‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 378 sur 454 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Conduite de l'Eglise dans la réconciliation des tnessaliens , des nestoriens , des eutychiens et des pélagicns.

Les messaliens étaient une espèce de sectaires répandus principalement dans la Pamphilie. Ils joignaient l'enthousiasme à l'hérésie, et on les appelait indifféremment messaliens ou enthousiastes. Le concile d'Epbèse, qui les condamna ainsi que leurs ouvrages, appelle leur erreur une hérésie très-impure, contaminatissima hœresis. Les évoques Valérien et Amphiloque, de la province de Pamphilie, présentèrent, au concile d'Ephèse, l'ordonnance d'un concile tenu à Cunstantinople quatre ou cinq ans auparavant sous l'évêque Sisinnius. Cette ordonnance, qui concernait ces hérétiques, fut universellement approuvée par le concile. Il chargea les évoques Valérien et Amphiloque, et en général tous les évêques de Pamphilie et de Lycaonie, do la faire , exécuter dans tous ses points, et, conséquemment, d'assembler tous ceux qui étaient infectés ou suspects de cette hérésie, et alors de leur proposer d'analhématiser leurs erreurs par écrit, conformément à ce qui était prescrit dans l'ordonnance. Il était statué que ceux qui l'analhématiseraient, s'ils étaient clercs, demeureraient dans la cléricature, et s'ils étaient laïques, seraient admis h la communion. Et siquidem unathematizaverint , juxta ea quœ in prœdicta synodo scripto pronuntiata sunt, in scriptis; si clerici fuerint, maneant clerici; si laici, ad coinmuniunem admittantur. (Aclio 7.)

On ne voit pas qu'on ait exigé d'eux rien de plus que I abjuration de leurs erreurs.

La conduite que le concile d'Ephèse observa dans l'affaire des messaliens, et qu'on avait observée dans celle des donatistes, à été suivie à l'égard îles nestoriens, des eutichéens, et de toutes les diverses sectes dans lesquelles s'étaient partagés ces hérétiques. Nous citerons d'abord en preuve les anciens eucologes des Grecs. Tous s'accordent à dire, quand il s'agit de recevoir les nestoriens et les eutichéens, qu'on exiged'eux seulement qu'ils donnent leurs libelles ; c'està-dire qu'ils anathématisent par écrit leur hérésie propre, et toutes les autres hérésies dont l'Eucologe a fait auparavant le dénombrement, avec Nestorius, Eutychès, Dioscore, Sévère, et tous leuis sectateurs, et ils

sont aussitôt admis à la communion.

Saint Grégoire, Pape, dans sa lettre 61, à Quirinus, est encore plus formel sur cet article. Si tous ceux, écrit-il à cet évoque, qui, en revenant de l'hérésie de Nestorius, professent devant vous et devant l'assemblée de vos frères le dogme catholique, et anathématisent Nestorius avec ses sectateurs et toutes les autres hérésies ; s'ils promettent encore de recevoir et de respecter les saints conciles reçus par l'Eglise universelle, vous les recevrez à votre communion sans aucune dif ficulte, et vous leur conserverez les rangs qui leur sont propres : «. Absque utla dubitatione eos sanctitas vestra, servatis eis propriis ordinibus, in suo cœtu recipiat. »

Saint Grégoire, dans la même lettre à Quirinus, assure qu'en agissant ainsi, il ne fait que se conformer à ce qui avait été pratiqué par ses prédécesseurs : Ab an tiqua Patruiu înstitutione didicimus. Effectivement, on voit dans différentes lettres de saint Léon, qu il autorisait et qu'il observait lui-même cette conduite; il va, dans .sa lettre à l'empereur Théodose, jusqu'à dire que si Eutychès se relient et condamne son erreur par écrit, on doit lui rendre la communion de son ordre, communio ei sui ordinis reformetur : ce n'était pas, comme on voit, la communion seulement laïque, mais la communion ecclésiastique qui deyrait lui être accordée sur-le-champ : Communia sui ordinis.

Le concile de Chalcédoine, lui-même , nous fournit la preuve du l'ait que nous établissons. Théodoret paraissait ne point diiv assez nettement anathème à Nestorius. Les Pères s'écrièrent : Il est hérétique, il est nestorien; qu'on chasse l'hérétique. Voila l'opinion qu'ils avaient conçue de Théodore!; mais ce prélat ayant entin dit anathème à Nestorius, età quiconque ne dit pas que la Vierge Marie est Mère de Dieu, tous les Pères s'écrièrent aussitôt : Théodoret est dit/ne d'occuper un siège de l'Eglise; que l'Église reçoive le pasteur orthodoxe.

11 n'y a point, comme on voit dans cet exemple et dans les exemples précédents, de pénitence enjointe et.intercalée entre la profession nette de foi, et la restitution de la communion ecclésiastique. Le P. Morin remarque à ce sujet, « que les hérétiques étaient reçus, non simplement à la communion laïque, comme dans le siècle précédent, mais à la communion ecclésiastique, dont ils jouissaient avant l'hérésie. Le concile de Chalcédoine reçoit, ou plutôt exécute la sentence que l'évêque de Rome avait auparavant prononcée, car saint Léon avait été l'auteur d'une si grande indulgence. » (Morin, De pœnilenlia.)

Nous confirmerons notre thèse générale, et le témoignage de l'indulgence dont on usait à l'égard des sectateurs de Nestorius, par un trait curieux que nous fournit la Vie de saint Jean le Silencieux. Ce saint avait été évêque de Colonie en Arménie, et il renonça à l'épiscopat pour embrasser la vie solitaire. Un disciple de l'hérétique Sévère étant venu le voir avec un Catholique de se»

UEL YKES CuMI>LETES DE M. EMERY.

amis, le saint, éclairé de Dieu, donna sa bénédiction au Catholique, et la refusa à l'autre, en lui disant qu'il ne le bénirait que lorsqu'il aurait abjuré l'erreur des schismaliques et qu'il aurait déclaré qu'il communiquait avec l'Eglise catholique. Cet hérétique ayant admiré la grâce de prophétie qui était dans ce saint vieillard, fut converti à l'heure même. 11 promit en sa conscience qu'il communiquerait avec l'Eglise catholique, et se jeta aux genoux du saint qui lui donna sa bénédiction, le releva, et assuré qu'il ne lui restait plus aucun doute dans l'esprit, le reçut le premier de tous à la participation d^s saints mystères, et le communia de sa main.

Tel est le récit de Cyrille qui a écrit trèsfidèlemenf la Vie du saint imachorète, dont M était disciple.

On en agissait de même avec les pélaiiiens, au moins au temps de saint Léon. Quelques évoques avaient poussé la facilité à leur égard, jusqu'à les admettre sans avoir exigé d'eux une profession de foi et l'abjuration formelle de leur hérésie; saint Léon Je trouva mauvais; il en écrivit à Nicétas, évêque d'Aquilée, et ordonna que les prêtres, les diacres, et les autres clercs pélagiens qui avaient été reçus, condamneraient dans des professions expresses, et les chefs île leur secte, et tout ce que l'Eglise avait réprouvé dans leur doctrine. Damnent apertis profcssionibus sui super bi errons auctores, ei quidquid in doclrina eorum universalis Ecclesia exhorruit, detestentur. (Epist. 86.) Saint Léon n'exige rien de plus, et ne trouve que cela à réformer dans l'indulgence dont usait Nicétas. On voit dans les lettres de saint Innocent au concile de Carthage et à celui de Mélève, que la première rigueur dont on avait cru d'abord devoir user envers eux, fut très-promptemenl adoucie. Enfin, sous le pontificat de saint Léon, ils étaient admis dans l'Eglise sans pénitence et sans imposition de mains : il suffisait qu'ils anathématisassent leur hérésie; c'est la conclusion du P. Morin, pag 632.

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