‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 399 sur 454 · SUR SON APOLOGIE DE LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

SUR SON APOLOGIE DE LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ

Je viens de lire, mon révérend Père, votre effectivement l'auteur de cet ouvrage était

Apologie des décrets sur la constitution ci- un prêtre de l'Oraloire.

vile du clergé, en forme de lettres. Après Quoil c'est vraiment un prêtre de l'Ora,-

en avoir parcouru quelques pages, je suis toire qui ose dire que l'Exposition des prin-

revenu précipitamment au titre, pour m'as- cipes, souscrite par près de cent trente évè-

surer si je ne m'étais point trompé, et si qn.es, formant l'Eglise gallicane, nestqun

tissu de paralogismes qui ne peuvent faire impression que sur des esprits superficiels qui ignorent les vrais principes de la religion, et qui sont aveuglés par les préjuges du fanatisme. (P. 2.)

Que cette diatribe épiscopale n est qu'une mauvaise compilation, rédigée d'après les décréta/es cl les scotastiques modernes; c'est-àdire, d'après les auteurs les plus méprisables qui a ent jamais erislé.

Que les préj ugés des évéques sont des préjugés gothiques, qui ont pris leur naissance dans la poussière des écoles et l'obscurité des cloîtres; c'est-à-dire, dans le repaire delà superstition et de la lie des siècles. (P. 11 el 12.)

Quoi 1 encore une fois, c'est un prêtre de l'Oratoire, et qui affiche son nom; un prêtre d'un âge avancé, et chargé, depuis longtemps, des fonctions de théologien dans son corps, qui ose tenir ce langage el le soutenir d'un bout à l'autre dans un écrit de cent pages. En vérité, à peine en croit-on à ses yeux.

Les injures et les invectives, quelque grossières et indécentes qu'elles puissent être, ne sont jamais des raisons. Je suis donc dispensé de répondre à la majeure partie de votre écrit; mais vous citez à l'appui de votre étrange doctrine plusieurs faits important de l'Histoire ecclésiastique qui pourraient éblouir les ignorants. 11 est nécessaire de montrer, ou que vous les altérez, ou que vous en tirez de fausses conséquences.

Vous vous bornez, dans vos deux lettres, à justifier deux articles de la constitution civile du clergé : la circonscription des diocèses et les élections, sur le fondement, dites-vous, que ces deux articles sont principaux, et ont été plus critiqués que les autres; vous avez raison à quelques égards.

La circonscription des diocèses, qui fait l'objet de voire première lettre, vous donne lieu d'agiter les questions les plus importantes sur la constitution, et de mettre à découvert tons vos principes : nous allons donc vous suivre pas à pas.

Nous débutez par soutenir que les objets qui sont renfermés dans les décrets de l'Assemblée n'appartiennent point à la foi, et ne sont que de pure discipline ; vous demandez s'il n'est pas indifférent à la foi qu'il y aiteent trente, ou seulement quatre-vingttrois évêchés dans le royaume ; qu'on en érige quelques-uns, ou qu'on en supprime d'autres; qu'un siège épiscopal perde le droit de métropole, ou qu'un autre l'acquière. L'on a déjà répondu cent fois à de semblables questions. On est convenu que ces points n'intéressaient effectivement que la discipline, et même que les innovations en ce genre, quelque téméraires, quelque préjudiciables qu'elles puissent être au bien des fidèles, pourraient être absolument autorisées et décrétées par l'Eglise.

Mais ce qu'on dit appartenir véritablement à la fui, et ce que vous ne voulez pas entendre, c'est le droit de statuer sur tous ces points, c'est le droit de priver les uns de la juridiction spirituelle, ou, pour [n'accom-

moder à vos principes, de la liberté canonique d'exercer la juridiction spiritue le, et de l'accorder aux autres , sans attendre, sans requérir seulement le consentement de l'Eglise. Ce droit , l'assemblée nationale se l'adjuge : c'est sur ce droit que portent toutes ses opérations.

Or il est de foi que ce droit appartient à l'Eglise, et n'appartient qu'à elle ; et voilà pourquoi on est fondé à soutenir que la constitution, à ne considérer même que cet article, est entachée d'erreur.

Je peux, sans attendre plus longtemps, à l'aide de ce raisonnement si simple, satisfaire au défi que vous donnez à tous les docteurs de la Sorbonne. Vous les défiez de prouver clairement que l'Assemblée nationale est hérétique pour avoir décidé qu'il y aura un évéque à Versailles, et qu'il n'y en aura pas à' Laon.

Vous établissez mal la question : sans doute, il n'est point révélé dans l'Ecriture qu'il n'y aura point d'évêque à Versailles, et qu'il y en aura un à Laon. Ainsi, pour avoir précisément statué qu'il y aura un évoque à Versailles, et qu'il n'y en aura pointa Laon, ,1'assemblée n'est point hérétique, puisque le fond de l'hérésie consiste à nier une vérité révélée.

Mais il est révélé, et de foi catholique, que les seuls successeurs des apôtres ont été établis par le Saint-Esprit pour gouverner l'Eglise de ùie.i. (Acl. xx, 28.)

Or, je demande s'il y a un acte de gouvernement de l'Eglise plus propre, plus capital et plus absolu que de supprimer cinquante-trois évêchés, et d'en ériger huit ou dix autres ; d'anéantir des métropoles, dont l'établissement remontait aux temps apostoliques, et d'en créer une autre ; d'enlever à chaque métropole presque tous ses anciens suffragants, pour leur en substituer d'autres ; de déplacer, par des soustractions et des additions, les bornes de tous les diocèses de France, et tout cela par un seul acte.

Donc, puisque l'Assemblée nationale en a agi ainsi, elle s'est arrogé le droit de gouverner l'Eglise, et a cru que ce droit n'appartenait pas aux seuls successeurs des apôtres, ce qui est contraire à la foi, et vous ne pouvez échapper à celte conséquence qu'en supposant à l'assemblée la volonté de traiter ainsi l'Eglise, sans croire en avoir un droit véritable.

Il est révélé , et de foi catholique, qu'aux seuls successeurs dips apôtres appartient le droit de donner la mission et de la révoquer.

Or n'est-ce pas évidemment donner la mission et envoyer dans toute la force du terme, que de dire à un évêque, au diocèse duquel on en réunit un autre : Votre mission ne s'étendait que sur une telle portion de territoire, et vous n'auriez pu sans péché et sans sacrilège, l'exercer au delà de ses bornes ; mais moi , et moi seul , je vous délègue et vous autorise pour l'exercer dans cette autre portion de territoire : tout ce

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