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D1SSF.RT. SUR LA M1TIGATI0N DIS PEINES DKS DAMNÉS.
péché autant que l'exigerait sa justice, contesteraient avec raison cette conséquence.
3° On dit encore : L'Eglise n'est point dans l'usage de prier pour les damnés; or, sans doute, elle prierait pour eux, si elle croyait pouvoir obtenir, par ses prières, un adoucissement à leurs peines.
Ce raisonnement, qui se présente de luimôme, paraît très-fort ; et c'est aussi celui sur lequel les théologiens de l'école insistent davantage : cependant il est remarquable qu'il n'a pas été employé par Albert le Grand ni par saint Thomas. Ils ne pouvaient pourtant ignorer qu'il avait élé mis en avant dans cette dispute. On voit du moins, dans Guillaume d'Auxerre, plus ancien que saint Thomas, un raisonnement des défenseurs de la mitigation, et une réponse de leurs adversaires, qui impliquent et rappellent celui dont il s'agit; on ne le lira pas sans intérêt. Les premiers rappelaient l'oraison pour les défunts qui est en usage dans l'Eglise, Deus fidelium omnium, conditor el redemptor, etc.; et ils disaient: « L'Eglise prie pour tous les fidèles, parmi lesquels elle sait bien qu'il en est de damnés; or, ajoutaient-ils, ou ces suffrages leur sont utiles, ou ils ne le sont pas : s'ils ne leur sont pas utiles, l'Eglise prie donc inutilement pour eux ; et si elle le sait, elle fait donc une prière indiscrète; ce qu'on ne doit pas admettre : s'ils leur sont utiles, nous avons donc ce que nous prétendons. »
Les adversaires répondaient, 1" que l'Eglise prie seulement pour les fidèles qui avaient une foi formée; que cependant, si on veut qu'elle prie dans cette oraison pour tous les défunts baptisés, dans le nombre desquels se trouvent quelques damnés, il ne s ensuit pas qu'elle prie inutilement : elle prie bien alors inutilement pour les damnés, mais ses prières lui sont toujours utiles à elle-même et aux fidèles détenus dans le purgatoire.
Les adversaires de la mitigation des peines ajoutaient, et cela est très-remarquable: « L'Eglise sait bien qu'il y a une opinion d'après laquelle ses suffrages ne profitent point aux damnés: mais elle ne sait pas, ou elle n'est pas sûre que, dans le vrai, ils ne leur profitent point; il lui est donc permis, dans la latitude de sa charité, de vouloir qu'ils leur profitent: » Quia licet sit opinio quod non prosunl suffragia damnât is, lamen nescit non prodesse, ergo licitum est ei vetle de latitudine charitatis quod damnalis prosint. « Car l'Eglise ignore quelle est sur ce point la volonté de Dieu , et elle ne peut conformer sa volonté à la volonté divine, que dans les points où celle-ci lui est certainement connue. »
On voit que les anciens théologiens, qui
(16) La vérité nous oblige de dire que Guillaume d'Auxerre, plus ancien que saiut Thomas, ne fait point répondre ainsi Prépositivus. La répons^ qu'il lui attribue est différente. Ce sont d'autres théologiens qui donnaient la réponse que saint Thomas met dans la bouche de Prépositivus. Voici le témoignage de Guillaume d'Auxerre, tract. M, De
opinaient contre la mitigation des peines, ne croyaient pas pouvoir tirer, en faveur de leur opinion, un grand avantage de ce que l'Eglise ne priait point pour les damnés, et qu'ils semblent même n'être pas fort éloignés d'accorder qu'elle priait pour eux.
Les défenseurs de la mitigation des peines auraient pu observer que, dans l'Eglise, on a quelquefois expressément prié pour les damnés, et citer quelques oraisons à cet effet qui ont été en usage ; mais ils observent avec raison que l'Eglise prie souvent pour tous les fidèles défunts, sans faire aucune distinction de ceux qui sont morts en état de grâce, et de ceux qui sont tnorts hors de cet élat; el, dans la supposition que l'Eglise crût expressément pouvoir obtenir, pour ceux qui sont damnés, quelque soulagement dans leurs peines, on ne voit pas qu'elle eût rien à changer dans ses prières; d'autant plus qu'à l'exception de Judas, il n'est point d'individu à l'égard duquel nous ayons une certitude parfaite qu'il est damné, parce que les voies de Dieu sont impénétrables, et que ce qu'il a pu opérer dans uneâme aux derniers moments qui précèdent sa séparation du corps, nous est absolument inconnu. Ces prières, d'ailleurs, selon l'expression de saint Augustin, sont des propiliations : suivant donc le différent état des fidèles défunts, elles obtiendront aux uns une pleine rémission, et aux autres, s'il y a lieu, un adoucissement à leur supplice.
L'Eglise orientale, dans laquelle on est persuadé que la prière pour les morts est utile à ceux mêmes qui sont damnés, n'a point de formule particulière pour solliciter leur soulagement.
k° Enfin, disent les théologiens, la peine que souffrent les damnés, quoique infinie dans sa durée, étant finie quant à l'intensité, il pourrait arriver qu'en multipliant les suffrages pour les damnés, et en diminuant ainsi sans cesse leur peine, on parvînt à la faire cesser entièrement; ce qui amènerait l'erreur d'Origène.
Saint Thomas, qui propose cet argument, suppose que les auteurs de l'opinion qu'il combat se l'étaient proposé à eux-mêmes ; el il nous apprend qu'ils y donnaient trois réponses :
1° Prépositivus, fameux théologien, qui florissait vers l'an 1225, répondait que les suffrages pour les damnés pouvaient être multipliés au point de les délivrer totalement de leur peine, non pas simplement, comme l'a enseigné Origène, mais pour uu temps, savoir, jusqu'au jour du jugement; car alors les âmes, réunies à leurs corps, descendraient dans les enfers , sans aucune espérance de pardon (16).
damnations reproborum.
Ad quinto objeclum, dupliciter potesl sotri : potest enim dici quod suffragia Eedesiœ lotlunt de pa?»a quantum meruerunt dntnnati dum rivèrent, sibi remitti si fièrent suffragia pro eis. Est enim meritum absotulum et tteritum eonditionate, Und.n dicebat Prœposititus , Quod invita iitncli Bradant
J3ÎI!
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La seconde réponse est de Guillaume fl'Àuxerre, si on en croit saint Thomas. Elle consiste à dire que les suffrages des vivants servent aux damnés, non par la diminution ou l'interruption qu'ils leur procurent dans leur peine, mais en leur donnant plus de force pour les soutenir, ainsi qu'il arrive k un homme qui porte un lourd fardeau et dont on rafraîchit le visage avec de l'eau : cet homme devient par là plus propre à porter son fardeau ; mais le fardeau n'en devient pas plus léger en lui-même (17).
La troisième réponse, que saint Thomas attribue aux disciples de Gilbert de la Porée, évoque de Poitiers, est assez singulière, et mérite que nous nous y arrêtions un peu : « Il en arrive, «disaient-ils, « dans la diminution des peines h la faveur des suffrages, comme dans la division des lignes, qui, étant Unies, peuvent être divisées à l'inlini , sans que, par la division, elles soient jamais consommées, parce que la division se fait, non selon la même quanlité, mais selon la même proportion ; comme, par exemple, si on ôte premièrement une quatrième partie du lout, et secondement une quatrième partie de cette quatrième, et encore une quatrième de celle quatrième, et ainsi de suite à l'inlini. Ils disent de même que, par le premier suffrage, on diminue une partie aliquole de la peine, et que, par le second, on diminue encore quelque partie de la peine qui demeure encore suivant la même proportion. «
Saint Thomas juge cette réponse défectueuse. Premièrement , dit-il , la division à l'infini, qui convient à la quantité continue, ne parait pas applicable à une quanlité spirituelle; secondement, il n'y a pas de raison pour que le second suffrage procure une moindre diminution de peine que le premier, s'il est d'une valeur égaie ; troisièmement, on ne peut pas diminuer la peine sans diminuer la faute ; quatrièmement, de même que, dans la division d'une ligne, on parvient enfin à quelque chose qui n'est pas sensible (car le corps sensible n'est pas divisible à l'infini), ainsi il arriverait qu'après un grand nombre de suffrages, la peine qui subsisterait encore, à raison de sa petitesse.
conlinrlur , quod sanctus Bradanus vidit Jndtim incedenlem per prata : et cum quœrerel ab eu, quare non essel mferno , respondit quod ad lempus refrigerium hubcbul propter botta quœ fecerat. Vnde dicuni quidam quod aille jtidiciuin su/fragia Eccleiiai promut dainuulis : sid post judicium non proderunt. Voilà la réponse <le quelques tliéolojU'-iis; mais voici la réponse de Préposilivus :
I'raposilivus aulem dictbat quod piosunl et aille judicium et posl ; remiltitur ergo lanlum damnulis de pœna, quantum dum viverenl, meruetunt sibi remitti si fièrent suffragia pro eis; sed non nicrucrutil
quod lola pœna remillereliir eis tel poiesl dici
quod illud quod tcllilur de pœna per sulfratjia non liabel se in uliqua proporlione ud residuum : unde nunquum lanlum lollilur de pœna, etc.
(17) Celle réponse est ingénieuse; mais la vérité nous oblige encore de due qu'on n'en voil aucune trace dans Guillaume d' Au serré. Nous avons déjà \u qu'il ne fait qu'exposer le pour cl le contre sur
ne serait pas sentie, et ainsi ne serait plus une peine.
Il serait difficile de ne pas trouver plausibles ces répliques de saint Thomas.
M. Leibnitz a vu la difficulté qui naîtrait de celte continuité de diminution dans la peine; et ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il répond, comme Gilbert de la Porée, par une comparaison prise aussi de la géométrie: mais, plus habile géomètre que Gilbert, il la prend dans la géométrie transcendante:'! La diminution de la peine, » dit-il, « irait à l'inlini, quant à la durée, et néanmoins elle aurait un non plus ultra, quant à la grandeur de la diminution, comme il y a des ligures asymptotes dans la géométrie, où une longueur infinie ne fait qu'un espace fini. » (fhéodicée, § 92.)
Il semble que ces théologiens se seraient jetés dans de moindres embarras, en se bornant à dire que lorsque Dieu a déclaré que la peine des damnés ne finirait jamais, il a prévu, en accordant aux fidèles vivants la faculté de diminuer celte peine par leurs suffrages, que ces suffrages cependant, h raison ou du défaut de nombre, ou du défaut de ferveur, n'irait jamais, pour chaque individu damné, jusqu'à faire cesser entièrement sa peine.
On a vu que Guillaume d'Auxerre fait donner à Préposilivus une réponse qui a quelque rapport avec ce que nous venons de dire tPotest dici quod illud quod tollitur de pana, non habet se in aliqua proporlione ad residuum.
5° On voit, dans le continuateur de Tournely (lit. De Ench , p. 606), un argument contre l'opinion de la mitigation, qui paraît d'une grande force. Cet argument avait déjà été proposé par Droven, De re sacramentaria, et par quelques autres ; mais les anciens théologiens ne l'ont point employé. Si les prières, dit-il, et les Sacrifices pouvaient être utilement offerts pour les réprouvés, l'Eglise n'aurail pas défendu qu'on les offrît pour eux ; et cependant elle a fait celle défense dans différents conciles. Il cite !e canon 31 du concile de Tribur, et le canon 17 du concile de Brague (18); mais cet argument n'est point sans réplique.
la question : seulement, à la fin de la discussion, il dii que lesenmneni contraire à la mitigaiion lui parait plus probable. Il allègue, pour justifier son penchant pour ce sentiment, quelques textes de l'Ecriture ; et tous ses raisonnements se réduisent à un entbyiuêiue qoe nous avons cité ailleurs.
(18) Concil. Braccitrensis, anu. 561, can. 16. — Piacuit ut ni qui sibi ipsis aul per lerruui aul per venenum aut per pr.icipitiuin aul suspendiuui ul quolibet modo violenter inférant mortem , nulla pro illis in oblatione commemoratie fiât, neque cum psalmis ad sepulluram torum cadavera deducan-
tur Similiter et de bis piacuit qui pro suis scu-
lerilius puniuniur.
Can. 17. — Item piacuit ut caiechumenis sine redemplione baptismi detunctis, simili modo neque oblaoonis commenioratio, neque psallendi impendaiur oflicium : nam et boc per ignorauuam usu.pautu; csi.
E\ Concilia Aureliunensi,, anu. 553, can. 15. —
filSSERT. Slil LA MIT1GAT10N DES PEINES DES DAMNÉS.
Il est vrai que le concile de Tribur ne permet point de prier et de faire des aumônes pour ceux qui ont élé tués dans l'acte du crime; et que celui de Braque défend de faire mémoire dans l'olilation du saint sacrifice, de ceux qui se sont tués eux-mêmes, et de donner à leurs cadavres la sépulture ecclésiastique. Mais que peut-on conclure de là en faveur du sentiment que défend le continuateur de Tournely ? Ces défenses ne sont que d'économie et de discipline ecclésiastique, qui, par conséquent, peuvent varier et ont varié suivant les temps et les circonstances. Le quinzième canon du concile d'Orléans, an 533, qui défend de recevoir l'oblation pour ceux qui se sont tués eux-mêmes, permet de recevoir celle qu'on offre pour ceux qui ont été tués dans l'acte du crime. On a encore la preuve de la variation de ces défenses, d;ms l'ordre donné par le même concile de Brague, de traiter semhlablement les catéchumènes morts sans baplême, et ceux qui ont été mis à mort eu punition de leurs crimes ; car qui oserait dire que le concile de Brague a cru que tous les catéchumènes qui mouraient sans baptême, et tous les criminels exécutés par ordre île la justice, étaient damnés, ou qu'on ne pouvait, du moins en particulier, offrir pour eux des aumôines et des prières? Ignore-t-on qu'environ cent ans avant le concile de Brague, saint Ambroise avait fait à Milan l'oraison funèbre de Valentinien le Jeune, catéchumène, mort sans baptême, et avait publiquement offert pour lui les saints mystères? On n'offre point aujourd'hui les saints mystères pour les catéchumènes vivants; et il est pourtant certain, par le chap. 20 de l'Ordre romain, qu'autrefois on l'offrait pour eux. Les permissions et les défenses en cette matière appartiennent donc è la discipline et à l'économie.
On voit encore facilement la raison do la défense faite par les conciles de prier et d'offrir le saint sacrifice pour des hommes qui se sont donné la mort à eux-mêmes. On sent que l'Eglise a dû mettre aux yeux des fidèles une différence pour le traitement entre des nommes qui meurent dans l'acte même du
Oblalinues defiinctornin qui in aliquo crimine fuelint interempti, recipi debere censemos, si tamen non îpsi mLù modem piobentiir piopriis raanibus intulisse.
Ex Conc. Tribnriensi, ann. 893. — Si quis invenlus luerit rapinam aut furtum exercere et in ipso diabolico actu morieni mereatur incnrrere, inillus pro eo prœsumat orare, aui elemosynam tiare ; et eleemosyna pro eo daia in niemoriam clericorum vel p iiiieinui non venial, sedexsecrabilis sordescal.
Ex Episl. Gregorii 2, Ad lionifucium , anno 738. — Congruii ut sacerdos pro moi luis c;>tholiiis inemoriam facial et intercédai : non tamen pro impiis, qnanivisChristiani luerini, taie quid agere licebit.
(19) Ce supplice, saint Augustin le l'ait consister principalement dans la privation de la vue de Dieu, ou dans la peine du dam : et ce que le saint docteur nous enseigne de cette peine-est digne d'attention, ainsi que l'explication qu'en donne Mgr de Boulogne. Cette peine, suivant la doi trine de saint Augustin, lut-elle à chaque instant fort légère, fùl-elie même souvent adoucie ou interrompue, ne lais-
crime , qui se tuent eux-mêmes, et les fidèles qui meurent dans l'exercice de la foi chrétienne, et cela en vue d'inspirer plus d'horreur pour le crime des premiers; el l'on conçoit facilement que leP.ipe Grégoire Ha sagement défendu au prêtre de faire, dans le sacrifice, mémoire des Chrétiens qui seront morts dans l'impiété, et d'intercéder pour eux. On sent qu'il est question de prières publiques.
11 résulte de celte discussion , que si les raisons alléguées par les théologiens contre l'opinion de la mitigalion tle la peine des damnés, ne sont pas manifestement invincibles, elles sont au moins d'un très-grand poids; et on conçoit facilement comment elles ont entraîné la masse des théologiens.
§ VI. — Opinion et conseil de Mgr de Prèssy, ivéque de Boulogne, sur la question présente.
Mgr dePressy, évêque de Boulogne, mort en 1790, était incontestablement un des plus savants et des plus pieux évêques de notre temps. Dans la troisième partie d'une instruction pastorale, ou d'une dissertation théologique sur l'Incarnation, adressée au clergé de son diocèse, il témoigne, pag. 571, que l'opinion favorable à la mitigalion des peines est fondée sur des raisons plausibles, qu'elle ne blesse ni la raison ni la foi; il semble même, par la manière dont il en parle, qu'il inclinait vers elle ; et d'abord , 1° il observe que les défenseurs de la mitigalion des peines insistent fortement sur quelques témoignages ou textes de saint Augustin. Ce sont ceux que nous avons cités et développés ; et Mgr l'évêque de Boulogne assure qu'ils méritent une grande attention.
«Le saint docteur , » dit-il , « ne blâme pointceuxquicroientquelespeint'safflictiv^s des réprouvés sont de temps en temps modérées par quelque adoucissement ou quelque interruption, dolorum relevatione vel intermissione. Il laisse la liberté de soutenir cette opinion, pourvu qu'on ne la propose que comme une simple conjecture, et qu'on ne nie pas l'éternité du supplice des damnés (19).
serait pas toutefois de former à la longue, dès qu'elle n'aurait point de lin, une quantité si grande de douleurs souffertes successivement, que toutes les peines imaginables des tourments les plus douloureux et les plus longs, dont la durée aurait une lin, ne sauraient lui être comparées, et ne seraient presque rien auprès d'elle : Qitœ si sola esse* {pœtia) quantum minium cogitari polesl, perire a reyno Dei, exsutare a civiiate Dei, alienari a vila Dei, carere
tatn mugna mtdtiludine dulcedinis Dei Tarn
grandis est pœr.a ut ei nitlla possint lurmeula </««■ HDvimus cumpwuri, si Ma sil œlema, îtla autem sit quantum libet mollis sœculis lomja. (Enchirid., • . 112.) « La raison eu est, t dit Mgr de Boulogne, « que ces reines ne formeraient qu'une quantité Unie, ou'un nombre déterminé, et qu'il n'y a pas de quantité Unie, de nombre déterminé qui ne soit à la longue surpassé incomparablement par une auire quantité et un autre nombre qui vont toujouis en augmentant à l'infini, et dont l'augmentation ne sera jamais detet mince.»
« Saint Augustin enseigne, dit-il encore , suivant le savant continuaieurde Tournely, Tract, de relig. , p. 79, que les prières qu'on fait pour eux leur sont utiles, non pour faire cesser leur damnation, mais pour la rendre plus tolérable par radoucissement de leurs peines. »
L'exactitude nous oblige d'observer que le continuateur ne dit pas que saint Augusiin enseigne l'opinion dont il s'agit, mais seulement qu'il la permet, opinionem hanc proponic ac permittit Augustinus.
2° Mgr l'évêque de Boulogne a connu comme nous la dissertation du P. Lequien sur le fameux discours de saint Jean Damascène, et il en fait ici le même usage que nous en avons fait : « Le P. Lequien, » dit-il, « soutient et prouve que le sentiment de l'Eglise grecque est que les tourments des damnés peuvent être soulagés par les prières et les aumônes des fidèles. Il cite pour preuve deux discours que fit le fameux Marc, archevêque d'Ephèse, au concile de Florence, qui ne condamna pas ce sentiment, et n'exigea pas des Grecs , pour être réuni à l'Eglise latine, qu'ils y renonçassent.
« 3° Saint Thomas (c'est toujours Mgr l'évêque de Boulogne qui parie), exposant, dans son ouvrage sur le Maître des sentences, les diverses opinions des théologiens touchant l'effet des prières pour les damnés, les réfute comme, fausses, mais non comme hérétiques ou erronées. Répondant ailleurs à une objection tirée de ce texte, nunquid in œtertuim irascetur Deus? Il rapporte deux solutions dont la dernière est exprimée en ces tenues : Hoc intelliyitur de mùericordia aliquid relaxante, non de misericordia totaliter libérante, si extendatur etiam ad damnât os, unde non dieit : continebit ab ira misericordias suas, sed in ira, quia non totaliter pœna tolletur, sed ipsa pœna durante, misêricordia vperabilur eam diminuendo.
Nous avons fait plu mais il ne nous paraît pas indifférent de faire remarquer qu'en entendant saint Thomas, comme nous avons fait, nous sommes pleinement d'accord avec notre sage et saint évêque.
Ce prélat propose ensuite les objections qu'il croit les plus fortes contre l'opinion dont il rend compte, et développe les réponses que les défenseurs de coite opinion y opposent. Heureusement ce ne sont point les objections que nous avons exposées plus ijaut : ce qui nous autorise à les placer ici; et ce sera pour notre dissertation , un supplément aussi précieux que nécessaire.
« 1° Comment, disent les adveisaires de cette opinion, accorder cette diminution ou cet adoucissement de la peine des damnés avec la parabole ou l'histoire du mauvais ri' he, auquel la moindre goutte d'eau pour rafraîchir sa langue est refusée? C'est là, dit MgrdeBouiogne, une des plus fortes objections contre l opinion dont nous examinons le pour et le contre ; » et il est vrai que c'est la raison qui engageait saint Augustin, la première fois qu'il traita la question présente,
haut usage de ce texte;
en interprétant le psaume cv, à dire qu'il faudrait de la hardiesse pour croire à la mitigaiion de la peine des damnés.
« Ceux qui soutiennent celte opinion, » dit Mgr de Boulogne, « distinguent deux.sortes de réprouvés : les uns qui, par leur cruelle dureté envers les pauvres, ont mérité comme ce mauvais riche, d'éprouver la vérité de cet oracle de l'Ecriture: Point de miséricorde à qui n'a point fait de miséricorde (Jac. n, 13); les autres, envers qui Dieu use de quelque miséricorde en diminuant la rigueur de leurs peines, parce qu'eux-mêmes ont été, du moins quelquefois , miséricordieux en soulageant la misère de leur prochain. »
C'est le Maître des sentences que Mgr l'évêque de Boulogne cite comme donnant cette réponse; il a donc cru que le Maître des sentences avait soutenu l'opinion dont il s'agit. C'est une preuve de plus, que nous ne nous sommes point trompés , quand nous avons cru la voir dans ce chef de l'Ecole.
« 2° On leur objecte ces paroles de VApoculypse(\x, 10): Cruciubunlur die ac nocte... nec habent requiem die ac nocte.
« Us répondent qu'elles ne prouvent pas plus la rigueur continuelle, et sans aucun relâchement du supplice de tous les réprouvés, que ces parolesde saint Paul: nocte et die non cessavi cnmlacrymis monensunumquemque (Act. xx, 31), ne prouvent la continuité des larmes et des avertissements de cet Apôtre en chaque instant de la nuit et du jour. Ils appuient leur réponse de ce qui est dit dans VApocalypse des quatre animaux hiéroglyphiques, requiem non habebant die ac nocte, dicentia: Sanctus, clc. (Apoc.w, 8): sur quoi le P. Calmet remarque, que encore qu'ils ne cessassent point de dire jour et nuit ce cantique, il y avait toutefois quelque intervalle entre chaque reprise. Ils confirment la même réponse par cet autre texte sacré : Servielis ibi diis alienis die ac nocte, qui non dabunt vobis requiem (Jerem. xvi, 13); texte par lequel Jérémie prédisait aux Juifs qui devaient être conduits en captivité à Babylone, qu'ils y seraientassujettis à desdieuxétrangers, c'està-dire, suivant l'explication du P. Calmet et des autres interprètes, à des maîtres étrangers , qui, avares et cruels, les fatigueraient en les faisant travailler jour et nuit sans leur donner de repos; ce qui s'entend moralement d'un ^travail qui durerait une grande partie du jour et de la nuit, pendant lesquels, toutefois, il serait de temps en temps discontinué ou diminué. Ils peuvent ajouter à ces textes, » dit MgrdeBouiogne, « celui où il est dit que Notre-Seigneur resterait dans le cœur de la terre pendant trois jours avant sa résurrection; ce qui ne doit pas s'entendre de trois jours entiers , puisque le corps -du Sauveur ne demeura dans le tombeau que pendant plusieurs heures du troisième jour ; pourvu donc que les réprouvés souffrent sans discontinuation pendant beaucoup d'heures de chaque jour et de chaque nuit , cela suffit pour vérifier ce que dit VApocalypse, qu'ils n'ont, dans leurs tourments, de repos ni jour ni nuit.
D1SSEBT. SUR LA MIT1GATI0N DES PELNES DES DAMNES.
« 3' On leur objecte que si on admet quelque diminution ou discontinuation dans les douleurs des damnés, il s'ensuit qu'on en doit aussi admettre dans les joies des bienheureux.
« Ils nient celte conséquence, et admettent pour disparité l'inclination de Dieu plus grande, selon les saints docteurs, à récompenser qu'à punir, parce que sh miséricorde qui s'élève au-dessus de la rigueur du jugement, s'étend sur tous ses ouvrages, même sur les hommes méchants et ingrats, même sur les démons dont il a daigné en plusieurs occasions (Job it, 6; // Paralip. xvm, 21; Luc. vin , 33) exaucer les demandes , et qui, par l'accomplissement de leurs désirs, ont reçu alors quelque plaisir, ou quelque soulagement dans leurs peines.
a 4* Comment, dit-on aux défenseurs de (telle opinion, pnuvez-vous la concilier avec ces parolesde l'Ecriture touchant le supplice des réprouvés : Ignis eorum non exslinguitur? (Isa. lxvi, 2*.)
« C'est , dit l'un d'eux , en reconnaissant que ce supplice , quoique interrompu ou adouci de temps en temps, ne finira pas. La fournaise de feu où les Israélites, selon le langage métaphorique de l'Ecriture, furent plongés durant leur servitude en Egypte, ne s'éteignit pas jusqu'à leur sortie de ce royaume. Ils en éprouvèrent jusqu'à cette époque les ardeurs, qui étaient de temps en temps amorties ou suspendues, mais non éteintes. Le feu des persécutions qu'éprouva le christianisme depuis la mort du Sauveur jusqu'à la conversion de Constantin, ne s'éteignit point jusqu'alors ; il était toutefois interrompu et diminué de temps en temps. Le feu d'une fièvre qui n'est pas continue, n'est pas censé éteint par la diminution ou interruption des accès, mais seulement par leur cessation. Ce n'est aussi que par une cessation proprement dite, que le feu de la guerre s'éteint ; une trêve, une suspension d'armes suffit bien pour son interruption, mais non pour son extinction.
« Ce qui vient d'être dit du feu doit s'appliquer au ver des damnés, qui ne meurt point : Vermis eorum non moritur (Isa. lxvi, 2V). Un ver vit dans le corps d'un homme, dont il ronge habituellement les entrailles; quoiqu'il ne les ronge pas continuellement, on ne peut 'pas dire que cette discontinualion le fait mourir. Au reste, ce passage et un autre (20) de la sainte Ecriture étant susceptibles de plusieurs sens, il convient, ce semble, de les interpréter dans le sens le moins rigide, le plus favorable, le plus conforme à cet autre texte sacré: Senlite de Domino in bonitate (Sap. i, 1), et à ce
(20) Ibi eril flelus et slridvr denlium (Malth. vin, 12): non dixit Cbrislus; ibi erit continuus fletiis. C'est Mgr l'évèque qui a faii cette observation à la marge.
(21-22) On se rappelle que saint Augustin se contente de dire que les suffi âges qu'on offre dans l'Eglise, pro valde matis , sont seulement une consolation pour les vivants, et donne par conséquent à
principe du droit, odia restringenda, favores ampliandi. »
Mgr l'évêque de Boulogne termine le compte qu'il vient de rendre du sentiment qui est favorable à la miligation de la peine des damnés, par ces paroles :
« Quoique ces réponses ne satisfassent point les défenseurs du sentiment contraire, elles sont toutefois assez plausibles pour montrer à l'incrédule que l'opinion qu'elles appuient, et qui n'est point condamnée, ne blesse ni la foi ni la raison ; par conséquent, elles peuvent servir à lever dans son esprit le scandale de la cruauté qu'il attribue au dogme de l'éternité des peines. »
§ VII. — Les damnés ne sont point punis autant gu'ils le méritent , et ils éprouvent , à quelques égards, une diminution dans leurs souffrances, de l'aveu même des théologiens les plus rigides.
L'examen approfondi de la question présente nous a mis dans lu cas de faire quelques remarques curieuses et importantes qui ne sont point étrangères au sujet que nous traitons.
La première, c'est que la miséricorde de Dieu s'exerce dans les enfers en ce sens, que les damnés ne sont point punis autant qu'ils le méritent. Le Maître des sentences a cru qu'on pouvait le soutenir. Il l'ait dans la dist. 46 cette question : Si valde malis detur tnitigatio pœnœ (21-22) ? Et voici sa réponse. D'abord il rapporte le grand passage de saint Augustin tiré de son Commentaire sur le psaume cv, que nous avons cité au commencement de celle dissertation ; puis il conclut ainsi : «Saint Augustin, dans cet endroit, affirme donc que les peines des réprouvés ne finiront point de manière à ne pas trouver mauvais qu'on soutienne qu'ils éprouveront quelque adoucissement dans leur supplice; d'où l'on peut dire avec quelque raison que, quoique Dieu puisse, sans blesser la justice, les punir tout autant qu'ils le méritent, et leur remettra quelque chose de la peine qui leur est due, quelque méchants qu'ils aient élé. »
Ecce (Auguslinus) ita hic asserit pœnas reproborum non esse jiniendas , quod non. improbal, si dicatur eorum supplicia aliquod levamen adhiberi. Unde non incongrue dici potest Deum etsi juste id possit, non omnino lantum punire malos in fuluro quantum meruerunt , sed eis aliquid , quuntumcunque mali tint, de pœna relaxare.
Saint Thomas , dans son Commentaire sur le Maître des sentences, quœst. 100, art. 2, ad 1, soutient expressément la même opinion. Dici potest quod eliam in eis misericordia locum habet in quantum eitra condi-
enteinlre que ces suffrages ne leur profilent point. D'où leur viendrait donc cette miligation des peines, puisque les suffrages de l'Eglise ne l'opèrent point? Le Maître des sentences, qui croit que saint Augustin, sans être favorable à cette initigaiion îles peines, ne lui est pourtant point opposé, répondrait apparemment qu'elle procéda de la pure miséricorde de Dieu.
gtium puniunlur, non quod a poena totaliter absohantur.
Le même saint docteur, dans sa Somme, ouvrage postérieur au Commentaire sur le Maître des sentences, continue de professer la même doctrine, in damnât ione reproborum apparet misericordia Dei , non quidem totaliter relaxons sed aliqualiter allevians , dum punit titra condignum. (i p., q. 21, art. 4, ad 1.)
Estius (in 4 Sent., dist. 40, § 40) témoigne que le sentiment de saint Thomas est aussi celui de saint Bonaventure et d'un trèsgrand nombre de théologiens. Mais nous avons sur ce fait un témoin d'une plus grande autorité encore qu'Estius : c'est Bossuet. Ce grand évoque nous apprend que cette opinion est très-commune dans les écoles; et de plus, il paraît fort éloigné de l'improuver.
Le P. Lami, sa vaut Bénédictin, avait sou tenu que l;i satisfaction de Jésus- Christ l'ai te à Dieu pour les (léchés de tous les hommes, est indirectement favorable aux hommes damnés, en ce sens qu'il leur en revient par occasion quelquediminulion dans leurs peines ; et il disait que ta satisfaction de Jésus-Christ était un supplément à cellesdes damnés. Bossuet, consulté sur cette doctrine, répond ainsi, t. IX. col. 651, 652, édit. de M. l'abbé Migne : « Peut-on dire que la satisfaction de Jésus- Christ apporte quelque soulagement aux damnés;et même aux démons? Je crois qu'on peut le résoudre par une opinion très-commune dans l'Ecole : on y dit que Dieu récompense au-dessus et punit au-dessous des mérites : on apporte, pour le prouver, ce texte du prophète : Cum iratus fueris, misericordiœ recordaberis (Habacuc , m, 2J, et quelquesautres. Je ne vois pas, dans celte opinion, qu'il soit mal de dire que les damnés doivent cet adoucissement aux mérites infinis de Jésus-Christ, auxquels Dieu a plus d'égard que ne méritait leur ingratitude. » Le même évêque dit plus bas, col. 653 (édit. de Vers., ibid., p. 434) : « Quand l'auteur voudra se réduire à soutenir seulement que Dieu , pour l'amour de Jésus - Christ, punit les damnés , et même, si l'on veut, les dénions, au-dessous de leurs mérites, selon mes lumières présentes, je ne m'y opposerai pas. »
Au ixe siècle, longtemps avant l'âge des scolasliques , Loup , abbé de Ferrière, dans son traité De tribus epistolis (Biblioth. patr., t. XV, p. 51), paraît avoir incliné vers le même sentiment:» Si quelqu'un peut nous montrer, » dit-il, « que le sang du Rédempteur sert de quelque chose à ceux qui se perdent, non-seulement nous ne nous y opposerons pas, mais nous adopterons volou-
" (25) Saint François de Sales n'a pas dit que les damnés connaissent qu'ils sont punis au-dessous de leur mérite, et que la miséricorde de Dieu s'exerce à leur égard en même temps que sa justice. Il semble plutôt insinuer le contraire et n accorder et lie connaissance qu'aux saints. Mais Mgr revenue de Beliey, l'ami et i'atiiuiraieur de sainl François, va plus loin que lui. Il suppose nettement que les damnes, ont tttie connaissance et chantent lis iniscii-
tiers son sentiment; car si le soleil n'éclaire pas les aveugles, du moins il les échauffe. Pourquoi donc un Soleil plus puissant, s'il ne sauve pas les aveuglés et les damnés, et qui sont tels par leur faute, ne ferait-il pas en sorte qu'ils fussent punis plus légèrement en vue d'un si grand prix? » Namsi sol, cœcos quanquam non illuminet , tamen fovet : cur potenlior sol, etsinotisaliet suo merilo excœcalos et damnai os , lanti pretii merito minus puniat?
Saint François de Sales est pleinement dans l'opinion que la miséricorde de Dieu pénètre dans les enfers, et que les damnés sont punis au-dessous de leur mérite.
« Chose étonnante, mais véritable, » dit-il dans son Traité de l'amour de Dieu, lib. ix, ch. 1 ; « si les damnés n'étaient pas aveuglés par leur obstination..., ils trouveraient de la consolation dans leurs peines, et verraient la miséricorde divine admirablement mêlée avec les flammes qui les brûlent éternellement... Les saints, voyant que ces peines, quoique éternelles et incompréhensibles , sonl toutefois moindres de beaucoup que les fautes et les crimes pour lesquels elles sont infligées, ravis de l'infinie miséricorde de Dieu : O Seigneur, diront-ils, que vous êtes bon, puisquau plus fort de votre colère vous ne pouvez contenir le torrent de vos miséricordes et empêcher qu'elles n'écoulent leurs eaux dons les impétueuses flammes de l'enfer (23)1 »
Saint Françoisde Sales apporte en preuve de ce qu'il avance le verset 10 Ou psaume lxxix, Nunquid obliviscelur, misereri Deus, etc., et adopte le sens dans lequel l'a traduit le poète français Despoite :
Vous n'avez oublié la bonté de votre àme ' >>m pas même en jetant les damnés dans les flamants De l'éternel enfer; emmi (parmi) votre fureur Vous n'avez su garuer (empêcher) votre sainte dou-
[ceur De répandre les traits de la compassion Emmi (parmi) ses justes coups de la punition.
La seconde remarque importante que nous avons faite, et que nous croyons devoir communiquer a nos lecteurs, c'est que, dans le nombre de ceux même qui sont le plus opposés à la mitigation de la peine éternelle, il en est cependant plusieurs qui croient que ceux qui souffrent celle peine éprouveront une diminution dans leurs souffrances, et qu'une sorte de peine tiès-réelle qu'ils subissent d'abord ne subsistera pas toujours. Voici comment et pourquoi.
1" Il en est parmi les réprouvés qui ont obtenu pendant leur vie la rémission de plusieurs péchés mortels, et qui sont décédés
cordes de Dieu. « La miséricorde de Dieu, i dil-il, < lui est si propre, qu'il la communique à tout le monde, voire jusque dans l'enfer, qui est le lieu de sa plus sévère justice, où les réprouvés sont punis en d(Çj. de leurs démérites, et contraints de chanter à Dieu miséricorde et justice: et que c'est par sa miséricorde qu'ils ne sont point lonl à l'ail consumés. » (Epitres tliéolagiques sur tes matières de lu prédestination et de la grâce, l'an 1652, cpii. o, p. 72 ;
D1SSEKT. SUR LA MITIGATION DES PEINES DES DAMNÉS
sans avoir acquitté la peine temporelle dont ils étaient demeurés redevables, après leur pardon, à la justice divine; la mort et la condamnation qui l'ont suivie ne les ayant pas déchargés de cette peine, il faut qu'ils la subissent dans une autre vie; mais cette peine n'étant que temporelle, doit nécessairement avoir une lin : tel est le sentiment de saint Thomas, in-&", dist. 22, q. {, art. I, ad 5; de saint Bonaventure, et d'un trèsgrand nombre d'autres théologiens.
2° Dans le nombre de ceux qui meurent en état de péché mortel, et dont la peine éternelle devient le partage, il en est encore plusieurs qui ont la conscience chargée d'une multitude de fautes vénielles non pardonnées ui expiées. On pourrait même supposer que tous meurent avec une conscience ainsi chargée : or , les péchés véniels méritent certainement une peine, et ceux qui en sont coupables la subiront incontestablement ; niais on convient assez généralement que cette peine ne doit pas être éternelle ou infinie dans sa durée : elle aura donc un terme ; il est donc un temps où les damnés cesseront de la souffrir. Tel est le sentiment de Scol, de son école et de plusieurs autres théologiens.
On objecte, contre cette dernière opinion, que le péché véniel ne pouvant point être remis dans l'autre vie, et devant subsister toujours, il demeurerait donc toujours digne de peine, et qu'il arriveiait de là que quoique la peine qu'il mérite par lui-même dût linir, dans la réalité cependant elle ne finirait point.
Les scotistes répondent à ce raisonnement d'une manière assez plausible. Nous nous contenions d'observer que ce péché n'étant digne par lui-même que d'une peine temporelle, la justice divine ne peut pas lui en infliger une éternelle, même accidentellement, pane que Dieu ne punit jamais ullra cuncliynum. On pourrait ajouter que cette peine étant nécessairement finie en elle-même, si elle devait être intime quant à la durée, il faudrait alors qu'elle fût intimaient petite quant à l'intensité.
Mais quoi qu'il en soit, il demeure constant que plusieurs très-graves théologiens, sans faire intervenir la miséricorde de Dieu ni les suffrages de l'Eglise, croient, d'après les considérations précédentes, que les réprouvés éprouveront moins de souffrances dans la suite que dans le commencement de leur supplice.
Il s'agirait maintenant de savoir si les prières et les aumônes peuvent être employées pour adoucir ou abiéger les peines tempo-
(24) Videtur posse sub opinion» eoiisiitui , qiind sulliagia valere possini dainiialis, ad brevioieui rcmissionem liujus pœna; ; cuia omnia adduxinius (coniia iniiigationem pœnac damnatnruin] fondai) lur in seieinitaie pœnse, et ideo non videolur quoad pœnam liane procedere , praesertim quia inielligi possuiit de dainiialis formaliter qua'euiis damnai suni : non auiein suiii damnali pront patiunlur lias panas, quia nec propter peccata venia!i.<, n<"<! pi opter i e.uum l'U'iiac kmporalis damnali tunt.
relies dont nous venons de parler. C'est une question qui nous parait très-intéressante; cependant nous ne connaissons pas d'autre théologien que Suarès qui se la soit proposée : il y répond négativement, fondé principalement sur ce qu'alors il y aurait lieu de prier pour les damnés; ce qui n'est pas, ditil, en usage dans l'Eglise. Mais ce même théologien, d'ailleurs si rigoureux à l'égard de ceux qui pensent que les peines des damnés peuvent être mitigées par les suffrages des fidèles, et qui va jusqu'à dire qu'ils errent dans la foi, tient un tout autre langage quand il s'agit de la mitigation ou de l'abréviation de la peine temporelle dont il s'agit. Quoique son sentiment particulier soit que cette mitigation ou abréviation ne puisse pas avoir lieu, il convient que ce n'est qu'une opinion, et qu'on est libre de croire le contraire. Conséquemment, il est donc libre de croirp, suivant Suarès, que les prières qu'on offre pour les défunts leur sont utiles, dans la supposition même qu'ils soient damnés (24) ; on peut donc prier pour eux : et il est même louable de le faire.
Une troisième remarque que nous croyons devoir joindre aux autres, c'est qu'il est des damnés qui, peut-être, éprouvent à un autre litre, quelque diminution dans leur peine, au inoins jusqu'au jour du jugement.
Nous voyons dans Guibaume d'Auxerre que les défenseurs de l'opinion favorable à la miligation des peines éternelles, tiraient avantage d'une doctrine assez généralement reçue dans les écoles : c'est que le bonheur d'un élu qui, pendant qu'il était sur la terre, a publié un ouvrage capable de convertir les pécheurs et d'édifier les fidèles, s'accroît à mesure des heureux effets que produit d'âge en âge son ouvrage ; et (pue la punition de ceux qui seraient auteurs d'ouvrages pernicieux, augmente aussi à mesure des mauvais effets que ces ouvrages produisent. < Donc, » disent les défenseurs de la mitigation, «si un réprouvé a composéunbon ouvrage, et que cet ouvrage opère du bien après sa mort, Dieu, toujours plus incliné à faire miséricorde qu'à faire justice, doit lui en tenir compte, en lui accordant quelque soulagement dans sa peine (25). » Ce qui est dit des livres es! applicable à toute bonne œuvre qui a des effets durables.
Voilà donc une autre cause de diminution dans la peine de quelques damnes, qu'on ne peut pas dire destituée de toute probabilité.
Enfin, un texte de saint Augustin semblerait ouvrir aux fidèles une petite source d'espérance à l'égard de ceux qui sont morts
(Simf.es. in m part., disp. 48, sect. 4.)
(2r>) Dint Augusl'inis quod incerla est pœna Arii, quia iucerluni est quoi per ejus doctrinam fuerini. suliveitendi : eigo si augiuenialur pœna ejus qui niale docuit, quia Domines cormnipumur per pr»vam ejus doc liiiam : imitio fortius dimiii'iilur alir ujus pœna damnali qui bene docuit, tu m per ejus doctrinal!) bonani xdificentur humilies : Dcuseuuu est prmiior ad imscricordiam quam ad condeninan dum. iCtiLL. Alths., in IV Seul., tract. 11.)
MOJ
en étal de péché mortel. Ce saint, dans le chap. 2i du liv. xxi de la Cité de Dieu, paraît dire qu'au jour du jugement, il est des personnes qui mériteraient d'être jetées dans le feu éternel, et auxquelles Dieu fera miséricorde. Voici ce texte : « Quand la résurrection des morts sera faite, il en est en laveur de qui la miséricorde de Dieu obtiendra qu'après les peines que souffrent les âmes des morts, ils ne soient point précipités dans le feu éternel. Car on ne pourrait point dire avec vérité de quelques-uns (ce qui est dit dans saint Matthieu, chap. xn, vers. 32), qu'un péché ne leur est remis ni dans ce siècle ni dans le siècle futur, s'il n'en était pas quelques-uns auxquels un péché qui ne leur a pas été remis dans re monde, leur est cependant remis dans l'autre. » Factaresurrectionemortvorum, non deerunt quibus post pœnas quas patiuntur s])irilus mortuorum, imperttatw inisericordia ut in igneni non mittantur œlernum. Neque euim de quibusdam veraciter diceretur, quod non eis remittetur neque in hoc sœculo neque in futuro, nisiessent quibus, elsi non in islo, tamen remittetur in futuro.
Nous savons bien que les théologiens, comme Bellarrain, dans le Truite du purgatoire, chap. k, concluent, du texte de saint Augustin, qu'il est des péchés véniels qui seront remis dans l'autre vie, quant à la coulpe, et des péchés mortels qui, ayant été remis dans cette vie, quant à la coulpe, seront remis dans l'autre quant à la peine temporelle : mais des hommes qui n'auraient à expier que des péchés véniels, quant à la coulpe, et des péchés mortels, quant à la peine temporelle seulement, ne peuvent point être condamnés au feu éternel, et n'en sont point dignes. Cependant saint Augustin paraît enseigner qu'après la résurrection des morts, c'est-à-dire quand le siècle futur sera commencé, il est des péchés qui seront remis, et des péchés tels, que, sans la miséricorde de Dieu, ceux qui en sont coupables seront jetés dans le feu éternel.
Saint Grégoire et plusieurs autres pensent que les péchés qui doivent être remis dans le siècle futur sont des péchés véniels seulement. Mais nous avons inutilement tenté de ne voir, dans le texte de saint Augustin, que des péchés véniels, et de lui donner un autre sens que celui que nous croyons être le véritable : et ce qui précède le texte, dans le chap. 2i, si on veut l'approfondir, loin d'être contraire à notre interprétation, lui serait plutôt favorable. Remarquons, avant de finir, que, suivant le témoignage de Bellarmin, c'est aux prières et aux suffrages de l'Eglise que saint Augustin et les autres Pères attribuent la rémission des péchés qui seront remis dans le siècle futur.
§ VIII. — L'opinion favorable à la mitigation de la peine des damnés n'est point contraire à ta foi orthodoxe.
Dans toute la discussion qui précède, nous n'avons point prétendu combattre le senti-
ment commun des théologiens sur la miligation de la peine des damnés, ni faire entendre que nous adoptions le sentiment contraire; nous avons fait seulement l'office de rapporteur, ainsi que nous en avons déjà averti. Le seul point que nous prétendions soutenir, c'est que ce dernier sentiment n'esl point erroné, ou que le premier n'appartient pas à la foi catholique. Certainement ce sentiment n'appartenait point à la foi dans le siècle de saint Augustin ; il n'y apparte' nait pas non plus au temps du Maître des sentences et du Pape Innocent III, c'està-dire dans le xu* et le xm' siècle. Sainl Thomas, qui écrivait à la fin du xin* siècle, était bien éloigné de le penser. Ce sentiment n'appartenait pas non plus à la foi, au temps du concile de Florence, puisque Marc d'Ephèse, qui parlait au nom des Grecs dans ce concile, exposa et prouva le sentiment contraire dans deux discours prononcés en présence du concile, et cependant n'éprouva sur ce point aucune contradiction de la part des Latins, comme il en éprouva sur quelques autres points des mêmes discours. 11 y a plus : le P." Lequien, en déclarant que les Pères, après avoir demandé quelques éclaircissements à Marc d'Ephèse, qui furent donnés par ce prélat, approuvèrent ses discours, ultro approbarunt, à l'exception de ce qu'il avait avancé sur les châtiments et les récompenses, qu'il prétendait devoir être différés jusqu'au jour du jugement, et sur l'essence de Dieu qu'il assurait ne pouvoir être contemplée intuitivement par les saints ; le P. Lequien, disje, donnerait à entendre qu'ils approuvèrent tous les autres points de doctrine des mêmes discours, et par conséquent ce que Marc avait avancé sur la mitigation de la peine des damnés.
Comment donc et par quelle voie ce sentiment serait-il devenu, depuis cette époque, contraire à la foi catholique? S'est-il élevé d;ms les temps postérieurs, quelque contestation sur cette matière qui ait donné lieu à une décision de l'Eglise? Peut-on citer quelque canon ou déclaration de concile, quelque jugement du Saint-Siège qui condamne ce sentiment?
Il a contre lui, nous en convenons, le sentiment commun des théologiens modernes; et il en est même plusieurs d'entre eux qui le jugent digne de censure. Mais, 1° il est en théologie, sur la matière du sacrement de l'ordre, par exemple, et sur le ministre du sacrement de mariage, des sentiments, qui ont été, pendant plusieurs siècles, soutenus par tous les théologiens de l'Ecole, regardés même par un très-grand nombre d'entre eux, comme'ne pouvant être rejelés sans blesser la foi, et qui sont cependant aujourd'hui ouvertement combattus et vraiment problématiques ; 2° pour que le consentement des théologiens imprime à un sentiment qu'ils adoptent, le caractère d'un dogme de foi ou approchant de la foi, il faut un concours de circonstances qui ne se rencontrent point ici.
DISSERT. SUR LA M1TIGAÏION DES PEINES DES DAMNÉS
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1° On peut opposer au sentiment des théologiens modernes celui de nombre de théologiens anciens d'un grand nom, tels que le Maître des sentences et môme celui de plusieurs saints Pères.
2° Ce consentement de théologiens latins avait déjà vraisemblablement lieu au temps du concile de Florence : or, il a été bien prouvé qu'alors il était au moins très-libre de professer une opinion contraire.
3° La glose du droit, qui, comme nous avons vu, avait pleinement adopté cette opinion du Maître des sentences, a continué d'être jointe au corps du droit dans les dernières éditionsquiont été données à Rome, et qu'on a revues avec le plus grand soin. On n'a donc pas cru que le sentiment adopté par la glose, et qu'on savait bien être contraire ausentiment commun des théologiens modernes, fût devenu en conséquence un sentiment erroné : autrement on l'aurait fait disparaître dans ces dernières éditions.
4° Un théologien moderne, qui seul en vaut une foule d'autres, blâme hautement ceux qui osent traiter ce sentiment avec tant de dureté ; je veux parler du P. Petau. Notre profession de foi est ici la même que la sienne. Ce théologien si sage, si solide et si profond dans la connaissance des dogmes ecclésiastiques, après avoir discuté le sentiment des Pères sur le sujet en question, conclut ainsi : « L'Eglise n'a rien encore déterminé de certain sur le soulagement de ceux, qui sont condamnés à la peine éternelle, du moins à l'égard des hommes ; en sorte qu'il y aurait de la témérité à rejeter comme destituée de tout fondement, l'opinion favorable à ce soulagement qu'ont professée de très-saints Pères de l'Eglise, quoiqu'elle soit contraire, dans le temps où nous vivons, au sentiment commun des Catholiques. » De hac damnatorum, saltem hominum, respiralione, nihil udhuc rerti decretum est ab Ecclesia catholica, ut propterea non temere tangaam absurda sil explodenda sanetissimoi'um l'atram hœc opinio,quanqttam a communi sensu Catholicorum hoc temporc sit aliéna. [Theolog. do g m. de angelis, lib. m, cap. 8, 83.)
5" Nous avons produit un témoignage plus formel encore, et à quelques égards plus considérable, que celui du P. Petau ; c'est celui du saint et savant Mgr de Pressy, évêque de Boulogne, mort en 1790.
§ IX, — Conclusion de la dissertation.
De là et de tout ce qui précède, nous concluons que Leibnitz n'a pas, sans fondement, donné au passage de saint Augustin qui a occasionné cette discussion, le sens qu'il lui donne; et que ce n'est pas témérairement et sans aucune espèce d'autorité qu'il insinue, d'après ce texte, que les damnés pou-
vaient éprouver quelque mitigation dans la peine éternelle à laquelle ils sont condamnés.
C'est là le point capital que nous nous sommes proposé d'établir dans notre dissertalion ; mais d'après ce que nous avons, observé et discuté incidemment, on peut regarder encore comme suffisamment établis deux autres points importants en eux-mêmes et analogues au premier.
1° Sur l'autorité de saint Thomas et d'autres grands théologiens, on peut croire, sans blesser la foi, que Dieu ne punit pas les damnés autant qu'ils le méritent, citra condignum puniuntur, soit qu'il leur accorde cette indulgence et les en fasse jouir dès le moment où il prononce leur sentence, soit que la diminution du châtiment mérité ait lieu dans de certains intervalles, suivant les conseils impénétrables de la Providence.
2° On peut dire encore, sans blesser la foi, et sur l'autorité de plusieurs graves théologiens, que la partie du supplice des damnés par laquelle ils acquittent la peine temporelle dont ils étaient encore redevables au moment de leur mort pour des péchés pardonnés, et celle qui leur est due pour des fautes vénielles non remises, doit avoir une fin ; et qu'ainsi, à cet égard, ils éprouveront une diminution dans leur, peine (26) ; et de plus, il n'y aurait pas lieu de blâmer les fidèles qui, dans la vue de diminuer ou de faire cesser plus tôt cette peine temporelle, adresseraient à Dieu des prières ou répandraient des aumônes. C'est très-certainement le sentiment de Suarès.
Peut-on trouver mauvais que nous rappelions des opinions innocentes, qui vont à nous faire exaller la miséricorde de Dieu, Pt à favoriser notre compassion pour ceux de nos frères qui ont eu le malheur de mourir dans la disgrâce de Dieu?
Qu'on nous permette de faire ici une réflexion que nous croyons importante et bien fondée.
La vérité est une en elle-même; elle no varie jamais, et aucune considération ne peut permettre de l'altérer : mais il est des vérités qu'il est bon, nécessaire même de proposer et d'inculquer avec force dans un temps, et sur lesquelles il ne serait pas également sage d'insister dans un autre. Un exemple rendra cette vérité sensible. Un ministre de la religion cherche à convertir un grand coupable que l'excès de ses désordres n'alarme pas, qui les continue et se tranquillise dans son état, sur le prétexte de la grande miséricorde de Dieu. Assurément il ne serait pas convenable de ne parler à net homme que de la miséricorde de Dieu, et de ne s'étudier qu'à lui en étaler toutes les richesses; on sent qu'on doit plutôt lui rappeler alors la justice de Dieu, et la lui représenter aveu
(26) Nous croyons devoir mettre en note ce passage Je saint Thomas : « Poena eujns est aliquis debiior, post culpam remiss:im , in œterno punietur tpiïiporaliier : nec propter hoc sequitur quod sit in infen;o redf,iiipti>>, quia poena quae solvilur, non re-
dimitur: nec est inconveniens, quod quantum ad aliquid accidentale, pœna inferni minuatur usque ad diam judicii, sicut eliam augetiir.» (îv Sent., disi. 22, q. J, art. i,ad,5.)
nos
toules ses rigueurs et tous ses foudres. Appliquons cette observation. Les minisires de la parole de Dieu, depuis l'origine du christianisme jusqu'aux premières années du dernier siècle, ont sans cesse entretenu les fidèles de l'enfer et de ses tourments ; ils s'efforçaient d'en faire la [teinture la plus effrayante : on peut même dire qu'ils étaient plus portés à charger qu'à affaiblir le taiileau; et, dans le dessein de le rendre plus noir et plus horrible, ils y faisaient souvent entrer bien des traits de la sainte Ecriture, par lesquels il est douteux que. l'Esprit-Saint ait eu jamais en vue de peindre les châtiments de l'autre vie. Ce procédé et ces dispositions pouvaient êlre louables : il s'agissait uniquement alors de troubler et d'effayer des pécheurs; il fallait donc, pour opérer cet elfet, mettre tout en œuvre ; et il n'y avait point d'inconvénient à ne s'occuper alors que de rassembler ce qui pouvait former une image terrible, et d'écarter tout ce qui aurait pu adoucir cette image. Personne n'était alors tenté de former des cloutes sur la réalité de l'enfer, et de prendre occasion de la peinture affreuse qui en avait été faite, pour en contester la réalité.
Mais ies choses ont bien changé. Aujourd'hui, les ministres de la religion ont souvent à traiter avec des hommes qui font profession de ne point croire à l'enfer, ou qui affectent sur ce point de grands doutes, qui argumentent même principalement de ce qu'on leur raconte de l'ardeur de ses feux, et en général de la rigueur de ses tourments, pour soutenir qu'il n'existe pas, et qu'il ne peut compatir avec la bonté et la justice de Dieu.
Ce n'est point là, assurément, une raison pour les ministres de la religion de ne plus parler aux tidèles d'un point aussi capital de la doctrine chrétienne, de ne pas leur rappeler fréquemment, et leur représenter avec force les châtiments réservés dans une autre vie aux trangresseursdela Loi.de Dieu. Mais, en se bornant à ce que la loi catholique nous en apprend, il y a bien encore de quoi frapper d'épouvante et ramener au parti de la vertu tout homme qui n'est point ennemi de son bonheur. Ne serait il donc pas sage aux prédicateurs de se tenir aujourd'hui plus en garde contre l'exagération, et de se renfermer ordinairement dans les bornes de ce que la foi nous enseigne? Et, puisque les hommes contestent plutôt sur la nature et sur l'excessive rigueur des peines de l'enfer, que sur leur réalité, la charité, la prudence ne prescriraient-elles pas aux ministres de l'Evangile de leur faire observer, dans l'occasion, que ce qui paraît les révolter le plus dans l'espèce et la dureté de ces peines, n'appartient point à la foi; que dans le sein des écoles catholiques, ifexislesur la nature du feu de l'enfer, sur l'intensité de ses pei-
(27) Cependant celte question a tant d'analogie avec l'autre, elle est si intéressante, en elle-même, que nous croyons devoir rapporter une partie de ce. qu'en dit l'éveque de Boulogne.
« Pour !ever,r dit ce grand prélat, p. ot>9, tic scau-
nes, et particulièrement sur la possibilité d'en procurer la mitigation, des opinions auxquelles ils peuvent adhérer sans scrupule, et qui sont bien propres à calmer ce qui révolte le plus leur imagination?
Nous sommes fondés à tenir ce langage d'après l'exemple de Mgr l'éveque de Boulogne. Dans l'instruction citée plus haut, il parle de ces opinions : il ne croyait pas, il est vrai, que dans le temps où il écrivait, et où l'impiété n'avait pas encore étendu ses ravages aussi loin qu'elle l'a fait depuis, un prédicateur dût ordinairement les proposer dans les instructions publiques ; mais il déclarait dès lors qu'il n'oserait blâmer ceux qui le feraient « dans des instructions particulières adressées à des personnes que la terreur des peines de l'enfer, fortement empreinte dans leur imagination trop vivement frappée des peintures épouvantables et outrées qu'on leur a faites, jette dans un trouble extrême, au point qu'il y a lieu de craindre qu'elles n'en perdent la raison, ou ne succombent à la tentation d'accuser Dieu de cruauté. On peut, ce semble, pour les préserver d'un si grand malheur ou d'un si grand crime, leur proposer ces opinions qui ne sont point condamnées par l'Eglise, et qui peuvent servira dissiper leurs frayeurs immodérées. On peut, par le même motif, leur représenter comme bien probable l'opinion selon laquelle le feu de l'enfer et le ver des réprouvés ne «ont que métaphoriques. Ne peut-on pas en agir aussi de même à l'égard des incrédules, quand ce ne serait que pour faciliter leur conversion, ou du moins diminuer leurs blasphèmes, et modérer la fureur avec laquelle ils se déchaînent contre le dogme de l'éternité des peines. »
Tels sont de ntot à mot les conseils de Mgr l'éveque de Boulogne : il serait difficile de ne pas les juger bien sages.
Mais ce saint et savant prélat va plus loin : il prend la peine de mettre sous les yeux de son clergé les opinions dont il s'agit, avec les preuves qui les appuient et les difficultés qu'on leur suppose; et il le fait avec la clarté qui caractérise ses ouvrages.
Deux questions se présentent à Mgr l'éveque de Boulogne : l'une sur l'intensité des peines de l'enfer; l'autre sur leur mitigation. 1° Les peines de l'enfer sont-elles en elles-mêmes aussi atl'reuses que les repréles sentent communément les prédicateurs? 2° Ces peines ne peuvent-elles pas être adoucies, ne le sont- elles pas quelquefois, ou par la seule miséricorde de Dieu, ou i ailes suffrages de l'Eglise et des fidèles? Et peut-on le penser sans cesser d'être orthodoxe ?
La première question, Irès-intéressante sans doute, n'entre pas dans l'objet prude notre Dissertation. (27) ; il n'y a que
pre
la seconde qui lui appartienne, et nous l'a-
dale de la cruauté prétendue de la doctrine des enfers, ou du moins pour en adoucir la rigueur, on fait valoir plusieurs textes de l'Ecriture sainte et rte> saint5 Pères.
« l'On cite leb passages de l'E\a gilcoii le ma i-
DISSF.RT. SUR LA MITIGATION DES PEINES DES DAMNÉS
v ins disculpe avec bien plus d'étendue qu'on n'a coutume de le faire. Mgr l'évêque de Boulogne est favorable à l'opinion qui sou-
vais riche, après avoir en vain prié Abraham de lui envoyer Lazare, le supplie de l'envoyer dans la maison de son père, afin qu'il empêche ses frères de venir d;nis ce lieu de lourments. Si ces tourments sont aussi douloureux que le supposent le- descriptions qu'en font les peintres et les prédicateurs; s'ils égalent, s'ils surpassent même ceux qu'endure un homme qui souffre l'opération de )a pierre, à qui on arrache te cœur et les entrailles, qu'on tire à quatre chevaux, ou dont le corps, posé au milieu d'un grand feu, biûlede toutes parts, est-il possible qu'un damné ail en même temps d'autre sentiment que celui de sa souffrance acmelle, et qu'il détourne t,on attention de si douleur présente pour la porter sur d'autres objets, pour se souvenir du passé, se rappeler son père , ses frères, s'attendrir sur leur sort futur, et s'occuper des moyens propres à les préserver d'un malheur pareil au sien ? On n'a qu'a consulter l'expérience et le sens intime. On sait ce qu'on éprouve en soi-même dans des états de cri^e et de douleur* très-violentes....)
On pourrait objecter que l'histoire du mauvais riche esl une parabole, et non pas une histoire véritable; mais Maldoual nous assure qu'à l'exception de quatie ou cinq Pères qu'il nomme, tous les autres, sans en excepter un seul, la prennent pour une h stoire véritable.
« 2° Suivant la doctrine commune des théologiens, le supplice des démons qui sont répandus sur la terre et dans les airs, n'est point différé jusqu'au jour du jugement, cl ils l'endurent dès à présent quanta la peine essentielle, qui n'est pas inoindie que celle des damnés. Ce supplice toutefois n'empêche pas les démons de tenter les hommes, de leur dresser des embûches, etc. Delà on conclut, par un argument semblable au précédent, que les démons et les réprouvés n'endurent pas des douleurs aussi giandes que celles qui ont coutume de leur être attribuées, puisque celles-ci les mettraient dans l'impuissance de s'occuper d'autre chose que de leurs tourments.
« 5° On fait valoir ce qu'assurait saint Bernard (Serm. de Asce?is. ), que, sans l'espérance du ciel, les maux de ce monde ne lui parai. raient guère plus lolerables que ceux de l'enfer : on infère de là que ceux-ci ne lui paraissent pas aussi grands que le supposent plusieurs auteurs et prédicateuis, 1rs dépeignant tellement affreux que les peines de cttto vie seraient incomparablement plus supportables que les lourments de l'autre, quand même elles ne seraient point diminuées par l'espoir du paradis. Combien de personnes, sur la terre, qui, quoiqu'elles ne croient ni n'espèrent les récompenses éternelles, aimeraient néanmoins mieux vivre toujours dans cette vallée de larmes, que de mourir ou d'être anéanties !
« 4° Saint Augustin ne juge pas les peines de l'enfer si douloureuses pour tous ceux qui y sont condamnés, qu il valût mieux, puur chacun d'eux, ne pas exister que de les souffrir; que la non-existence valût mieux, pour chacun d'eux, que l'existence. 11 parait restreindre ce qui esl oit de Judas (Marc. xiv, 21), c'eut élé un bien pour lui de n'être pus né, a ce traître et à d'autres semblables monstres de scélératesse et d'impiété : Son dico parvulos tanin pâma esse plectendos, ut eis non nasci polius expédiât, cum hoc Ueus non de quibuslibet pecculoribus, sed de scetestissimis et impiissimis dixerit. (Lib. v, Lunlr. Julian., c. 11.) Saint Augustin n'empêche noue pas, ce semble, ne défend pas de penser ou de conjecturer que les au.res, qui sont en plus g.and nombre, n'endurent pas des maux tels qu'ils aient beu d'éire fàihés d'avoir été tirés du néant.,..
tient ici l'afliiiuative, du moins dans ce sens, qu'il la croit à l'abri de toute censure. Un témoignage d'un aussi grand poids que
D'où il ne s'ensuivrait pas que les moins scélérats ei les moins impies n'endurent pas de grandes souffrances, puisqu'elles peuvent être grandes sans être au point de rendre l'anéantissement préférable à l'existence. Celles que les Hébreux endurèrent pendant leur servitude en Egypte, étaient bien grandes ; car l'Ecriture compare, en trois endroits, l'Egypte à une fournaise ardente où l'on fait tondre le fer; elle les peint plongés au milieu de celle fournaise, comme ce métal l'est au milieu des flammes pendant qu'on l'y fond (Ueul. iv,20; Jerem. xi, 4; lle.q. vin, 51) ; peinture fort ressemblante à celle que l'Evangile lait de l'enfer, et fort expressive de la grandeur des maux qu'ils souffrirent dans ce royaume, mais qui, mêlés de la jouissance de plusieurs biens, et adoucis ou interrompus de temps en temps, ne leur ont pas paru insupportables jusqu'à leur taire prélérer la mort à la vie, et le néant à l'être. Dégoûtes de la manne dans le désert, n'alléieiit-ils pas jusqu'à regretter les oignons, les poireaux et les poissons qu'ils mangeaient gratuitement en Egypte ? »
Nous ne pousserons pas plus loin la citation de Mgr l'évêque de Boulogne ; mais nous invitons à lire, ■tans l'instruction de ce prélat, tout ce qui a liait à la rigueur et au genre de peines que subissent les damnés dans les enfers ; tout y est curieux et intéressant.
Mgr l'évêque de Boulogne aurait pu faire observer encore que, quoique les prédicateurs supposent Ires-commuuemeui, comme un point qui n'est pis même mis eu doute, que tous les réprouvés se i épandronl habituellement en blasphèmes contre Dieu, ce fait n'est cependant point incontestable,
Eslius, ce théologien si sage, si exact, le conteste ouvertement. < Nous ne doutons pas, > dil-il (lib. n Sent., dist. 53, § 8, p. 575,) f que ces théologiens ne se trompent, qui supposent que , dans un enfant mort sans bapiéine, la volonté habituelle est tellement mauvaise, qu'il aura constamment une haine actuelle de Dieu, et se répandra con're lui en blasphèmes, puisque cela ne parait pas même être vrai a l'égard de tous les adultes. > Eslius en donne une raison ires-plausible, c'est qu'il ne paraît pas raisonnable de penser qu'aucun homme ou adulte, ou enfant, soit dans la vie future plus méchant qu'il ne l'a élé dans la vie préseule; car, ajoute- t-il, le propre de la justice divine est de punir les péchés, mais mm point d'augmenter la malice des pécheurs : tos l'ulli non dubilumus qui sic habituaient voluntalem mulum, purvulo non reiialo tribuunt ni ex ea in (uturo sœculo Deum aciuatûer odio habilurus et blaspliemuturus sit,cun id nequidemde udullis omnibus vere dici passe videatur. l\ec ralioni consenlaneunt videlur, ut quispiam vcladultus vcl parvulus in fuluio sœculo pejor sil quam in pressenti fueril , cum diviuœ justuiœ sil non maliliam augere, sed peccuta punir e.
Eslius suppose ici , et cela est vr ai , qu'il est des pécheurs qui, au temps de la mort, n'ont point dans le cœur une haine lonnelle de Dieu, et n'ont à se reprocher ni l'acte ni l'habitude du blasphème, qui pouvaient même avoir toujours eu le blasphème en horreur ; car il est des hommes dominés par certains vices, et qui n'ont que de l'avcision pour d'autres.
Silvius, autre théologien non moins exact et non moins lecoininaiidable qu'Esliu* , adopie le semiment de ce dernier théologien. < Il est,» dit-il (quaîst. 12, art. 4), c des damnés qui sont sortis de ce monde avec l'aUeclion à certains péchés, mais qui n'avai ut jamais eu la volonté de p oiérer le blasplième. Cette volonté leur surviendrait elle de l'enfer, ainsi qua ceux qui, eu comparaison des aunes, ue sont pas
Uil
celui d'un prélat mort de nos jours en odeur de sainteté , et qui était le plus habile théologien que possédât alors le corps épiscopal ; ce témoignage, dis-je, réuni à celui du trèssavant et très-orthodoxe P. Petau, suffirait Lien pour rassurer contre toute crainte d'erreur ou d'illusion dangereuse les fidèles qui, croyant voir quelques probabilités dans cette opinion , se livreraient à l'espérance de pouvoir procurer quelque soulagement à ceux de leurs parents et de leurs amis qui ont laissé, au sortir de ce monde, peu d'espérance de leur salut. Nous sommes bien éloignés de donner à entendre que nous adoptons cette opinion; mais si cette opinion est vraiment innocente dans l'ordre de la foi , quel inconvénient y aurait-il à craindre pour les fidèles qui la suivraient dans la pratique? Elle les exciterait puissamment, disent les défenseurs de cette opinion, à multiplier toutes leurs bonnes œuvres : elle leur fournirait même un grand motif de travailler à croître en grâce et en justice devant le Seigneur, dans la juste conviction que toutes leurs œuvres devenant par là plus agréables à Dieu, ils eu obtiendraient plus tôt et plus abondamment la grâce pour laquelle ils les lui offrent.
LTn parent, un ami, disent-ils, meurent dans des circonstances qui laissent peu ou point d'espérance de son salut; si on raisonne, si on agit d'après l'opinion commune, on ne priera point, ou on priera bien faiblement pour lui. Quelle consolation resterat-il à l'amitié? Quel trait cruel, enfoncé pour toujours dans notre âme , ne laisse pas une semblable mort 1 Mais, si l'onîpouvaitse dire à soi-même, sans une illusion manifeste: J'ai tout à craindre, il est vrai, d'après la vie et les circonstances de la mort de cetaini, qu'il ne soit descendu dans les enfers, pour y faire éternellement sa demeure ; mais si je n'ose espérer de l'en déliver par mes prières, je ne suis pas privé de toute espérance de pouvoir lui procurer quelque interruption ou quelque adoucissement dans la peine qu'il souffre, et de les lui procurer nonseulement pour le moment présent, mais peut-être pendant toute l'éternité. Je suis même fondé, sur l'autorité de quelques théologiens respectables, à croire qu'il sera instruit de ce que je fais pour lui , qu'il saura que mon amitié le suit au delà du tombeau, que cette pensée seule le consolera. Il ne s'agit pour moi que de faire célébrer le saint Sacrifice, d'offrir des prières, des aumônes et d'autres bonnes œuvres à son intention : et plus ces prières seront ferventes, plus ces aumônes seront abondantes, plus ces bonnes actions seront multipliées, et plus j'ai droit d'espérer que les soulagements que je sollicite pour ce parent, cet ami, seront abondants et durables. Une semblable espé-
très-méchants, ni très- fortement tourmentés? > Il y a un juste sujet d'en douter. An ea votuntas supervenial in inferno, lum Mis, lum ulusqui cœlerorum comparaiione nec tint valde mali, necvalde graviter torquentur, merito quispiam dubilaverit. Silvius déclare que la partie négative lui parait plus vraisem-
rance, quelque faible qu'on la suppose, ne serait-elle pas bien douce? Y aurait-il, pour les bons cœurs, un plus grand encouragement à la prière et à la vertu? Pour défendre rigoureusement aux. fidèles de se livrer à une aussi douce espérance, il faudrait être parfaitement assuré qu'elle est chimérique; et cette certitude parfaite, nous ne l'avons pas.
Au reste, quelque déplorables qu'aient été la vie et la mort d'un homme, nous n'avons jamais une certitude parfaite qu'après sa mort il ait été précipité dans l'enfer. La révélation seule peut nous donner cette certitude; car les miséricordes de Dieu sont infinies et aussi incompréhensibles que ses jugements. Il est assez vraisemblable qu'entre le moment où un homme rend le dernier soupir, et celui où son âme se sépare de sou corps pour comparaître au tribunal de Dieu, il existe un intervalle de temps plus étendu peut-être qu'on ne le pense communément. Nous ignorons ce qui se passe alors entre Dieu et cette âme. Sans doute nous devons supposer comme bien rare le cas où, dans cet intervalle, une âme rentre en grâce avec Dieu ; mais ce cas est possible, et nous sommes fondés à croire qu'il arrive quelquefois. C'en est assez pour nous autoriser à prier pour ceux même qui nous paraissent mourir dans l'impénitence. La pratique de la prière pour tous les morts est donc indépendante de toute opinion sur la mitigation de la peine des damnés; il est seulement vrai que ceux qui croiraient que cette peine peut être mitigée par les prières des vivants, ou du moins que l'opinion qui est favorable à cette mitigation n'est pas dénuée de toute vraisemblance, auraient un moiif de plus pour prier, et prieraient avec plus de confiance.
Nous croyons devoir répéter encore, avant de finir, ce que nous avons déjà déclaré plus d'une fois dans le cours de cette dissertation, c'est que notre intention n'a point été de combattre l'opinion commune des théologiens sur la mitigation des peines des damnés; que nous avons seulement voulu montrer que cette opinion n'appartenait point à la foi, et pouvait être abandonnée sans exposer à aucune censure; et si nous avons développé avec plus de soin et d'étendue les raisons qui favorisent l'opinion de ceux qui croient à celte mitigation , c'est que ces raisons sont moins connues que les raisons de l'opinion contraire, et qu'on ignore même communément qu'il y ait et qu'il puisse y avoir sur ce point deux opinions. Terminons toute cette discussion, dont un texte de Leibnitz a été l'occasion, par une réflexion bien sage de ce même philosophe : Dieu, dit-il au même lieu , qui nous a révélé tout ce qu'il faut pour craindre le plus grand des malheurs , ne nous a pas révélé tout ce qu'il faut pour Ventendre.
niable, nobis pars negans videlur verisimitior ; parce que, dit-il, personne ne deviendra , dans le siècle futur, pire qu'il n'était ea sortant de ce monde. Il s'explique plus fortement encore dans la question 88, art. 5; car il déclare que ce sentiment lui paiait très-probable.