‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 397 sur 454 · DE MADAME DE *** A SA FILLE · texte numérisé non relu

DE MADAME DE *** A SA FILLE

Il est donc bien vrai, ma chère enfant, que ma dernière lettre n'a fait sur vous aucune impression I Rien au monde ne pourra donc dissiper cette profonde tristesse qui altère votre santé! Je conçois assez que, sensible comme vous l'êtes, sincèrement attachée à votre religion et à votre patrie, vous devez être vivement affectée de tous les maux qui nous accablent. Mais enfin la douleur la plus juste doit avoir ses bornes. Vous vivez dans des troubles et des alarmes continuelles; vous vous plaisez, ce semble, à vous tourmenter vous-même, en ajoutant à vos maux réels des craintes chimériques : quel bien peut produire une telle conduite? Il n'en peut résulter aucun avantage ni pour vous, ni pour les autres. Ce n'est pas en vous désespérant et en altérant votre santé, que vous remédierez aux maux de l'Eglise et de l'Etat. J'avoue qu'il est difficile de conserver la paix de l'âme parmi tant de sujets d'affTelion ; ce n'est pas cependant impossible. Vous connaissez Mme de *** et ses deux filles : personne, peut-être, n'a plus souffert qu'elles du malheur des temps ; malgré cela, elles sont d'une tranquillité, d'un calme dont vous n'avez pas d'idée. « Je ne me lasse point de vous admirer, » leurdis-je un jour : « un vous enlève vos biens, on brûle vos

châteaux, et ces pertes ne vous causent pas la moindre émotion. Enseignez-moi, je vous prie, le secret de me mettre comme vous au-dessus de tous les événements de la vie? »

« Il n'y a, » me répondit Mme de ***, '( qu'à vous bien convaincre que rien n'arrive ici-bas sans l'ordre ou la permission expresse de Dieu , et que ce bon Maître n'ordonne et ne permet rien que pour votre avantage; c'est le moyen d'être toujours contente, quoi qu'il puisse vous arriver.»!

Ainsi, ma chère fille, commençons par nous bien persuader que la révolution actuelle , la plus étonnante qu'on ait jamais vue, n'a eu lieu que par une disposition bien marquée de la divine Providence. Les hommes n'ont été, dans tout ce qui est arrivé, que des instruments dont Dieu s'est servi pour nous punir. Vous souvient-il d'une réllexion judicieuse qu'un auteur fort connu fait à l'occasion de la ruine de Jérusalem? Je me rappelle que dans le temps elle fit sur vous une forte impression : la voici mot pour mot;

« L'un des plus terribles effets de la vengeance divine, c'est lorsqu'en punition de nos péchés précédents, elle nous livre à notre sens réprcuTé ; en sorte que nous

sommes sourds à tous les sages avertissements, aveugles aux voies de salut qui nous sont montrées; prompts è croire tout ce qui nous perd, pourvu qu'il nous flatte. » (Hist. univ., p. 28G.)

Ne diriez-vous pas que M. Bossuet , en écrivant ceci, avait sous les yeux tous les événements dont nous sommes témoins.

Quel sera le terme de nos maux ? La religion triomphera-t-elle de l'impiété, ou bien aurons-nous !a douleur de voir le schisme se consommer parmi nous? Qui peut le savoir? Nous ne connaissons pas les desseins de Dieu : le moyen de prononcer sur l'avenir! L'on demandait, il y a quelque temps, à notre respectable pasteur, s'il espérait que la foi se conservât en France : il fit cette réponse , pleine de sagesse, que je n'oublierai jamais :

'( Notre-Seigneur, il est vrai, a promis que les portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre son Eglise; mais ses promesses regardent l'Eglise en général , et non. une Eglise en particulier. L'exemple de l'Egypte, autrefois peuplée de fervents anachorètes, aujourd'hui plongée dans les ténèbres de l'infidélité ; l'exemple moins ancien de l'Angleterre, autrefois si féconde en saints, aujourd'hui livrée à l'esprit d'erreur et de schisme; l'exemple plus récent encore du Japon, où l'on voyait une chrétienté nombreuse , comparable en ferveur à celle des premiers siècles, et où l'on ne trouverait pas aujourd'hui un seul Chrétien : ces exemples frappants de la sévérité des jugements de Dieu doivent nous faire trembler pour la France, où l'impiété, depuis un demi-siècle, a fait les plus affreux ravages. Ah ! si Dieu nous traite dans toute la rigueur de sa justice, c'en est fait de la foi dans ce royaume. Mais que savons-nous, s'il n'écoutera pas la voix de sa miséricorde? S'il y a de grands sujets de craindre, il y a de puissants motifs d'espérer. Le courage héroïque avec lequel nos vénérables pontifes et grand nombre de •vertueux curés ont confessé la foi aux dépens de leur fortune et la plupart au péril de leurs joui s ; ces prières ferventes qu'on adresse de toute part au ciel pour lui faire une sainte violence ; la protection visible que la sainte Vierge a toujours accordée à ce royaume, qui lui est consacré d'une manière spéciale, tout cela doit nous faire espé rer que un regard favorable. »

Prions donc, ma chère enfant, et surtout avec confiance. Ne nous appuyons pas sur des bras de chair : n'attendons notre salut que du Père des miséricordes. C'est lorsque tout paraît désespéré du côté des hommes que Dieu aime à se montrer ; il est jaloux de sa gloire ; il ne veut pas que ses élus puissent attribuer à d'autres qu'à lui leur délivrance. A l'esprit de prière, joignons l'esprit de pénitence; oui, ma fille, l'esprit de pénitence. Il faut, à ce sujet, que je vous fasse part de ce qui m'est arrivé dimanche dernier. J'avais eu le bonheur de communier, je récitais le psaume cinquantième,

e Seigneur daignera jeter sur nous

lorsque j'en fus à ce verset : Vous ne rejetterez pas , Seigneur, un cœur contrit et humilié (Psal. l, 19) , je me sentis fortement inspirée de demander et de faire demander à Dieu l'esprit de pénitence. J'en parlai à Mme de *** et à ses deux filles: « Cette idée, s'écrièrent-elles aussitôt , vient de Dieu. Comment n'y avons-nous pas pensé plus tôt? Jamais Dieu a-t-il pardonné à des coupables, sans qu'ils soient revenus à lui par un sincère repentir ? Unissons-nous donc pour demander à Dieu cet esprit de pénitence. »

Déjà, ma fille, plusieurs personnes de piété sont entrées dans notre association ; parlez-en aux saintes âmes qui sont en grand nombre dans notre ville; ce concert de prières attirera infailliblement sur nous l'esprit de larmes et de gémissements, et ce sera le moyen d'apaiser Je Ciel justement irrité contre nous. Je me suis acquittée de votre commission auprès de la vénérable Mère***. Oh 1 ma fille, que l'on gagne à converser avec les saints 1 que j'ai été consolée d'entendre cette sainte religieuse parler des affaires présentes! quelle paix! quelle soumission aux ordres de la divine Providence! quelle foi! quel courage 1 jugez-en par ses réponses.

«Voici, lui dis-je, des temps bien malheureux. Que je vous plains! que vous devez être affligée.» — « Eh! ne faut-il pas vouloir, me dit-elle aussitôt , ce que Dieu veut? Tous les jours, nous lui demandons que sa sainte volonté s'accomplisse; ne voudrions-nous faire sa volonté que lorsqu'elle est conforme à nos désirs? n'est-ce pas lorsqu'elle contrarie nos goûts et nos penchants qu'il y a plus de mérite à nous y soumettre? » — « Mais, répliquai-je, qu'il est dur de se voir réduit à l'indigence 1 Si vos pensions ne sont pas payées, ce qui est plus que probable, qu'allez-vous devenir? » — « Celui, répondit-elle, qui nourritles oiseaux du ciel pourvoira à notre subsistance. Jusqu'ici sa providence a eu soin de nous; nous abandonnerait-elle au moment où nous sacrifions tout pour sa gloire? Au reste, la pauvreté ne nous effraye point : un Dieu s'est fait pauvre pour l'amour de nous ; nous nous estimerons heureuses d'être pauvres pour l'amour dejlui. » — «Mais enfin, ajoutaije, bientôt toutes les églises seront occupées par des intrus et des schismatiques ; que

lerez-vous alors?

Nous irons, s'il le

faut, jusque dans les déserts, chercher nos pasteurs légitimes. Si nous n'avons pas la consolation d'entendre leurs instructions, et de recevoir de leurs mains les sacrements du salut, Dieu ne nous manquera pas dans ces tristes circonstances; il saura bien, sans le secours des hommes, nous éclairer, nous fortifier et nous consoler ; jamais les Chrétiens n'ont été plus fervents que dans les temps de persécutions; nous espérons que celles qu'on nous suscitera ne serviront qu'a nous purifier et nous unir plus étroitement à notre Dieu. »

Ma fille, ma chère tille 1 quels sentiments !

LE FANATISME DE L'IGNORANCE CONFONDU

quel courage inspire la foi, lorsqu'elle est vive 1 qu'on est tranquille dans les événements les plus fûcheus , quand on aime Dieu et qu'on n'a d'autre volonté que la sienne 1 Que nous voyons clairement ici se vérifier cette parole de l'Ecriture sainte: que tout coopère au bien des élus ! Cessez donc, chère enfant, cessez de vous affliger : c'est la plus tendre des mères qui vous en conjure; si vous l'aimez, donnez-lui cette consolation. Nous sommes les disciples d'un Dieu crucifié , et ne faut-il pas que nous ayons quelque part à ses souffrances? Notre bon maître a versé tout son sang pour nous ;

oh 1 si nous pouvions répandre le nôtre pour lui! mais, hélas 1 que nous sommes peu dignes d'une telle faveur 1 Remerciez le Seigneur île ce qu'il m"a jugée digne de souffrir quelque chose pour son saint nom ; demandez-lui, non qu'il me délivre des maux qui m'attendent , mais qu'il m'accorde la grâce de les supporter patiemment.

Je vous envoie les actes de consécration aux sacrés cœurs de Jésus et de Marie, que vous m'avez demandés. Qu'il serait à désirer qu'une dévotion si utile et si aimable fût connue et pratiquée autant qu'elle mérite de l'être 1

LE FANATISME DE L'IGNORANCE CONFONDU

ou

RÉPONSE A L APOLOGIE DES DÉCRETS, par le R. P. LALANDÉ, de l'Oratoire.

Le public honnête serait sûrement étonné, Monsieur.de voircelleépigrai>heàIalêted'un écrit où on ne doit combattre qu'avec les égards dus à l'homme de lettres, lors même qu'il se trompe, où l'on doit emplover des raisons et non des injures. Il faut donc lui apprendre que c'est vous-même qui me l'avez fournie; qu'en faisant hommage à l'Assemblée nationale de vos savantes recherches, vous lui annoncez que vous n'avez pour adversaires que le fanatisme et l'ignorance. 11 est juste de vous restituer ce qui vous appartient, de montrer à tout lecteur impartial de quel côté est le fanatisme et l'ignorance, afin qu'il juge si votre allégation contre vos adversaires ne se change pas en conviction contre vous.

Qu'est-ce, en effet, que le fanatisme? La préoccupation forte pour un système, et une doctrine vraie ou fausse qu'on a adoptée; l'enthousiasme d'une imagination ardente, qui, poussant à l'excès le zèle même pour la vérité, ne connaît ni la modération qu'exige sa défense, ni les égards dus à ceux qui la méconnaissent. Et quand avec cela on bâtit sur des principes faux, qu'on cite des faits altérés ou mal appliqués, qu'on en tire des conséquences ou qui ne concluent rien, ou qui concluent mal, il est évident qu'on joint l'ignorance au fanatisme.

Est-ce mal à propos, Monsieur, que je rétorque contre vous cette imputation? Le lecteur équitable va en juger : j'espère qu'il résultera de cette discussion un avantage réel pour la cause et pour ceux qui entreprennent de la discuter. On est fatigué de brochures multipliées, dans lesquelles les défenseurs du serment civique ressassent les mêmes faits, les mêaies allégations, les mêmes autorités, chacun avec quelques petits sophismes de sa façon. Il est désagréable d'avoir perpétuellement à revenir sur les OEivuus compl. de M. Emf.ry.

mêmes objels, de réfuter les mêmes bévues, etc. Il semble que ce soit comme ces brétailleurs, avec qui tour à tour il faut rompre une lance. Vous nous débarrassez de toutes ces petites querelles isolées; votre ouvrage, dit-on, renferme tout, éclaircittout, prouve tout. C'est comme tel que l'Assemblée en a reçu l'hommage. Ainsi, en vous répondant, nous aurons répondu à tous, nous aurons balayé ces champions subalternes, tels que les B..., les G..., etc., qui sans doute ne reparaîtront plus quand on vous aura fait rendre les armes, ou que le public pourra apprécier votre défense.

Je commence par la question la plus importante, la seule même qui mériterait d'être discutée, si l'on voulait être de bonne foi. Or, cette question , vous débutez par la poser d'une manière très-infidèle. « Il ne s'agit, selon vous, que de savoir si les objets qui sont renfermés dans les décrets de I Assemblée nationale sont des objels qui appartiennent à la foi, ou des objets qui sont de discipline ecclésiastique. »

Non, Monsieur, ce n'est point la question; la voici : c'est de savoir si ces objels, même de discipline, sont du ressort de la puissance civile; si le droit d'établir cette discipline.de constituer le clergé, peut lui appartenir, et si la compétence à cet égard appartient au dogme et à la révélation. C'est donc la question de compétence qui est la vraie question. Tous ces objets de discipline en particulier ne sont pas de foi, mais ce qui est essentiellement de son ressort, c'est la puissance pour régler ces objets, pour donner à l'Eglise une discipline, la modifier, la changer, régler son gouvernement, lui donner des ministres, graduer leur autorité; en un mot, la question de compétence. Voilà le vrai, le seul point controversé. Or, sous cet aspect, ce n'est plus une affaire de discipline, mais

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un dogme qui tient à la révélation, que Jésus-Christ a confié à ses apôtres, que les apôtres ont fixé par une tradition constante, suivie d'une pratique générale, partout la même, et qui dès lors, suivant la maxime de saint Augustin, ne peut tirer son origine que de ces mêmes apôtres qui l'ont uniformément constituée.

Laissons donc pour un moment tout le détail des opérations de l'Assemblée; n'examinons pas si elle a rappelé ['antique et vénérable discipline de l'Eglise, comme on le dit, pour tromper les sols; bornons-nous a examiner si elle a eu le droit même de bien faire dans cet ordre, et s'il n'est pas possible de démontrer, au contraire, qu'elle élait pleinement incompétente à cet égard; que tout ce qu'elle a pu faire est frappé d'une nullité radicale, parce qu'il n'est pas de plus grand défaut que le défaut de pouvoir. Non nt defertus major quant dcfectus jtotcstatis, et que le pouvoir exclusif de l'Eglise en cette matière est un dogme constant dans sa doctrine. Quel pies principes simples sullisent pour l'établir.

lVien n'est plus reconnu que la distinction des deux puissances temporelle et spirituelle, totalement indépendantes l'une de l'autre dans leur ressort, parce qu'il est impossible de reconnaître deux autorités souveraines dans le même ordre et sur les mêmes objets.

La démarcation qui les sépare est claire, sans équivoque : l'une a pour objet ce qui est renfermé dans le temps, le cercle de la vie présente; l'autre, tout ce qui a rapport à une vie future et tient à l'éternité.

Le gouvernement que Jésus-Christ est venu établir sur la terre, n'est point de ce monde (Joan. xvni, 3G); il ne régie en rien les intérêts du siècle, les biens du temps, et il laisse les royaumes terrestres ce qu'ils étaient. Jésus Christ, en établissant ce gouvernement, lui a donné ses lois, en a constitué le régime, en a désigné les chefs, les conducteurs, les ministres.

Comme il n'a point soumis les royaumes terrestres au gouvernement spirituel, il n'a pas voulu rendre celui-ci dépendant des souverainetés civiles.

C'est en son nom seul que ses ministres exercent leurs fonctions : Euntes docete,baplizantes. [Mat th. xxvin. 19.) Nulle autre puissance publique, nulle autorité étrangère ne peut se mêler de cet exercice; elle ne peut ni enseigner, ni régler l'enseignement, ni ledéléguer à personne.

Le principe de la mission est le même que celui du fondateur même de l'Eglise, la mission deDieu. Sicut misit me Pater, et ego tititto vos. (Joan. xx, 21.)

A quoi les ublige-t-elle? A propager le règne de Dieu, à fonder des Eglises, à y établir une police sacrée pour l'observation des lois.

Sur quoi s'exerce cette autorité? Sur les consciences seules. Elle lie le pasteur à l'obligation indispensable de paître les brebis, et celles-ci à l'obligation d'obéir.

Quels moyens peuvent-ils employer? L'instruction, l'exhortation des récompenses spirituelles, des peines spirituelles.

Voilà, Monsieur, autant de dogmes révélés, autant de vérités qui appartiennent à la foi, et toutes assertions contraires sont autant d'erreurs. — Ainsi, soumettre une puissance qui est une émanation de celle de Jésus- Christ même, envoyé par son Père, à l'autorité civile; faire dépendre la mission des représentants de Jésus- Christ de la constitution de chaqne état; confier la destinée de la religion, sa discipline, son gouvernement, à une puissance qui peut être l'ennemie de cette religion; exposer à la mobilité, au caprice des gouvernements humains une législation aussi invariable dans ses principes que l'autorité qui l'a établie, ce sont autant d'erreurs opposées à la révélation.

Et cette doctrine, consignée dans le dépôt de la tradition comme appartenant à la foi, se trouve confirmée par une pratique constante. Dès le siècle des apôlres, saint Paul établit des évêques, circonscrit leur territoire, prescrit des règles sur le choix des ministres, sur l'ordre des assemblées, sur la manière de procéder dans les jugements; il ne laisse pas même pressentir que le magistrat civil puisse jamais s'en mêler.

Ses successeurs exercent le même pouvoir, déploient en souverains l'autorité législative, font des règlements, les modifient, règlent le culte, assemblent les fidèles, prescrivent des jeûnes, ordonnent la pénitence, en déterminent les œuvres, la durée, et l'on s'y soumet: et pourquoi ? C'est que l'autorité qui parlait et commendail, était, dans la croyance même des fidèles, un dogme de leur foi, c'est que l'autorité législative de l'Eglise, en fait de discipline, faisait pour eux partie des dogmes révélés.

Pendant 300 ans, l'Eglise n'a connu sur ce point l'autorité temporelle que par sa haine et ses persécutions, et son gouvernement n'en a pas été moins ferme et moins absolu. Quand les princes sont entrés dans l'Eglise, ils se sont soumis à cette autorité comme les derniers de leurs sujets: ils ont pu exciter, appuyer l'autorité législative. jamais ils ne l'ont exercée, même sur les points sur lesquels vous la leur attribuez faussement, comme je le montrerai tout à l'heure.

Enfin c'est en s'appuyant sur ce dépôt sacré de la révélai ion, que le grand Bossu et (que nos adversaires ne citent jamais qu'en le tronquant), « avançait que vouloir subordonner la puissance ues parleurs dans son établissement, son exercice, ses fondions, à la puissance temporelle, est une étrange nouveauté qui ouvre la porte à toutes les autres; que c'est un attentat qui fait gémir

tout cœur chrétien; que c'esl faire l'Eglise captive des rois de la terre, la changer en corps politique (par une constitution civile), rendre défectueux le céleste gouvernement institué par Jésus-Christ, et qu'enfin c'est mettre en pièces le christianisme, et y préparer les voies à l'Antéchrist.» (Variât.)

LE FANATISME DE L'IGNORANCE CONFONDU

Concluons «Jonc que la constitution civile du clergé, en prétendant ne toucher qu'à la discipline, attaque le principe même de cette discipline, savoir le droit de la constituer; que ne principe essentiel à l'Eglise appartient au dogme catholique, et qu'on ne petit y toucher sans ruiner le fondement même desaconstilution; en sorte que, quand même les choses ordonnées n'intéresseraient pas les dogmes et le fond de la religion, l'ordre luimême, la puissance dont il serait émané, détruirait l'essence du gouvernement de l'Eglise.

Cela est si vrai, que, lorsque Henri VîII ■voulut se mêler du régime ecclésiastique, il se fit déclarer chef de l'Eglise anglicane: parce que ce n'était pas comme roi, mais comme souverain pontife de la nation, qu'il pouvait avoir le droit sur le culte, la discipline, l'administration (Je l'Eglise.

Voyez ilès lois combien est puérile votre emphatique répétion dans quel symbole, dans quel endroit de l'Ecriture on trouve ce dogme que nous revendiquons. (Pag. 7, 8, 9.)

Sans doute il n'est pas de foi qu'il doive y avoir plus de 83 évêchés en France, et plus do dix métropolitains; mais il est de foi que l'Eglise seule peut en établir, leur donner une mission déterminée, fixer leur ressort, borner l'exercice de leur autorité, donner à quelques-uns une autorité jurisdictionnello sur les autres.

Il n'est pas de foi que les évoques nommés ne puissent exercer leurs fonctions qu'en vertu d'une bulle du Pape, payée à beaux deniers comptants; mais il l'est qu'ils doivent recevoir l'institution canonique d'un supérieur dans l'ordre hiérarchique, que la manière de la recevoir a pu varier, qu'ils l'ont reçue tantôt du concile provincial, tantôt du métropolitain ; que depuis longtemps l'usage a été, malgré votre indécent sarcasme, qu'elle fût donnée par le Pape, et que sans celte mission canonique quelconque, ils sont des instrus que Jésus-Christ n'envoie point comme son Père l'a envoyé.

Il n'est pas de foi qu'il doive y avoir des légions de moines de toutes couleurs; mais il l'est que la consécration à Dieu par la continence volontaire, que la désappropriation, qui fait renoncer à tout pour suivre Jésus - Christ (Vadc, vende quodhabes) Malth. xii, kl), est la voie de perfection, louée, conseillée par Jésus-Christ même, et, par une conséquence nécessaire, que la proscription totale de l'état où on peut suivre ces conseils est un vrai blasphème; que l'anéantissement général des asyles, qui rendent cette pratique possible, tient à une erreur que l'Eglise a anathématiséedepuisJovinienjusqu'à Luther.

Ce n'est pas un article du Symbole que les évêques ne doivent pas faire les fonctions curiales ; mais il est dans le symbole de la raison, qu'un évêque qui a le gouvernement médiat, l'inspection de 3 ou 400 paroisses,

ne peut pas se dévouer à une seule* comme pasteur immédiat; qu'il est absurde de le charger des fonctions euriales pendant six mois de visites, et que vouloir qu'il puisse faire maintenant ce qu'il faisait originairement avec quelques ministres lorsque son diocèse se bornait à l'étendue d'une ville, montre une ignorance impardonnable à des législateurs.

Enfin, il n'est aucun symbole qui établisse que le peuple ne sera pour rien dans l'élection des évêques; mais il est cent règlements qui veulent qu'il n'y soit pas tout; qui règlent que le clergé, loin d'en être exclus, y aura la principale part, qui ont restreint le peuple a sa vraie fonction, la pétition, le témoignage rendu au sujet proposé, audiendus populus, non sequendus (dit Zuzime), en réservant au clergé assemblé la décision. (Eleury, 7e dis.)

Après ces préambules de déclamations sans objets, de reproches ou faux ou enflés, vous entamez l'examen des décrets de l'assemblée, dont le premier regarde la suppression de 53 évêchés, la création de plusieurs nouveaux, l'établissement de nouvelles métropoles, et dans tout cela, vous prétendez qu'elle n'a pas passé les bornes de son pouvoir.

Il est réellement bien désagréable d'avoir affaire à des écrivains qui se copient l'un l'aulre, qui ne lisent point ce qu'on leur répond, et qui vous représentent comme des idées toutes neuves des chimères qu'on a réduites en poudre (1). Qu'est-ce que votre lettre a de particulier? Une prétention bizarre qui date des fausses décrétales nées au ix" siècle, une discipline que nous revendiquons comme née avec les apôtres : une amplification d'écolier sur les pouvoirs tout spirituels que Jésus-Christ a donnés à ses disciples, à qui il n'a pas permis de se mêler du gouvernement des Etats (p, 13- 1GJ ; le tout pour en conclure que c'est à l'autorité civile à ériger les évêchés, les supprimer, les augmenter. Peut-on voir une logique plus misérable, dans un ancien professeur ? Quels rapports a, je vous prie, avec le gouvernement des Etals, un régime totalement spirituel, qui se borne à un enseignement très-étranger au temps, à former des Chrétiens, à leur donner des pasteurs qui perpétuent cet enseignement, à en proportionner le nombre aux besoins de ceux, qu'ils doivent gouverner, à fixer les bases d'une autorité graduelle et subordonnée?

Saint Jean, en donnant sept évêques à l'Asie Mineure, se mêlait-il du gouvernement de la province? empiétait-il sur les droits du proconsul? Saint Pierre, en donnant des pasteurs aux Eglises qu'il formait auprès de Home, gouvernait-il l'empire romain? entreprenait-il sur l'autorité de Néron? En ce cas, les entreprises de la puissance ecclésiastique datent de loin. A quelles extravagances ne conduit pas un système insensé

(1) Dans les lettres à Berlolio, dans celle de compétence de la puissance temporelle^ etc.

M. M. à M. J., dans la réplique à M. Ca'iius, dans Vin-

155, OEUVRES COMPLETES DK M. EMEUY

qu'on s'est engagé à défendre! Lisez donc Fleury, cl vous verrez qu'il regardé comme unejuridictionpropre et essentielle à l'Eglise et qui lui appartient exclusivement, celle d'établir des pasteurs et des ministres pour continuer l'œuvre de Dieu jusqu'à la fin des siècles, pour exercer toute juridiction, pour les destituer seule; que ce sont là les droits essentiels qu'elle a eus sous les empereurs païens, qu'ils ne peuvent lui être ôte's par aucune puissance humaine, quoiqu'on puisse quelquefois, parla voie de fait et par force majeure, en empêcher l'exercice. {Instit. au droit eccles. p. 3, cb. 1, et cinquième discours.)

Laissez donc cette vile dénomination qui peut être de mise dans la bouche de gens qui méprisent la religion, mais qu'on ne devrait pas voir dans un professeur de théologie, qui présente des évêques comme des fonctionnaires salariés pour contribuer au bonheur de la société. Apprenez de l'Apolre eue les évêques sont les ambassadeurs de Jésus-Christ, ses représentants : Pro Christo legatione fungimur; que c'est en son nom, et non comme fonctionnaires delà nation, qu'ils parlent, conduisent: Tanquam Deo exhortantes per nos (II Cor. v, 20) ; que le département de la puissance temporelle est le bon étal de la société politique : Ut quietam et tranquillam vitam agamus (l Tim. il, 2), mais que le ministère des pasteurs est de faire des saints, ad consummationem sanctorum, de donner à Jésus-Christ des membres pour la formation de son corps mystique, œdt/icalionem corporis Christ i. (Ephes.iv,l2.) Toutes leurs fonctions aboutissent là; et quoiqu'elles s'exercent au dehors, parce que les hommes ont des corps, parce que l'Eglise est une société visible, il n'est pas moins vrai que son régime est tout intérieur, que les moyens qu'elle emploie, quoique sensibles, "sont cependant très-spirituels, parce

Jusqu'où on pourrait

àme, et qu'ils

pour conduire

autre

qu'ils n'ont d'action que sur

sont institués directement ,

les hommes aux seuls biens d une

vie.

Ne vous lasserez-vous point de ces chicanes éternelles, de pure circonscription, de territoire, et ne voudrez-vous jamais entendre qu'on ne peut désigner un territoire pour les fonctions sur lesquelles on n'a aucun droit; qu'un territoire destiné à des actes vraiment spirituels n'est pas une réunion de maisons, de champs; que ce sont des âmes, que dès lors, la puissance civile ne peut jamais le fixer. Et pourquoi ? C'est qu'il entre nécessairement dans l'idée de toute puissance communiquant une juridiction, de tixer l'enceinte où elle pourra s'exercer. Quand le souverain établit un tribunal, il fixe et borne son ressort. La même puissance qui délègue la juridiction, détermine les justiciables, et il est absurde qu'une autre puissance prétende s'en mê- '.er; car il s'ensuivrait que Jésus-Christ et l'Eglise en son nom, donneraient le droit de faire des fonctions, et qu'un comité civil

déterminerait sur qui,

l'exercer.

Ce n'est pas tout, cette puissanceanéantit un

siège, aussitôt elle investit l'évêqne vmsin d'un exercice qu'il n'avait pas, elle lui donne de nouvelles brebis, elle lie par un lien de conscience le pasteur avec un nouveau troupeau, et le troupeau avec le pasteur. Est-ce qu'il manquait d'évêque? Non. Il en avait un depuis douze ou quatorze cents ans, mais l'Assemblée l'a expulsé, elle a transporté toute son autorité à son voisin : et on appelle cela circonscription , et on répète ces inepties avec toute l'assurance que donnerait la vérité.

Vous appliquez ensuite cette belle doctrine aux érections de métropoles; et comme si vous donniez des leçons à vos jeunes élèves, vous commencez par nous apprendre, comme une chose toute neuve , que ces notions de diocèses, de métropoles , ne sont pas primitivement ecclésiastiques, mais prises du gouvernement civil. Que ne nous dites-vous aussi qu'il y avait des villes avant les évêchés.el des villages lorsqu'on y a placédes curés? Eh! oui, Monsieur, il y avait avant l'organisation des provinces ecclésiastiques, des villes plus ou moins considérables , de grandes villes qui s'appelaient villes-mères ou métropoles. Il n'est pas moins vrai que c'est l'autorité ecclésiastique seule qui avait réglé qu'on ne mettrait point d'évèques dans de petits endroils, mais dans les villes; qui, ensuite, a placé des évêques avec supériorité de juridiction sur d autres évoques, leurs égaux par l'ordre; et que, comme elle se conduit avec discernement, elle avait jugé convenable de placer ces évêques métropolitains dans les villes qui avaient le rang de métropoles civiles, parce (iue cela était plus avantageux pour les rapports ecclésiastiques et religieux, attendu que la communication avec ces grandes villes était nécessaire pour les affaires temporelles, et qu'il était plus commode qu'on s y rendit aussi pour les affaires de religion : Eo quod in metropolim undequaque conveniant omnes qui habenl negolia, dit le concile d'Antioche (can. 9); mais elle le faisait, et personne ne le faisait pour elle. Or, de ce que l'Eglise plaçait communément (pas toujours cependant) des métropolitains dans les villes qui étaient métropoles civiles, en conclure que la puissance temporelle créait des métropolitains, c'est la conséquence la plus ridicule. L'Eglise avait égard aux circonscriptions civiles, parce qu ede agit avec sagesse, parce qu'elle sait combiner les intérêts da Chrétien avec ceux du citoyen, mais enfin elle le faisait seule; et il est in-

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concevable que des écrivains sensés ne saisissent pas des notions aussi évidentes. Créer un métropolitain, c'est donner a un évèque une autorité très- réelle, mais trèsspirituelle sur d'autres évoques, le droit de revoir leurs jugements, de les mhrmer , de présider aux assemblées ecclésiastiques. Pourquoi, tous les évêques étant égaux par l'ordination , tel évèque a-t-il cette autorité-

LE FANATISME DE L'IGNORANCE CONFONDU

particulière à laquelle ses confrères sont tenus de déférer? ou bien sa ville, par cela seul qu'elle est métropole civile, 1 investit de celte autorité, on l'Eglise la lui a donnée. Aujourd'hui, c'est l'Assemblée nationale qui la communique ; elle enlève à l'archevêque de Tours la juridiction métropolitaine, elle crée l'évêque de Rennes métropolitain, lui soumet sept évoques qui jusqu'alors élaicnt dans la plus grande indépendance à son égard. De ce moment, il aura le droit exclusif de confirmer les élections de ses suffragants, de les sacrer, d'avoir sur la province entière une inspection de surveillance; et il fera tout cela sans la moindre influence de l'autorité ecclésiastique, il agira comme délégué de l'Assemblée , comme exerçant un iiouvoir qu'il ne tient que d'elle; et voilà les folies que vous nous débitez avec un ton de pitié pour notre ignorance, qui ne sait pas s'élever à ces hautes vérités.

A l'appui de ces grands principes vous avez cité des exemples décisifs de métropolitains créés par les empereurs, à Thiane en Cappadoce, à Béryte en Phénicie, à Justinianopolis. Il faut les examiner.

1° A l'égard de Thiane , voici le précis de votre récit : Que l'empereur Valence, pour mortifier saint Basile, évêque de Césarée, métropolitain de toute la Cappadoce, divisa cette province en deux, et établit Thiane pour seconde métropole; qu'alors Anthime fut décoré du titre de métropolitain de la seconde Cappadoce; en fit les fonctions, présida les conciles, confirma les évêques ; que saint Basile ne regarda jamais Anthime comme un usurpateur, qu'il se contenta de murmurer, mais qu'il sesoumitavecla plus grande docilité à la volonté de l'empereur; quesainlGrégoire de Nazianze, son ami, eut la même manière dépenser sur ectie affaire; qu'il fut sacré par saint Basile, évêque de Sazimes,qui était dans son enclave, et qui fut ensuite annexée à la seconde métropole de Thiane; qu'à la vérité, saint Grégoire ne fut pas content de passer sous cette nouvelle métropole, mais qu'il témoigna le plus grand respect, la plus profonde soumission à Anthime , comme on le voit, dites-vous, par sa lettre 88.

De cette conduite de saint Basile et de saint Grégoire, vous concluez que, ces deux saints n'ayant l'ait aucune difficulté de se soumettre aux ordres de l'empereur pour une nouvelle métropole ecclésiastique, nos évêques peuvent bien imiter leur obéissance, les circonstances étant les mêmes.

Il est bien incroyable, Monsieur, que vous montriez tant de suffisance , un mépris si marqué pour vos adversaires, et cela avec

(2) Si on vent une nouvelle prouve que jamais Valens n'a entrepris d'ériger îles métropoles ecclésiastiques, on la trouve dans le concile de Chalcédoine. (Labce, t. IV.) Les deux évoques de Nicée et de Niconié lie disputaient pour leur métropole , et citaient le premier une loi de Valens et de Valenlinien , le second une loi de Valentinien , qui conservait les privilèges de Niromédie. Les commissaires de l'empereur Marrie!) , présents au concile,

l'ignorance ia plus profonde. Tout ce que vous me racontez sur ce fait est un pur roman, où il n'y a pas un mot de vrai : non, Monsieur, pas un mot.

1° Il n'est pas vrai que Valens, en divisant la Cappadoce en deux, ait pensé à établir une nouvelle métropole ecclésiastique; il laissa les choses telles qu'elles étaient a cet égard. Ce ne fut pas même Thiane qui fut d'abord érigée en métropole civile, mais Podande qu'on fut ensuite obligé d'abandonner comme malsaine et inhabitable. Ce fut Anthime seul qui entreprit de s' arroger les droits de métropolitain. L'auteur qui a composé la Vie de saint Grégoire de Nazianze en grec dit qu'Anthime osa, par un exemple nouveau et inusité, dépouiller l'autre métropolitain de ses villes : Novo et inusitato eaemplo suis oppidis spolialus. (Saint Grec, t. 1, n. 21.) Baronius, sur l'an 371, ne l'appelle pas au- Irement qu'usurpateur des droits d'autrui. Le P. le Quien le qualifie de même. [Orig, Christ. , t. I.) Les savants Bénédictins, éditeurs de saint Basile, disent qu'il prit occasion de cette division civile pour s'arroger les droits de métropolitain de la seconde Cappadoce (t. 111, Vit., cap. 289), et M. de Tillemont ajoute qu'Anthime donnait pour prétexte de son invasion le zèle pour la foi. celle de saint Basile étant suspecte, (t. IX, p. 178.)

2" Il n'est pas vrai que Valens ait eu l'idée de mortifier saint Basile; ce ne fut même qu'après que Valens eut quitté Césarée qu'Anthime hasarda cette usurpation; et si la contestation s'était élevée entre Basile et Anthime, avant que l'empereur fût parti de Césarée, la condition d'Anthime eût été assez dure, parce que l'empereur était très-favo rable alors à saint Basile. Sic discessit Ctcsarca Valens ut Basilio mirum in modum faveret. Quare si, eo pressente, controversia erupisset satis durœ Anhimi parles fuissent. (S. Gi»eg., t. I, Vita.) Ils ajoutent que nonseulemeni Valens n'avait rien statué par rapport à une nouvelle métropole ecclésiastique à Thiane, mais qu'il n'avait pas même entendu parler de cette prétention d'Anthime : Valentem eu dere non modo nihil statuisse,sed née audivisse quidem inde colligi polest (2). [lbid., n. 3.)

3° Il n'est-pas vrai que.saint Basile se soit soumis à cette prétendue volonté de Valens. Mille preuves constatent son opposition à cette nouvelle érection. Non-seulement il établit un nouvel évêc.hé à Sazimes qui était dans la métropole civile de Thiane , et y plaça saint Grégoire; mais ce Père même nous atteste qu'Anthime, prétendant que la nouvelle métropole civile entraînait néces-

écartèrent d'un mot ces autorités , en déclarant que ces lois n'avaient nul rapport au droit des évêques : Nidlœ litterœ de episcopain loquuntur, mais à des arrangements civils , à l'honneur de métropole accordé à ces villes : Ulrœque eiiim de honore referunlur melropolitanamm urbium; que ce qui pouvait regarder les droits ecclésiastiques était déride par les canons : Et hoc reipila Pairnm de itua métropotim in unaquaque provincia deerevit.

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sairement une métropole ecclésiastique , saint Basile s'y opposa fortement, s'atlachant à la division faite par les Pères (I, 1, orar. 20, n" 81, 82, etc.). Il fait ensuite le détail déplorable des maux qu'entraîna celte ambition d'Anthime, qui travailla à soulever les évoques, à les soustraire à la juridiction de saint Basile, qui alla jusqu'à des procédés violents, jusqu'à saisir les revenus du saint, en arrêtant les mules qui les portaient. Vous êtes donc démenti par un témoin oculaire qui raconte les faits comme je viens de les présenter, par M. de Tillemont, qui assure que saint Basile s'opposa a ce qu'on troublai son église dans sa possession (t. IX;, par Fleury (t. IV).

k° Il n'est pas vrai que saint Grégoire s'y soumit avec le plus grand respect, il s'y opposa toujours. Anthime, selon M. de Tillemont, vint « à Nazianze, sous prétexte de voirie père de saint Grégoire, mais dans le vrai pour sonder les dispositions du tils , elle porter à le reconnaître ppur son métropolitain, lui offrant même de le laisser paisible dans son évêché où saint Basile l'avait placé. Mais saint Grégoire ne put souffrir cette proposition, et Anthime s'en alla fort en colère de ce qu'il n'avait rien avancé; il lui reprocha son attachement pour saint Basile, qu'il appelait son basitisme, et le saint rejeta comme une injure l'invitation qu'il lui lit de venir à son synode comme s'il eût été^son suffragant. » (Tillemont, t. IX.)

Comment donc, direz-vous, saint Grégoire s'adresse- t-il à Anthime pour se démettre entre ses mains de l'évèché de Sazimes, comme étant son métropolitain? Comment?

le voici, c'est que cela n'est pas vrai. Vous citez la lettre 88 de saint Grégoire, comme adressée à Anthime. Ouvrez le tome 1" des Ouvrages de ce Père (3) : vous y verrez les lettres de saint Grégoire en grec et en latin sur deux colonnes, et vous n'y trouverez pas une lettre à Anthime. Examinez la page 8V2 à la colonne grecque, vous verrez que la lettre 8G est adressée au même, par conséquent à Léonlius. Dans la colonne latine les lettres 86, 87, 88 sont intitulées au même, et paraissent se rapporter à ia lettre 81, qui, dans le latin, est à Théodore do Thiane (i). Dans la suite saint Grégoire s'adresse à Helladius de Césarée pour donner un évoque à Nazianze, et comme Nazianze devait être ia métropole de Thiane, Baronius en conclut que cette métropole de Thiane n'était donc pas encore reconnue, parce qu'il n'eût pas fallu s'adresser au métropolitain de Césarée. M. de Tillemont croit que cet Helladius était quelque évê-

(5) Edition de 1650, la nouvelle de 1778, ne renferme encore dans le tome 1, que les discours.

(i) Tout ceci est de l'édition de 1630. Dans celle de 1709, la lettre 88 en jçrec est adressée à un anonyme, et en latin, à Théodore de Thiane, que saint Grégoire prie de venir au secours de l'Eglise de -Nazianze. Si ce titre est exact, il prouverait que par la conciliation ménagée en synode, par saint Basile, Thiane serait devenue métropole. Mais ce

que de la seconde Capnadoce ; mais les Bénédictins, auteurs de la lie de saint Basile , croient que c'élait l'évêque de Césarée qui avait conservé ses droits sur la seconde Cappadoce. Et M. Fleury, sur l'année 382 (liv. xvni),dit qu'alors saint Grégoire se déchargea entièrement du soin de l'Eglise de Nazianze, et demanda instamment à llel-> ladius de Césarée qui en élait le métropolitain, et l'obtint, qu'Eulalius fût ordonné évoque.

Peut-être sera-t-on curieux de savoir comment finit cette contestation : les sentiments seront partagés. Quelques-uns pensent que la prétention de l'évêque de Thiane ne fut jamais bien affermie, et ils en donnent pour preuve qu'au second concile œcuménique, en 381 , la Cappadoce est encore comptée comme une seule province.

Le P. le Quien prétend même qu'Atilhioi e se reconnut ensuite volontairement le client de l'Eglise de Césarée. [Orig. Chris., t. I.)

D autres au contraire croient que cette affaire se concilia dans une assemblée ecclésiastique. Dom Maran, dans la Vie di saint Basile, et Mansi, dans le Supplément des Conciles (t. 1), disent qu'elle se tint en 372. Il parait même que les adversaires de saint Ba-ile la désirèrent, et prièrent saint Grégoire de solliciter cette conférence auprès du saint, en lui laissant le choix du lieu et du temps; et ce saint, qui portait dans son cœur l'amour de la paix, écrivit au sénat do Thiane, qui peut-être l'y avait aussi engagé, que ni la peine ni l'embarras des chemins ne l'arrêteraient. Les évêques s'assemblèrent; la conciliation eut lieu, à condition que Fes évèchés seraient multipliés; et cette condition fut exécutée, comme on le voit par une lettre de saint Basile à saint Eusèbe, où il le prie de venir l'aider à établir ces évèchés (Vifa S. Basil.) , ce qui contribua uu salut et à l'instruction des fidèles , dit Fleury, t. XI : car on n'avait pas encore imaginé alors que ce fût un bien de diminuer la nombre des évèchés.

Je me suis étendu malgré moi sur cette discussion, parce qu'il fallait montrer avec quelle témérité vous hasardez les faits les plus opposés à la vérité. J'applaudis aux éloges que vous donnez à saint Basile et ii saint Grégoire, dont la sainteté' égalait les lumières ; mais aussi vous auriez dû voir que leur patriotisme et leur soumission aux lois des empereurs pour le civil, ne les empêchaient pas d'être fermes à soutenir les règles de l'Eglise ; qu'ils ne crurent pas que ia di- \i:>ion civile des provinces dût entraîner la division de l'administration ecclésiastique,

qui rend ce litre suspect, c'est que dans la lettre 225, p. 911 et 912, saint Grégoire dit à Théodore de Thiane, qu'il n'a pas l'avantage de le connaître, qu'il ne l'a jamais vu, et ne lui a jamais écrit. Il ajoute même qu'il a demandé aux évoques ses compati iotes, de lui donner un évèque, qu'ils le lui ont donné selon ses désirs , et il l'apprend a Théodore comme devant l'ignorer : fiœc eryo et lu cognosce.

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qu'ils soutinrent avec courage qu'il fallait s'en tenir à la lui des Pères, et qu'enfin l'évèque de ïliiane ne devint métropolitain que par le consentement de saint Basile et (les autres évoques. Cette conduite ferme justifie d'une manière éclatante l'opposition des évêques de France aux changements décrétés par l'assemblée dans les évèchés et les métropoles. Le consentement de saint Basile, demandé et obtenu, démontre la nécessité du consentement des évêques de France pour l'érection de nouvelles métropoles; et la convocation d'une assemblée d'évôques par saint Basile, pour donner ce consentement, e-t l'apologie de la demande faite par les évêques d'un concile national.

Mais saint Basile et saint Grégoire ont été calomniés, persécutés pour leur fermeté, pourquoi nos évêques s'étonneraient-ils de l'être, d'entendre au milieu de l'assemblée un député les traiter de séducteurs, de voir leurs défenses les plus modérées, les plus indispensables pour justifier au moins leur conduite, données comme incendiaires et séditieuses ? Que doivent-ils opposer à cet acharnement? la patience, le témoignage de leur conscience, l'approbation de tous les évêques de l'Eglise catholique, et les suffrages de la postérité?

2° Je serai bien moins long sur la nouvelle métropole de Béryte en Phénicie ; et je demande pardon à la patience des lecteurs, si je suis encore obligé de rappeler le concile de Chalcédoine, tant et si lumineusement discuté. En deux mots l'empereur Théodose divise la Phénicie en deux, il établit Bér.yte capitale de la seconde , comme Tyr l'était de la première. L'évêque de Béryte en conséquence, s'arroge la dignité métropolitaine. L'évêque de Tyr réclame, mais son concurrent ne cède point. Le concile général de Chalcédoine élanl assemblé ensuite , l'évêque de Tyr présente sa plainte, et le métropolitain usurpateur est condamné. Avouez, Monsieur, que pour trouver dans ce fait la confirmation du droit des princes pour ériger des métropoles ecclésiastiques, il faut avoir une singulière sagacité. Qu'y verra tout lecteur impartial ? 1° Une province, divisée par l'empereur, d'où nait une nouvelle métropole civile ; 2° l'ambition d'un évêque qui , à l'exemple d'Anthime, conclut de l'érection de la métropole civile, qu'il peut faire de son siège une métropole ecclésiastique ; 3° la réclamation du métropolitain qu'on veut dépouiller, réclamation autorisée par la lettre 28 du Pape Innocent 1er, à Alexandre d'Antioche (peut être par une entreprise qui préparaît, bOO ans avant, les voies aux fausses

(5) Non vere visum est ad mobilitatem nece*silalnm iiiuiulanarum Dei kcclesiam commutan;, lionoresquc aui divisiones perpeti, quas pro suis caiisis faciendas duxeril imperator. •

(6) « Cécropius de Sébasie ilemande à cette même assemblée, que I oui es ces pragmatiques des empereurs faites an détriment des canons, cessent en quelque province que ce soit : de celie manière,

décrélales); 4° des plaintes portées à un concile général contre cette usurpation, et la décision du concile, qui non-seulement proscrit cette injuste prétention, mais qui défend toute entreprise pareille à l'avenir (5). Oh I dites-vous, ce ne fut pas le concile, mais les commissaires de l'empereur qui prononcèrent. En vérité vous supposez que vos lecteurs n'ont point d'yeux : qu'on ouvre le concile, et on verra que non-seulement les commissaires suivent en tout le jugement du concile, mais même qu'ils se réfèrent aux conciles précédents. Sur la plainte de Photius Eustathe, qui s'était créé métropolitain, voulant éloigner lejugement, les magistrats s'y opposent, font lire la requêie de Photius, déclarant neltement que l'empereur ne prétend nullement que ces affaires soient réglées par des lettres impériales , mais par les canons. Et les évêques prononcent que les pragmatiques civiles n'ont aucune vigueur contre les canons. Lecture faite des canons de Nicée, les commissaires laissent de côté la pragmatique impériale, reconnaissent que, suivant les canons de Nicée et le jugement des conciles. Photius seul doit conserver les droits de métropolitain. Il est donc évident que les commissaires, à proprement parler, no jugent rien, interrogent les Pères de l'assemb'ée, se contentent de déclarer (ce qui les regardait) que la pragmatique de l'empereur n'a aucune application ; et le concile prononce son jugement. (Labbe, act. iv.) Le concile fait plus (G), il prévoit pareille tentative pour l'avenir, et prononce la déposition contre tout évêque qui osera pareille chose . Qui ici aggreditur a suo gradu excidit : et à l'égard du passé, il cousent que dans les villes que l'empereur a honorées du nom de métropoles, l'évêque aura le nom et l'honneur de métropolitain -.Solo honore fruanlur, mais que la juridiction demeurera entière au vrai métropolitain : Servato scilicet verœmetropoli suo jure (can. 12), Et cependant vous nous dites avec la plus grande confiance, que par cela seul que les villes étaient érigées en métropoles civiles, l'évêque était autorisé à prendre le titre de métropolitain ecclésiastique, et à en exercer les fonctions. Que répondre à des gens qui invoquent les ténèbres en plein midi?

Reste Justinianopolis, que, selon vous, Justinien éleva à la dignité de métropole ecclésiastique, en lui soumettant des évêques qu'il enleva aux anciens métropolitains. Je pourrais me contenter de nier le fait, borner l'opération de Justinien à une simple métropole civile, et vous laisser le soin de prouver qu'il la fit, sans l'intervention de

dit-il , la foi est conservée . et chaque Eglise jouira de son état. Le synode répond par acclamations: « Nous disons tous ta même chose, que tomes le* pragmatiques cessent: Que les canons soient observés : tenea-yla main, illustres magistrats. » Ceux-ci répondirent: Que les canons soient observés, suivant le jugement de ce synode, dans toutes les provinces.

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Ja puissance spirituelle, métropole ecclésiastique ; mais je veux bien prendre sur moi de vous prouver positivement le contraire. Si vous aviez un peu plus étudié cette nouvelle que vous citez, si au moins vous aviez lu le développement qu'en donne M. de Marca, vous sauriez que Justinien ne lit que rétablir les choses dans leur premier état. Pour l'entendre il faut savoir que dans l'origine Syrmium, capitule de toute l'Illyrie, réunissait et la préfecture civile, et la dignité métropolitaine. Ces contrées ayant été ravagées du temps d'Attila, le préfet Appenninus se retira à Thessalonique ; et comme la puissance civile y fut transférée, l'autorité métropolitaine se trouva placée à Thessalonique, à l'ombre de cette préfecture civile. One fit Justinien? Ayant reconquis ces provinces d'Illyrie, il y lit rétablir la dignité métropolitaine, ce qui retira à l'évoque de Thessalonique, les provinces qui lui avaient été réunies ; et le tout fut approuvé et confirmé par le Tape Vigile. (Marca, lib. ii, cap. 9.) J'ajoute à ceci quelques réflexions.

1° La discipline maintenue par le concile de Chalcédoine était trop connue alors, pour que Justinien prît sur lui d'ériger une métropole ecclésiastique sans le concours de la puissance spirituelle, lui qui déclare dans sa novelle 131, (lit. 14, cap. 1), qu'il reçoit les dogmes du concile de Chaleédoine, comme les saintes Ecritures, « et ses règles comme des lois. »

2° Cela eût été encore plus inouï après la loi de Marcien, publiée peu après le concile, qui défendait a tout évêque d'envahir les droits d'un autre, et qui notait d'infamie quiconque en ferait la tentative, «même par permission de l'empereur. » (Lelnclavius. Jusgra. Rom., loin. I.)

3" Enfin M. de Marca observe (lib. n, cliap.9. n" 3) que Justinien mérite les plus grands éloges, parce que, quoique jaloux d'établir un nouveau droit, en faisant beaucoup de changements dans les provinces, il n'entreprit rien sur les droits du sacerdoce ; qu'en réunissant les deux provinces du Pont en une seule, il déclara qu'Amasée et Néocésarée conserveraient leurs métropoles; qu'il eut de la même circonspection religieuse, en divisant les provinces j que l'Arménie, d'abord divisée en deux, le fut en quatre, avec cette clause, que cela ne pourrait opérer aucun changement ni innovation dans les droits des métropolitains ; qu'il en usa de même à l'égard de la Syrie divisée en deux. C'est qu'on ne connaissait pas encore ce grand principe d'administration que vous nous créez, que le enangement de circonscription civile devait entraîner celle de circonscription ecclésiastique.

Ceserait faire injure aux lecteurs, quede revenir encore à la réponse faite aux. arguments tirés deBalsamon, d'Alexis Comnène, d'isaac Lange. On a démontré au docteur Berthelot (aggrégé en droit) que les écrivains grecs schismaliques du xm* siècle sont sans Autorité; que par une basse flatterie iU

donnaient aux empereurs le droit, non-seulement de créer des métropolitains, mais de prononcer sur la foi ; qu'Alexis Comnène lui-même n'a prétendu donner aux métropolitains de sa création que le nom et le rang, sans juridiction ; et que même cette prétention modérée fut combattue par le patriarche Nicolas, à la tête de son concile ; que l'empereur lsaac Lange, sur la question si celte prééminence métropolitaine emportait la juridiction, prononça nettement qu'il ne s'agissait que d'un droit honorifique ; Honore alignas qui ne s'écartait pas des canons, a canonum reclitudine non recédât.

Mais voici une réponse plus décisive et plus générale : c'est qu'on ne peut sensément argumenter contre les lois et les principes, par quelques exemples d'usurpations respectives. Conclure que la puissance civile a le droit de créer les métropolitains, p3rce que quelques empereurs l'auraient tenté, c'est comme si on voulait justifier les prétentions de la cour de Rome sur le temporel des rois, ele; par des exemples de Papes qui se hs sont permises. Tous ces exemples ne prouvent que l'ignorance ou l'ambition de ces particuliers ; il faut toujours en reveniraux règles primitives : Ad ïegem rnagis et testimonmm.

Vous entamez ensuite une ample réfulalalion de l'Abbé Maury. Je me crois bien <i ispensé de vous suivie dans cette controverse, où vous mêlez sans cesse le vrai aveu le faux. Je laisse à cet abbé le soin de justifier ses assertions, et d'expliquerce qui peut n'être pas assez développé dans une opinion rédigée malgré lui, fort rapidement. Mais je ne passerai pas cette affectation perfide de confondre sans cesse la juridiction avec son exercice, le droit radical inséparable de l'ordination avec la détermination duterritoire, des sujets sur qui on puisse l'exercer. Sans doute, Monsieur , la juridiction épiscopale est émanée de Dieu même, et toujours les théologiens exacts vous diront avec Haberl, que la juridiction est intrinsèque etallachée de droit divin aux ordres qui forment la hiérarchie; avec Bossuet, que la juridiction des évoques n'émane pas du Pape, mais de Dieu seul. Mais Habert vous dira aussi que l'exercice de celle juridiction, la liberté d'en faire usage, la désignation des sujets est de droit ecclésiastique ; ce n'est donc pas à la puissance civile à régler l'exercice de cette juridiction, à eu circonscrire les bornes, à en déterminer les sujets; rien n'est donc plus ridicule que de vous créer des ennemis pour les combattre, de leur imputer de croire que la juridiction dérive des bulles du Pape, de répéter ces déclamations triviales contre les entreprises de la cour de Home, contre ce titre effectivement très-moderne d'évêque parla grâce du Saint- Siège.

Il semhle, M., que vous n'ayez d'autres ressources, ainsi que vos associés, que de vous envelopper d'équivoques pour éluder les preuves les plus positives, les raisonnements lesn'us cunvaincauts. On a démontré

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que l'Eglise seule a le droit, comme toute société, de se gouverner, de se constituer sa police, sa discipline; que la puissance temporelle ne peut lui donner des lois, parce que, comme celle-ci, elle est indépendante dans son ressort. Qu'opposez-vous a ce principe? Tout ce qu'on ne vous nie pas : que la puissance temporelle a le droit de rejeler des règlements qui lui nuisent; que la Fiance n'a poini admis beaucoup de décrets du concile de Trente.

On vous avoue tout cela : mais de lionne foi est-ce la notre thèse? Qu'a-t-on répondu à ceux qui ont l'ait avant vous celle objection ? que chacune des deux puissances spirituelle et temporelle a seule le droit de donner des lois dans son ressort, mais que si l'une empiète sur l'autre, celle-ci a le droit de l'arrêter. Mais remarquez-le, elle n'aura pas le droit de modifier chez elle ses lois par d'autres, elle ne lui en donnera pas; elle empêchera seulement que les lois qui lui nuisent ne soient exécutées dans son domaine. Ainsi, dans votre exemple, le concile de Trente a l'ait des règlements qui influent sur le temporel, la France ne les a pas admis. Si une assemblée du clergé, si un concile national faisait des lois que l'assemblée n'approuvât pas, elle pourrait les rejeter. Mais l'assemblée fait plus , elle n'arrête pas des règlements, elle en donne à l'Eglise ; elle ne s'oppose pas à tel régime, elle le constitue, elle place, déplace les pasteurs, donne, ôte, étend, restreint l'exercice de la juridiction. Or, dit Bossuet, ce droit appartient à l'Eglise de Jésus-Christ seule, parce qu'elle est indépendante de tonte puissance séculière. Les lois de discipline ne sont point des dogmes, mais le droit de les faire est une vérité révélée : Spirilus posuit episcopos regere, (Act. xx, 28.) La discipline, comme le dogme, appartient à l'Eglise exclusivement ; le droit de définir l'une, comme de régler l'autre, a sa source, selon Fleury et tous les auteurs, dans l'autorité qu'elle tient de son fondateur; en un mot la puissance séculière peut (quelquefois mal à propos) rejeter ces règlements de discipline, qu'elle croit lui nuire, mais elle ne peut en faire sans entreprise, sans violence, parce qu'elle est totalement incompétente dans cet ordre. Ne revenez donc plus sur un point complètement éclairci.

Toute votre seconde lettre est destinée à justifier le mode de promotion aux évêchés et aux cures, créé par l'Assemblée nationale. Je dis créé, car je vous défie de me montrer dans toute l'antiquité un exemple de ces élections bizarres qu'elle veut introduire. Ce serait fatiguer le public que de revenir encore à une discussion étendue sur cette matière, qui a été si longuement éclaircie. Je me borne donc à quelques assertions précises, certaines, et auxquelles il est impossible d'opposer une réplique raisonnable.

1" Jamais l'élection n'a eu lieu pour les turcs ; j'ai sommé M. Camus et les autres

de me citer un seul exemple, un règlement, une loi, un usage, qui parle de nomination aux cures par voie d'élection, et cette interpellation est demeurée sans réponse. 2" Vos principes à cet égard et votre pratique présentent la plus révoltante contradiction.

Vous avez donné pour raison décisive de renvoyer le choix au peuple, qu'il est de toute justice que celui qui gouverne soit choisi par <:eux qu'il doit gouverner. Or j'ai démontré que, parmi les électeurs d'un district, il n'y avait pas souvent un seul homme de la paroisse à laquelle il faut donner un pasteur.

J'ai donc droit de regarder ce qui concerne les cures comme chose prouvée, jusqu'à ce que vous réfutiez nettement ces assertions.

A I égard des évêchés, ni vous, ni vos adjoints ne répondez à ce que M. Fleury nous donne, non comme son opinion, non ce qu'il a pensé, ainsi que vous le dites, mais comme une pratique constante, universellement suivie pendant six cents ans. « Le choix d'un évoque se faisait par les évoques les plus voisins, de l'avis du clergé et du peuple de l'Eglise vacante, c'est-à-dire, par tous ceux qui pouvaient mieux connaître les besoins de cette Eglise. Le métropolitain s'y rendait avec ses comprovinciaux ; on consultait le clergé de tout le diocèse, on consultait les moines, les magistrats; mais les évêques décidaient, et leur choix s'appelait le jugement de Dieu, comme parle saint Cyprien. (Dis. 2, art. 4.J »

Slais ce qui est inouï, c'est la mauvaiso foi avec laquelle vous nous citez saint Cyprien, en le tronquant, pour conclure ensuite que, d'après ce Père, le peuple avait la principale influence dans les élections, pour le choix des 'ministres. Vous alléguez en preuve sa lettre 68, comme si vous étiez persuadé que nous ne la lirons pas. Sans doute saint Cyprien répond au clergé et au peuple d'Espagne, qu'ils peuvent choisir do bons évêques et en refuser de mauvais, et vous triomphez de ce passage isolé; mais que ne nous donniez-vous la suite? Saint Cyprien s'explique aussitôt, en ajoutant que ce choix du peuple consiste à ce que l'évêque est élu en sa présence : Plèbe prœsente (donc ce n'est pas par lui), afin qu'il puisserendre témoignage au mérite du proposé, ou relever son indignité. C'est en sa présence et non par lui, d'après son témoignage et non sa voix, qu'il est élu : Sub omnium oculis deligatur. C'est en présence du peuple assemblé : Convocata plèbe. Et pourquoi? De peur que quelque sujet indigne ne se soit glissé et ne surprenne le suffrage des évêques ; Ne ad sacerdotulem locum indi~ gnusobreperet. Et enfin, ce que vous n'avez garde de rapporter, saint Cyprien pose la règle comme venant d'institution divine, comme observée par les apôtres, et depuis dans tous les pays :De tradilione divina, de apostolica observatione, quod per previncias universas tenelur. Quelle est-elle ? que des laïques d'un canton, d'un département civil,

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