CHAPITRE X
Conduite du second concile de Nicéc dans la réception des iconoclastes.
Le second concile œcuménique de Nicée n'est pas moins favorable à notre thèse, que les conciles précédents, et il mérite d'autant plus que nous nous y arrêtions quelque temps, que la manière d'agir envers les hérétiques elles schismatiques qui reviennent à l'Eglise, y fut agitée conlradietoirement et discutée à fond.
Trois évêques iconoclastes , Bazile d'Ancire, Théodore de Myre, Théodose d'Ammorium, parurent dans la première cession du concile; ils présenlèrent chacun leur confession de foi: on les jugea satisfaisantes, « Voulez-vous, di taux Pères Taraise,patriarche de Conslantinople, qu'on les rétablisse dans leurs sièges? » Les moines qui étaient présents au concile, prirent la parole, etdirenl : « Ainsi que les saints et œcuméniques conciles ont reçu ceux qui revenaient de l'hérésie, nous les recevons. » Tous les Pères du concile acquiescèrent à la proposition de Taraise, et les trois évêques eurent ordre sur-le-champ de prendre leur rang dans le concile.
Sept autres évêques iconoclastes se présentèrent ensuite, niais leur réception souffrit beaucoup plus de difficulté. Taraise les interpella sur plusieurs chefs et leur fit des réprimandes sévères, auxquelles ils opposèrent quelques excuses; mais enfin ils déclarèrent qu'ils renonçaient à leurs erreurs et qu'ils embrassaient la foi orthodoxe. Sinous n'étions pas criminels, disaient-ils, nous ne solliciterions point de grâce. Le vicaire du patriarche d'Antioche proposa de discuter la manière de recevoir les hérétiques qui revenaient à la foi, et demanda qu'on produisît les livres des saints Pères : les livres furent apportés; on lut d'abord le cinquantetroisième canon des apôtres, ,1e huitième de Nicée pour la réception des nova -
(14x ld placu'u sanclse et venerabili synodo, ul presbyleri qui ex Iceiesi Ariana ad sanclani calholicain Ecclesiam conversi siir.t, qui sanctam et puraiti (idem, atqiie ca^lissimam tenuerint vilain, acceptant dciiuu bencdiçiionuni prrbbytci ii .^ancie et
pure minislrare debeattl : c;eieii vero qui liane suprailictaoi vilain adimplere vel tenere neglexerinl, ab ot'licio depositi sim in clero. In île diaconibus sicut et de prsbytens constiluluni est.
ŒUVRES COMPLETES DE M. EMSiRY.
tiens: un évêque de Sicile représenta que ce canon n'avait point de rapport à l'hérésie présente; après quelques discussions, on Fut le troisième canon du concile d'Ephèse, deux ou trois lettres de saint Bazile.deux de saint Cyrille d'Alexandrie; la lettre de saint Alhanase à Ruûnien fut lue plusieurs fois dans cette session, tant à cause de son importance, que la distinction qu'elle met entre les chefs des hérétiques, et ceux qui se sont laissé entraîner dans l'erreur. Ce furent les moines présents au concile qui se montrèrent plus difficiles et qui prolongèrent cette dispute. On lut encore quelques passages de la première session du concile de Chalcédoine, où l'on voit que les évêques d'Orient , Ju vénal, patriarche de Jérusalem, étant à leur tèle, et les évêques d'Illyrie, sur le témoignage que les uns et les autres donnèrent de leur repentir, furent aussitôt admis à prendre rang dans le concile.
Ce point île la réception des hérétiques ayant été suffisamment discuté, Sabas, ablié de Stude, proposa alors d'examiner si on devait aussi recevoir ceux qui avaient été ordonnés par les hérétiques. On cita plusieurs autorités et plusieurs faits qui parurent suffisants pour autoriser leur réception ; enfin le concile termina celte première session par ordonner aux sept évêques de lire leur libelle de réunion, ce qu'ils tirent; cependant, l'acte définitif de leur réception fut renvoyé à l'une des sessions suivantes.
Dans la seconde, qui eut lieu deux jours après, Grégoire, un des chefs du faux concile des iconoclastes, se présenta, et demanda à se réunir à l'Eglise. Taraise lui lit des reproches, auxquels il ne répondit qu'en convenant de ses torts et en demandant qu'on voulût bien user d'indulgence. On lui enjoignit de se présenter dans la séance suivante, et d'y lire son libelle d'abjuration; il s'y présenta effectivement, et le libelle ou confession de foi qu'il lut, parut en tout semblable aux autres ; mais on lui fit de nouvelles difficultés, fondées sur des violences dont on prétendait qu'il s'était rendu coupable. Il les désavoua. Constantin, évêquede Chypre, fit observer que Juvénal et ses adhérents, qui avaient été les auteurs du violent brigandage d'Ephèse. n'en avaient pas inoins été reçus au quatrième concile œcuménique. Le commissaire de l'empereur ajouta, que les Pères du concile (levaient regarder comme un trait de la Providence bien consolant, que le chef du faux concile eût été conservé jusqu'à ce jour pour condamner son hérésie en leur présence. IL y eut encore quelques objections faites; niais Taraise conclut ainsi : « Le ^aint concile a déjà décidé, conformément aux sentiments de nos Pères, qu'on devait recevoir dans leur rang les hérétiques qui se convertissent, à moins que quelque autre cause ne les rende indignes du sacerdoce. Nous le prononçons encore une fois; >. le concile dit: « Nous le décidons tous. » Les légats du Pape, et ceux des patriarches d'Orient dirent : « Que ces évêques rentrent dans leur siège;»
le concile dit : « Nous y consentons tous. » Aussitôt après , Grégoire de Néocésarée, et les évêques qui s'étaient présentés à la première session, montèrent aux places qui leur convenaient dans le concile; et ascenderunl in compétentes sibi cathedras.
Quand on lit les Actes de ce concile, on est frappé de la douceur et de la sage condescendance du patriarche Taraise , et de tout le concile. Mais aussi, c'est à cette douceur et à cette condescendance qu'on est principalement redevable de l'extirpation totale d'une hérésie, la plus violente sans doute, et peutêtre la plus dangereuse qui eût encore paru dans l'Eglise.
Il estinutiledefaireobserver, ce quiest évident,que ces évêques hérétiques étaient ad mis à la communion ecclésiastique, et rétablis dans leur siège, d'après la seule abjuration publique de leur erreur, et sans avoir été assujettis à aucune pénitence canonique.