‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 389 sur 454 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Principales difficultés que fuit naître celte conduite, proposées et résolues.

Il est difficile que dans le cours de celte discussion, les lecteurs n'aient été de temps en temps étonnés, et qu'ils n'aient encore peine à comprendre cette facilité qu'a l'Eglise, de recevoir à la communion les schismatiques et les hérétiques, tandis qu'elle use de tant de sévérité et de délais à l'égard de ceux qui sont tombés dans d'autres désordres qui ne paraissent [tas plus considérables, tels que sont les péchés contre la pureté. Celte difficulté est ancienne, mais la solution, qui est très-saiislaisante, ne l'est guère moins.

Saint Jean, surnommé Climaque, c'est-àdire de l'Echelle, à cause de VEchelle sainte

qu'il dressa pour monter au ciel, et q; ; i vécu dans le vic siècle, raconte au quinzième degré de son Echelle, page 226, de la traduction d'Andilly, ce qui suit :

« Un homme des plus savants dans les choses spirituelles me proposa un jour cette importante et difficile question : « Quel pé- « ché, » me dit-il, « est le plus grand et le « plus punissable de tous après l'homicide et « l'apostasie contre Dieu? » Et moi lui ayant répondu que c'était de tomber dans l'hérésie, il me repartit : « D'où vient donc que « les hérétiques qui anathémalisent et ab|u- '< rent sincèrement leur hérésie sont aussitôt « reçus par l'Eglise catholique, et jugés di- « gnes d'être admis à la participation des di- « vins mystères; au lieu qu'au contraire, ce- « lui qui confesse avoir commis un péché «d'impureté, et qui a cessé entièrement de le « commettre, est reçu à la pénitence par l'E- « glise, mais est retranché par elle de la com- « munication des très-saints mystères durant « le coursde plusieurs années, selon la tradi- « tion apostolique? « Cette repartie si pressante m'ayant surpris et jeté dans le doute et l'incertitude, la question demeura aussi douteuse et aussi incertaine qu'auparavant. »

Remarquons qu'il était donc au temps de saint Jean Climaque très-consiant et trèsmanifeste qu'on recevait les hérétiques à la communion de l'Eglise, d'après leur profession de foi et sans leur imposer de pénitence canonique.

La difficulté qui étonna d'abord et arrêta saint Jean Climaque a été éclaircie par deux auteurs anciens qui ont commenlé YEchelh. sainte. Le est premier, Elie, archevêque de Crète; le second est Jean, abbé de Railhe, un des disciples du saint. Nous nous contenterons de rapporter la solution d'Elie de Crète, parce que celle de l'autre, au fond, n'en est point différente.

« L'hérésie, » dit Elie de Crète dans son Commentaire manuscrit, cité par d'Andilly, page 585, « est un poison qui ne répand son venin que dans l'âme, au lieu que l'impureté, sortant premièrement de l'âme, répand encore ensuite sa corruption sur le corps: et ainsi, lorsqu'un homme veut quitter l'hérésie, il n'a aucun ennemi domestique ni dans le corps ni dans l'âme, qui le combatte et lui fasse violence pour le retenir dans son erreur; il devient pur au moment où il lé quitte; mais quant à celui qui veut revenii à Dieu après une vie de dérèglement et de vices, il est nécessaire qu'il emploie beaucoup de temps dans les larmes et dans le; jeûnes, afin que, par les austérités, il éloigne peu à peu de soi le plaisir criminel, qui est comme attaché inséparablement à luimême par la corruption de la nature, qu'i lave et purifie la plaie que le péché a faite dans sa propre chair, et qu'enfin il rende son esprit inaccessible à tous les artifice; «lu démon, et impénétrable à tous les at traits de la volupté. Or les saints docteurs di l'Eglise, imitant dans le gouvernement de âmes la conduite sage et salutaire des mé

RETOUR DES MINISTRES DE LA RELIGION A L'EGLISE

' ;ins des corps, ont toujours pour but, dans !es maladies spirituelles, d'en arracher, pour ainsi dire, la cause et la racine, de peur qu'elles ne repoussent de nouveau. C'est pourquoi ils ne se contentent pas d'arrêter, dans les personnes vicieuses et déré» glées, le cours de leurs dérèglements et de leurs vices (comme au contraire ils se contentent de faire abjurer aux hérétiques leur infidélité et leur mauvaise créance), mais ils les obligent encore à s'exercer dans les Iravaux et les mortifications, autant de temps qu'ils le leur ordonnent, afin que, par l'accoutumance de cette vie pénitente et de ces pratiques saintes, ils elfacent de leur mémoire et de leurs cœurs les plaisirs criminels de leur vie passée, et que, par la longueur do leur pénitence, ils donnent des preuves certaines qu'ils haïssent vraiment, et dans le fond de l'âme, leur ancienne corruption, et qu'ils ne sont plus en disposition d'y retourner. La différence de la conduite de l'Eglise, en ces deux points de sa discipline, est donc très-juste et très-sage, puisque, comme l'hérétique n'a péché que par la parole et le consentement du cœur, il est ensuite justifié par la seule parole et la confession du môme cœur, sans qu'il ait hesoin d'un long espace de temps |>our se préparer à faire cette confession; au lieu que, comme le pécheur s'est souillé luimême par des actions honteuses et illégitimes, il faut qu'il les purifie par d'autres actions toutes chastes et toutes pieuses. »

Ecoutons sur le même objet un auteur plus ancien que l'archevêque de Crète, et d'une autorité bien supérieure : c'est l'incomparable saint Augustin; il a jeté le plus grand jour sur cette difficulté dans plusieurs de ses écrits, et surtout dans sa lettre 185% écrite au comte Boniface. Nous allons donc connaître avec certitude les motifs qui ont déterminé l'Eglise à traiter avec autant d'indulgence les hérétiques et les schismatiques qui abjurent leurs erreurs.

Les donatistes voulaient tourner, contre les Catholiques , la condescendance qu'elle avait pour eux : Pourquoi vous recherchezvous, disaient-ils, si nous sommes des méchants? — Nous vous recherchons, répondait saint Augustin, pour vous rendre bons. — Mais, ajoutaient-ils, pourquoi ne nous faitesvous pas faire pénitence quand nous rentrons parmi vous ? — H faut bien que vous la fassiez, répond saint Augusiin, et sans cela vous n'avez point de salut à espérer; car la joie qu'il faut que vous ayez de votre conversion et de votre retour, suppose nécessairement que vous ayez de la douleur de votre égarement passé.

Ainsi, remarquons avec soin que les schismaliques étaient bien dispensés de la pénitence canonique ; mais, sans doute, ils n'étaient pas dispensés de la contrition de lour péché et de la pénitence que tout Chrétien doit nécessairement en faire pour assurer son salut. Cette pénitence particulière pouvait et devait même souvent être prolongée jusqu'à la fin de la vie ; mais durant le cours

OElykes coMrL. de M. Emery.

de cette pénitence, et dès ses commencements, on pouvait être admis à la participation des saints mystères, ainsi qu'on le voit pratiquer tous les jours pour des pécheurs ordinaires qu'on juge bien sincèrement repentants de leurs péchés.

S'il nous est donc nécessaire , pour être sauvés, continuent les donatistes, de faire pénitence pour nous être séparés de l'Eglise, et l'avoir combattue , comment, après cette pénitence, conservons-nous parmi vous l'honneur de la cléricature, et même de l'épiscopat î

Les donatistes rappelaient la règle ordinaire et ancienne qui excluait de la cléricature et des fonctions du sacerdoce les grands pécheurs et les pénitents. Saint Augustin convenait de la règle : Nous avouons, disaitil, que cela ne devrait pas se faire, et cela ne se ferait pas effectivement, si ce que souffre en cela la discipline de l'Eglise n'était pus, en quelque sorte, compensé par le bien de la paix : « Et hoc non fieret, nisi pacis compensations sanuretur. »

Saint Augustin fait ensuite tomber ce reproche des~donalistes sur eux-mêmes : C'est à ceux qui sont dans un tel état de mort qu'on ne peut les rappeler à la vie sans faire une grande plaie à la sainte Mère qui les engendre de nouveau à Jésus-Christ ; c'est à eux, dis-je, à se faire ce reproche dans un profond sentiment de douleur et d'humilité.

Saint Augustin reprend ensuite la justification de la conduite miséricordieuse de l'Eglise, et il le fait en employant une comparaison très- ingénieuse. Il suppose que l'Eglise est un arbre ou le tronc d'un arbre, et que les donatistes sont des branches de cet arbre, qui en ont été séparées : On ne peut, sans faire au tronc de l'arbre une seconde blessure, y rejoindre la branche coupée, de la manière dont il faut qu'elle y soit rejointe pour reprendre vie ; mais cette blessure se referme quand la branche a repris ; et l'on est bientôt consolé de l'avoir faite, cette blessure, quand on voit et la vigueur qui revient à la branche, et les fruits qu'elle rapporte.

Il est une autre manière d'enter, continue saint Augustin en poursuivant toujours la même comparaison, suivant laquelle on n'enlève au tronc aucune des branches qui y tiennent, et on ne fait que lui en insérer une qui n'y tenait pas, en lui faisant seulement une incision très-légère ; c'est ainsi que, quand tes donatistes sont entés sur le tronc de l'Eglise ou de l'unité catholique, sans que l'on ôte à leurs clercs et à leurs évéques le rang de leur ordre pour les mettre en pénitence, l'Eglise reçoit de là quelque blessure dans sa discipline, comme l'arbre en a reçu dans son écorce. Mais ceux qui sont enfin réunis et qui vivent en paix dans te même tronc, réunissant aussi leurs prières et sollicitant en commun la miséricorde de Dieu, cette charité couvre la multitude des péchés.

Saint Augustin développe ensuite les raisons qui ont engagé l'Eglise à exclure de la cléricature tous ceux qui auraient eu besoin

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d'expier leurs péchés par la pénitence. En étant aux pénitents, dit-il, l'espérance d'une élévation passagère , elle n'a eu pour but que de rendre le remède de la pénitence plus efficace et plus salutaire, et de mieux s'assurer de l'humilité des pénitents. Mais, ajoute-t-il, de nouveaux maux font inventer de nouveaux remèdes; et lorsqu'il s'agit, non-seulement d'assurer le salut de quelques particuliers, mais de tirer des peuples entiei's de. la mort, la charité veut que l'on relâche quelque chose de la sévérité de la discipline, pour remédier à de plus grands maux.

Rien de plus touchant que ce qui suit dans la même lettre; c'est l'effusion de la plus sage et de la plus tendre charité.

{Ju'ils se repentent amèrement du crime énorme qu'ils ont commis en se séparant de l'unité, et qu'ils viennent ensuite à la véritable Eglise de Jésus-Christ , c'est-à-dire dans l'Eglise catholique notre Mère; qu'ils y soient clercs, qu'ils y soient évèques, qu'ils emploient pour son service ce qu'us n'employaient auparavant que pour lui faire la guerre; loin d'en avoir de la jalousie, nous les recevrons à bi-as ouverts, et avec une joie proportionnée au désir extrême que nous avons de leur rentrée, etaux violences mêmes que nous leur faisons, comme l'Evangile ordonne qu'on en fasse à ceux qu'on rencontre le long de» haies et des chemins cependant, que ce que la sollicitude maternelle de l'Eglise l'oblige de faire pour ramener les peuples qu'ils ont éqarés, et pour les ramener eux-mêmes, ne leur donne point de sujet de s'enfler et de s'élever contre elle. Qu'ils ne s'enorgueillissent pas de ce qu'elle les reçoit avec cette facilité ; (ju'ils ne tournent point au profit de leur amour-propre ce qu elle ne fait que pour le bien de la paix. C'est ainsi que l'Eglise a coutume d'en user, quand il est question de tirer des peuples entiers du schisme et de l'hérésie. Lucifer ne le trouva pas bon, quand l'Eglise le fit pour favoriser le retour de quelques personnes qui s'étaient laissées infecter du venin de l'hérésie arienne; mais aussi ce censeur de la conduite de l'Eglise perdit bientôt après la lumière de la charité, et tomba dans les ténèbres du schisme.

On ne doit passe lasser d'entendre saint Augustin parler sur la question présente avec tant do lumière et de sagesse : qu'on nous permette donc d'ajouter ce qui suit immédiatement; nous y verrons la confirmation d'un fait très-important que nous avons rapporté au commencement de cet écrit ;je veux «lire de l'indulgence dont usa le Pape Miltiade, et le concile de Rome, à l'égard des premiers donalistes. La fin surtout est trèsdigne de remarque, et semble montrer que, pourvu que les schismatiques renoncent au schisme et se réunissent à l'Eglise, il ne faut pas être trop rigoureux sur la perfection de leurs dispositions actuelles.

L'Eglise catholique d'Afrique en a usé ainsi, dès le commencement, envers les donalistes ; et en cela, elle s'est conformée au sentiment des évèques catholiques d'outre-mer, qui prononcèrent à Rome entre Cécilicn et le parti

de Donat, évêque des Cases-noires. Ces évèques se contentant de condamner un certain autre Donat, qui se trouva le principal auteur du schisme, furent d'avis qu'on reçût les autres et qu'on leur conservât leurs dignités , s'ils revenaient à l'Eglise catholique, quoiqu'ils eussent été ordonnés hors de sa communion. Ce n'est pas qu'on ait jamais cru que Ces schismatiques pussent avoir le Saint Esprit hors de l'unité du corps de Jésus-Christ ; et si le concile eut cette condescendance, ce fut principalement en faveur de ceux que les évèques schismatiques auraient pu séduire, en demeurant hors de la communion de l'Eglise, et qu'ils auraient pu empêcher d'accepter la grâce qui leur était offerte; c'était encore afin qu'en ménageant l'infirmité de ces écêques eux-mêmes, par un traitement aussi doux, ils fussent plus capables de guérison quand ils seraient rentrés dans l'Eglise, et qu'il n'y aurait plus d'opiniâtreté ni d'engagement qui fermât les yeux de leur cœur à ta lumière de la vérité.

Quelque satisfaisants que paraissent ces éclaircissements, il est des personnes qui peut-être insisteront encore, et qui diront : Nous ne pouvons pas contester, après la multitude d'exemples qui ont été produits, que les schismatiques et les hérétique* n'aient été souvent réconciliés, sans qu'on leur infligeât aucune peine : mais cependant est-il croyable qu'ils n'en méritassent aucune?.est-il croyable que les Pères et les conciles l'aient jugé ainsi ?

Non, sans doute; mais cette peine, qui leur était justement due, ils n'ont point voulu la leur imposer pour le bien de la paix et le plus grand avantage de l'Eglise, Us ont tout remis entre les mains de Dieu. Ce sont les termes de saint Corneille dans sa Lettre à saint Cyprien, quand il annonça à ce saint évêque qu'il avait rétabli le prêtre Maxime, et reçu les autres schismatiques à la communion, aussitôt qu'ils eurent témoigné leur repentir et le désir d'être réunis à 1 Eglise. Nous avons ordonné au prêtre Maxime de reprendre sa place, nous avons reçu tous les autres avec un très-grand applaudissement des fidèles, remettant d'ailleurs à Dieu toutes choses, à la puissance duquel elles sont toutes réservées. « Omnia autem remisimus Deo omnipotent! in cujus potestale omnia sunt reservata. »

Nous ajouierons, avec les plus savants théologiens, deux grands principes; le premier, c'est que dans des causes de cette espèce, souvent rien n'est plus contraire aux canons que d'observer rigoureusement la lettre des canons, d'où vient le proverbe : Summum jus , summa injuria; le second principe, c'est que dans l'ordre moral comme dans l'ordre politique, le salut du peuple est la loi suprême, c'est-à-dire que les lois de discipline qui ont été établies pour le salut du peuple ou le bien de l'Eglise, ne doivent point être observées dans les cas où leur observation serait contraire à ce même salut et à ce même bien.

On fait encore une objection, on dit: Les

RETOUR DES MINISTRES DE LA RELIGION A L'tGLISE.

fidèles sont scandalisés de voir exercer les fonctions du ministère qui exigent le plus de sainteté, par des hommes qui, un moment auparavant, vivaient dans une criminelle désobéissance.

Nous répondons, 1° que dans les premiers siècles de l'Eglise, sous le pontiticat du Pape saint Corneille, les fidèles ne se scandalisaient pas de voir, au sortir du schisme, un prêtre reprendre son ministère, ni les simples Chrétiens admis aussitôt à la communion de l'Eglise. Pourquoi les fidèles s'en scandaliseraient- ils aujourd'hui? leur conscience est-elle plus délicate et plus éclairée que celle des anciens Chrétiens, dont plusieurs avaient confessé la foi, et qui tous se préparaient chaque jour au martyre? Pourquoi, dans une matière tout ecclésiastique, ne formeraient-ils leur jugement sur celui de leurs supérieurs ecclésiastiques? Depuis quand les ouailles remplissent-elles l'office des pasteurs, et leur prescrivent- elles la manière de conduire? Font-ils attention, ces détracteurs imprudents , que leur censure retombe sur l'Eglise entière, puisque souvent l'indulgence qu'ils blâment a été autorisée, prescrite même dans des conciles œcuméniques? Ne leur suflit-il pas de savoir que l'Eglise approuve celte conduite, pour être assurés qu'elle est sage et raisonnable? et s'ils veulent absolument en savoir les raisons, qu'ils sachent donc que la conversion du cœur peut s'opérer dans un moment; que les délais, pour s'assurer de cette conversion et donner ensuite l'absolution aux pénitents, ont été sagement, il est vrai, prescrits par l'Eglise, mais qu'elle peut en certaines circonstances, et pour des considérations prises dans le plus grand bien , en dispenser, et renvoyer, comme lit le Pape saint Corneille, au jugement de Dieu.

Nous observerons cependant, pour la consolation des personnes qui éprouvent le genre de peine et de scandale dont nous parlons , que quelques fidèles l'ont aussi éprouvé dans les premiers siècles de l'Eglise; qu'à Cartbage, au temps de saint Cyjirien, le peuple a paru quelquefois étonné et troublé même de la facilité avec laquelle le saint évoque recevait des schisinatiques. O si vous pouviez, écrivait saint Cyprien à saint Corneille, (:tre ici présent avec nous, lorsque ces sortes de personnes reviennent de leur schisme! vous verriez combien fui de peine à persuader à nos frères de déposer la juste indignation, qu'ils ont contre eux, et de souffrir qu'on les reçoive et qu'on cherche à les

guérir ; car ils se réjouissent bien, il est vraiquanti ils en voient revenir qui ne sont pas s< criminels; mais ils frémissent et se soulèvent toutes les fois que ceux qui, outre l'adultère et l'idolâtrie dont ils sont coupables, sont encore fiers et arrogants, et semblent ne revenir à l Eglise que pour corrompre les autres. H faut, en quelque sorte, que je fasse violence au peuple pour les recevoir, et surtout depuis qu'un ou deux, reçus contre son opposition, sont devenus pires, et n'ont pas persévéré dans lu pénitence.

Mais nous répondons qu'il no s'agissait pas de recevoir alors de purs schisinatiques; ceux dont parle saint Cyprien étaient des Chrétiens souillés de divers crimes, tels que l'adultère et l'idolâtrie, et qui, refusant de se soumettre à la pénitence sur de frivoles prétextes, s'étaient séparés de la communion de saint Cyprien, et avaient adhéré à un faux évoque de Carthage. Nous observons encore que saint Cyprien n'était pas toujours arrêté par les répugnances et les murmures du peuple; il allait en avant et recevait les schisinatiques, malgré qu'il eût encore lieu de craindre d'être trompé par quelques-uns d'entre eux; mais le bien inestimable de la paix prévalait dans son esprit.

C'est dans les mêmes sentiments et d'après les mêmes principes que saint Cyrille écrivait au diacre Maxime, qui faisait difficulté de communiquer avec son évoque, Jean d'Anlioche, sur le fondement que ce prélat avait reçu à sa communion des nesloriens que lui, Maxime, ne croyait pas bien sincèrement convertis. Il lui conseille do se contenter de leur abjuration extérieure, sans vouloir trop pénétrer dans leurs consciences: Ecclesiasticœ œconomiœ causa non simus lam exacti exploralores in eos qui ad tnentem rcdierunt. (Fleuhï, t. VI, p. 202 ; Morin., De pœnit.)

Nous plaçons en note la lettre entière de saint Cyrille. Elle fut produite dans le second concile de Nicée, et contribua beaucoup a déterminer et à justilier l'indulgence dont on usa à l'égard des iconoclastes Gratien l'a insérée dans son décret; et les correcteurs romains de ce décret ont jugé, disent-ils, qu'il s'y agissait d'une matière si importante, et qu'elle était écrite avec tantde sagesse, qu'ils ont cru en devoir donner une nouvelle traduction plus exacte et plus complète que celle dont s'était servi Cratien (19). Quoniam in magni ponderis argumento

(19) « Oognovi ex (lilcclo moiiaclio Paulo piclaicni I ii.i m usque ad liiinc dicni lecusare comniunionem religiosissinii episcopi Juanuis, eo quod aliqui suiil in ecolesia Autioclieiia qui vel adlmc cuin Nesloiio scnliunl, vol seuseiunl quideni; nuno aiiteni ab eo ferlasse abstinent. Perpendat igiiuiaequitas lua uirum laudem, quidicunlur convenue: palain alque impiulenler Nestoiiana ei seniiant et cuin aliis etiam loquantur : an aliquamlo quideni rauteriaiam habuerinl eonsciemiam ; ruine aulem ideo convenianl quod ipsos pœniltierit erraiiimîu q'iibus bimul abrcpli lucrant, pudeat a-icin for-

tasse lapsiiin Sun m conlilcii. Solet eniin (oie laïc qiinidani iis, qui «locepli sunl, usu vonire. Quod si illos niinc ad reclam lidein conversas videas, maloruin praelcriloruin nienioiiam dépolie. Maluinus eniin oos vidcie negaules quaiu dcl'.-ndunles Nislorii vitra. Ca'UTUui, ne vidoamur conlcnlionis cupidi, religiosisMini Joannis coniniiinonem aniplemniui', indulgentes ei, alquc ut convenions in his reluis moderàlio leneatur, non nimiii n diligente in eos qui lesipiscnnt inquironles. Rus eniin, ni di\i, magna? eget inoderalionis. >

versalur tuec epistola, ne prudentissime scripta est, multa autem in hac versiom corrigenda fuissent, plncuit Grœcam ipsam epistolam cum inlerpretatione nova afferre. (Pi- THyEi's, Corp.juris canon., t. I, p. 150.)

Saint Cyrille, dans mie Lettreà Jean d'Antioche, montre toujours la même modéralion : Si parmi ceux, dit-il, qui ont soutenu le parti de Xeslorius, il en est qui, renonçant sincèrement à son parti, et changeant de volonté', s'attachent à la foi orthodoxe, il faut les rerevoir avec bonté, et ne leur faire, à raison de ce qui s'est passé, aucun reproche, dans la crainte que ce traitement n'éloigne et ne rebute quelques-uns de ceux qui seraient disposés d'ailleurs à se réunir à nous (20).

C'est toujours dans le même sens que ce grand patriarche écrivait à l'archimandrite Gennade: et sa Lettre a été aussi produite dans la première session du second concile de Nicée. La sagesse dans la conduite des affaires, exige quelquefois de consentir à faire unepelile perte pour s'assurer un plus grand gain ; et de même que ceux qui naviguent sur la mer pendant la tempête, et lorsque le vaisseau est en danger, jettent dans la mer une partie de leurs effets pour sauver l'autre, nous devons aussi, dans les affaires ecclésiastiques, lorsque nous n'avons pas la certitude de mener tout à bien, abandonner une partie pour ne pas perdre le tout (21).

Ces maximes, si sages et si peu connues de certaines personnes , méritent d'autant plus d'attention et de confiance, qu'en même temps qu'il n'y a point de Père de l'Eglise plus savant et plus théologien que le saint patriarche qui nous les enseigne, il n'y en a point eu non plus qui ait maintenu la foi et combattu l'erreur avec plus de zèle et de courage.

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