RE LA RELIGION A L'EGLISE
donc pas pu tomber toujours sur des sujets qui fussent aussi distingués par leurs lumières et leur expérience dans l'art de gouverner, que par leur zèle et la régularité do leurs mœurs ; souvent ce choix n'a été déterminé que par la considération de ces deux dernières qualités ; et cependant quelle sagesse, quelle science profonde, n'auraient pas été nécessaires pour gouverner dans des temps si difficiles, et où il fallait sortir presque à chaque moment des règles ordinaires?
Il faut pourtant convenir que quelques prélats ont eu eux-mêmes, sur ce point, une conduite qu'on n'explique qu'avec peine; car il en est qui, en pariant, n'ont laissé sur les lieux aucun pouvoir de réhabiliter, ou même d'absoudre des censures, les prêtres qui reconnaîtraient leur erreur et abandonneraient le schisme. Ils se réservaient à eux-mêmes, et à eux seuls, de prononcer sur leur absolution ; on devait leur envoyer le nom des prêtres repentants, ainsi que les actes qu'on en exigeait, dans les pays étrangers où ils avaient leur résidence, c'est-àdire souvent au delà de l'Elbe ou des Alpes; et cela, dans des temps où la communication était souvent très-difficile et toujours dangereuse.
On semblait donc oublier que les censures ne sont prononcées que contre les pécheurs contumaces, ainsi que leur définition nous l'apprend ; que les pécheurs ont droit d'être absous aussitôt que la contumace cesse, c'està-dire aussitôt qu'ils sont manifestement soumis et qu'ils on satisfait à ce qu'on a sagement exigé d'eux. Censura, disent les théologiens, est pœna ecclesiastica et medicinalis quahomo baptizatus, delinquens et contumax privatur usu aliquorum bunorum spiritalium, donec a contumacia recédât (5).
Nous ne doutons pas que des administrateurs, qui se montrent si sévères et si difficiles dans la réconciliation des constitutionnels, n'aient des intentions pures, et que leur rigueur ne soit l'effet de leur zèle plutôt que de l'humeur, du ressentiment, d'une fausse politique; mais nous croyons aussi que leur zèle n'est pas toujours accompagné de la science qui serait ici nécessaire ; nous croyons qu'ils appliquent mal les règles communes de la pénitence, qu'ils ne savent point ce que les Pères ont conseillé, ce que les conciles ont ordonné dans des circonstances parfaitement semblables à celles où nous sommes; et c'a été un très-grand malheur: car on a manqué des moments bien favorables pour l'extinction du schisme.
Sans doute il n'a point dépendu des administrateurs particuliers, ni même des évoques catholiques, de réconcilier à l'Eglise les évoques constitutionnels; le Pape s'est
ponse du prélat, et nonobstant la suspense dont ii était lié, exercer licitement son ministère, dans la supposition encore que ses paroissiens n'auraient reçu aucun secours du voisinage, et que les supérieurs locaux n'eussent envoyé personne pour administrer à sa place? Suarez et beaucoup d'autres canonislcs auraient répondu affirma ivemeiit.
ŒUVRES COMPLETES nE M. EMEKÏ.
réservé tout ce qui les concerne, et on en voit facilement la raison; niais il n'en est pas ainsi des simples prêtres; et il nous semble qu'avec du zèle, de la charité, de la condescendance, on en aurait ramené la totalité, ou du moins le très-grand nombre. Par là on aurait mis un au schisme; car, qu'est-ce que des évoques qui seraient sans clergé, et par conséquent sans peuple qui les reconnut? Leur opposition à l'unité ne serait-elle pas sans conséquence, et auraiton d'autre intérêt de travailler à leur propre réunion, que celui de leur salut personnel ? Or ce qui n'a point élé fait jusqu'à présent, peut se faire encore. Pourquoi n'en feraiton pas la tentative?
Nous ajoutons, et nous ne craignons pas même de dire hautement, quelques ardents Catholiques, dussent-ils en être choqués, il est dans le clergé constitutionnel des sujets qui ne sont point indignes d'être recherchés, et qui peuvent servir utilement l'Eglise. Assurément, il serait peu juste de refuser toute estime à ceux d'entre eux qui n'ont point abjuré leur état, ni abandonné leur poste, malgré la défection et l'exemple contagieux d'un si grand nombre de leurs confrères; car, en général, c'est à l'Eglise constitutionnelle qu'appartenait, c'est de son sein qu'on a vu sortir cette multitude de prêtres qui ont apostasie, qui ont déshonoré le sacerdoce en tant de manières.
Voici maintenant quel est notre dessein. L'Eglise, dans les premiers temps, privait pour toujours de l'exercice de leur ordre, les prêtres et les autres ministres qui étaient tombés dans une faute grave, de quelque genre que pût être cette faute. Cette discipline est attestée par les constitutions apostoliques et d'autres monuments anciens; mais elle ne tarda pas à changer, elle souffrit même, dès le commencement, quelque exception. Nous nous proposons donc, dans notre travail, de rechercher quelle a été, dans la réconciliation des ministres de la religion qui reviennent de l'hérésie ou du scliisme, la conduite ordinaire de l'Eglise, du moins depuis les deux premiers siècles, et de faire voir qu'elle les a le plus souvent reçus dans son sein, et leur a même accordé l'exercice des fonctions de leur ordre sur leur seule profession de foi et sans les assujettir à une pénitence canonique.
Nous avons dit la plupart des hérétiques, parce qu'il en est, tels que les manichéens, qu'elle ne recevait qu'après de longues épreuves. Nous ajoutons que'ordinairement elle ne traitait avec autant d'indulgence les piètres et les évêques schismaliques, qu'en vue des peuples qu'ils faisaient rentrer avec eux dans l'unité.