‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 388 sur 454 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Conduite des Papes des derniers siècles , et particulièrement du Pape Benoit XIV, dans la réception des hérétiques et schismatiques orientaux.

Il n'a presque existé aucun Pape, depuis deux ou trois siècles, sous le pontificat duquel on n'ait vu se réunira l'Eglise roniainedes prêtres eldes évêques orientaux, melquites, jacobites, nestoriens, arméniens, éthiopiens, perses, etc. Or, qu'exigeait-on de ces évêques qui sollicitaient leur réunion, soit qu'ils fussent présents à Rome, soit qu'ils témoignassent leurdésirpardes lettres écrites dufonddel'Orient? rien de [dus que l'abjuration de leurs erreurs, une profession de foi qui fût orthodoxe, et l'assurance qu'ils procédaient dans leur retour avec droiture et simplicité. Ces trois conditions étant une fois remplies, ils étaient aussitôt absous et réconciliés, avec la faculté expresse d'exercer leurs ordres et de retenir leurs dignités. Nous pourrions en fournir cent exemples ; mais nous nous contenterons de produire ce que pensait sur cet

objet, et ce qu'avait réglé pour les cophtes ou jacobites le Pape Benoît XIV.

Les religieux observantins, vicaires apostoliques en Egypte, avaient proposé à ce grand Pape quelques questions : la seconde était ainsi conçue : Faut-il accorder aux curés du rite cophte, qui du schisme reviennent à l'unité de l'Eglise catholique, la faculté d'exercer à l'égard des Catholiques les fonctions curiales qu'ils exerçaient parmi les schismatiques, quoique l'administration des paroisses, quand il n'existe point de curé catholique, ait été confiée aux religieux missionnaires.

Benoît XIV leur répond par une longue instruction, datée du k mai 1745. Il observe d'abord que, quoique l'Eglise catholique, dans les premiers temps, eût agi plus d'une fois, à l'égard des hérétiques qui abjuraient leurs erreurs, avec une grande sévérité pour exciter dans leurs cœurs plus de componction, et qu'en conséquence elle ne voulût admettre qu'à la communion laïque ceux d'entre eux qui étaient dans les ordres sacrés, cependant on avait adouci successivement la sévérité de cette discipline : « Licel in sui primordio Ecclesia calholica hœresim ejuranlibus non semel ostenderit dura, ut cos potaret vino compunctionis ; ideoque promotos ad sacros ordines solius laicœ communionis participes voluerit ; ab hac lomen severilate judicii successivis lemporibus temperatum est. » Il ajoute aussitôt, Et les Pères eux-mêmes du concile de Nicée conscntirentvolontiers que les novatiens constitués dans les ordres sacrés qui revenaient à l'unité, non-seulement demeurassent dans la cléricaiure. mais jouissent encore, sous quelques réserves sagement prescrites par le concile, des dignités qu'ils avaient obtenues dans leur parti, « nedum permancrent in ordine clericali, sed etiam obtentarum dignitatum honore (providis tamen adjeclis legibus) fruerentur. >• — Les donalistes, continue le même Pontife, ont aussi expérimenté la douceur de celle tendre Mère qui court au-devant de ses enfants pour les embrasser. Car. dans celte conférence de Cartilage, si célèbre dans les fastes de l Eglise, les évêques catholiques, en vue de faciliter aux donalistes le retour à la vraie foi et à l'unité, leur offrirent expressément, comme une sorte de préliminaire à la paix qu'il s'agissait d'établir entre les uns et les autres, de retenir le rang d'évéque auquel ils auraient été promus auparavant, « retentionem grudus episcopalis antea adepti... illis consulto obtulere. »

Nous donc, reprend le Souverain Pontife, considérant ces beaux témoignages de la douceur de l'Eglise, avons cru juste que les curés du rite cophle qui sortent des épaisses ténèbres de l'erreur pour entrer dans la lumière de la vérité, puissent remplir parmi les catholiques les fonctions de curés qu'ils remplissaient auparavant dans le schisme.

Le Pape ajoute quelques conditions : la première, c'est que la charge pastorale ne >era pas exercée indistinctement par tous les prêtres réunis, mais par ceux-là seule-

OEU VISES COMPLETES DE M. EMERV.

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ment que le vicaire généra! aura un juste sujet de croire être bien sincèrement revenus à l'unité, et, de plus, dignes de ce saint office par leur piété et par leur conduite chaste et exemplaire.

La seconde condition, c'est que ceux qui auront été choisis par le vicaire général s'abstiendront de toute fonction pastorale, jusqu'à ce qu'ils aient justifié de leur absolution, de leur réhabilitation et de la dispense de l'irrégularité, et des autres peines portées dans le droit contre les hérétiques.

La troisième, c'est qu'ils administreront les sacrements suivant le rite catholique.

La quatrième, qu'ils n'auront plus avec les schismatiques de communication m di~ vinis, qui puisse les rendre suspects de conserver encore l'hérésie dans leur cœur, mais que mettant un mur entre les schismatiques et eux, ils se conformeront exactement aux préceptes de leur sainte Mère l'Eglise qui les a une seconde fois engendrés à Jésus- Christ.

Voilà toutes les conditions prescrites par Benoît XIV dans la réception, la réhabilitation des curés cophtes ; et l'on voit qu'il n'est point question de pénitence canonique à leur enjoindre et à leur faire remplir avant la reprise de leurs fonctions.

Nous attendons de notre indulgence, dit en finissant le sage et savant Pontife, une moisson de consolations spirituelles de plus en plus abondante, c'est-à-dire le gain des âmes qui rentreront dans le sein de l'Eglise : car les schismatiques verront bien que, tenant sur la (erre la place de Jésus-Christ, le bon Pasteur, nous cherchons uniquement et voulons sauver ce qui avait péri, et que nous ramènerons au bercail les brebis égarées que nous trouvons, non avec la verge de la crainte, mais avec les bons offices de la charité : « Ex hac porro indulgenlia uberem in dies spiritualium gaudiorum messem exspectamus, lucrum scitieet animarum ad gremium Ecclesiœ rcdeuntium : probe enim intelligent, nos pustoris Jesu Christi vicem in terris tenentes, tantum quœrere et salvum velle quod perierat ; ovesque inventas, non virga timoris, sed of/icio charilatis, ad ovile congregare. »

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