AVERTISSEMENT SLR I.A SECONDE ÉDITION
L'édition de noire ouvrage élant épuisée depuis quelque temps, nous profitons de la seconde édition qu'en donne le libraire, pour y faire des additions considérables. Aux monuments de la tradition ecclésiastique que nous avons rassemblés , nous avons ajouté plusieurs autres monuments non moins précieux que les premiers. Ils avaient échappé à notre mémoire ou h nos recherches. Nous avons aussi placé à la suite de Jules 111, qui renferme les pouvoirs donnés au cardinal Polus pour la réconciliation de l'Angleterre avec l'Eglise romaine , quelques pièces qui faciliteront l'intelligence de cette bulle si importante et si peu connue. On a.fait aussi quelque changement dans la disposition de l'ouvrage. Il est divisé, dans cette seconde édition, par chapitres; et nous avons désiré qu'on lui donnât une autre forme d'impression, parce qu'on nous a fait observer que tout ce qui portait la forme de brochure, disparaissait ordinairement avec les circonstances qui l'avaient fait naître; et que, notre écrit renfermant une discussion approfondie d'un point île discipline ecclésiastique vraiment important en luimôme , méritait de survivre aux circonstances, et pouvait être conservé avec utilité. Nous ne connaissons effectivement que le P. Morin qui ait traité le point dont il s'agit, avec quelque étendue. Encore ce qu'il en dit, est épars dans son fameux livre De pœnitentia, ouvrage le plus savant, le plus exact et le plus complet qui ait été composé sur la pénitence. C'est dans cet auteur que nous avons puisé le fond de notre doctrine: nos principes et nos sentiments sur l'indulgence de l'Eglise dans la réception des errants , sont exactement les mêmes que les siens. C'est à lui que nous devons encore une partie notable des témoignages que nous avons rassemblés, et si nous en avons recueilli un bien plus grand nombre, c'est en suivant la route qu'il nous avait (racée.
11 semble que notre ouvrage a déplu aux gens extrêmes des deux partis. C'était le plus grand honneur qui pût lui arriver , et la preuve la plus complète que nous avions eu le bonheur de garder ce juste milieu dans lequel habite seule la vérité, et se rencontre la sagesse. Nous ne savons pas trop en détail ce qui pourrait mécontenter, dans
notre écrit, les chefs du parti constitutionnel; c'est peut-être, parce que les exemples que nous proposons aux supérieurs catholiques de suivre, et la conduite que nous les invitons à tenir à l'égard des ministres inférieurs de l'Eglise constitutionnelle, tendent à faire bientôt disparaître cette Eglise, et en lui enlevant le clergé du second ordre , dépouiller par cela seul ses évoques de toute leur influence, et les réduire à l'état d'évê- (jues in parlibus.
D'un autre côté les catholiques ardents nous ont reproché de traiter trop favorablement les constitutionnels; ils ont prétendu qu'on ne pouvait leur appliquer l'indulgence dont nous montrions qu'os avait si souvent usé à l'égard des schismaliques ou des hérétiques qui revenaient à l'Eglise, parce que , disaient ils , les constitutionnels sont beaucoup plus coupables qu'eux.
Qu'il y ait eu d'anciens schismatiques moins coupables que les modernes, nous l'accorderons sans peine. Nous avons nousmême fait observer avec soin tout ce qu'on pourrait alléguer en faveur des donatistes en général, pour montrer qu'ils étaient, à certains égards, moins odieux que nos constitutionnels ; mais que , parmi les hérétiques et les schismatiques que l'Eglise réconciliait avec tant de bonté et de facilité, il y en ait eu un très-grand nombre, autant ou plus rêpréhensiblesqne les premiers, c'est ce qu'on ne peut pas contester, si on a quelque connaissance de l'histoire ecclésiastique. Nous pourrions citer en exemple lesiconoclasl.es qui exercèrent tantdeviolence contre les catholiques et particulièrement contre les moines, dont ils auraient voulu détruire l'état et le nom. Nous citerions mêmeles premiers auteurs du schisme des donatistes et leurs premiers évêques, qui étaient au moins aussi coupables que les constitutionnels: il y a plus, parmi les évêques donatistes qui assistèrent à la fameuse conférence de Carthage, et avec qui les évêques catholiques offraient de partager sur-le-champ leurs sièges, s'ils voulaient rentrer dans l'unité , combien en était-il, qui sans doute, comme approbateurs ou comme complices, avaient part aux horribles circoncellions.
On avait déjà commencé la réimpression de noire ouvrage , lorsque nous avons élè
1U9 RETOUR DES MINISTRES DE LA RELIGION A L'EGLISE
AVERTISSEMENT
avertis que l'auteur d'un journal ayant pour titre, Politique chrétienne, \'nvaila[laqaùavec lieaucoup de véhémence dans les numéros de novembre , décembre et janvier. Nous avons fait suspendre le travail, et nous nous sommes aussitôt occupés de nous procurer la partie indiquée de ce journal, dans le dessein d'en profiter pour rectifier ce qui nous serait échappé de foux ou d'incorrect. .Mais, quoique le journal s'imprimât à Paris, il ne se débitait qu'en province, et il a fallu le tirer d'une ville assez éloignée ; encore n'avonsnous pu obtenir la communication du numérode janvier, qui, peut-être aussi, n'existe pas, ou n'a pas été répandu dans le publie. Quoi qu'il ensoit, nous avons lu avec la plus grande attention toute la partie qui est parvenue dans nos mains ; nous avons ensuite relu notre propre ouvrage, pour lui confronter les accusations, et nous avons reconnu , non sans quelque satisfaction, que nous n'avions pas une phrase à changer, que toutes les maximes par nous avancées étaient de la plus grande vérité, et les tfaits allégués de la plus parfaite exactitude. L'auteur n'a pu incidenter que sur l'interprétation ou l'application.
Nous ne scruterons point les intentions qui ont dirigé l'auteur dans sa critique, et nous ne lui reprocherons point la dureté de ses expressions : il est doublement malheureux, c'en est assez pour nous imposer silence ; et , au lieu de nous plaindre de ses procédés, nous croyons , au contraire , devoir plaindre sa personne ; mais il est vrai, cependant, qu'il a donné l'exemple d'une bien grande préoccupation et d'un violent désir de contredire.
L'auteur a lu notre ouvrage, puisqu'il entreprend de le réfuter; et cependant il nous soupçonne d'être un prêtre jurcur, un de ces fauteurs du schisme constitutionnel , exercés depuis longtemps à falsifier l'histoire de l Eglise, page i)0. Plus bas, il semble se radoucir, et se contente de dire que, dans cet ouvrage étrange, l'auteur, équivuquemcnl placé entre les schismaliques cl les Catholiques, ne laisse pas soupçonner auquel des deux il appartient lui-même. (Page 102.)
Nous le demandons à nos lecteurs de sangfroid : une semblable imputation leur paraîtelle bien sage et bien juste? ne les surprendelle, ne les révolte-t-elle même pas?
Mais, oublions tout ce qui est purement personnel ; entrons dans l'examen du fonds; voyons si l'auteur a droit de nous reprocher d'avoir dénaturé ou faussement interprété les faits de l'histoire, et ne laissons point sans réponse cequiparaîtraitde plusspécieuxdans sa critique.
Nous nous sommes proposé de faire voir quelle a été la conduite de l'Eglise dans la réception des ministres qui reviennent de l'hérésie ou du schisme : le titre de nuire ouvrage l'annonce en propres termes. Que fait notre critique? il nous oppose la conduite de l'Eglise, et particulièrement celle de saint Cyprien, dans la réception de ceux
OliUYRF.S COMrL. de M. Emeuy.
qui reviennent de l'apostasie. Trois ou quatre pages de son journal sont consacrées à rassembler des autorités sur ce sujet. Nous aimons à ne voir dans ce procédé qu'une distraction; mais combien cette distraction est-elle violente? Il est vrai que l'auteur prend la précaution de dire que ceux qu'il appelle nos protégés , peuvent être assimilés aux apostats sans injustice, parce que, continue-t-il, en ces premiers temps, on traitait les hérétiques et les schismaliques comme les apostats. Et il cite les Mœurs des Chrétiens, pag. 23. Fleury dit effectivement qu'on excommuniait les apostats, c'est-à-dire ceux qui retournaient à l'idolâtrie, et, de plus, les hérétiques, les schismaliques, et tous les pécheurs publics. Riais, do ce que les hérétiques et les schismaliques étaient excommuniés aussi bien que les apostats, conclure que, quand les premiers demandaient à rentrer d;uis l'unité, ils étaient aussi rigoureusement traités que les autres, qu'ils étaient assujettis aux mêmes épreuves et subissaient les mêmes délais; en un mot, qu'on appliquait, dans leur réception, les règles qui avaient été prescrites pour la réception des apostats, et, en général, de tous les pécheurs publics, dont on sait que plusieurs n'étaient admis à la communion ecclésiastique qu'après vingt ou trente ans de pénitence publique; en vérité, celte conclusion nous étonne : le lecteur la jugera et la qualifiera comme elle le mérite; il dira peut-être qu'elle suppose un grand défaut de logique, un oubli de l'histoire ecclésiastique, un dessein de faire prendre le change; nous nous bornerons encore à dire qu'elle suppose, dans l'auteur, une longue distraction, ou, si l'on veut, une grande précipitation à conclure.
Nous avons débuté par faire observer que le prêtre Maxime, qui avait adhéré au schisme de Novatien , fut rétabli dans sa place par l'autorité du Pape Corneille, aussitôt qu'il eut témoigné son repentir dans l'assemblée des fidèles. L'auteur ne conteste pas ce fait; mais nous avons cru devoir faire connaître avec quelle facilité on avait reçu dans le même lemps, ou peu de temps après, l'évoque Trophime, pour donner lieu d'observer que, quoique Trophime n'eût point été rétabli dans sa place, comme l'avait élé le prêtre Maxime, cependant il ,-ivait été, après son retour à l'unité, aussitôt admis à la communion, et que cette indulgence, contraire à la discipline constamment observée dans ces temps-là et dans les temps postérieurs, à l'égard de ceux qui étaient coupables du même délit, avait eu pour motif le bien qu'il avait procuré à l'Eglise en ramenant avec lui tout son peuple. Or l'auteur nous reproche d'avoir été doublement astucieux dans le récit de ce fait, eu n'exprimant le crime de Trophime que par ces expressions insuffisantes et doucereuses : « Il s'était lui-même séparé de l'Eglise, » afin de confondre son crime avec la faute de Maxime, lorsqu'il fallait dire : « Trophime avait apostasie, avait encensé les idoles, et
usr
iioï
Maxime n'avait jamais été véritablement séparé de l'Eglise. »
Mais que d'oublis et déconsidérations à la fois dans notre auteur!
1" Quand nous avons dit que Trophime s'était séparé lui-même de l'Eglise, n'a-t-il l'as vu que cette expression était empruntée de ]a lettre de saint Cyprien, dont nous donnons la traduction dans la même page? 2° Avons-nous dissimulé que Trophime avait encensé les idoles, et avons-nous confondu sa faute avec celle du prêtre Maxime? Qu'on jette les .yeux sur la page suivante, et qu'on lise ce qui suit et qui s'y trouve en propres termes : Il est bon d'observer que le schisme était le seul délit qu'on reprochât à Maxime, et que Trophime était un prêtre, ou, plutôt, xtn évéque qui a avait abandonné l'Eglise, » dit de Tillemorit, « en offrant de l'encens aux idoles, et qui avait entraîné dons sa prévarication la plus grande partie de son peuple, » (Tom. 111, pag. kh8.)
3" L'auteur y pense-t-il , quand il nous reproche de n'avoir pas dit que Maxime n'avait jamais été véritablement séparé de l'Eglise? Comment aurions-nous pu ie dire? Quoi 1 un prêtre qui s'était séparé du Pape saint-Corneille, du chef légitime de l'Eglise, pour adhérer à un intrus tel que N'ovalien, n'a jamais été véritablement séparé de l'Eglise! Quoi ! on peut donc être schisuialique dans toute la force du terme, et ne pas cesser d'être uni, d'appartenir véritablement à l'Eglise! Encore une fois, l'auteur y pensait-il, quand il a tenu ce langage? Si nous voulions récriminer, quel droit ne nous donnerait-il pas de lui dire qu'il parle comme un fauteur du schisme constitutionnel? Mais ce dernier trait, ainsi que les précédents, nous feront seulement remarquer dans l'auteur une grande préoccupalioi et des distractions violentes.
Le critique nous reproche amèrement (page 20k) d'avoir supposé que l'évêque Antonien et d'autres évoques d'Afrique blâmaient hautement ['accueil qui avait été fait à Maxime, tandis qu'ils se plaignent seulement de ce qu'on avait reçu Trophime, qui avait encensé les idoles.
Mais quel fondement avons-nous donné à ce reproche? Voici nos termes : « Au milieu de cette joie et de ces applaudissements universels (qu'occasionnaient le retour et la réception de Maxime), des hommes d'un caractère dur, d'un zèle triste et sombre faisaient éclater des plaintes et blâmaient hautement la conduite de saint Corneille, aussi bien que celle de saint Cyprien ; on le voit par la très-longue lettre qu'écrivit ce dernier à Antonien. » Nous invitons à lire la suite.
Pour faire évanouir le reproche qui nous est fait, il sullit de faire remarquer, 1° que la réception de Trophime suivit au moins de très-près celle de Maxime, si elle n'eut pas lieu dans le même temps, et que la joie qu'occasionna ceile-ci durait encore quand arriva celle de Trophime ; 2° qu'il est trèsvrai qu'en général l'indulgence de saint
Cyprien était blâmée par Antonien, aussi bien que celle de saint Corneille; 3° que saint Cyprien fut obligé de faire l'apologie de l'une et de l'autre. Au reste, qu'Antonien ait été mécontent ou non de la réception de Maxime, c'est une chose si indifférente au point de discussion dont il s'agit entre nous, et dont on peut tirer si peu de conséquence, qu'on voit évidemment que ce qui a offensé le critique, c'est qu'en parlant d'hommes d'un caractère dur, d'un zète triste et sombre, il a cru que nous voulions le peindre, ainsi que tous ceux qui , dans ces derniers temps, ont montré si peu de charité pour les schismaliques, et si peu de zèle pour leur retour. C'est ainsi qu'il nous prête encore des vues malignes, lorsque nous avons expliqué le mot de cathares, qu'emploie saint Augustin, avec toute l'antiquité, pour désigner les novatiens.
Voyez, dit-il, comment l'affectation avec laquelle il fait remarquer le surnom de purs que portaient les sévères novatiens , incite la malignité du siècle à l'appliquer à tous ceux qui ne partagent pas son relâchement, afin de discréditer ceux qui voudraient k contredire! C'est parmi ces hérétiques, comme parmi les tnontanistes, les manichéens, les albigeois, qui se firent tous un titre de gloire du surnom de purs, c'est là qu'il marque notre place ; et de peur qu'on ne devine pas ceux qu'il semble avoir omis dans la matricule de ces purs que l'Eglise désavoue, les partisans de la promesse, qui sont aussi les siens, distribuent à V envi le nom de puritains à ceux qui repoussent leurs restrictions mentales, etc.
L'auteurcontinue encore pendant quelque temps sur le même ton, et montre beaucoup de mauvaise humeur; mais aussi pourquoi cherche-t-il à deviner nos intentions? et où a-t-il vu que nous et les défenseurs de la promesse placions les opposants dans la classe des novatiens, des montanistes, des manichéens, des albigeois , etc. ? C'est lui, c'est son imagination qui leur assigne cette place. Les partisans de la promesse n'ont point commencé par les appeler purs. Ce sont euxmêmes, ce sont les âpres censeurs de cet acte etdetouti-s les déclarations exigées par le gouvernement depuis le serment de la constitution civile, qui se sont donné ce nom, ou qui l'ont accepté avec reconnaissance, de quelques femmes dévotes. La seule conséquence à tirer de l'observation que nous avons faite, c'est qu'il n'était pas sage à eux de se parer d'un nom qu'avaient porté tant d'hérétiques odieux, et qu'ils donnaient lieu à des adversaires ardents de dire avec saint Augustin, en parlant du nom de purs, qu'ils s'attribuent : Seipsos isto nomine quasi propter munditiam superbissime et odiosissime nominant.
Mais venons à quelque chose de plus sérieux : Nous observons, dit l'auteur, parlant de nous, qu'abusant, dans le cours de son ouvrage, du mot communion, il affecte de l entendre de la communion eucharistique; et qu'en disant qu onadmetlait de suite lesprétres a la communion ecclésiastique , et les simples
RETOUR DES MINISTRES DE LA RELIGION A L'EGLISE.-AVERTISSEMKNT
fidèles à la communion laïque, il veut bien faire croire qu'il était aussitôt permis aux premiers de consacer la sainte Eucharistie, elauxsecon ds de la recevoir et de s'en nourrir. (Nous confessons pleinement avoir cru et avoir voulu aussi faire entendre qu'en général cela leur était permis.) Il devait savoir qu'il y a une grande distance entre la communion des saints mystères, et ce que le Symbole appelle la communion des saints , ce que les conciles nomment la communion de l'Eglise. (Page 95.)
Nous savons très-bien aussi que l'un n'est pas l'autre ; mais il s'agit de savoir si , en accordant la communion laïque ou ecclésiastique, par là même on n'accordait pas en général le droit de recevoir ou de consacrer la sainte Eucharistie. Nous savons , il est vrai, que les pécheurs publics qui continuent cependant d'appartenir au corps de l'Eglise , n'ont pas droit, dans cet état, à la communion des saints mystères, et devraient, s'ils s'y présentaient, être repnussés de la sainte table; mais cela n'est vrai que tandis qu'ils sont pécheurs publics. Or les schismatiques sont bien des pécheurs publics; mais, quand ils reviennent à l'Eglise, et qu'elle les a reçus a sa communion , dés lors ils cessent de l'être. Nous savons encore que les pécheurs cachés ne doivent point s'approcher de nos saints mystères, tandis que leur âme est encore souillée par le péché; mais l'Eglise, sur ce point, les abandonne au témoignage de leur conscience; et, lorsqu'ils se présentent, aucun ministre n'est en droit de les rejeter. Ainsi nous convenons qu'être admis à la communion laïque, et être admis à la participation des saints mystères, c'est-àdire être dès lors en droit de participer aux saints mystères, est en général, suivant nous, une» même chose: et nous serions fort étonnés, si, avant l'écrit qui nous occupe , on pouvait citer aucun auteii" qui eût enseigné le contraire. Nous verrons plus bas l'éditeur des OEuvres de saint Cyprien supposer notre doctrine comme une doctrine vulgaire, et sur laquelle on ne disputait pas: car enfin, être admis à la communion laïque, c'est être admis à la société des tidèles dont on était exclu auparavant, c'estavoir rang dans l'Eglise avec les fidèles, c'est partager tous les droits et toutes les prérogatives des tidèles; or un droit constant des fidèles, une de leurs prérogatives essentielles est de participer aux saints mystères quand ils le veulent, et que leur conscience ne s'y oppose pas. Il y a plus, c'est que dans les premiers temps de l'Eglise, lorsqu'ils n'usaient pas de leur droit, au
moins en certaines solennités, ils étaient frappés d'une sorte d'excommunication. Eli quoi 1 si un schismatique réconcilié et admis au rang des fidèles n'avait point, par cet acte même, recouvré le droit de participer, quand il le jugerait à propos , aux saints mystères, pendant combien de temps lui aurait-il donc fallu attendre? Y a-t-il quelque canon qui règle ce temps ? S'il s'en était approché avant le terme, par qui , et de quel droit aurait-il été repoussé ?
L'auteur, page 203, poursuit encore sa prétention à l'occasion de Trophime ; mais cela même nous fournit l'occasion de la détruire par le fait : car, s'il a pris la peine de lire lo fragment de la lettre de saint Cyprien à Antonien, que nous rapportons dans notre ouvrage, il aura vu que saint Cyprien suppose, non pas seulement que ïrophi me avait obtenu la faculté de communier dans la suite au rang des laïques, mais que, dans un temps qui no pouvait être que très-peu éloigné de celui où il l'avait reçue, il la mettait en exercice. On l'a tellement reçu, dit saint Cyprien, qu'il ne communie que comme laïque, et n'est pas rentré dans sa dignité. Telle est la traduction de Lombert : Sic tamen admissus est Trophimus ut laicus communicet non quasi locum sacerdotis usurpet.
Mais, pour montrer que ce que nous avons supposé , c'est-à-dire que l'admissiun à la communion laïque emportait l'admission aux saints mystères et n'est etfectivement que la doctrine vulgaire, nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs l'observation que fait l'éditeur des OEuvres de saint Cyprien , Rigault, sur les paroles que nous venons do citer : Ut laicus communicet (1).
Dans les temps de persécution, si la crainte de l'exil ou la violence des tourments avaient fait renoncer à la foi , un Chrétien constitué dans quelque ordre ecclésiastique, Ici qu'unévèque, un prêtre, un diacre, ce même Chrétien revenu à la foi, après avoir satisfait à l'Eglise par la pénitence qu'elle lui avait enjointe et qu'il avait accomplie, était admis à la communion ecclésiastique, c'est à-dire à la société et à l'assemblée des autres fidèles, en sorte qu'il devenait participant du corps de Jésus Christ ; mais il ne rentrait pas dans la place qu'il avait auparavant occupée dans son ordre. Ainsi l'évéque, le prêtre , le diacre, redevenaient ce qu'ils étaient avant d'avoir reçu l'ordination. On lui rendait une place dans l'Eglise, mais il ne recouvrait pas la dignité de sa place. Il communiait comme un laïque ou comme un homme du peuple. Il jouissait
(4)Sseviente adversus Cbrislianos perseculione, si quem forte iu online consiitiitum ecclesiaslico, puiaepisnopum, presbylerum, diaconum.exsilii metus vel violentia lormeiitoruin de lide Chri&io data dejecerat, is ad lidem reversus postquam impetrata peraciatpie pœniieniia salisfecerat Ecclesise, iccipieliat qu'idem ectle-iastiram coniniuiiioiiem, id est societatem et conver-alionem cum caeieiis lideiibus,
\TK UT FIERET PARTICEPS C0RT0R1S CllRISTl ; Sed 11011
recipiebat locuni quem in online ptius tenuerat, Raque de episcopo, de presbjteio , de diacono liebal id quod tval, piiusquam luissel oïdinalus. Red-
debatur illi locus m Ecclesia non dignitas loci ; coiniuunieabat ut laicus sive plebeius; ulebitur jure casierorum iiJeliuui qui nonduui erani promoii ad queinquam ordinem ecclesiasticum ; b?ec er;it i tuuc tenipoiis communio laica; cujus adeo participes Euclnrislica sacramenla, speeiein, inquain, utramque panis et vini sumebant. > llodic coinmunionoui laicam diceremus, quae sub una lautum >iiccie panis eonceditur, ptiam epi-copis et sacerdolibus extra sacriliejorum otlicia connuuuicanlibus. lmu t't cominunionis voçabulum vix auoimus alio signilica u quant Eucharistix celebi'andx.
de tous les droits des autres fidèles qui n'avaient point été promus à quelque ordre ecclésiastique.Voilàce qu'était alorsia communion laïque. Ceux donc qui. en étaient rendus participants recelaient les sacrements eucharistiques, je veux dire l'espèce du pain et du vin. Nous appellerions aujoud'hui communion laïque, celle qui se ferait sous la seule espèce du pain, même par des évêques et des prêtres qui communieraient sans célébrer les saints mystères. Il y a plus ; aujourd'hui même, nous n'entendons guère, par le mot de communion, que la réception de la sainte Eucharistie.
Mais pourquoi former des raisonnements et chercher des autorités pour prouver que les hérétiques ou les schisroatiques, admis à la communion, étaient aussitôt, et par cela même, admis à la participation des saints mystères. Le fait était si constant et si notoire, au temps de saint Jean Climaque, qu'il fait tout le fond de la difficulté que proposait à ce saint un de ses savants amis, difficulté qui embarrassa saint Jean, et qui était évidemment nulle, si le l'ait n'était pas véritable. D'où vient, dît l'ami du s.iint , que les hérétiques qui anathématisent et abjurent sincèrement leur hérésie , sont aussitôt reçus par l'Eglise catholique, et jugés dignes d'être admis à la participation des saints mystères; au lieu que celui qui confesse avoir commis un péché d'impureté, etc.
On peut voir la suite dans le chapitre 17 de notre ouvrage.
On voit facilement que ce que nous avons dit du Chrétien admis à la communion laïque , s'applique de plein droit au ministre iétal»l i dans ses fonctions, c'est-à-dire, qu'ainsi que l'Eglise permet au premier de s'approcher de la sainte table, comme elle le permet aux autres fidèles, en abandonnant au jugement de Dieu l'état de leur conscience , de même elle permet au prêtre rendu à ses fonctions de les exercer et de célébrer les saints mystères, s'il sent d'ailleurs sa conscience pure.
L'auteur, marchant d'après ses principes , va plus loin. Il soutient donc que quand l'Eglise rétablissait un prêtre dans sa place, elle ne le rétablissait point, parla même, dans ses fonctions, mais lui assignait seulement une place à occuper parmi les membres du clergé, dans le lieu des assemblées religieuses : qu'il en était de même des évoques; et c'est dans ce sens-là qu'on doit interpréter, s'il faut l'en croire, le huitième canon du concile de Nicée, qui statue que les clercs novatiens qui reviendront à l'Eglise, demeureront dans le clergé.
Mais nous lui demandons encore, est-ce pendant tout le temps de leur vie que les évêques et les prêtres rétablis ou conservés dans leurs places, doivent s'abstenir des fonctions deleurs ordres? il n'oserait le dire ; est-ce pour un temps déterminé? qu'il cite donc les canons qui déterminent le temps après lequel ils seront admis aux fonctions sacerdotales. 11 est dans l'impossibilité de le faire.
Mais il est curieux de voir comment il s'agite, en combien de manières il se tourne [tour établir son paradoxe.
1" Voici d'abord ce qu'il nous impute : L'anonyme, dit-il , commence par supposer qu'on parla (dans le concile) de tous les hérétiques en général, et en conséquence il ne manque pas d'appliquer à tous une règle qui ne regardait que les novatiens. (Page 209.)
Nous en appelons aux yeux de nos lecteurs; et nous demandons si, dans notre texte, il est seulement un mot qui puisse insinuer que nous ayons eu une semblable pensée. Ce qu'on nous impute d'avoir avancé aurait été de notre part un mensonge grossier; car il estévidentet parfaitementeonnu de tout le monde que le concile de Nicée n'avait point appliqué à tous les hérétiques l'indulgence dont il usait à l'égard des novatiens. Le Pape Innocent, et une infinité d'autres, l'ont bien su remarquer dans l'occasion.
2° Le critique s'appuie sur le premier canon du concile d'Ancyre, plus ancien que celui de Nicée. Il est parlé dans ce canon îles prêtres qui avaient sacrifié aux idoles, et qui étaient revenus au combat de bonne foi et sans artifice, et il est dit que le concile veut bien leuraccorder l'honneur et le droit d'être assis dans l'Eglise auprès de l'évêque. C'est ainsi queFleury traduit ces paroles du concile : Visum est eos cathedrœ quidem honoris esse participes. Mais il ajoute aussitôt qu'il ne leur permet pas d'offrir, de prêcher, ni de faire aucune fonction sacerdotale -.Non licere autem ipsis offerre, sermonem conferre, tel omn-ino sacerdotale aliquod munus obire.
On voit d'abord qu'il s'agissait de prêtres qui avaient encensé les idoles; et ce n'est point noire cas, puisque nous ne parlons que des minisires qui étaient simplement hérétiques ou schismaliques. Mais si, en accordant à ces prêtres, tombés dans l'idolâtrie, et ensuite relevés, une place entre les autres prêtres, on ne leur accordait point, par cela même, l'exercice de leur ordre, si on réservait cet exercice, on voit qu'on croyait nécessaire d'en faire une déclaration expresse; et cette précaution même prouverait que le rétablissement dans la place matérielle, si je peux m 'exprimer ainsi, supposait et emportait de droit commun le rétablissement dans les fonctions de l'ordre. Mais quoi qu'il en soit, le Pape Corneille en rendant au prêtre Maxime sa place , le concile de Nicée en déclarant que les prêtres et les évêques novatiens, réunis à l'Eglise, demeureraient dans le clergé, ont-ils fait une exception et une déclaration semblable? il est évident que non , et qu'ainsi l'allégation du premier canon d'Ancyre est en pure perte.
Le critique cite le second concile de Nicée , en témoignage que le règlement du concile d'Ancyre, sur ce point, s'observait encore du temps de ce concile: mais il parlu en l'air. Il aurait été bien embarrassé do citer le lieu du concile de Nicée qui fournissait ce témoignage. On peut voir, dans notre ouvrage, que le concile œcuménique établit
1157 RETOUR DES MINISTRES DE LA RELIGION A L'EGLISE
évidemment le contraire de la prétention du
AVERTISSEMENT
critique.
3° Il ose prétendre qu'au temps du concile de Nicée il n'y avait qu'un seul évêque novatien ; mais il le prétend contre la foi de l'histoire,, contre le témoignage du concile de Nicée lui-même, qui règle le cas où les évêques novatiens seraient en concours dans la même ville avec les évêques catholiques. S'il n'y avait eu qu'un évoque dans toute la secte, comment, après sa mort, lui aurait-on donné un successeur ? car on sait qu'à leur erreur particulière près, les novatiens étaient rigides observateurs de la discipline, par conséquent qu'ils ne pouvaient faire ordonner leur nouvel évêque , (pie par un autre évêque, ou même par trois, et sans doute par des évêques de leur secte. On sait que, dans l'origine du schisme, Novat s'était fait ordonner par trois évêques, et que, pour avoir des consécraleurs en ce nombre, il avait été obligé d'employer toutes sortes d'artifices. L'historien Socrate (lib. vu, c. 12) parle d'un Sabbatius, qui, après la mort de Sisinnius, évêque des novatiens, à Conslantinople, avait envahi la chaire vacante. Il s'était fait ordonner, dit l'historien, par quelques évêques obscurs ; ce qui suppose que la secte avait encore d'autres évêques, et par conséquent, qu'assez peu de temps après le concile de Nicée, le nombre des évêques novatiens était considérable. La secte en avait jusque dans la Mauritanie Tingitane. Saint Léon, dans sa lettre aux évêques de cette province d'Afrique, le suppose évidemment, et trouve bon que Donat de Salicine, qui avait renoncé aux erreurs des novatiens et s'était converti avec tout son peuple, continuât, non pas seulement d'occuper une place d'honneur à côté d'un autre évêque dans son Eglise, comme le dirait notre critique, mais de gouverner son peuple, sous la condition seulement qu'il n'oubliât point d'envoyer une profession de foi orthodoxe. Donatum autem Salicinensem eo Novatiano cum sua, ut comperimus, plèbe conversum, ita Dominico volumus greyi prœsidere, ut libellum fidei suœ ad nos mominerit dirigendum ; quo et Novatiani dogmatis damnet errorem et plenissime confiteutur calholicam verilatem.
On voit par YUisloire de Socrate elde Sozomène, que les novatiens avaient des églises, et par conséquent des évêques dans l'Italie, l'Egypte, la Scythie, la ïhrace, l'Hellespont, la Mysie, la Phrygie, la Paphlagonie, la Cappadoce. Nous en avons, pour cette dernière province, la preuve dans saint Basile, qui, dans sa première épîlre canonique, témoigne à saint Amphiloque qu'il en a reçu deux en qualité d'évêques. Si on veut vérifier le fait, on peut recourir à de Tillemont. Le concile de Nicée, dit ce grave historien, avait accordé que ceux d'entre les novatiens qui seraient dans les degrés ecclé-
siastiques y demeureraient , après avoir reçu
l'imposition dés mains Nous voyons,
ajoute-t-il, {"exécution de ce canon à l'égard des évêques, en la personne de Zo'is el Saturnin, qui furent reçus à la chaire épiscopalc, comme nous l'apprenons de saint Basile.
4" L'auteur, qui voit bien qu'il est en opposition avec tous les interprètes du concile de Nicée, est obligé de dire qu'ils se sont trompés sur le sens du huitième canon. Cependant il voudrait tirer à lui Van Espen. Van Espen lui-même, dit-il, que l'anonyme appelle en témoignage et qui s'étend sur la concurrence des deux évêques, ne se résume pas autrement que dans notre sens, en disant que ce huitième canon de Nicée n'entend reconnaître, dans V évêque novatien qui revenait à l'Eglise, que le nom et le caractère d'évêque, et non point la puissance de juridiction épiscopale; et ce profond casuiste dit positivement que l'évêque revenu du novatianisme ne pouvait être évêque que de cette manière, pour l'honneur et le nom seulement. « Solo nomine episcopus qualis cral qui redibat e Novatianis. » (Schol. in can. 8 Niccu., ad lin.)
Nous n'accuserons point l'auteur d'imposture; nous accuserons seulement le défaut de sa mémoire et l'ardeur de son imagination, qui lui fait voir quelquefois ce qu'il désire et qui n'existe pas ; tuais nous protestons que rien de semblable , non pas même la phrase latine citée, ne se voit dans le jurisconsulte. Les yeux du lecteur peuvent en être juges : Van Espen est dans toutes les bibliothèques. Si ce qui est rapporté de ce grand canonisiese trouve effectivement dans ses Scholies sur le huitième canon, et nous croyons qu'on le chercherait inutilement ailleurs, nous méritons et nous consentons qu'on nous applique cette note d'imposteur, que nous sommes très-éloignés d'appliquer à notre adversaire. Van Espen dit plutôt, au môme lieu, tout le contraire de ce qu'où lui attribue.
Le concile a donc voulu, dit-il, après avoir rapporté le huitième canon, que les novatiens demeurassent dans l'Eglise catholique avec le même ordre et même la dignité épiscopalc qu'ils avaient parmi eux dans leur parti; qu'il fallait seulement obvier à ce qu'il n'y eût point, dans une ville, deux évêques , c'est-àdire deux personnes exerçant actuellement les fonctions épiscopales (2).
Mais en voilà bien assez pour montrer avec combien peu de raison et de prudence l'auteur a entrepris de prouver que les Papes, les conciles, et notamment celui de Nicée, en permettant aux hérétiques et aux schismatiques convertis de reprendre ou de conserver leur rang dans le clergé , n'ont prétendu rien de plus que leur assigner une place plus ou moins dislinguée entre les ministres de la religion, quand ils seraient présents aux Oflices de l'Eglise.
Eh quoi! le Pape Pie VI, quand, par lu
(2) Voluit ergo synodus ut Noviliani in endein, qutiiu apud ipsos liabebanl ordiitèni et Bradant «Dam apiscopalem, marnant in Ecclesia catlwliia-,
modo hoc iiiiuin caveatur, « ne in civitate duo siirf episcopi: > id est duo aclualilcr funclioues episej- [iales exercentes.
Uj9
bref du 13 juin 1792, il a permis aux évêques tle France, sur les vives instances qu'ils lui en avaient faites, d'absoudre les curés intrus et de les réconcilier à l'Eglise, en sorte que, conformément à l'indulgence accordée par le huitième canon du concile de Nicée, ils demeurassent dans le clergé; le Pape, dis-je, n'a rien voulu leur accorder, et les évêques ont été censés ne rien demander de plus, que la faculté, quand ils assisteraient aux Offices dans les églises paroissiales, de s'asseoir à côté du prêtre desservant, c'est-àdire que, dans l'état actuel des [choses, il ne Jeur aurait été rien accordé de plus que ce qui appartient de fait et sans dispute, au premier venu dans une église paroissiale.
Lorsque les évoques catholiques d'Afrique offraient aux évêques donatisles qui rentreraient dans l'unité, de partager leurs sièges, de présider chacun à son tour, et d'avoir alternativement le premier rang dans l'église, il n'était donc question que d'une place honorifique, et les évêques donatisles n'auraient jamais exercé de fonctions épis- ■ •opales. On est humilié d'avoir à remarquer <H à réfuter de telles prétentions.
Ne négligeons pas cependant d'accabler encore notre adversaire, comme nous le pouvons, par une autorité qui, dans cette matière, est d'un très-grand poids, c'est celle du P, Morin, dans son Traité de la pénitence. Le critique soutient donc que, dans le langage ancien des Pères et des conciles, rendre à un prêtre sa place, c'est l'autoriser seulement à occuper un siège auprès de l'évêque, et non point lui accorder la faculté de remplir les fonctions sacerdotales. C'est ainsi qu'il interprète ces paroles du Pape saint Corneille, écrivant à saint Cyprien et parlant du prêtre Maxime : Maximum lucum aman aynoscere jussimus. Mais voici comment les entend le P. Morin, qui ne paraît pas même soupçonner qu'on puisse élever .sur ce point une difficulté sérieuse. La joie, dit-il, que donna à l'Eglise romaine le retour du prêtre Maxime et de ceux qui l'avaient accompagné dans le schisme, fat si grande, que, sans leur imposer aucune pénitence, ils furent sur-le-champ admis à la communion ; nonseulement ils furent aussitôt admis à la communion, mais on rendit au prêtre Maxime le ministère sacerdotal. « Nec tunlum Ecclesio? communioni reslituti sunt , sed Maximo qui presbyler erat, presbylcrale ministerium reddition est. » Et il cite aussitôt en preuve ces paroles du Pape Corneille : Maximum presbgtcrum locum suum agnoscere jussimus, cœteros cum inycnti populi suffragio recepimus. Le P. Morin a dont cru que rendre à un prêtre sa place et l'investir du ministère sacerdotal était une même chose; et, toujours fondé sur le même texte, il dit encore, à la lin du paragraphe, qu'on rendit à Maxime la dignité et les fonctions de prêtre : Maximo presbijtero dignitas et functio presbyteralis reslituta est. (P. 189.)
Qu'on nous permette encore deux ou trois observations sur quelques endroits où l'auteur affecte un grand air de triomphe. Ecou-
Œl'VRES COMPLETES DE M. EMERY.
tcz donc, dit-il (pa
ipage 208), à vous qui nous donnâtes tant d' évêques schismatiques, et vous, leur zélé défenseur ! écoulez comment se conduisit, envers des gens à qui vos protégés ressemblent, le Pape saint Corneille, de la condescendance de qui vous vous prévalez si mai à propos (nous écoutons, et nous nous attendons à apprendre quelque chose de nouveau et d'intéressant) : Un des trois évêques qui avaient eu part à la fausse ordination de Novatien revint à l'Eglise peu de temps après, pleurant et confessant son péché. Saint Corneille lui accorda la communion à la prièrt de tout le peuple, mais seulement la communion laïque, c'est-à-dire seulement qu'il rentra dans l'Eglise , mais sans rentrer dans U clergé; car il demeura déposé aussi bien qut les deux attires, et saint Corneille envoya d'autres évêques à leur place. L'auteur cite ensuite Fleury, I. vi, n. 53.
Mais, 1° le fait qu'il se tlatte de nous apprendre est consigné tout au long dans notre ouvrage, p. 21 , avec cette différence qu'au lieu de renvoyer à Fleury , nous renvoyons à l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe, d'où Fleury a tiré ce fait. 2° Il est vrai que nous établissons que saint Corneille ne donna de successeurs qu'aux deux évêques qui n'étaient point revenus à l'unité; mais en entendant ainsi le texte d'Eusèbe, nous avons pour auteur et pour garant un écrivain d'une exactitude incomparable, nous voulons dire de Tillemont, qui insiste même sur cette différence que saint Corneille mit entre i'évêque qui témoigna un grand repentir de sa faute et ceux qui n'en témoignèrent aucun. 3° Nous avons encore dit, il est vrai, que puisque saint Corneille n'ordonna aucun évèque pour remplacer l'évèque converti, peut-être se proposait-il de le rétablir dans la suite. Mais nous ne l'avons pas avancé comme un fait certain, nous l'avons proposé comme une simple conjecture, et ce qui ne permet pas de la regarder comme absurde, c'est qu'il n'est pas sans exemple que dans ces temps même où la discipline était plus rigide, des évêques convaincus d'hérésie, mais qui l'abjuraient, fussent conservés dans leur dignité : nous pouvons citer en exemple Paul de Samosate , évêque d'Antioche , convaincu d'hérésie dans le premier concile assemblé contre lui, et cependant maintenu dans sa dignité par ce même concile. (Euseb., Ilist. eccl., lib. vu, c. 30.)
L'auteur s'est encore etforcé de nous enlever l'avantage que nous tirons de la réconciliation du schismalique Mélèce et de ses adhérents. Pour montrer combien tout cequ'il dit à ce sujet est inutile et frivole, il nous suffirait de renvoyer à une seconde lecture de notre ouvrage; mais l'autorité de de Tillemont lui en imposera sans doute. Nous allons donc produire son témoignage plutôt que le nôtre.
Le concile de Nicée, dit-il, après avoir étouffé l'hérésie d'Arius, dut encore, pour le repos de l'Eglise en général, et particulièrement de celle d'Egypte, mettre ordre ù la témérité de Mélèce, et régler ce qu'il y avait ù
1401 RETOUR DES MINISTRES DE LA RELIGION A L'EGLISE. — AVERTISSEMENT
faire, touchant ceux qu'il avait ordonnés dans diverses Eglises d'Egypte, pour y former ou y entretenir le schisme contre les évéques catholiques qui les gouvernaient. Mélèce ne méritait aucun pardon, suivant ht rigueur de la justice : néanmoins, le concile jugea à propos de le traiter avec plus de douceur, et de le recevoir dans l'Eglise avec
ses partisans Il conserva à Mélèce le nom
et la qualité d'évéque dans la ville de Lyque ou Lycople , mais sans aucun exercice, et sans pouvoir de nommer ni d'ordonner personne, soit à la ville, soit à la campagne; et on le resserra de la sorte, de peur que poison esprit turbulent et précipité, il ne brouillât encore l'Eglise, comme il avait déjà fait. Le concile lui ayant interdit toutes sortes de fonctions, il y a bien de l'apparence qu'il mit un autre évêque en sa place, si cela n'avait déjà été fait, lorsque saint Pierre d'Alexandrie le condamna. C'est peut-être en ce sens, que Théodorcl dit que le concile le déposa.... Ceux qu'il avait élevés aux dignités ecclésiastiques furent traités encore plus doucement ; et l'on ordonna qu'après avoir été confirmés par des cérémonies plus saintes, ils seraient admis à la communion , mais sous cette condition que, conservant l'honneur et la fonction de leurs ordres, ils n'auraient rang qu'après ceux qui avaient été ordonnés jusqu'alors dans l'Eglise catholique , et qui étaient sous saint Alexandre cl dans sa communion; en sorte que ceux qui étaient demeurés fermes dans l'unité de l'Eglise, choisiraient et ordonneraient ceux qui seraient dignes des charges de l'Eglise , et feraient toutes les uulres fonctions ecclésiastiques, et que ceux qui auraient été dans le schisme n'auraient aucun pouvoir d'ordonner, ni de présenter personne à la cléricalure, ni enfin de faire aucune fonction qu'avec la permission des évéques catholiques qui étaient alors de la juridiction de saint Alexandre; que quand un évêque catholique viendrait à mourir, on pourrait mettre à sa place quelqu'un de ceux qu'on venait de recevoir, c'est-à-dire des méléciens , si toutefois on l'en jugeait digne, si le peuple le choisissait et si l évêque catholique d'Alexandrie approuvait celle élection et la confirmait. (Till., t. VI, p. 602. )
Il parait donc, 1° que, contre l'aiLirmalion •le l'auteur, le caractère turbulent île Mélèce fut le motif unique qui empêcha qu'on ne lui permît dans aucun cas les fonctions d'évéque ; 2° que ceux qu'il avait ordonnés, ce qui s'entend particulièrement des évoques, ne devaient avoir rang, il est vrai, qu'après ceux qui avaient été ordonnés par l'évèque catholique d'Alexandrie, mais que le concile leur conserva les honneurs et les fonctions de leurs ordres; 3° que les conditions préliminaires que met le concile à cet exercice des ordres,, ne sont point l'accomplissement de quelque pénitence canonique, mais, 1° une continuation par des cérémonies plus saintes : ce que Tillemont entend d'une simple imposition des mains: 2" le consentement de i'évêque catholique qui était dans la même ville que le mélé-
cien ; enlin, pour remplacer complètement l'évèque catholique, quand il viendrait a mourir, le concile n'exigeait de l'évèque mélécien que le choix du peuple et l'approbation de l'évèque catholique d'Alexandrie.
Il demeure donc très-manifeste que nous avons été en droit de nous prévaloir de la conduite du concile de Nicée,. clans la réconciliation des méléciens.
L'auteur dit qu'il observe avec Thomassin, que Mélèce n était point hérétique; (mais nous n'avons jamais avancé qu'il le fût. Il nous suffisait, pour faire entrer le fait de sa réconciliation dans la chaîne des monuments de la tradition ecclésiastique, qu'il fût schismatique; notre auteur avait déjà affecté de citerdeuxfoislesavantoratoriendans le cours de sa critique. Apparemment il voudrait donner à entendre qu'il lui est favorable et qu'il nous est opposé: prouvons le contraire. Ce que nous allons rapporter de cet auteur célèbre, sera d'ailleurs un supplément intéressant à notre ouvrage.
L'hérésie est un crime qui est singulièrement opposé à la profession des ecclésiastiques, qui doivent être les maîtres et les lumières de la foi orthodoxe. Ainsi les hérétiques ont toujours été irréguliers (c'est-à-dire privés du droit de recevoir les saints ordres et de les exercer, s'ils les avaient reçus). Mais ce crime a cela de particulier , qu'il est plus pardonnable que beaucoup d'autres crimes moindres. Les pénitences en ont été plus douces, et l'irrégularité qui l'accompagne a trouvé une facilité extraordinaire pour obtenir des dispen ■ ses. La raison en est que l'esprit qui a été détrompé d'une erreur, n'est pas en si grand danger d'y retomber; au lieu que la volonté est toujours en danger de retomber dans la servitude des passions qui l'ont autrefois dominée. C'est ce qui fait qu'en parlant de celte irrégularité , nous n'en rapportons presque que des dispenses.
On voit que le P. Thomassin s'était. proposé, à l'occasion de la facilité avec laquelle l'Eglise remet le crime d'hérésie, la même dilliculté qui avait embarrassé saint Jean Climaque, et qu'il la lève comme elle fut levée par les disciples de saint Jean , mais avec moinsdedéveloppement et d'étendue, comme on peut le voir dans notre ouvrage.
Il poursuit: Saint Grégoire voiilut conserver le diacre Eélix dans sa dignité, quoiqu'il fût tombé dans l'erreur des schismatiques d'Js- Lrie... « Ce diacre n'était jamais, » dit saint Grégoire, « tombé dans l'hérésie Lmais s'étant laissé prévenir contre le cinquième concile œcuménique, il s'était joint à ceux qui s'étaient séparés de l'Eglise. Cependant il vint à Rome , et ayant reçu de nous les éclaircissements convenables, il corrigea sa faute par la réception du corps et du sang de Noire-Seigneur : — Qui cum Romam veuisset, accepta a nobis, juvante Deo , ratione, excessum suurn recepta Dominici corporis et sanguinis Domini communione correxit. >< Saint Grégoire veut dire que le diacre ne refusa plus de communiquer avec l'Eglise de Iloine, et en preuve
de sa communion, reçut le corps el le sang de Noire-Seigneur, avec l'assemblée des fidèles. Rien de plus digne d'altention et de plus propre à déconcerter notre critique, que ce trait rapporté par saint Grégoire. Où sont donc ces longs délais qu'on exigeait, si on l'en croit , des schématiques rentrés dans la communion de l'Eglise avant qu'il leur fût permis de participer à la sainte Eucharistie? c'était au contraire celte participation qui était donnée, peut-être même quelquefois exigée, en signe de communion sincère.
Il a des personnes, continue le P. Thomassîn, qui s'engagent dans le parti , plutôt que dans le nombre des schismatiques , par de /(lusses défiances, avec plus d'ignorance que de malice, et sans jamais consentir à aucune maxime contraire aux vérités orthodoxes. Tel était le diacre dont saint Grégoire parle dans sa lettre; tels étaient apparemment plusieurs de ces clercs qui avaient été engagés dans le schisme de Laurens contre le Pope Symmaque avec Paschase , et à qui le concile romain fit rendre leurs ordres, leur rang et leurs bénéfices ; « De clericis qui ab episcopo suo schisma fecerunt, decrevimus ut satisfucienies episropo, of/iciis ecclesiasticis se gaudeantreslitui. »
Saint Grégoire n'tisa pas de moins de douceur envers lesnesloriens qui voulaient rentrer dans l'arche céleste, hors de laquelle il n'y a point de salut, car il ordonna que « lu seule jirofession de la foi catholique et l'abjuration de leurs erreurs, leurs ouvrit les portes de l'Eglise et les conservât dans les mêmes ordres où tls avaient été élevés : — Absque ulln dubitalione eos Sanctitas Vestra servatis eis projiriis ordinibus in cœtu suo recipiul. » (L. ix. epist. Gl.)
Voilà, en propres termes, ce que nous avons élabli dans notre ouvrage, et que le critique ose contester, c'est-à-dire que , trèssouvent, sur leur seule profession de foi, snns injonction et sansaccomplissement préalable de pénitence canonique, leshérétiques ou les schismatiques ont été reçus à la communion de l'Eglise et rétablis dans leurs dignités. On a vu plus haut que le concile romain n'exigea des clercs schismatiques qu'une satisfaction faite à l'évèque.
Cette facilité d'être reçus clans leur propre dignité , était un attrait pour les retirer de leur égarement," Ut dum per mansueludinem, mtllam eis contrarielatem vcl difjicultatem facilis, eos ab anliqui hostis ore rapialis.»
Le P. Thomassiu observe que le Pape
Agapct écrivait aux évoques d'Afrique qu'ils ne devaient point accorder aux ariens qui rentreraient dans l'Eglise, la conservation de leurs dignités; ce qui semblerait prouver que la conduite des Papes sur ce point n'a pas toujours été uniforme. Mais la raison qu'a ce Pape , pour ne point avoir, à l'égard des ariens, l'indulgence avec laquelle on traitait les nestoriens, les eutichéens, etc., c'est qu'on avait droit de soupçonner, dans le retour des premiers, des "vues d'intérêt et d'ambition. Mais , continue Thomassin , comme il n'y a de si juste ni de si inflexible rigueur qui ne se laisse fléchir par les intérêts de la charité et de l'utilité évidente de l'Eglise universelle, les prêtres ariens furent aussi reçus dans leurs ordres et dans leurs dignités, lorsque cet adoucissement fut jugé nécessaire pour- faciliter la conversion de l'Espagne sous le roi Récarède.... Le premier concile d'Orléans, longtemps auparavant, avait déclaré, touchant les clercs goths ou ariens dont la vie serait innocente et vertueuse, que l'évèque pourrait les rétablir et les élever au rang dont il les jugerait dignes : « De hœreticis clericis, ut si clerici ((déliter convertunlur et fidetn catholicam intègre confitentur tel ita dignam vilain morum el acluum probitate custodiunt, of/icium quo eos episcopus,ldignos esse censuerit, cum imposilœ manus benedictione, suscipiant... » Au reste, l'incomparable évêque de Vienne, saint Avit, a excellemment représenté les raisons que les conciles et les évêques de France avaient pour maintenir, dans la dignité épiscopale, un évêque hérétique
converti Ces raisons sont si universelles,
aussi bien que les expressions dont s'est servi le concile d'Orléans, qu'on ne peut presque pas douter qu'on ne reçût alors à la cléricature tous les hérétiques convertis, au moins ceux qui étaient dans les ordres et dans les dignités de leur secte. (Discipl. de l'Eglise, paît, il.)
Le P. Thomassin produit encore d'autres témoignage plus positifs; mais on les retrouvera dans notre Collection, dont ils font partie.
Nous croyons n'avoir rien oublié (3) de ce qui méritait quelque éclaircissement dans la critique de notre ouvrage. Cette critique ne s'étend à aucun des faits qui sont postérieurs au concile de Nicée, et ne porte guère que sur celui des novatiens. Si le dessein de l'auteur était de la pousser plus loin, nous regrettons bien sincèrement qu'il ne l'ait pas exécuté; car il aurait été vraiment curieux
(5) Nous nous apercevons cependant que nous avons oublié de relever le grave reproche qui nous <sl fait (pag. ilO). Nous ne saurions voir de sany-froid, ilii Tailleur, cet anonyme qui, traitant comme des nouveautés , les observations les plus sévères de Pie VI (p. 1 09}, lient mettre des coussins sous les coudes Ce. pécheurs. Ensuite (p. 9"), il oppose la conduite uii'a lenuu Pie VI à IVgaril de l'évèque constitutionnel de C.liaiiiU'i y, à la conduite que nous avons ri u devoir conseiller de suivie. Mais .->ur le premier point, il nous su Dira de renvoyer à la même pape 10!) de mure ouvrage. Nous nous (laitons qu'on n'y trouvera rien qui blesse en aucune manière le res-
pect dû si légitimement au dernier Souverain Pontife.
Sur le second , nous observerons , 1° que nous n'avons rien présumé de la conduite que déviait tei.ir le Saint-Siège avec les évêques de l'Eglise constitutionnelle, ni appliqué à leur réception aucun des exemples que nous avons produits en si grand nombre; 2" que Panisset n'était pas seulement un intrus, q'Til était encore un apostat qui avait publiquement souscrit a une formule de renonciation au christianisme, telle que Néron ou Dioctétien n'en aurait pu donner de plus forte.