‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 369 sur 454 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De l'objet et de l'utilité de cet ouvrage.

Quelque vaste que soit le tableau historique de l'Eglise, il n'olfre dans aucun de ses points le spectacle d'une désolation pareille à celle qu'a éprouvée et qu'éprouve encore aujourd'hui l'Eglise de France. L'impiété a prévalu contre elle. Les premiers et les principaux auteurs de la révolution avaient moins à cœur de changer la forme du gouvernement que de renverser le christianisme ; et ce qu'avait osé dire un personnage fameux dans les fastes de l'irréligion : que tous ces grands prédicateurs de la liberté et de la tolérance , s'ils étaient une fois les maîtres, seraient les plus tyranniques et les plus intolérants de tous les hommes, s'est accompli à la lettre ; car que sont devenus les évêques et les prêtres de cette Eglise qui ne voulut jamais qu'arrêter le débordement des écrits .impies, qui jamais ne provoqua la confiscation des biens de leurs auteurs, ni la proscription de leurs personnes? où sont-ils aujourd'hui? Une grande partie a péri dans des massacres dirigés par de prétendus philosophes, ou sur des échafauds dressés par leurs mains; une autre, inhumainement proscrite à leur instigation, est errante sur des plages étrangères ; une autre enfin gémit encore aujourd'hui dans les prisons de Fiance. L'Eglise a été totalement dépouillée de son patrimoine et chassée de ses propres temples : ces temples, en très-grande partie, ont été abattus ou convertis en édifices profanes. Tous les établissements religieux qui, depuis le règne de Constantin et celui de Clovis, s'étaient successivement, et en si grand nombre, formés dans les Gaules, tous les corps, toutes les maisons, toutes les fondations qui avaient pour objet l'instruction, l'éducation, la piété, la charité, sous quelque forme ou dénomination que ce puisse êire, ont élé anéantis; il n'y a que les hôpitaux qui aient échappé à la destruction, parce qu'ils n'ont pas cessé d'être remplis de ma'ades, encore leurs biens ont-ils été vendus. L'Eglise ou la religion en France, est aujourd'hui plus nue et plus pauvre qu'elle ne l'a jamais été dans les trois premiers siècles, au sortir des persécutions les plus violentes. Les temples où l'on permet aujourd'hui à quelques-uns de ses ministres de faire les exercices du culte, ne lui appartiennent p.is ; elle loue les uns du produit de quelques aumônes qui lui sont laites, et ne jouit que précairement des autres; enfin toute espèce de propriété lui est interdite à jamais.

Cette calamité est grande sans doute; elle est sans exemple: mais l'Eglise en éprouve une, dans un autre genre, qui ne lui est guère moins sensible, ni moins funeste.

Celte calamité, c'est ladivisionde son clergé, c'est un schisme tel qu'elle n'en a jamais eonnu de semblable. Une assemblée formée de laïques dans sa très-grande majorité, entreprit de changer sa constitution, et de lui en donner une autre que le Chef de l'Eglise, de concert avec le corps épiseopal, réprouva comme étant partie hérétique et pnrtie schismatique. Les évêques et les pasteurs qui refusèrent d'y souscrire fuient dépossédés sans aucune forme de jugement ecclésiastique, et par un procédé qui n'avaitjamais eu d'exemple, même sous le règne des empereurs hérétiques les plus violents et les plus artificieux; et ce qui n'est pas moins étonnant, c'est qu'on trouva alors en nombre suffisant, des prêtres séculiers ou réguliers qui osèrent prendre la place des pasteurs légitimes. Tous les évêchés, toutes les cures, furent occupés par des ministres qui avaient adhéré à la constitution civile du clergé. Ainsi le schisme a infecté toute l'étendue, sans exception, de cette illustre et ancienne partie du patrimoine de Jésus- Christ.

Mais entre ces deux calamités qui accablent l'Eglise de France, l'impiété et le schisme , il existe celte importante différence , qu'il n'est guère au pouvoir de l'Eglise de faire finir promptement la première; ce sera l'ouvrage de l'instruction, de l'édification et du temps; car, destituée comme elle l'est, de toute protection, pouvant à peine faire entendre sa voix, comment pourrait-elle opposer une digue suflisante au torrent de l'impiété? mais elle a dans son zèle, dans sa charité, dans sa condescendance, de grandes ressources pour affaiblir promptement, et même pour éteindre bientôt le schisme. Malheureusement on ne s'est point assez occupé de ce grand objet : on a trop compté sur des événements qui n'étaient point entrés dans le plan de la Providence, et on a négligé d'employer les moyens très-canoniques qu'on avait entre les mains.

Les prêtres catholiques se sont tenus à une trop grande distance des jureurs, et surtout des intrus. Ils ont, pendant longtemps, évité toute communication avec eux ; sans doute ils ne pouvaient en avoir qui fût religieuse, mais ils ont soigneusement évité celle même qui n'aurait été que purement civile. Ils onl donc été bien éloignés de s'avancer vers eux, et de leur tendre les bras.

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