‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 373 sur 454 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Conduite du concile de Nicée dans la réception des novatiens, des méléciens et des paulianisles.

Le grand concile de Nicée, dans la cause des mômes novatiens et des méléciens, nous fournit un exemple encore plus illustre et plus décisif que celui des Eglises particulières de Rome et de Carlhage.

Les méléciens tiraient leur nom de Mélèce, <Svêque de Lycopolis en Egypte. Cet évèque, déposé pour ses crimes par Pierre, évêque d'Alexandrie, se sépara vers l'an -301 de la communion de ce saint patriarche , et commença le schisme qui porte son nom ; mais, ce qui est très-remarquable, il donnait pour motif de sa séparation la trop grande indulgence de ce saint patriarche dans la réconciliation des tidèles tombés pendant la persécution. On sait aussi que le prêtre Novat, de Cartilage, qui eut tant de part au schisme des novatiens, et qui en soutint à Rome la doctrine avec tant de chaleur, était lui-môme chargé de crimes; d'où il résulte que la grande affectation de zèle et de rigueur n'est pas toujours la preuve d'une grande pureté de conduite. Le concile conserva à Mélèce le nom et la qualité d'évêque dans la ville de Lycopolis, mais sans aucun exercice, parce qu'on redoutait son esprit turbulent. Ceux qu'il avait ordonnés furent Iraiiés encore plus doucement, et on décida qu'ils seraient réhabitués par une plus sainte imposition des

mains, ou, comme traduit Tillemont »

qu'ils seraient confirmés par des cérémonie* plus saintes, et admis à la communion avi e l'honneur et les fonctions de leur ordre, à la charge cependant de céder le rang en chaque diocèse et en chaque Eglise à ceux qui avaient été ordonnés auparavant par Alexandre, évoque d'Alexandrie. Fleury (t. III, pag. 132) observe que cela doit s'entendre principalement des évoques , car Mélèce avait eu l'audace d'en ordonner plusieurs. Eusèbe nous apprend que le concile régla encore , que quand un évêque catholique viendrait à mourir, on pourrait mettre à sa place quelqu'un de ceux qu'on venait de recevoir,e'està-dirc un mélétien ; si cependant on l'en jugeait digne, si le peuple le choisissait, et si l'évoque catholique d'Alexandrie approuvait relie élection et la confirmait. (Tillemont , t. VI , p. 063.)

Nous ne voyons point que, dans celte réconciliation , il ait été question de pénitence et de cessation de fonctions; la seule condition qu'on exigeait de Mélèce et de ses évoques, c'est qu'ils se soumissent à Alexandre, l'évoque catholique d'Alexandrie.

Le huitième canon du saint concile, qui regarde les novatiens, est ici d'autant plus digue de considération , que le Pape Pie VI a déclaré l'avoir pris pour règle de sa conduite. Fleury l'a traduit ainsi :

« Ceux qui se nomment purs (ou les cathares), s'ils reviennent à l'Eglise, le grand concile juge qu'après avoir reçu l'imposition des mains, ils doivent demeurer dans le clergé; mais, avant toutes choses, il faut qu'ils déclarent, par écrit, qu'ils approuveront et suivront les décrets de l'Eglise catholique et apostolique, savoir, de communiquer avec les bigames et avec ceux qui sont tombés dans la persécution, à qui l'on a réglé le temps de la pénitence. Dans les lieux donc où il ne se trouvera point d'autres clercs, soit villes, soit villages, qu'ils gardent le rang où ils se trouvent ordonnés; mais, si quelques-uns viennent dans un lieu où il y ait un évêque ou un prêtre catholique, il est éviJent que l'évêque de l'Eglise catho-

qtielque fondement n'avoir pas procédé dans leur leiour avec assez de droiture, cl qui ne donneraient vi aiment dans leur conduite, aucune preuve d'un sincère repentir, ces dispositions, di>-je, n'auraient rn-n d'étonnant ni d'inexcusable; mai*, quand la conduite d'un prêtre ne donne point lieu à de semblables soupçons, qu'elle est au contraire sous tous les rapports, édifiante et irréprochable, se souvenir perpétuellement d'une faute dans laquelle il é.ait tombé, prendre acte de là, pour lui refuser <oute estime et le jugera jamais indigne de conliauce, c'est un zèle vraiment pliarisaîque; c'est insulter à l'Eglise qui, en le rétablissant dans ses fonctions, autorise les fidèles et les invite à recourir à son ministère ; c'est se déclarer en opposition avec le Dieu des miséricordes, qui, pour exprimer le pardon sincère qu'il accorde aux péchés, proteste si souvent qu'il les oublie. Ile ! quels sont donc ces juges si rigoureux '! sonl-ce des personnes qui aient toujuuis mené une vie innocente, et a qui Dieu et les hommes n'aient jamais eu rien à pardonner? Non : liés souvent ce sont des personnages qui ont

eu, ou qui ont encore à présent besoin de la plus grande indulgence; quelquefois se sont des prêtres qui n'ont eu aucun mérite à ne point faire le serment civique, puisqu'on ne le leur a pas demandé, et qui se sont abstenus de tous les autres, ou parce qu'ils trouvaient plus avantageux et plus doux de ne servir que dans des oratoires particuliers, ou parce que, malgré la pénurie extrême où se trouvent les tidèles, ils ne veulent point se mettre en mesure de leur donner quelque secours, et laissent, comme autrefois, leur sacerdoce sans exercice. Si toutes ces personnes étaient conséquentes, elles ne devraient donc avoir aucune confiance dans saint Pierre et dans saint Paul : car enfin, saint Pierre a fait un serment qui valait bien celui de la constiluiion civile, puisqu'il l'employa à donner plus de force au reniement qu'il lai>ail de Jésus-CItrist. Saint Paul n'a-t il pas clé un persécuteur, et, à son propre témoignage, le plus ardent de tous les persécuteurs?

On veria plus bas que le fond de celle observa* tiuu appartient au Pape Innocent l".

lique aura la dignité épiscopale; el celui qui porte le nom d'évôque, chez les prétendus purs, aura le rang de prêtre : si ce n'est que l'évoque catholique veuille bien lui faire part du nom d'évôque; autrement il lui trouvera une place de chorévôque ou de prêtre, afin qu'il paraisse effectivement dans le clergé, et qu'il n'y ait pas deux, évêques dans la même ville. » (Fleory , t. III, p. 147.) Ce canon si important mérite quelques éclaircissements. On en voit dans la Collection des conciles de Labbe trois différentes traductions latines, qu'il serait assez utile de consulter. La seule condition que le concile exige des novntiens, c'est qu'ils déclarent par écrit qu'ils suivent les décrets de l'Eglise catholique ; mais ce n'est pas de tous les poinlsen général de la doctrine catholique, dont on exige d'eux la profession par écrit; il s'agit des points opposés à leur doctrine particulière , et qui étaient au nombre de deux : conséquemment , le concile ajoute qu'ils déclareront qu'ils communiquent avec les bigames et avec ceux qui étaient tombés pendant la persécution. C'est que les novatiens condamnaient les secondes noces permises par l'Eglise catholique, et ne voulaient point communiquer avec ceux qui les avaient contractées. On sait aussi qu'ils refusaient la pénitence et par conséquent la communion à ceux qui étaient tombés durant la persécution. Calhari (8), dit saint Augustin, qui seipsos isto nomine, quasi propter munditiam superbissime et odiosissime nominant , secundas nuptias non admillunt, pœnitentiam dencgant, Novatum seclantes hœreticum, unde etiam Novaliani appellantur.

Mais les tombés,. avec lesquels le concile veut que communiquent les cathares, sont ceux qui auraient rempli les temps de la pé-

Cî(8) Les novaiiens, dans la plupart des monuments rcclésiastiques qui les regardent, sont désignés sons le nom de cathares, qui signifi-: purs. C'est ainsi qu'ils s'appelaient eux-mêmes, et qu'on élail convenu de les appeler. Ce ne sont pas les seuls hétérodoxes qui aient affecté de prendre ce nom ; les niontanistes, les manichéens, les albigeois, s'appelaient aussi purs.

(9) Nous avons fait ces observations, parce que dans son bref du 15 juin 1792, le grand Pontife, de sainte et heureuse mémoire, Pie VI, semblerait ouvrir une autre manière n'entendre cette partie du huitième canon, et dire qu'on exigeait des novaiiens qu'ils crussent que les quatre degrés de pénitence ordonnés pur ta discipline, abus en vigueur, devraient précéder, même par rapport a eux, la réconciliation el l'admission aux sacrements. Voici comment il s'explique :

< 1° Patres (oncilii Nieaeni voluerunl ut aine ire deberetitcerlioraaigumenia ejut aliénons, adeoque non nulla ab iis Novalianis pr;estanda esse decte- \erunt, seilieet piiino, h;ec aillent prse omnibus eos scriptis convenu protileii, quod caillettes et apostolicœ Ecelesiae doginata susciptanl et sequanlur. Decreveru.nl 2° ut etiam in eosqui in persecutione prolapsi sunt ad faciendum eorum resipiseenlise periculutn servareniur, et.spaiiu consiiluia et tempora défini la, quatuor illi scilicel pumitenlis gradus qui juxia lune vigeniem disciplinai!! debebant leconcilialioneni, sacranieuiorunique S'jsçepiionem ante vcrlerc; et dtcreverunl deiiiqnc ut

nitence prescrits parles canons; car, ainsi que l'observe judicieusement Bévéregius [Pandectœ can. Eccles. Grœcw , t. II Annotationum, p.CG), les Catholiques eux-mêmes ne communiquaient avec les tombés qu'après qu'ils avaient accompli toute leur pénitence; et le temps de cette pénitence était réglé par les onzième et douzième canons du même concile; voilà pourquoi le concile, après avoir parlé de l'ordre de communiquer avec ceux qui sont tombés , ajoute aussitôt, à qui on a réglé le temps de la pénitence : Erqa quos el spatia constiluta et tempora defintia. Balsamon, Aristénius, Zonaras, tous les canonistes grecs l'entendent ainsi. Voici les termes de Zonaras : Hic canon reeipiendos esse decernit catharos, hoc estpuros, modo lamen ab Ecclesiœ placilis non discessuros, ac eos qui Christum negaverunt , ubi statuta criminibus expiandis tempora expleverinl (id namque verba illa indicant in quibus et lempus constitution est, et prœfmita dies) , admissuros el cum bigamis communiculuros esse, chirographi sui testimonio profileantur (ty.(Pandect. Eccles. Grœcœ, t. I, p. G9.) Nous pourrions tirer des conséquences très-favorables à notre dessein du dix-neuvième canon du concile de Nicée, concernant les paulianistes, si l'esprit d'indulgence de ce grand concile à l'égard des ministres delà religion, qui revenaient de l'hérésie, n'était pas suflisamment manifesté par le huitième canon louchant les novaiiens.

Les paulianistes étaient les sectateurs de Paul de Samosate, qui niaient la divinité de Jésus-Christ, et ne baptisaient point au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le concile , dans la première partie du canon, ordonne que ceux qui reviennent à l'Eglise catholique soient rebaptisés; et, dans la se-

ecclesias occupatas ahdiearent, easque legiiimis episeopis dimilterent. >

Mus, ce qui nous intéresse uniquement, le Saint- Pere recounait, avec tous les interprèles, qui le concile de Nicée perineilail aux clercs novaiiens qui se réunissaient à l'Eglise, de demeurer dans le clergé; c'est-à-dire comme l'explique Van Espert dans ses Noies sur les canons de Nicée, qu'il leur conservait dans l'Eglise catholique l'ordre el le rang inertie épiscopal qu'ils avaient dans leur secte , pourvu qu'on prit garde qu'il n'y eût point deux éeêques dans une cité; c'est-à-ilire deux personnes exerçant actuellement les fonctions épiscopales. Le savant lievéïegius, qui a beaucoup écrit sur ce canon, en donne celte analyse ; « Les Pères, dit-il, établissent que si les novaiiens repentants de leur schisme retournent à l'Eglise catholique, ils conserveront chez les Catholique!, les meutes ordres qu'ils avaient auparavant reçus chez les novaiiens; ceslà-dire, qu'un évèque demeurera encore évèque, i\{> ptêlre demeurera piètre, et ainsi des autres; de manière que là où il n'y a point d'évéque catholique, niais nu seul évèque uovaiien déjà converti, il demeurera évèque ordinaire de ce lien; s'il y a dans le niéiite lieu un évèque catholique, alors, pour qu'il n'y ail pas dans le même lieu deux personnages ayant le pouvoir d'évéque, l'évèque uovaiien, avec le consentement de l'évèque catholique, conservera le nom d'évéque, ou bien on le fera chorévèque, ou du moins il prendra rang parmi les piètres. » (l'nudect., can. Èccl. Grœcœ, i. Il Annotaiionum, p. 67.)

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RETOUR DES MINISTRES DE LA RELIGION A L'EGLISE

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eonde, il déclare que si quelques-uns ont éié dans le clergé , et sont trouvés sans reproche, l'évêque de l'Eglise catholique les ordonnera ; qu'il les déposera, au contraire, si, dans l'examen qu'il en fera, il les juge indignes, et qu'on gardera la même règle à l'égard de tous ceux qui sont comptés dans le clergé.

On admire dans ce canon la facilité que le concile apportait à la réconciliation de ces ministres hérétiques , et quelle était son attention pour qu'ils conservassent d;ms l'Eglise catholique le rang qu'ils occupaient dans leur secte.

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