine des damnés; 2° on ne devrait point dire que saint Thomas, le plus conséquent de tous les hommes, se contredit et n'est point d'accord avec lui-même ; mais seulement qu'après un plus profond examen de la question, il a changé de sentiment, ce qui lui est arrivé quelquefois. C'est ainsi que, sur un objet qui tient à notre question présente, le P. Billuarl, Dominicain, nous apprend qu'après avoir enseigné (in iv, dist. 21, q. 1, art. 2), que la peine dont un homme mort était débiteur pour les péchés qui lui avaient été remis pendant sa vie, durerait éternellement dans l'enfer, un examen postérieur et plus attentif de la question l'avait engagé à enseigner le contraire dans la dist. 22, q. 1, art. 1, ad 5. (Billuart, loin. V, p. 355.)

Il est très-bon d'observer, avant de finir sur saint Thomas, que ce saint docteur, après avoir établi, dans le titre de sa conclusion, art. 5, qu'il est clair que les suffrages ne servent point aux damnés : Perspieuum est suffragia illis minime prodcsse, finit sa conclusion par soutenir seulement qu'il est [/lus sûr de le dire : Tutius est simplicitir dicere quod suffragia non prosunt damnatis.

illurum audire debere judicat qui cui cuncta subjecia sutu. Nisi enini essent angeli qui posseni intéresse et vivoruni et morluorum locis, non dixisset Dominus Jésus, CotUirjit uuiem mori inopem Muni, et auferri ab angelis in sinum Abrahœ, nunc ergo hic, nunc ibi esse poluerunt, qui hiuc illuc quem IKus voliiil ai'.slule: unt.

OT.l'VRES COMPLETES DE M. EMF.RY.

Ainsi, au temps de saint Thomas, la question était problématique.

Il semble assez inutile de citer après saint Thomas d'autres théologiens scolastiques.

Il est constant que ceux qui l'ont suivi ont embrassé son sentiment et soutenu que les damnés ne peuvent être soulagés en aucune sorte par les suffrages des fidèles. Cela est vrai , particulièrement des théologiens de son ordre (13), si on en excepte peut-être Sixte de Sienne. Il est même plusieurs théologiens de son école et des autres écoles, qui ont été plus loin que lui, qui croient que leur sentiment approche de la foi, et traitent l'opinion contraire d'erronée. Le P. Alexandre est de ce nombre. 11 ne craint point de dire nettement ('Tlieol. mor., t. 1, p. 442) : Error est fidei et doctrinœ contrarias. Nous ne sommes point étonnés qu'il s'explique de la sorle;mais ce qui nous étonne le plus, c'est la preuve qu'il en apporte. Ce point, dit-il, est constant par le canon 17 du concile de Brague en Espagne, qui défend de faire mémoire, au sacrifice de la Messe, des catéchumènes qui sont morts sans baptême; comme si les catéchumènes morts sans baptême devaient être censés tous damnés, comme si on ne pouvait pas prier pour eux, quand même, par des raisons de discipline, il ne conviendrait plus d'offrir pour eux le sacrifice de la Messe. Mais cela prouve avec combien peu de soin plusieurs théologiens, quoique très-habiles, ont traité cette question, et qu'ils se sont contentés de se copier les uns les autres.

Le P. Paluzy, le plus morderne des théologiens de l'ordre de Saint-Dominique, qui ont traité cette question, paraît l'avoir examinée avec plus de soin que le P. Alexandre, dans son ouvrage De futiiro impiorum statu, imprimé, en 1748, à Vérone: du moins il la traite avec plus d'étendue. 11 s'objecte et discute le témoignage du P. Pelau sur cette matière, et il ose dire que ce théologien, le plus habile de tous dans les connaissance et l'intedigence des saints Pères, a lu comme en dormant le passage de VEnchiridion de saint Augustin qui a donné lieu à cette discussion, somniculo se nimium et oscitanter; accusation qui tomberait aussi sur le Maître îles sentences, Hugo Eterianus, Sixte de Sienne, le- P. Lequien et beaucoup d'au-

tres auteurs plus anciens, qui ont entendu ce passage comme le P. Petau.

Un des théologiens les plus échauffés contre l'opinion favorable à la mitigation des peines, est Dominique de Soto (in iv Sent., dist. 45, q. 2, p. 845.) Il croit qu'il y aurait péché mortel, ex génère suo, à prier Dieu pour les damnés. Il maltraite les canonistes qui ne sont pas de son avis, et dit qu'ils feraient mieux de ne se mêler que de leur métier : Consullius facerent si de iis quœ aliénée sunt facultatis, nihil définirent. Peu s'en faut qu'il ne trouve que saint Thomas s'est expliqué sur cette matière avec trop de modération : Qiiapropler etsi ûious Thomas inprœsenliarum moderale dixerit tutius esse simpliciter dicere quod suffragia non prosunt damnatis, nec pro iis Eiclesiam orare, quia suo tempore in opinionibus versabalur, jam nunc asserenda est conclusio vel tanquam catliolica, vel tanquam calholicœ proxima, sallem de jure communi.

Soto n'allègue aucune autorité, aucune décision; il fait seulement valoir des raisons bien connues de saint Thomas et avant saint Thomas même, et qui, quelque fortes qu'elles puissent être, seules ne suffiraient pas pour former une décision, et faire que ce qui n'était pas de foi au temps de notre saint docteur, appartienne aujourd'hui à la foi catholique. Nous opposerons bientôt sur ce point, à l'autorité de Soto, celle d'un théologien de la plus haute considération, et d'un des plus savants évêques denos jours.

Nous avons dit que nous ne citerions pas, après saint Thomas, d'autres théologiens de l'école; cependant nous croyons devoir citer encore le plus récent de tous, le continuateur de Tournely.

Cet auteur, dans son Traité de l'Eucharistie, part, h, ch. 8, art. 2, lom. IX, p. 605, cite en laveur de son opinion le fameux passage de ÏEnchiridion de saint Augustin

Quibus prosunt sacriftcia et eleemosynœ, aut ad hoc prosunt ut sit plena remissio aut cerle ut tolerabilior sit ipsa damnatio. Et il affirme, sur la seule autorité de saint Thomas, que la damnation dont il est parlé dans re texte, n'est point la damnation proprement dite, mais seulement une punition. Il avoue cependant que les dernières paroles de saint

(13) Pierre île Paludé, on de la Pal», Dominicain, patriarche de Jérusalem, qui enseigne (distinct. 45, art. 2, conel. -1), conséqueinment à la doctrine de saint Thomas, qu'on ne doit pas prier pour les païens, i r<>il cependant qu'on peut prier en seeret pour tous les Chrétiens, pour ceux môme qui auraient été tués en duel dans l'acte du erime. ou q,ii se seraient doin é la mon à eux-mêmes, apparemment parce qu'il a cru qu'avant d'expirer, ils s'étaient repentis de leurs | éehés. Mais pour prouver qu'on ne doit pas prier pour les p: ïeiis, Michel de Paludé cite ce qui arriva à quelques Dominicains qui priaient sur le lomlieau d u< poéie, el qui lui cle anda eut de leur faiie connaître quel était le meilleur et le pire des vers qu il avait composés pendant sa vie. Ils entendirent d'ahoid une voix qui nomma le pire, et c'était cWu -ci :

Omne juvans siatuit Jupiter esse pium.

La voix lit entendre ensuite le meilleur, el le voici :

Est virtus placitis abstinuisse bonis.

Les bons Frères Dominicains ayant voulu ensuite prier p ur Ovide (c'était apparemment le puëie consulté et prié de répondre), ils entendirent ce troisième vers :

Nolo pator nosler, carpe, viator, iter.

Comme s'il avait dit, ajoute Michel de la Pain : Ce Paler nosler ne me servirait de rien. Damnato milii uiiiil prodessel. Nous n'avons point vérifié si les deux premiers vers se trouvaient effectivement dans Ovide.

DISSERT. SUR LA MITIGATION DES PEINES DES DAMNÉS

Augustin ont donné lieu à des personnages d'un grand nom de penser que les peines des réprouvé8, dans l'enfer, pouvaient être mitigées : Fatendum tamen ex mitioribus illis suncti Auguslini verbis factum esse ut viri mayni nominis cxistimarent reproborum lormenta in inferis leniri posse. Ces fameux personnages d'un grand nom sont, dit-il, saint Antonin, Vincent de Beauvais et Gerson : mais la lionne foi nous oblige de dire qu'il s'est trompé, du moins à l'égard des deux premiers. Saint Antonin et Vincent de Beauvais n'ont rien dit qui ait quelque trait à notre question, sinon que l'Ame de Trajan avait été délivrée de l'enfer par les prières de saint Grégoire. Nous sentons bien, il est vrai, qu'il est assez naturel de conclure que les auteurs qui ont cru qu'on pouvait, par des prières, faire cesser totalement les peines de quelques damnés, ont cru a plus forte raison qu'on pouvait en adoucir la rigueur par ces mêmes prières ; mais celle conséquence cependant ne serait pas d'une nécessité rigoureuse : car saint Thomas, qui a cru à la délivrance de Trajan par l'intercession de saint Grégoire, a nié formellement que nous pussions procurer aux damnés, par no£ prières, quelque adoucissement à leurs peines. Quant au chancelier Gerson, quoiqu'on ne puisse pas le compter nettement parmi les théologiens qui croient à la possibilité de lamitigatioudes peines (14-15), il nous paraît cependant plulôtfavorable que contraire à cette opinion.

Nous observerons encore que le continuateur de Tournely, page (J08, après avoir tenté d'enlever aux défenseurs de la mitigation l'autorité d'Innocent III, dont ils se servent avec tant d'avantage pour prouver qu'au moins le grand Pape n'avait point voulu se prononcer contre leur opinion, et avait refusé d'en prendre connaissance, se retranche à dire que ce grand Pape avait tout au plus permis ce qui l'avait déjà été par saint Augustin, savoir, de penser « qu'on pouvait, sans blesser la piété, croire que, par l'oblation du saint sacrilice, on diminuait les peines de quelques réprouvés. » Ad summum permiltit lnnocenlius III id quod a sancto Augustino permissum vidimus, nempe ut per sacrificia, quorumdam reproborum pœnœ imminui non impie credantur.

Nous ne savons si les défenseurs de l'opinion de la mitigation des peines ne pourraient pas tirer quelque avantage du silence de la faculté de théologie de Paris, dans une

circonstance où il semble qu'elle aurait dû parler, si elle avait été bien prononcée contre la mitigation du supplice des damnés, et cru que l'opinion qui l'établit blessAt la foi.

On sait qu'en 1527 cette faculté censura, dans le plus grand détail et avec l'exactitude la plus rigoureuse, un grand nombre de propositions d'Erasme. On peut lire cette censure dans le Collectio judiciorum sacrœ faeuUalis, etc., par M. d Argenlré, t. II, p. 57. Erasme s'était permis de dire qu'il aurait été à souhaiter que saint Paul nous eût expliqué un peu plus clairement en quel état sont les âmes séparées de leur corps, si elles jouissent de la gloire de l'immortalité; si les âmes des impies sont tourmentées dès à présent ; si nos prières ou nos autres bonnes œuvres peuvent les soulager; si les défunts sont délivrés, sur-le-champ de leurs peines en vertu des indulgentes du Pape. La iaculté, dans sa censure, reprend tous ces points, et prouve qu'Erasme n'avait pas lieu d'élever a leur sujet aucun doute ; elle reprend, disje, tous ces points, excepté celui qui regarde le soulagement de la peine des damnés par le secours de nos prières : elle observe à l'égard de ce point, tout important qu'il était, un profond silence, et se contente de dire : Quant à ceux qui meurent dans l amitié de Dieu, mais qui ont encore quelques fautes à expier, ils sont soulagés par les prières des vivants.

Nous avions annoncé qu'après avoir examiné le sentiment des théologiens, nous exiiminerions celui des canonistes. On convient que plusieurs de ces derniers ont adopté l'opinion de la mitigation des peines ; et nous avons vu Dominique Solo leur eu faire la matière d'un reproche amer : du moins l'auteur de la glose qu'on imprime ordinairement aveu le Corps du droit canonique, et qui est d'une si grande autorité parmi les interprètes de ce droit, l'a! pleinement adoptée. (Décret., n part , causa 13, quœst. 2, c. 23.) Il divise, comme a fait le Maître des sentences, ceux que saint Augustin appelle non très-mauvais, en deux classes, celle des médiocrement bons et celle des médiocrement mauvais ; il dit que les sacrifices et les aumônes servent aux premiers pour être plus tôt délivrés des peines du purgatoire, et aux seconds, pour être moins punis, quoique cependant ils ne doivent jamais être délivrés : Mediocriter bonis prosunt ut citius liberantur ab igné purgatorii, mediocriter malis prosunt et ad hoc

(14-15; Voici ce qui nous donnerait lieu de le présumer : dans un discours adressé au roi de France, au sujet de la paix, ei imprimé dans le IVe volume de ses Œuvres, ap>és avoir lait l'éuuuiéraiiou ne ious les avantages qui résultent de M paix pour Us vivants, Gerson ajoute, pige G54, qu'elle serait encore en quelque manière utile aux ihoNs, non, ditil, pour leur procurer la délivrance de leurs peines, cardans l'enfer il n'y a pas de rédemption, in inferno nu! la redemptio, mais pour rendre leurs peines moindres, sed ad minon m affliclionem habendam ; et il essaye de le prouver par l'autorité de la parabole ou Ue l'histoire du mauvais riche, qui deinan-

OlllVHKS COMPL. I>E M EmKRY.

dait que ses cinq frères fussent exhortés à faire le bien, afin qu'ils évitassent de descendre dans ce lieu de tourment. Il paraît donc, par ce trait, que les damnés ont quelque sollicitude pour les vivants, et désirent qu'ils ne fassent rien qui puisse leur attirer la damnation éternelle. Et ce sentiment, dit Gerson, procède en eux d'une affection purement naturelle, plutôt que d'une véritable charité : Noh dico id esse ex vera charitate sed putius ex carnatilate. Cependant, continue Gerson, la non tondamiiation des vivants est utile auv. damnés parce que leur peine, au moins ld peine accidentelle, en de vient inoins grande.

OEUVRES COMPLETAS DE M. EMEI1Y.

ut minus pvhiantur, nunquam tamen liberabuntur.

Ce qu'il ajoute est très-remarquable. Il suppose qu'il existait une oraison particulière dans laquelle on intercédait auprès de Dieu en faveur de ceux qui étaient morts en état de péché mortel, pourvu qu'ils ne fussent pas dans le nombre de ceux qui sont souverainement mauvais , et secundum hoc etiam patet quod oratione speciati oremus pro Mis qui decesserunt in mortali, dunttnodo non sint valde mali ; et cela môme nous rappelle ce que les éditeurs des OEuvres de saint Augustin, dans une note citée plus haut, ont dit d'une oraison de l'abbaye de Gellone, et d'une autre de l'abbaye de Fleury.

Nous sommes étonnés que ces savants religieux n'aient point, à cette occasion, rappelé l'oraison pour la Messe de l'Assomption de la sainte Vierge, qu'un lit dans l'ancien Missel gallican ou gothique, publié par le P. Mabillon; car cette oraison a, par son objet, quelque rapport avec les autres, puisque le mot tartarus signifie effectivement l'enfer, et non pas le purgatoire, dans le langage ecclésiastique. Voici cette oraison, que cite aussi le Pape Benoît XIV pour montrer que l'Assomption de la sainte Vierge en corps était crue.il y a plus de mille ans, dans l'Eglise gallicane :Fusis preribus dominant imploremus ut ejus indnl- (jenlia Mue defuncti liberentur a tartaro quo B. virginis corpus est translatant de sepulcro.

Disons un mot des interprètes de la sainte Ecriture Ceux qui ont commenté le II' livre des Machabées ont eu l'occasion, dans les derniers versets du chapitre su, de traiter la question qui nous occupe. On voit dans ce chapitre que Judas Machabée (il olfrir des sacrifices pour quelques-uns de ses soldats qui avaient péri dans un combat, et qu'on découvrit, après leur mort, avoir caché sous lt-urs tuniques des effets consacrés aux idoles. La plupart des interprèles croient que leur faute n'avait été que vénielle, ou que si elle avait été mortelle, ils en avaient eu le repentir avant la mort. Cette interprétation n'est pas sans quelque difficulté ; et s'il était des théologiens qui ne la suivissent pas, qui crussent que la faute de ces soldais avait été mortelle, et que ces soldats avaient été en conséquence livrés aux peines éternelles après leur mort, ce cerait pour ces théologiens une espèce de nécessité de soutenir que les sacrifices offerts par l'ordre de Judas Machabée, avaient eu pour objet, sinon de délivrer ces soldats de l'enfer, du moins d'adoucir la rigueur de leurs souffrances.

Dom Calmet s'explique, à cette occasion, de manière à faire croire qu'il regardait l'opinion favorable à la mitigation des peines comme une opinion libre et non contraire à la foi.

« Il y a, » dit-il, « des auteurs, môme chrétiens, qui croient que les soldais de Judas Machabée, pour qui il envoya offrir des sa-

crifices à Jérusalem, étaient coupables de péché mortel, et par conséquent dans l'enfer. Mais, selon les principes des Juifs, cela n'empêchait pas qu'on ne pût prier et offrir des sacrifices pour eux, parce que leurs peines, ou ne devaient pas être éternelles, ou du moins devaient être fort diminuées par les prières et les sacrifices que l'on faisait pour eux. Quelques anciens Pères ont été dans des sentiments fort semblables à ceux-là....

« Saint Augustin n'a pas cru que les prières des vivants pussent tirer les damnés de l'enfer, mais il semble dire qu'elles peuvent diminuer la grandeur de leurs supplices....»

Dom Calmet cite le fameux passage de VEnchiridion de saint Augustin, qui a donné lieu à toute cette discussion, et il ajoute :

« Je sais que la plupart des théologiens seolasliques ont expliqué ce passage de saint Augustin, des flammes du purgatoire, que les prières, l'aumône, le saint Sacrifice, ou éteignent entièrement, ou du moins diminuent beaucoup dans les âmes qui ne sont pas condamnées au feu éternel. Mais d'autres soutiennent que saint Augustin, dans cet endroit, a enlendu parler dgs damnés auxquels il a cru que les bonnes œuvres et les prières des vivants pouvaient servir pour diminuer la grandeur de leur supplice, « etc.

§ V. — Arguments des théologiens contre l'opinion de la mitigation des peines, et réponse des défenseurs de cette opinion.

Voici les principales raisons qu'opposent les théologiens de l'école à l'opinion de la mitigation des peines des damnés, et les réponses que donnent les défenseurs de cette opinion. Nous prions les lecteurs de de ne point oublier que nous ne remplissons ici que l'office de rapporteur.

1° On oppose cet oracle de l'Ecriture : il n'y a pas de rédemption dans l'enfer : In inferno nulla redemptio. Guillaume d'Auxerre nous apprend que Prépositivus répondait à cette difficulté, qu'il n'y avait pas de rédemption quant à la délivrance, nulla est quantum ad tiberationem, mais qu'il y en avait quelqu'une quant à la mitigation do la peine, est tamen aliqua quantum admitigationem, pœnœ ; et c'est la réponse qu'on a continué de donner.

2" On dit : Les péchés, dans l'enfer, ne sont point pardonnes, et leur grièveté ne souffre aucune diminution par les suffrages de l'Eglise; donc la peine qui leur est due n'en souffre non plus aucune. C'est ce raisonnement qui a fait incliner Guillaume d'Auxerre vers le sentiment qui nie la miligation des peines : Cum in inferno nihil diminuatur de cutpa per suffragia, nihil per eadem remiltitur.

Le principe, dans ce raisonnement, est incontestable; mais la conséquence ne l'est pas, et tous les théologiens qui pensent que Dieu ne punit point dans l'autre vie le

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