LETTRE DE MADAME DE "' A SA FILLE
On a vu 'des 'religieuses mal instruites qui ont cru pouvoir se faire un mérite de renoncer entièrement et s;ins aucune réserve à la succession de leur père, de leur mère sans le consentement de leurs supérieurs, et même contre leur gré ; elles ont regardé cet acte d'un abandon absolu et irrévocable, dicté uniquement par leur propre volonté', comme un acte de perfection. Elles ont cru que ceux qui le blâmaient comme une donation et un acte de propriété, contraire par son indépendance à leurs vœux d'obéissance et de pauvreté, voulaient, en quelque sorte, les détourner de la perfection de leur état; elles n'ont pas vu, dans les représentations qu'on leur faisait a cet égard, une instruction salutaire et nécessaire, qui tendait à leur faire éviter des fautes réelles, qu'elles auraient dû se reprocher.
Ces représentions n'avaient pour motif que de leur faire comprendre qu'il ne leur était pas plus permis d'agir avec indépendance et par leur propre volonté, relativement à une succession ouverte en leur faveur, que sur tous les autres objets ; qu'elles ne pouvaient pas plus, dans ce cas-là , se conduire par elles-mêmes, avec indépendance et par leur volonté, que dans toutes
les autres circonstances où elles pouvaient se trouver, sans agir contre leurs vœux, et sans manquer essentiellement à leurs saints engagements...
Il serait sans doute à propos de rappeler à ces religieuses mal instruites, ce que dit Fénelon à des âmes pieuses, pour leur faire connaître, avec quelle attention elles doivent s'appliquer à lui être fidèles. « Nous ne nous égarons, » dit ce prélat, aussi recommandable par sa piété que par ses lumières, « nous ne nous égarons qu'à force de nous conduire par nous-mêmes; nous ne serons donc à l'abri de l'égarement qu'à force de nous laisser conduire; d'être petits, simples, livrés à l'esprit de Dieu
n'ayant aucune volonté propre, n'ayant plus de volonté, plus de jugement, et n'aimant qu'à céder, après avoir dit naïvement ce qui peut faire connaître nos dispositions.
Il est à remarquer que Fénelon s'exprimait ainsi en instruisant des personnes qui, dans le monde, paraissaient vouloir tendre à la perfection propre de leur état. Combien cette maxime ne doit-elle pas avoir plus de force à l'égard des personnes spécialement consacrées à Dieu, et qui ont fait les vœux solennels d'obéissance et de pauvreté?