‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 379 sur 454 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Conduite de l'Eglise d'Espagne dans la réception des évéques et des prêtres ariens Vwigoths.

Les Visigolhs étaient des ariens très-opiniâtres: ils étaient maîtres de toute l'Espagne, et avaient fait dominer avec eux l'hérésie depuis cent quatre-vingts ans, lorsque leur roi Recarède se convertit à la foi catholique. Toute la nation se rendit aux exhortations que lui lit ce sage et religieux prince, et suivit son exemple. Il parla encore aux évéques et aux prêtres ariens avec tant de

force et de sagesse, qu'ils renoncèrent à leurs erreurs; et il les gagna par raison, remarquent les historiens, plus que par autorité. Un événement si important à la religion fut principalement dû au zèle et aux lumières de saint Léandre, évêque de Sévillc; mais, quoi qu'il en soit, les évéques et les prêtres ariens furent admis à la communion des orthodoxes, et conservés dans leurs ordres et leurs dignités sans qu'il paraisse qu'on leur ait imposé d'autre condition que l'abjuration sincère et pleine de leurs erreurs: on excepta seulement de la grâce, ainsi que nous allons le faire connaître, ceux qui auraient vécu dans l'incontinence.

Quelque temps après cette heureuse révolution, c'est-à-dire en 589, Recarède lit assembler à Tolède tous les évéques de sa domination. Les évéques, les prêtres, les diacres convertis, y parurent comme les orthodoxes. Un évêque catholique leur adressa la parole et les conjura, aussi bien que les principaux seigneurs de la nation, de prévenir et de détruire à jamais tout ce qui pourrait faire soupçonner que leur retour à la foi catholique n'avait pas été sincère, et, pour cela, de condamner encore l'hérésie arienne avec tous ses dogmes, ses offices, sa communion, ses livres. Tous, d'une voix, répondirent : aQuoique nous ayons déjà fait ce que vous désirez, dans le temps de noire conversion, nous sommes prêts de le faire encore. » On leur proposa vingl-trois articles avec analhèiue, qui embrassaient toutes les branches de l'hérésie arienne : ils les souscrivirent tous. Les évéques étaient au nombre de huit: ils sont nommés avec les lieux dont ils étaient évéques. Le roi ayant fait sentir combien il était nécessaire de statuer sur la discipline, le concile s'en occupa, et dressa vingt-trois canons qui furent souscrits par tous les évéques du concile, au nombre de soixante-douze. On remarque, dans cette liste, les huit évéques convertis; et ils souscrivent chacun dans son rang avec le titre de leur dignité. On voit souvent, parmi les souscripteurs, deux évéques pour la même Eglise : c'était apparemment l'évoque catholique et l 'évêque arien converti.

Le cinquième canon du concile de Tolède est remarquable. « On a reconnu, » est-il dit, « que les évéques, les prêtres et les diacres qui reviennent de l'hérésie, continuent de vivre maritalement avec leurs femmes: atin que rien de semblable n'arrive dans la suite, il leur est ordonné, conformément à ce qui avait déjà été réglé par les anciens canons, de ne point habiter dans la même chambre que leurs femmes, et même, s'il se peut, dans la même maison (13). »

Ce canon sert à en éclaircir un autre du

(15) Comperlnm est a sanclo concilio episxopos, presbyteros et diaconos venientes ex liaeresi, carliali adhuc desideiïo uxoribtis copulari. Ne ergo de «.lUero liai, lioc prrecipilur, quod el prionbus canonibiis lerminalur, ut non lieeat ipsis vivere libidiim'm socieiaic, scd manente inter eos lide conjuga-

li, comniunem uiililalem babeant, el non sub uno conclavi maneanl, el cerle si suflïagalur virlns, in aliain domum suani uxorem facial habilare, ut casiilas apud Deum cl boulines habeat lestimoniuni homtm, clc.

RETOUR DESM NISTRES 1>E LA RELIGION A L'ECLISK.

concile de Saragosse, tenu trois ans après celui de Tolède. Ce concile était composé de onze évêques qui, la plupart, avaient assisté au précédent. Voici quel est ce canon du concile de Saragosse :

« Le saint et vénérable concile statue que les prêtres revenus de l'hérésie arienne à la sainte Eglise catholique, qui seront purs dans leur foi et chastes dans leurs mœurs, pourront servir, après avoir reçu de nouveau la bénédiction des prêtres; mais que ceux dont la vie serait criminelle sur ces deux articles, seraient déposés de leur office. Ce qui a été statué pour les prêtres, l'est aussi pour les diacres (14). »

Le mariage de ces ministres et l'irrégularité de leurs mœurs, paraissent donc le seul obstacle mis par le concile à la liberté de remplir leurs fonctions.

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