‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 391 sur 454 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Observations sur les évèques constitutionnels.

Il n'a été question, jusqu'ici, que des ecclésiastiques d'un ordre inférieur, mais nous convenons que les dispositions du bref du Pape à l'égard des évèques, sont bien plus sévères.

Le Pape se réserve, à lui et à ses successeurs, la faculté de les absoudre. Tout ce qui appartient au jugement de leur cause, dit le saint Pontife* est d'une bien plus haute importance : car il en est quelques-uns dans le nombre qui sont les chefs de ce malheureux parti ; et tous peuvent être véritablement appelés les auteurs de ce schisme fîmes te qui désole aujourd'hui la France. Ils méritent donc bien un traitement plus rigoureux que les ecclésiastiques du second ordre.

Mais Pie VI reprend bientôt le langage et le ton du père le plus indulgent et le plus tendre : Cependant, dit-il, à Dieu ne plaise que la réserve que nous faisons de leur cause ù notre tribunal, soit pour eux un motif dé découragement. Nous désirons vivement, au contraire, les exciter par là à recourir avec confiance à leur commune Mère, et à se jeter pleinement dans' ses bras; s'ils se repentent sincèrement, s'ils veulent pleinement condamner leur conduite, etrenonceraux églisesqu'ils ont usurpées, nous l'avons déjà déclaré avec saint Léon, et nous le répétons encore, nous les recevrons à bras ouverts et nous les admettrons à la jouissance delà paix et de notre communion; car nous n'avons pas d'autre vue et d'autre dessein que de ramener au bercail les brebis égarées, et de terminer cemalheureux schisme ; c'est l'objet des prières que nous ne cessons d'adresser au Seigneur, avec larmes.

Quelque grande que pût être l'indulgence

(24) Les évèques constitutionnels, dans une assemblée qu'il leur a plu d'appeler concile national, ont proposé un plan de pacification dont il est curieux de connaître les dispositions principales. Ils ont pensé d'.ibord qu'il serait au moins inconvenant de laisser deux évèques dans la même Eglise; ainsi ils ne croient pas devoir adopter la proposition qui l'ut l'aile par les Catholiques dans la cnnléicnce de Cartilage. La démission des deux évèques proposée dans la même conférence, leur a paru aussi, dans les circonstances présentes, sujette aux plus graves inconvénients.

Ils proposent donc : « 1° Que s'il n'y a qu'un Seul évoque pour le iiiéme diocèse, et un seul curé pour une même cure, il sera reconnu de tous;» d'où il résulte que les diocèses dont les évèques catholiques ne vivent plus, et qui sont en grand nombre, appartiendraient incontestablement aux constitutionnels : ear,nous croyons qu'il n'est aucun de ces diocèses où quelqu'un u'enire eux ne soil établi ;

i 2° Si une Eglise a deux évèques, l'on désigné et consacré avant 1791, l'autre élu et consacré depuis cette époque, le plus ancien sera reconnu ; l'autre lui succédera de plein droit; cetle disposition est commune aux curés, i D'après cet article, les évèques catholiques vivants rentreraient dans leurs

de Pie VI, quelque empressement, quelque désir qu'il ait eu de terminer le schisme, et de traiter favorablement les évèques qui se seraient soumis, on sent bien qu'il aurait été nécessairement inflexible sur la condition imposée à tous, d'abandonner les sièges qu'ils avaient occupés, et particulièrement ceux dont les titulaires légitimes Vivent encore.

Que prétendent aujourd'hui ces évèques, si incompétemment assis dans les chaires épiscopales? consentiraient-ils à en descendre ? et à quel prix, à quelles conditions (24)? Qnel traitement leur accorderait le Saint-Siége,s'i1s se soumettaient humblement à ses décisions? Nous ne pouvons rien préjuger sur ce dernier point.

Nous voyons seulement, en général, que leur cause est bien moins favorable que celle de beaucoup d'évêques, à qui l'Eglise, lorsqu'ils rentraient dans l'unité, conservait le rang de l'épiscopat.

Nous savons encore qu'il est une distinction à faire entre les uns et les autres, fondée sur la différence de conduite personnelle, et plus encore sur les différentes époques de l'usurpation ; car, si ceux qui les premiers ont donné l'exemple d'envahir les chaires épiscopales, sont, à bien des égards, plus coupables que les autres, cependant ceux qui les remplacent è mesure qu'ils meurent, ceux qui osent encore aujourd'hui occuper les mêmes chaires, semblent, à d'autres égards, bien plus inexcusables, soit parce que l'injustice de la cause à laquelle ils adhèrent, devient chaque jour plus évidente, soit parce que leur tilre est beaucoup moins coloré que celui de leurs prédécesseurs; car ce prétendu titre, c'est l'élection du clergé et du peuple; or cette élection même qui, à la première époque de la révolution, eut quelqueforme, quelque apparence de réalité, n'est plus aujourd'hui, par la manière dont elle se fait, par l'espèce et le petit nombre

sièges, mais à deux conditions : la première, qu'ils auraient manifesté leur fidélité à la république, et en auraient donné la garantie prescrite par la loi : car on a déclaré qu'on n'admettait au rang de pasteurs que ceux qui ont rempli et lie condition; la seconde, qu'ils feront dans trois mois après la publication du décret de pacification, la déclaration de leur adhésion à ce décret.

Les constitutionnels déclarent, dans le préambule, « que la charité exige qu'ils niellent en pratique les sublimes maximes des évèques d'Afrique, qui étaient résolus de descendre de leurs sièges pour le rétablissement de l'unité. Grâces immortelles soient rendues au Seigneur noire Dieu! disent-ils; tous les Pères du concile sont dans ces saintes dispositions. >

Ils ne veulent p;is qu'on élève le moindre doute, qu'on propose la plus légère discussion sur la légilimité de leur titre. « Nous établissons en principe, > disent -ils < que la légitimité des litres des pasieurs élus, consacrés et institués depuis 1791, ne peut être contestée : c'est une vérité démontrée jusqu'à l'évidence, et sur laquelle la justice et la vérité ne permettent point de transiger. »

On ne peut pas nier que celle déclaration ne soit au moins de leur part un acte de prudence.

île sujets qui y concourent, qu'une dérision et une momerie.

Mais, encore une l'ois, nous n'osons rien préjuger sur ce point ; ce que nous conjecturons seulement, ce quo nous pouvons même avancer avec quelque confiance, c'est que dans le nombre, il en est plusieurs qui, après qu'ils auraient donné au Saint-Siège dès témoignages suffisants rie leur soumission, obtiendraient d'abord le rétablissement dans l'exercice des fonctions sacerdotales; du moins nous savons qu'un d'entre eux ayant témoigné un désir de rentrer dans l'unité qui avait paru sincère, on sollicita pour lui le rétablissement dont nous parlons, et il fut répondu de Rome, qu'il devait écrire lui-même, et qu'après qu'il aurait fait cette démarche, ce qu'on demandait, serait aussitôt accordé.

Oh 1 puissions-nous, en travaillante ramener nos frères à l'unité, ne jamais perdre de vue les conseils que donnait saint Augustin aux fidèles de son temps, zélés pour le retour des donatistes : Détruisez les erreurs, mais aimez les personnes, leur disaitil ; que la connaissance que Dieu vous a donnée de la vérité, ne vous inspire point d'orgueil, et combattez pour elle sans dureté et sans amertume. Elevez à Dieu vos mains suppliantes pour ceux que vous entreprenez d'instruire et de convaincre. « Diligilehomines,interficite errores : sine superbia deveritate prœsumite, sine sœvitia pro reritale certale. Orale pro iis quos redarguitis atque convincitis. » (Contra lit. Petilian., lib. i, c. 29.)

Demandons sincèrement à Dieu ce que lui demandait ce grand saint avant d'entrer en conférence avec ces schismatiques obstinés : Que la céleste charité guérisse ta faiblesse du cœur dans les uns, et amollisse sa dureté dans les autres; et que la paix régnant dans les esprits, ils ne résistent pas davantage à la vérité qui est si manifeste : « Postulamusut in

adjutorio Domini Dei nostri etiam ante

collationem, corda hominum vel infirma vel dura pia charitas aut sanel aut edomet ac sic jain pacificis mentibus, non resistamus manifestissimœ verilati. » (Epist. 128.)

Prions Dieu de tout notre cœur qu'il donne d'un côté la douceur, la condescendance, la prudence, l'oubli des injures, cette aimable charité qui croit tout, qui espère tout, qui supporte tout, ce zèle qui dispose à sacrifier tout et à se sacrifier soi-même pour le corps de Jésus-Christ, qui est son Eglise; et que de l'autre côté il donne la vive crainte de ses jugements, l'amour sincère de la vérité; une docilité à la grâce qui ne permette plus de résistance, une humilité courageuse qui puisse tirer de notre bouche cette noble et magnanime confession de nos erreurs, qu'on sait. être capable de nous reporter au point

d'où nous étions descendus, et de nous placer au niveau, quelquefois même au-dessus de ceux qui n'ont jamais abandonné la vérité.

Tendons à tous nos frères une main charitable, ouvrons notre sein pour les recevoir; promettons à tous ceux qui se rendent à nos vœux, l'amitié la plus fraternelle ; non, s'ils se présentent, ils ne seront plus reçus avec dédain ; non, aucun ministre n'appellera sur lui la malédiction prononcée par Dieu contre les pasteurs, qui ne relèvent pas les brebis qui sont tombées, et ne cherchent pas celles qui sont perdues. Conjurons-les donc de ne point nous contrister par de plus longs délais, et d'acquiescer enfin à une décision du Saint-Siège, qui porte le caractère d'un jugement irréformable ; car ce n'est pas seulement dans la cause des pélagiens, c'est encore dans celle des donatistes, que saint Augustin assurait que, puisque la cause avait été portée à Home et qu'elle y avait été solennellement jugée, il ne restait plus qu'à se soumettre à ce jugement, et c'est ce que ce grand docteur appelait un argument aussi court qu'invincible. (Epist. ikk.)

Conjurons-les d'avoir pitié d'eux-mêmes et de l'Eglise de France, qu'ils ont jetée dans un état si déplorable. Oui, nous le disons avec douleur, mais en même temps avec confiance, peut-être a-t-il existé dans l'Eglise quelque schisme aussi odieux dans son origine et aussi faible dans ses fondements, que celui qui est le sujet actuel de nos larmes; mais, certainement, il n'en a existé aucun aussi funeste et aussi désastreux dans ses effets ; car le désolation de l'Eglise de France, cette désolation, dont il n'y a point d'exemple, en est incontestablement la suite. L'impiété était bien déchaînée, et môme toutepuissante au commencement de la révolution; elle en dirigeait la marche, elle en maîtrisait tous les mouvements; et, sans doute, elle aurait livré à la religion de bien funestes attaques, mais jamais elle n'aurait osé seulement former le projet des attentats qu'elle a commis, ni espérer les triomphes qu'elle a obtenus, jamais nous n'aurions vu le monstre de l'athéisme qui, à peine auparavant, osait montrer sa tête, planer si tranquillement et pendant si longtemps, sur toute la surface de la France, si la constitution prétendue civile n'eût jamais vu le jour, et si des prêtres séduits, les uns par l'esprit d'ambition, les autres par de fausses apparences de réforme, n'eussent point adhéré à cette production malheureuse, et jeté par là une division horrible dans le clergé, production, au reste, qu'ils abandonnent eux-mêmes aujourd'hui, quoiqu'elle soit le litre unique des prétentions qu'ils conservent.

HECES JUSTIFICATIVES.

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