‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 375 sur 454 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Conduite des évêques de Macédoine et du Pape Innocent 1", à l'égard des clercs ordonnes par l hérétique Jionose et des évêques priscillianistes.

A la fin du siècle où vécut saint Athanase, vers l'an 3!)0, Bonose, évèque de Sardique, qui niait, avec Arius, la divinité de Jésus- Christ, et avec Jovinien, la perpétuelle virginité de la sainte Vierge, donna lieu, de la' part des évêques de Macédoine, h un trait de sagesse et de prudence que nous devons remarquer avec soin, parce qu'il confirme un moyen que nous avons proposé au commencement pour terminer promptement le schisme.

Le concile de Capoue , assemblé pour éteindre le schisme d'Antioche, chargea Anisius, métropolitain de Thessal onique, et les évêques de Macédoine, de juger la cause de Bonose. Ils le firent, et condamnèrent cet hérétique ; mais, pour détacher de son parti les c'ercs qu'il avait ordonnés, et prévenir le mal qu'il aurait pu faire après sa condamnation, il fut délibéré que les clercs ordonnés par lui qui reviendraient à l'Eglise catholique, seraient reçus et conserveraient le rang et les functions des ordres auxquels ils auraient été promus par Bonose. Summa deliberatio hœc fuit, ut quos Bonosus ordinaverat, ne cum eodem rémunèrent, ac fiercl non médiocre scandalam, ordinati reciperenlur. Innocent Ier, qui nous a lait connaître ce décret des évêques, l'approuve.

(10) Quod pro remedio ac necessitale temporis stalutuni est, constat primilus non fuisse, ac fuisse régulas vt-teres quas al) apostolis vel apostolicis viris iraditas Eeclesia llomana cusio lit, cusiodiendasque mandat fis qui eant audire consueveru„t.

Ce saint Pape avait été consulté parRufus de Thessalonique et vingt-deux évêques de Macédoine, sur les ordinations faites par les hérétiques. Dans sa réponse, il suppose que l'ancienne règle de l'Eglise, qui ne permet pas de recevoir de telles ordinations, était encore en vigueur dans l'Eglise romaine, et il ajoute que si la nécessité des temps avait fait déroger à cette règle, cette nécessité n'existant plus, la règle devait reprendre sa force (10); et il conclut que ce qui avait été réglé dans le concile des évêques de Macédoine, à l'égard des clercs ordonnés par Bonose, ne devait point être appliqué aux clercs que le même Bonose avait ordonnés depuis la célébration du concile. Or, c'était par rapporta ces derniers clercs qu'il avait été consulté parRufus. Mais en même temps, il donne assez clairement à connaître que si la nécessité qui avait commandé l'indulgence des évêques de Macédoine subsistait encore, c'est-à-dire si les Eglises d'illyrie étaient encore dans le trouble et qu'il fallût leur procurer la paix, il trouverait bon qu'on usât, à l'égard des derniers clercs ordonnés par Bonose, de l'indulgence qu'on avait eue pour les premiers.

Nous ne quitterons point la décrétale d'Innocent I", sans en tirer encore quelques connaissances intéressantes. Il paraît qu'il y avait des Chrétiens qui, sachant bien qu'ils ne pourraient, à raison de leurs vices, recevoir l'ordination dans l'Eglise catholique, avaient passé dans le parti de Bonose, connu pour n'être point difficile sur l'ordination, dans l'espérance qu'en revenant à l'Eglise catholique on leur accorderait la jouissance du rang auquel Bonose les aurait promus. Or c'est précisément ce que nous avons vu assez souvent arriver parmi nous : des sujets qui désespéraient d'être admis aux ordres par les supérieurs catholiques, ont embrassé le parti des constitutionnels; et parvenus une fois à la prêtrise, ils ont demandé à être réconciliés. Mais il est bien diflicile de ne point penser, avec le Papelnnocent 1", que si de semblables sujets doivent être reçus quand ils se présentent après une satisfaction convenable, régulièrement parlant, ils ne doivent jamais être admis à l'exercice d'ordres obtenus par une si indigne voie.

Mais ce que nous nous proposions de faire remarquer encore dans la décrétale du Pape Innocent, c'est sa belle et célèbre maxime: On ne sévit point contre les péchés de la multitude. Voici comment il l'exprime :

Quoties a populis aut a turba peccaïur, quia in omnes propter multitudinem vindicari non potest, inullum solet transir e. (Episl. Rom. Pont., apud dom Coust., pag. 835. )

Le même Papelnnocent 1er nous rappelle, dans sa troisième épître décrétale, un fait que nous ne devons pas oublier, et qui lui a donné lieu de faire des réflexions très-inté-

Sed nécessitas temporis id fieri magnopere postulai) l. Ergo quod nece-silas pro remedio iuvenir, cessante itecessitate, d bel ulique cessant pariler quoi urgebai : quia alius est oi'do legitinms. alla usurpalio, qnam teuipus fieri ad pransens impellil.

(H IVRES COMPLETES DE M. EMEP.Y

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