ES FAVEUR DE LA PROMESSE DE FIDÉLITÉ
Diligite juslitiam, qui judicatis terrain. (Sap. i, 1.)
Témoin d'une révolution dont le schisme n'est pas le moindre des résultats, j'ai vu les passions s'élever jusqu'aux nues, les divprs intérêts se heurter avec violence. J'ai vu l'esprit de schisme s'étendre, se propager avec la rapidité de l'éclair. J'ai vu l'Eglise de France en pleurs, déchirée par ses enfants, tomber en lambeaux.
Parmi tant d'opinions diverses, j'ai dit : la vérité est une ; elle ne saurait être chez tous les partis. Je l'ai cherchée de bonne foi, sans autre passion que celle de la découvrir.
Le gouvernement offre la liberté du culte. De la condition qu'il impose sortent de nouvelles difficultés : le démon du schisme se prépare à de nouveaux ravages. Pour se rendre, dit-on, il faut un jugement de l'Eglise, qui ne se donne point, qu'on n'obtiendra peut-être de longtemps 1 ! I L'ennemi de tout bien sème ses mensonges parmi les différents partis : et les peuples, spectateurs d'une scène aussi scandaleuse, restent sans guides et sans pasteurs 1 ! !
A tant de maux n'est-il donc point de remède, me suis-je écrié 1 La vérité u'a-t-elle plus d'asile où elle puisse être consultée? Ne se feia-t-elle point jour à travers les obstacles qui semblent en fermer les avenues? Nous tairons-nous enfin quand l'évidence se montre à nous? Non. Lorsque les dangers sont extrêmes, tout homuie est soldât.
Grand Dieu 1 source immense de lumière et d'amour 1 c'est dans ton sein que je veux puiser tout ce qui m'est nécessaire. Eclaire mon esprit, dirige mes pensées; surtout échaulle mon cœur. J'écris pour la paix ; je cherche la vérité, qui n'est autre chose que toi : pour la trouver, il la faut aimer.
Qu'une aussi belle cause ne soit ternie par aucun écart : que les passions se taisent. Ah 1 plutôt, que ma plume s'arrête, si elle devait tracer un mot qui pût nuire au but que je rue propose, celui de déchirer le voile dont depuis longtemps le vraise trouve enveloppé.
A toi seul appartient de le faire pénétrer jusqu'au fond des cœurs, où souvent se trouve le dernier point de résistance.
La promesse de lidélité exigée des ministres du culte alarme les consciences. Le but «Je cet ouvrage est de démontrer, 1" que celui qui donne au gouvernement un acte de garantie demandé, le doit en conscience; propter conscientiam, dit saint Paul (/ Cor. x,
23); 2° que la formule n'engage nullement le suffrage de l'individu, mais seulement son obéissance h tout ce qui est juste et, en général, à l'ordre public; s'interdisant tout acte qui pourrait porter au trouble et à la révolte.
Tout ce qui est au delà de ces limites, posées par l'étemelle raison, est une exagération.
Un Chrétien peut-il franchement, sans duplicité, promettre fidélité à une constitution résultant d'une révolution , et qui présente quelques articles dont les consciences peuvent être alarmées ?
Telle est la question qui nous divise aujourd'hui, et qui certainement étonnera la postérité.
La difficulté se présente sous deux rap-°< ports.
i° Sous celui de la légitimité de la puissance ;
2° Sous le rapport de l'ordre intimé par l'autorité. De là naissent deux questions.
Première question. — La puissance publique, résultant de la révolution, a-t-etle droit à l'obéissance des peuples?
Seconde question. — Ce qu'elle exige des ministres de la religion, est-il de nature à devoir alarmer les consciences?
RÉPONSE A LA PREMIÈRE QUESTION. — Elle
se trouve partout dans l'Ecriture. Parmi une foule de traits, j'en vais citer un saillant, extrême et sans réplique, qui prouve que l'existence seule de la puissance nous fait un devoir lïobéir.
Au 111' Livre des Rois, chap. xv, on voit Baasa qui assassine Nadab, (ils deJéioboam, et toute la famille royale, s'empare du trône et règne en paix sur Israël. C'est après vingtquatre ans de règne que Dieu lui envoie le prophète Jéhu, et lui ordonne de lui dire de sa part : Pro eo quod exallavi te de pulvere et pomi te ducem super populum meum Israël. [III Reg. xvi, 2.) Parie que je vous ai tiré de la poussière et vous ai établi chef de mon peuple, etc.
L'autorité de Baasa était le fruit du crime. C'était un usurpateur qui , par des meurtres multipliés, s'était défait de son roi et de toute sa famille.
Vous entendez, lecteur, que Dieu dit qu'il l'a établi roi d'Israël. C'était donc Dieu qui avait écarté tout ce qui pouvait s'opposer à l'exécution de ses desseins ambitieux; c'était Dieu qui l'avait conduit sur le trône,
pour punir la maison de Jéroboam, dont la perte étail dans lus décrets de sa justice. Les atrocités de B.nasa, son usurpation, tous ses crimes étaient dans l'ordre de la Providence, sans que Dieu eût la moindre part à la malice de ses actions. C'est une vérité qui se montre à tontes les pages de l'Ecriture.
Mais ceci nous en offre encore une autre bien importante et d'un usage habituel : c'est que de Dieu seul vient la puissance souveraine, même lorsqu'elle est le fruit du crime et de l'usurpation; que celle de Baasa était dans son ordre : que cet ordre et le besoin de la paix sociale voulaient qu'on s'y soumît. Nul doute que tout ce qui avait été actif dans la révolte était coupable comme Baasa; mais après qu'il se fut saisi du sceptre et de l'autorité souveraine, le devoir de tous était de lui obéir, et de révérer dans sa personne la puissance divine dont il était dépositaire.
Inutilement on opposera à mes réflexions sur ce fait, que la nation juive était gouvernée tliéocratiquement.
Cela est vrai, mais n'atténue point la force que je tire de ce trait. Tout ce qui est écrit, • lit saint Paul, est écrit pour notre- instruction. (Rom. xv, k.) Dans les Livres saints, rien n'y est présenté pour repaître notre curiosité. Le peuple choisi est conduit par le .ministère des prophètes suscités pour établir d'une manière sensible et rendre palpable à l'homme île tous les temps, celle grande et belle vérité, que rien dans le inonde ne se meut, ne se dirige, ne se place, que par la volonté de Dieu, qui permet ou qui ordonne. Vérité si importante, que Jésus- Christ nous l'a répétée. Bien dans l'univers, jusqu'à un cheveu île notre tête, ne tombe, n'éprouve de vicissitude, de changement, que par la permission de notre Père céleste. Ainsi, ce qui semblerait d'abord n'avoir été que l'apanage de la nation juive, devient commun à tous les peuples par ce mot consolant.
Nous voyons aussi que Dieu parle de Cyrus, comme le tenant par la main, et le conduisant aux succès, qui devaient le rendre maître de l'empire, et donner aux Juifs un libérateur.
J'ai pris dans le crime de Baasa un trait saillant, au delà duquel l'imagination ne peut rien ajouter pour en tirer, sans réplique et par une conséquence a fortiori, celle vérité : que sans aucune discussion, la puissance qui nous oblige à l'obéissance est celle que nos yeux voient, que nos oreilles entendent, celle enfin qui s'est mise en possession de l'autorité de Dieu; qu'elle sorte d'une révolution qui l'ait établie sur de nouvelles bases, ou non.
Examinons à présent comment Jésus- Christ nous donne la même solution, d'une manière qui ne laisse rien à désirer aux esprits attentifs, à ceux qui ne veulent que ce que la Providence veut, sacrifiant tous
motifs personnels au grand précepte par lequel Jésus-Christ conclut après une simple question sur le fait.
Obéissez, nous dit-il. Les motifs sur lesquels il fonde sa réponse sont aisés à saisir par les [dus simples :
Jésus-Christ est interrogé par les Juifs pour savoir s'ils devaient payer le tribut à César. Ils imaginaient qu'il allait traiter des droits de César, de ceux du peuple; de là devait résulter, selon leur vue détestable, une position épineuse et pénible. Ils se flattaient de le mettre aux piises avec César, ou de le dénoncer au peuple juif, qui toujours s soutenu sa prétention à une indépendance imprescriptible. La question tombait sur le droit, autrement il n'y aurait eu lieu ni à une demande ni à un piège.
Or, si le droit, dans le sens qu'on veut lui donner, est un élément, une donnée du problème que nous avons à résoudre, Jésus- Clirist doit répondre sur ce point, doit le discuter avant que de prononcer, et ordonner l'obéissance. Autrement la conclusion de Jésus-Christ ne sortant point de la demande, n'est plus qu'une réponse évasive, une défaite qui ne résoud rien, absolument rien, et qui nous laisse dans les ténèbres. Les Juifs se retirèrent confus d'une solution dont ils ne recueillirent pas le fruit qu'ils attendaient, si, Jésus-Christ, donnant dans le piège, eût discuté la question du droit, que dans sa sagesse il laissa comme inutile et toujours faite pour troubler l'ordre établi.
La réponse que nous examinons, et qui ne saurait être trop méditée, porte le caractère de toutes celles qu'il a faites à ses amis ou à ses ennemis: toujours clair, toujours instructif lorsqu'il s'agit de règle de conduite.
A la question que lui font les Juifs, Jésus- Christrépond par une autre: De qui est celte image? C'est-à-dire (ce qui, selon tous les interprètes, revient absolument au même sens), qui est-ce qui commande ici? C'est César, lui dit-on ; eh bien 1 obéissez à César dans ce qui lui appartient, et à Dieu dans les choses de Dieu (1). Il répond enfin en substance: Vous me tendez un piège. Vous voulez disputer sur les droits de César, je vais bien vous étonner: je ne daignerai pas seulement en parler. Je vous défends de différer un instant d'obéir, sous le prétexte de droits à examiner, parce que le bon ordre, le besoin de la paix sociale, pour laquelle les gouvernements sont faits, ne vous permettront jamais de faire entrer cet élément dans la discussion sur l'ordre que je vais vous donner.
Vous avouez le fait; il est bien établi, il est notoire que c'est César qui a la force, le pouvoir, le sceptre en main ; par ce fait seul, sans autre examen, l'obéissance lui appartient.
Encore une fois, si les adversaires ont raison, si la légitimité, comme ils veulent l'entendre, est une condition, sans quoi point
(\) Matth. xxn, 21. —Dans l'obligation de payer liiupôi est compris tout genre de devoir ei u'o-
béissance. Tous les Pères, lous les commentateurs sont d'accord sur ce point.
PROMESSE DE FIDELITE
de devoir de se soumettre ; enfin, si les droits seuls acquis par succession ou par consentement de tous doivent déterminer noire obéissance, Jésus-Christ n'a point donné do solution ; il n'a donné qu'une misérable réponse évasive, indigne de la sagesse divine, une réponse enfin comme la pourrait l'aire un politique dans l'embarras, et dont les Juifs ne se seraient pas contentés. Je n'ai garde d'accuser un instant les adversaires d'adhérer à cette conséquence, qui ne serait qu'un horrible blasphème ; mais j'ai cru devoir m'y arrêter, pour faire mieux sentir où conduit le système d'examen des droits. Tout principe qui mène directement à des conséquences aussi graves est nécessairement erroné.
Jésus-Christ, par sa réponse pleine de la plus haute sagesse, a voulu nous donner une solution générale, sans exception, sans embarras, sans mélange de difficultés, d'une application facile, à la portée des plus simples. Il a voulu nous instruire d'une grande vérité qui est d'un usage habituel dans l'ordre social; que le fait de l'autorité établie nous oblige a reconnaître celle de Dieu, dans quelque main qu'elle se trouve, sans examen des moyens employés par l'être qui en est revêtu.
Les premiers Chrétiens ont toujours réglé leur conduite sur ces principes, dans toutes les révolutions. Ils ne consultaient jamais ni leurs goûts, ni leurs regrets : ils ne savaient que fléchir sous le nouvel ordre de choses, lorsqu'après une résistance courageuse et fidèle la Providence permettait que leurs efforts fussent inutiles.
En 383, Maxime fait tuer Gratien et prend sa place. Les Gaules, les Espagne?, la Bretagne, dès lors toutes chrétiennes, le reconnaissent sans résistance, sans délai ; Gratien cependant laissait un frère, Valentinieu II, pour succéder à son autorité. Il y succéda eu effet dans l'Italie. Saint Ambroise est envoyé à Maxime pour traiter de la paix ; il le reconnaît et le traite comme empereur ; seulement il ne communique pas avec lui, parce qu'il avait tué son maître.
Saint Martin communique avec cet usurpateur meurtrier, parce que, par sou siège, il était son sujet. Il lui demande des grâces et mange à sa table. Saint Phébade d'Agen, saint Viclrice de Houen , saint Delfin de Bordeaux, les saints évêques des Gaules, obéissent à Maxime comme à leur légitime souverain. (Fleury, liv. ,xvm, n. 28, S7, 58.)
Saint Ambroise voit périr l'empereur Valentinien, son élève, son ami, étranglé par ordre d'Arbogaste, qui place sur le trône Eugène. Son cœur est déchiré par la douleur; mais, dans le succès de l'usurpateur, il ne voit que l'ordre de Dieu. Il n'hésite plus a lui écrire pour le conjurer de faire oublier le crime qui l'avait porté sur le trône en gouvernant les peuples avec sagesse. (Hist. du Bas-Empire.)
Je dois faire ici une observation bien importante. Théodose, successeur légitime,
frère de l'empereur, commandait à Rome, y levait une armée pour aller combattre l'usurpateur : mais Eugène commandait dans les Gaules, où il s'était fait reconnaître. Cela suffit à saint Ambroise pour le déterminer à ne pas résister à l'ordre actuel de la Providence.
Que devient, d'après cet exemple, ce principe de résistance: tant qu'il reste un héritier légitime, se soumettre est un crime?
En 534, les deux fils de Clodomir, roi d'Orléans, sont massacrés par leurs propres oncles, qui se partagent leurs dépouilles. On obéit à ces monstres, et les plus saints évoques dont les Gaules fourmillaient alors se soumettent à leur joug et y amènent les peuples. (Fleury, liv. xxxn, c. 42.)
En G02, Phocas fait égorger l'empereur Maurice et ses enfants. Il est couronné par le patriarche de Constantinople et reconnu par le sénat et le peuple. Saint Grégoire, Pape, lui écrit pour le saluer sur son avènement à l'empire. (Fleury, liv. xxxvi, c. 43.)
Je pourrais citer une foule de traits dans l'histoire qui appuient la vérité que j'établis, et qui prouvent que île tout temps, dans l'Eglise, on a conclu de la réponse de Jésus- Christ ce qu'elle présente à tout homme attentif. C'est cette réponse qui fait dire à Bossuet, que « Jésus-Christ n'a pas voulu traiter des droits de César, qu'il suffisait qu'il les trouvât établis. »
La première partie de la question est donc résolue par des moyens rigoureux.
Donc le fait seul de la puissance publique nous oblige à l'obéissance.
Passons à la seconde partie, qui ne sera pas beaucoup plus dilîicile à résoudre que la première.
Deuxième question. — Lorsque l'autorité présente à lu promesse de fidélité une constitution où il se trouve quelques dispositions que la conscience croit ne pouvoir approuver, le refus est-il permis?
Réponse. — Battus par des preuves aussi claires, ne pouvant méconnaître la lumière qui jaillit de toutes parts, les adversaires abandonnent à présent le premier poste qui n'était pas tenable, et ont recours à d'autres moyens de résistance.
Jésus-Christ, dit-on, nous ordonne bien d'obéir à César; mais il pose des limites. Il ajoute aussitôt qu'd faut obéir à Dieu : or, Dieu défend le divorce et la loi le permet; donc, c'est désobéir à Dieu que de faire promesse de fidélité sans énoncer de réserve. (Notez bien que la constitution n'en parle pas.)
Avant que de passer oulre, remarquons que voilà un faux raisonnement. Dieu défend le divorce, la loi le permet. Il n'y a pas là d'opposition réelle pour l'individu sommé d'obéir. Dieu défend et la loi ordonne : voilà • ù serait l'opposition. On ne saurait obéir à l'un et à l'autre à la fois. Mais Dieu défend et la loi permet; je sens que je peux obéir à Dieu et ne pas résister à la loi, parce que jamais une faculté absolument libre, accor-
oi,nefut l'objet «l'une soumis- la moindre réflexion, elc. Notez
dée par la sion.
Objection. — Il existe quelques articles auxquels on ne peut donner son approbation : donc, sans manquer à ce qu'on se doit à soimême comme Chrétien, on ne saurait promettre fidélité à la constitution.
Réponse. — Pour répondre à ce grave argument, inconnu à nos pères, dont la découverte est due à la fin du xvm* siècle, j'aurai recours aux faits de l'histoire, qui nie donneront l'acception généralement reçue en politique, et non en giammaire, du terme fidélité.
Mais avant que de passer aux faits, commençons par bien fixer nos idées sur ce point, et répondons à une objection que déjà me préparent les adversaires. Ils prétendent que le serment de fidélité demandé par les souverains, n'était autre chose que la promesse de ne pas conspirer contre leur personne.
La paix sociale fut de tout temps le but de ce serment ; or, qui veut la lin doit vouloir les moyens. 11 e*t clair que les adversaires ont déjà tort. Cependant développons nos preuves pour ceux qui n'entendent pas à demi-mot.
N'est-il pas évident que la fidélité à la personne des souverains emporte nécessairement l'obéissance aux lois? Et à quelles lois? Trouverait-on plus sage, plus raisonnable, que ce fût aux caprices du souverain, auxquels on promettrait de se livrer, plutôt qu'aux lois fondamentales sur lesquelles sa puissance est appuyée; et à celles du gouvernement, proprement dites, dont l'exécution est confiée au chef de l'Etal? Non certes. Mais celui qui, jurant fidélité à la personne du prince, se permettrait, selon sa volonté, de lui refuser l'obéissance aux lois, sous le prétexte qu'il ne l'aurait pas promise, qu'il n'aurait juré fidélité qu'à sa personne, ne serait-il pas dès lors en pleine révolte? Ne serail-il pas un parjure? 11 détruirait, par son exemple , l'ensemble qui fait la force du prince et la sûreté de l'Etat, choses que l'on ne saurait séparer. Il est donc clair que faire le serment de fidélité au prince, qui ne règne que par les lois, qui ne tire sa puissance que de l'exécution des lois, et ne pas promettre en même temps de ne point troubler l'ordre établi, sont deux choses qui impliquent contradiction manifeste. Donc la distinction que l'on veut établir entre le serment de fidélité à la personne du souverain, et celui de fidélité aux lois, n'est pas soutenable, est contraire à la .-aine raison.
On prétend que promettre fidélité à la constitution, c'est approuver tout ce qui s est fait dans la révolution, tous les crimes qui en ont été le résultat, sanctionner l'exil des évêques, leur proscription, aimer de tout son cœur, adhérer à toutes les dispositions de l'acte constitutionnel, les maintenir de toutes ses forces, ne pas se permettre
a le gouvernement s est exp
bien que iqué avec une clarté qui ne devrait rien laisser à désirer 1
Les opposants ne s'aperçoivent pas qu'en voulant réduire le serment de fidélité au souverain, à la seule promesse de ne pas conspirer contre lui, ils tombent déjà en contradiction avec eux-mêmes. Très-certainement je suis en droit de leur dire que puisqu'ils veulent absolument que le mot fidélité ait une signification tellement déterminée, sans modification, qu'on ne puisse y rien changer sans blesser la sincérité, ils doivent à la personne du prince tout ce qui, dans leur système, sort du serment de fidélité. Or, celui qui promet fidélité à Dieu, jure de l'aimer, d'obéir à ses lois, de n'y rien ajouter, de n'y rien retrancher, de ne jamais résisier à sa volonté. Donc, par le serment de fidélité, on doit la même chose au prince.
Cela est évidemment absurde. Voilà donc où mène l'erreur: l'inconséquence en est toujours le résultat.
Fidélité est un terme qui exprime la dépendance d'une autorité quelconque, laquelle dépendante doit être modifiée, doit changer de caractère, selon le genre de relation où se trouve l'individu avec cette autorité. La promesse de fidélité est toujours le résultat d'un contrai au moins supposé, et doil être toujours réciproque, même par rapport à Dieu (2). L'autorité à laquelle je promets d'être fidèle s'engage de même envers moi. La fidélité est promise des deux eûtes. Qui osera dire que cette promesse signifie la même chose de la part du sujet et de la part du souverain ? Il y a bien obligation contractée d'être fidèle ; mais chacun dans sa manière d'être, à raison de la relation mutuelle. Voilà déjà une différence bien réelle entre les promesses de l'un el de l'autre côté, énoncées pourtant avec la même expression.
La fidélité à Dieu doit être sans bornes, la fidélité aux gouvernements doit avoir des modifications fondées sur la raison et sur la justice. La fidélité du soldat à son général doit avoir des limites beaucoup plus étendues, et d'un autre caractère. Il est donc bien clair que l'on ne saurait appliquer à la fidélité aux lois l'acception absolue, générale, reçue en grammaire, du terme fidélité : qu'à Dieu seul est dû ce genre d'obéissance, parce que la volonté de Dieu est toujours essentiellement bonne.
Le serment de fidélité fut de tout temps exigé de certaines personnes, à raison de leur position politique. Par cet acte, la puissance publique s'est toujours proposé d'obtenir une déclaration, qui fût une garantie de l'obéissance, de la disposition individuelle à concourir à l'harmonie, à la paix du corps social. Voilà le but. Il est rempli par une formule consacrée de tous les temps a cet objet, par le serment de fidélité; qu'il
(v2) Dieu a daigné dire à l'homme qu'il serait iiJele dans ses nrumesses.
PROUESSE DE FIDELITE
soil prêté à la constitution, ou au souverain, mi au gouvernement (3), ou aux lois, rengagement est toujours le même : contracté avec une de ces quatre parties, les trois autres y sont comprises.
Ce serment est-il prêté à la constitution ? Elle est la hase fondamentale de Tordre établi. Au souverain ? Il est l'urne qui préside à tout, à l'ensemble du bon ordre. Au gouvernement ? Il est le mode de l'ordre. Aux lois ? Elles sont le moyen de l'assurer. Tout ici se tient : l'objet constant est toujours l'ordre.
Le but est l'obéissance en général : mais ce serait un acte de tyrannie révoltante, sans exemple, de la part de celui qui gouverne , si, par cette simple garantie, il exigeait que tout fût approuvé, sanctionné, même jusqu'à l'injustice, si par maladresse, erreur, ou autre cause, elle s'était glissée dans quelque article du code légal. Notez bien qu'il n'en est pas un seul au monde qui soit exempt de ce défaut, en permettant plus souvent encore, qu'ordonnant ce qui n'est pas toujours d'accord avec la saine morale. J'en appelle à tous les publieistes.
Mais laissons la théorie abstraite, que tous les esprits ne saisissent pas toujours bien ; revenons aux faits. L'antiquité respectable vient appuyer ce que nous avançons, et met en poudre l'argument que l'on oppose à la promesse de fidélité.
J'ai prouvé que la distinction que l'on veut établir entre le serment à la personne du souverain et le serment au gouvernement, aux lois, à la constitution, était coniraire au bon sens. Je vais établir que jamais l'antiquité n'a tiré de cette démarche les conséquences que l'on veut absolument en taire résulter.
De tout temps et en tout lieu les souverains ont exigé le serment de fidélité de leurs sujets ayant certains emplois. De tout temps et en tout lieu, il y a eu mélange de bonnes et de mauvaises lois. Que l'on me cite un seul fait dans l'histoire, qui prouve que sous prétexte de conscience on ait demandé à examiner le code avant que de passer outre , et j'ai perdu la cause que je défends.
Passons au temps du christianisme ; sous le règne des empereurs romains, païens et persécuteurs, les lois étaient un mélange informe de bien et de mal. Qui ne sait qu'une loi fondamentale de l'Etal portait que « toute nouvelle divinité , tout culte qui ne serait pas sanctionné par le sénat était proscrit? » (Tertull. ,Apolog.)
Qui ne sait que les lois du gouvernement étaient pleines de règlements, d'ordres relatifs au culte des idoles qu'un Chrétien ne pouvait approuver, que les édits des empereurs, d'accord avec la loi fondamentale de I Etat, désolaient la religion ; que le plus lé-
ger indice, la simple déclaration de sa foi menait à l'échafaïul?
Qui ne sait encore que du temps des empereurs païens, il y avait un grand nombre de Chrétiens qui avaientdes dignités à la cour et des emplois dans les armées, tous obligés de prêter le serment de fidélité ?
Tertullien dit :« Nous remplissons vos châteaux, vos camps, vos tribus, le palais, le sénat, la place. Nous ne vous laissons que vos temples et vos théâtres. » (Apol. des Chrétiens. )
Voilà donc une foule de Chrétiens forcés à subir l'épreuve dont nos adversaires ont horreur, celle de prêter le serment de fidélité à un gouvernement presque toujours occupé par des usurpateurs féroces. Si, sur le prétexte que l'empereur n'était pas légitime, était un assassin, un usurpateur, un ennemi juré de la religion de Jésus-Christ, un seul individu eût fait difficulté de le prêter, ou eût demandé à y faire des réserves morales, attendu sa qualité de Chrétien, n'est-il pas évident qu'il eût été dénoncé comme ennemi des dieux, ennemi de l'empereur, et, comme tel condamné à mort ?
Eh bien ! que l'on me fasse voir dans l'histoire ecclésiastique, dans la Vie des saints, dans les Actes. des martyrs, un seul Chrétien qui, dans une position politique, obligé de prêter le serment d'usage, l'ait refusé, ou ait voulu y faire des réserves, sous le prétexte que c'était adhérer au code des lois prises en détail, sous le prétexte enfin, qu'un Chrétien ne pouvait pas sanctionner les horreurs que vomissaient contre la religion de Jésus-Christ et la loi et ses organes. Lisez le procès de tous les martyrs, de tous les confesseurs, vous n'en verrez pas un seul qui présente un semblable refus.
C'est que les premiers Chrétiens, plus simples, et pleins du Saint-Esprit, savaient que ce serment n'était que passif, savaient que son sens se bornait à ne pas conspirer contre la puissance, à ne pas troubler l'ordre général établi. C'est que les premiers Chrétiens ont toujours fait profession d'obéir, malgré les révolutions qui se succédaient avec une inconcevable rapidité. Jamais ils ne se sont permis d'énoncer des réserves contre le gouvernement , quelque violence qu'il mît en usage; mais seulement lorsqu'un ordre actuel, conlraire à la juslice, et qui les obligeait d'agir, leur était intimé; mais jamais le serment de fidélité, l'ordre général d'obéissance et de soumission à l'autorité, même usurpée, ne les a trouvés dans la disposition, avant que d'obéir, d'examiner toutes les lois, de les discuter, pour savoir s'il n'y eu avait pas de contraires à la loi de Dieu ; et cela est raisonnable. Quel serait le gouvernement qui pût espérer d'acte de garantie individuel, si avec la dis-
(3) On d'il, s'il s'agissait de lidélilé au gouvernement seulement, la promesse se pourrait faire; je \iens de prouver que celle distinction était déraisonnable. On dit encore : S'il n'était question que de
luuinission , on ne s'y refuserait pas. Il y a quel-
ques années la loi demandait soumission , on eût préféré fidélité t JNe somble-t-il pas entendre des enfants gâtés qui veulent toujours ce qu'ils ne peu-
vent avoir :
OEUVRES COMPLETES DE M. EMEllY.
ICOj
position qu'ont tous les hommes à la divergence d'opfhion, le serinent de fidélité ne devait être que le résultat d'un pareil examen ?
Je ne saurais quitter le berceau du christianisme, cet âge que l'on peut avec raison appeler les temps héroïques de l'Eglise, sans jeter encore quelques regards sur les premiers Chrétiens. Tertullien dit, dans son Apologie : « Nous demandons à Dieu la conservation des jours des empereurs, la constante prospérité de l'empire, la fidélité dans le sénat, la valeurdans les troupes ; » or,si le serment de fidélité aux lois de l'Etat, à sa constitution, entraine les conséquences (pie je comba's, à plus forte raison la prière pour la conservation de l'ordre établi, suppose l'approbation du tout et de ses parties.
11 n'y a point de vum plus fortement prononcé que celui de la prière; et je suis en droit d'appliquer bien mieux, à celles des premiers Chrétiens toutes les conséquences du serment. Ils demandaient que l'empire, dont quelques bases, et dont la plupart des lois étaient anlich retiennes, demeurât ferme en entier, que l'ordre établi subsistât, que le sénat toujours fidèle le soutint dans son intégrité, que rien ne pût nuire à la prospérité de la puissance qui les gouvernait. Cependant les empereurs et leurs ministres leur étaient, pour la plupart, durs, cruels , féroces; leurs lois étaient barbares; elles blasphémaient le nom de Jésus-Christ. Les
idoles seules avaient leur encens Je
m'arrête ici pour faire une question. Je demande aux adversaires : Si on vous proposait de prier pour la conservation des jours «le ceux qui nous gouvernent, pour la fidélité du sénat conservaleuret des autres corps constitués; ne diriez-vous pas avec raison dans votre sylème :
Quoi! non contents de nous demander une promesse de fidélité qui alarme déjà notre conscience, vous voulez que nous approuvions, d'une manière encore plus ferme, par nos vœux, une constitution qui prononce définitivement sur la vente des biens sacres , qui proscrit nos évoques (4)1 Notre prière serait le comble de l'impiété; nous demanderions à Dieu de sanctionner, perpétuer l'injustice 1
Voilà pourtant, parmi les révolutions fréquentes dont ils étaient témoins, ce que les premiers Chrétiens demandaient à Dieu (dans votre système bien entendu). Les premiers Chrétiens étaient donc, ou peu sincères dans leurs prières, ou ils avaient abjuré le sens commun; leur prière était impie par la nature des demandes. Que dis-je! les premiers Chrétiens? C'était l'Eglise tout entière qui. croyant remplir un devoir, priait ainsi. Vous voyez que votre système. mène encore droit au blasphème; abandonnez-le denc ou dévorez-en les conséquences.
(4) La proscription des évêques connue évêques n'est point absolue : elle n'est que le résultat du refus de la promesse de fidélité. C'est donc injustement que l'on avance qu'elle sanctionne leur pio3-
Revenons sur nos pas, et laissant la roule spacieuse de l'erreur, rentrons dans le sentier de la vérité. Réduisant les choses à leur juste valeur, ne voyant désormais dans l'obligation de promettre fidélité que le devoir de se soumettre à l'ordre établi, nous ne trouverons plus, dans la prière de l'Ejlise, ni inconséquence, ni impiété : les idées se classeront avec facilbé, et la conduite des premiers Chrétiens sera touchante et admirable.
En tout soumis à l'ordre établi, ils ne croyaient pas devoirse permettre d'en désirer le changement, tant l"idéede révolte, même indirecte, leur semblait contraire à la loi de Jésus-Christ; ils attendaient en paix les moments de Dieu, celui où il viendrait à leur secours; ils ne le voulaient prévenir eu rien. Les ordres les plus désagréables, les plus gênants, les trouvaient disposés à l'obéissance, parce que saint Paul leur avait ordonné ce qu'il avait pratiqué lui-même, une patience sans bornes. Fidèles à i el ordre, pendant trois siècles, on n'en vit jamais un seul, ni bon , ni mauvais, dans les différentes révoltes que l'histoire nous a transmises. Leur résignation fut enfin couronnée par le changement du cœur des empereurs. La paix fut rendue à l'Eglise : les lois sanguinaires furent abrogées; la loi fondamentale qui proscrivait le christianisme fut anéantie, ou tomba en désuétude; et sans secousse, sans convulsion, sans briser le fond de l'ordre établi, la marche des lois devint juste et modelée.
De tout ceci j'ai droit de conclure, d'une manière ferme, que, si les adversaires ont raison ; si prêter serment de fidélité est approuver, adhérer, maintenir de toutes ses forces, s'il y a obligation prise de dénoncer quiconque se permettrait le moindre signed'improbation, etc., les premiers Chrétiens avaient le plus grand tort. Conséquence bien 11 clieuse pour ceux du xviii" siècle, mais qui n'en est pas moins vraie.
Je sais qu'ils ne resteront pas muets sur ces preuves. Je sais qu'ils diront que ces circonstances ne ressemblent en rien aux nôtres. Les révolutions de chaque jour, pour ainsi dire, dont dix-huit siècles ont été témoins, ne leur présentent rien qui puisse être assimilé à notre position; mais interrogezles sur ces différences; battre la campagne est toute leur ressource.
Objection. — Les adversaires prétendent, que tout ce que je dis de la conduite des premiers Chrétiens ne peut s'appliquer aux circonstances présentes; que le christianisme, né chez des peuples idolâtres, demandait une conduite toute différente de celle que nous devons tenir eu France, où la religion catholique, naguère si florissante, comblée d'honneurs et de biens par la piété de uûs rois et des fidèles en général, se
criplion. D'abord, on ne sandionne rien ; niais la loi reçoit dans le sein de leur patrie 10ns les ministres qui désirent d'y rentrer , a\ec la seule condition de la promesse.
1G09 PROMESSE DE FIDELITE
trouve, par la plus cruelle révolution, dépouillée de tout, ses minisires dispersés, chassés, proscrits; et où l'impiété, l'athéisme lèvent une tête audacieuse, et s'applaudissent des ruines qui sont leur ouvrage. Ils disent enfin que, reconnaître la puissance sortie des horreurs de la plus affreuse dévastation, c'est sanctionner tous les forfaits de la révolution. Le mal, disent-ils encore, existait lorsque la religion de Jésus-Christ a paru; elle. s'était fait une loi de la patience; mais ici, se rendre à l'autorité qui n'a d'autre droit à faire valoir que son existence, présente un délit affreux, un abandon de tous les princir pes, une apostasie générale, politique et religieuse.')
Réponse. — Celte objection, plus spécieuse que solide, se réduit à ceci : La religion avait besoin de dissimuler pour s'établir ; elle ne s'est montrée si patiente, si obéissante, que parce qu'elle ne voulait rien heurter 1 1 1
Non, dirai-je, non ; la dissimulation politique ne fut jamais le caractère d'une religion qui ne s'est établie que par les souffrances, il est vrai; mais en même temps par les sentiments les plus généreux, et par Je sang de ses martyrs, qui jamais n'ont connu les détours d'une politique insidieuse et lâche qui sacrifie la vérité à ses besoins.
Loin de nous la pensée que, si faire le serment de fidélité à un usurpateur est un crime ; si, lorsque le code des lois présente quelques articles isolés contraires à la juslice, ce serment sanctionne l'injustice; si enfin les Chrétiens en place ne pouvaient le prêter sans fouler aux pieds ce qu'il y a de plus sacré, loin de nous, dis-je, la pensée impie que les premiers Chrétiens aient pu passer par-dessus toutes ces considérations, en faveur de la propagation des lumières de l'Evangile.
Si le serment de fidélité présente comme le veulent absolument les adversaires, l'approbation, la sanction de tout ce qui a conduit un usurpateur au trône: qu'il ait été occupé par un païen ou par un Chrétien, par un persécuteur ou par un prince pieux et libéral ; si le successeur y est parvenu par le crime, si ses lois sont injustes, lui prêter serment de fidélité n'en est pas moins un crime (dans le système que je combats), qu'il ait délivré la terre d'un monstre, ou qu'il l'ait privée d'un prince adoré; aux yeux de la religion, le forfait est de même nature, la seule différence est dans le degré.
Donc ce qui serait un crime aujourd'hui, l'eût été encore pour les Chrétiens qui prêtaient, du temps du paganisme, le serinent de fidélité.
Le procès des martyrs n'offre aucun exemple de résistance de ce genre. Donc, dans les circonstances semblables aux nôtres, ils ont cru le serment licite, et je dis plus, ils l'ont
IGIO
regardé comme un devoir, dès que la puissance l'exigeait-
Méditez, lecteur, méditez un passage de Tertullien, et jugez.
« Voici, » dit-il, <i les lois du Christ sur la soumission aux puissances, et vous pouvez compterquenous les observons. 11 nous oblige à respecter les empereurs comme des hommes choisis de Dieu; parce que c'est lui qui les élève sur le trône. Il nous oblige à respecter en eux la Providence qui les a établis pour gouverner les peuples.... : nous savons qu'ils ont le pouvoir que Dieu & voulu qu'ils eussent. Nous demandons la conservation de ce que Dieuatou/uquifûl; et cette seule considération est pour nous tous un grand serment ; c'est le lien sacré d'une parfaite obéissance. •» (Tertull. Apologet., n. 32. J
Ce texte seul vaut un traité.
Il confirme ce que nous avons conclu du trait de Baasa. Voilà bien encore, depuis Jésus-Christ, le gouvernement théocratique annoncé avec les mêmes expressions que dans l'Ancien Testament (5).
Tertullien écrivait son Apologie des Chrétiens sous Sévère, persécuteur atroce. Il parlait sans distinction des empereurs légitimes ou usurpateurs (6). Un esprit juste doit donc conclure ainsi :
Quelle que soit la manière dont la puissance s'est établie, quelles que puissent êire ses dispositions contre la religion, la parfaite obéissance est l'expression consacrée par la doctrine constante de l'Eglise, et n'a jamais signifié qu'une obéissance dans ce qui est juste, et non une obéissance aveugle. Soutenir le contraire, est faire preuve de la plus profonde ignorance : et lorsque la puissance exige une simple garantie de cette obéissance en général, la lui refuser, c'est se mettre en pleine révolte contre la loi du Christ.
Mais voyons, au reste, dans les temps qui suivirent la conversion des empereurs, lorsque tout l'empire fut devenu chrétien, si nous ne trouverons pas des faits qui éclairent la route que nous avons à tenir.
En 392, Eugène que j'ai déjà cité, parvenu à l'empire par le crime, rétablit l'idolâtrie, relève ses autels. Cependant saint Ambroise, loin de le repousser, loin d'engager les peuples à se soulever, le reconnait pour empereur, lui en donne le titre, et lui apprend même à bien user de son autorité. Qui oserait, parmi les adversaires les plus prononcés, accuser ce grand prélat de lâcheté et d'apostasie ? Qui oserait dire qu'il sanctionna le meurtre et l'usurpation, et qu'il abandonna les intérêts de la religion à un scélérat, qui, en rétablissant les idoles, allait exposer les Chrétiens à de nouvelles fureurs.
Méditons ce trait. L'empereur son ami venait d'être étranglé 1 Que de passions de-
(5) Nous sommes instruits pour toujours, par l'Ecriture, par les prophètes. Ils nous oui dit : C'est ainsi que le monde est gouverné, c'est ainsi qu'il le sera toujours , parce que Dieu ne change
point de nature , et que cet univers est dans sa main aujourd'hui, comme il y était il y a trois mille ans.
(6) Voy. la première objection au Supplément.
OXVKES COMPLETES DE M. EUEliY.
vaient plaider dans le cœur rie ce grand homme, contre l'obéissance au scélérat qui s'était emparé delà place 1 Que de combats
il dut essuyer 1 L'amour de la loi de
Dieu triompha; b>ut céda au devoir de fléchir sous les coups de sa providence, et d'obéir à la loi du Christ.
En 711, Philippique assassine Justinien II, et prend sa place, en annonçant au Pape et au peuple romain son avènement à l'empire, il ne cache pas sou attachement à l'hérésie des monolhélites, et son dessein de la rendre prédominante.
Le Pape Constantin rejette la lettre, comme contraire et injurieuse à la foi. Le peuple va plus loin, ne veut recevoir ni les lettres, ni la monnaie de Philippique (ce qui marquait un refus de l'avoir pour empereur) , il repoussait même à main armée le gouverneur de Rome nommé de Constanlinople.
Mais le Pape envoya des évêques portant Ja croix et le saint évangile, qui apaisèrent Ja sédition, et firent reconnaître l'empereur et son représentant. (Flcury, liv. xli, c. 23.)
Le Pape était donc bien coupable, puisqu'il reconnaît un assassin pour empereur et par conséquent oblige au serment de fidélité, de garantie, à un scélérat, qui ne cache I as le désir de faire régner l'hérésie avec lui.
En 730. Léon l'Isaurien fait briser les images de Jésus-Christ en Orient, et y excite une persécution violente. Il donrteles mêmes ordres pour l'Italie. Les peuples, qui déjà n'étaient plus aussi patients, aussi résignés que dans les six ou sept premiers siècles, parce que leur vie n'était plus aussi pure, arrêtent de se soustraire à la domination de cet impie : mais le Pape Grégoire II les en empêche et les fait rentrer dans le devoir. Dans le même moment, Léon envoyait deux scélérats pour poignarder Grégoire. Ce saint Pape ne crut pas être dispensé de son serment d'obéissance à ce maître barbare. Il exhorta son peuple à conserver la pureté de sa foi contre les efforts d'un prince hérétique : mais en lui conservant aussi la soumission et le respect qu'on lui devait. (Fleury, liv. xlh, 6.)
En 770, la persécution redouble et devient extrême sous Constantin Coprony-
mc En cette année, il ordonne aux
moines et aux religieuses des provinces de Thrace de se marier, sous peine d'avoir les yeux crevés, et de mourir en exil. Il fait vendre ou brûler tous les monastères avec les vases sacrés, les ornements, les livres, les reliques, etc. Aucun moine ne resta dans ces gouvernements. Les peuples gémissaient; ils imploraient la vengeance célcsie. Mais la sainte et noble fidélité des Catholiques n'éprouva point d'altération. {Fleury, liv*. xliv, 7.)
En 1603, lors de la conspiration des poudres en Angleterre, Jacques 1" dressa une formule de serment, par lequel les Catholiques le- reconnaissent roi légitime, et déclarent que le Pape n'avait aucun pouvoir sur
son royaume ni sur sa personne. Tous prêtent ce serment sans répugnance et sans con -
tradiction Le Pape mal informé, craignant
que ce ne fût un piège pour faire adopter aux fidèles la suprématie spirituelle du roi d'Angleterre, défendit par un bref de prêter ce serment, comme conlraire à la foi. Les Catholiques anglais regardèrent ce bref comme surpris à la religion du Pape. Ils persistèrent dans leur serment, et leur conduite fut approuvée de toute l'Eglise e< de Rome même ; tant il est vrai que jamais le serment de fidélité n'entraîna chez aucun peuple l'approbation du gouvernement auquel il est prêté. Ce prince schismalique, et dont la puissance menaçait de sa ruine la religion catholique, était déclaré le chef supême de la religion par la constitution, dont les bases portaient, ainsi que les lois du pays, l'empreinte du schisme et de la révolte contre l'Eglise jromaine.
De ces traits choisis parmi une foule d'autres de ce genre, il résulte, pour un bon esprit, que les circonstances présentes ne sont pas telles qu'on na puisse trouver dans l'histoire des règles sûres pour se conduire. I! est même remarquable que plus nous approchons des beaux siècles qui ont suivi ceux de persécution, et plus on trouve de modèles parfaitement applicables à notre position. Partout nous voyons que jamais la religion ne conseilla de méconnaître l'autorité civile à raison des dangers qu'elle pouvait courir. Partout on voit cette religion traverser les orages, venir à bout des obstacles sans les heurter; indifférente à tous les gouvernements, pour ainsi dire, elle fait un devoir au Chrétien de résister à toute révolution, qui toujours est un désordre : mais en même temps elle lui en prescrit un autre aussi pressant, celui de se soumettre, celui de reconnaître l'autorité de Dieu, lorsque sa providence se prononce par les fails.
Avant Louis XIV, le duel était permis par les lois et même commandé par nos rois, dans certaines circonstances; vit-on jamais un évêque refuser le serment d'usage, fondé sur ce que c'était sanctionner ce (pie l'Evangile défendait? Le prêt à usure, défendu par l'Eglise, était permis pour les mineurs. La révocation de l'édit de Nantes confondit l'innocent et le coupable dans la même proscription ; la confiscation des biens fut générale, exécutée avec rigueur. Les Jésuites furent chassés sous Louis XV, leurs biens confisqués ; le clergé était loin d'approuver : cependant, vit-on un seul évêque demander à être admis, lors de la prestation <iu serment, à énoncer des réserves, sans lesquelles il aurait paru sanctionner ces injustices?
En 1791, le Pape, sensible aux malheurs des Catholiques, privés du libre exercice de leur culte, n'a fait aucune difficulté de permettre lu serment de fidélité, par lequel les prêtres promettent de maint nir et défendre de tout leur pouvoir la succession de la
couronne dans la ligne protestante de la maison de Hanovre (7).
Le Pape a donc trouvé bon que les prêtres catholiques dans le système que je combats consentissent et approuvassent l'usurpation de la maison de Brunswick-Hanovre
tholîque ! f P°Ur la reiision ca"
Pour .'terminer par des faits plus rappro-
rlîn tJ\T$ *nïïn' le clerSé e" France, fffi ™1, M?SS/^biée natiotl;lle, ne fit nulle diflicul é, le k février 1790, de prêter l°ser ment de fidélité à la nation, à la loi et au roi, sans aucune réserve. Cependant? ce serment était bien différent de celui que tous Je» évoques avaient prêté dans les n£s du
mitJ3 ,"ali0n : e,,e se Présentait la première, comme souveraine : c'était la république naissante. v
duArw'é / u S'élaU déjà emParé des biens
et II" n?i(aif0nitrÔnu était Prescfue inversé, et il n était plus là que comme un hors-
tudeUSV.re,,U",f CfriflCe f8it aux viei11*" habitudes, et c était dans cet état de choses
dans un moment où, avec le désir le olus
sincère d'obéir à l'ordre de Dieu, oï ^ou-
(7) Formule du serment prêté pur les Catholiques au gouvernement d'Angleterre.
« JeN., déclare, par ces présentes , nue ie fai< Pression de .a religion ca tholique "rfStfJÏ
« Je déclare sincèrement , et je jure que ie serai
Georse NI1"""' al Un(ï T? ailé^nce à Sa S Oeoigeslll, que je le défendrai de tout mon oou-
o,r contre toutes les conspirations et emreprisës
S"65 ql" P°Urra'e.nt élre faile* contre sa personne, couronne et denté : que je ferai tniiî
TlTt* P7r.déco«vrfr et foi?ecoLïe a Sa
Sacsie, a ses hoirs et successeurs , toutes trahisons, conspirations et perfidies qui pourraient être formées contre elle ou contre eux; et je promets fidèle men ««»««»>, soutenireidéfenÙreue^ooim , Jo von la succession de la couronne, laquelle succe.sio paru,, acte intitulé : Aclepaur la limitation uUéreurl filrJT""6' elV^r mieux assurer lesdrôtset libeuésdes sujets , est et demeure limitée à la pr „cesse électnee douairière de Hanovre, à se ho s
Iturant SSÏiT,l"II'™°»«"" Plument e
abjui.int loue allégeance à quiconque réclamerait ou prétendrait, droit à la couronne des royaumes riJ.rhJ'1'6 '1Uf J.ereJelle et déteste, comme une doctrine non chrétienne et impie, qu'il est permis d assassiner ou de mettre à mon quelque peiSe ou personne que ce scit, sous prétexte ffi hère ttques ou infidèles !jwet aussi ce principe no„ chrétien et impie, qu'on est obligé de garder la Ib qu'on , , jurée aux hérétiques et infidèle!
cle de6™6, fo? t l'IUS ' q"e " "'est poilu un ««" cie ne ma loi , et que je renonce, rejette et ahiure
1 opinion que les princes excommuniés par le Pape
par un cornue, par l'autorité du siège de Rome où
p,osTo1,t?Ul','f q"e •'•' SOlt' Pavent etTe'dé" poses ou tues par leurs sujets , ou par quelque ner sonne que ce soit : et je promets' que Te ne ouI
semblable, m aucune opinion contraire à ce (fui » exprime dans cette déclaration. '
' Jc ded'lre lue je ne crois pas que le Pane ni aucun p„„ce étrange,, prélat, L.at^ou potenm.'aU
PROMESSE DE FIDELITE
vatt attendre l'exécution de ses décrets, plus parfa tement prononcée; c'était, dis-je, dans
l?!-^08 Ies évê('IJes ^ France mon J T âh,ési é' ont cr(1 devoir se soumettie et prêter le serment de fidélité exigé
à» l^TT^-T s'él™sur les ruines du trône, maigre leurs efforts.
dp SJr0y^ial donc fjas 9u'un serment
apnroba fonntSnat adhési-°n' "««ileinent
approbation. Ils ne croyaient donc pas uu't
sanctionnât ni ia ruine du trône ni la ven te des biens de 1 Eglise.
.Je sais que cette unanimité dans la manière de voir du clergé en 1790, développée ft?t? - f ? piques mandements très-bien fait, a fort embarrassé les adversaires. Qu'at-on répondu? car à quoi ne répond-on pas*
le nermii "wT '. P0'!, '.0rs : il adonna" ou e permit ; dès lors il n'y avait plus à résister ! Etrange morale 1 mais, si la conscience répugnait à sanctionner par un serment d"
Uô, e^M Ia nafti0? ' à lâ l0i' et Ja chute du
jiône et la vente des biens du clergé, serat-elle en repos parce que votre roi vous aura conseil é de passer outre? En un mot la chose est bonne , ou elle est mauvaise Si elle est bonne, obéissez; si elle est ma u-
« Je professe, certifie et déclare que je fais celte declaranon, et chaque partie ri'icelle , -dans le sens clan- et ordinaire que présentent les expressions d« ce serment, sans aucun subterfuge, équivoque 0„ restnction mentale, et sans qu'il'y ait aucu„l dis pense déjà accordée par le Pape ou par I âûTor é
t it Te?6 R°me ' ,°" Par 9UC4™ Personne que ce lîri'ÂJmS-V0lr K pensee 1»e je sois ou pu sse
Hp 11 m rT df-Vant D,eu el les ,10~> ou absous e cette declaranon, ou panie d'icelle, quand même le equede Home, ou quelque autre personne™ au orit.e quelconque en dispenserait ou l'an, derait
e'n aide.65/ """* " d° ""' effet' Ai"si' D^Sl Observation. — Par ce texte, il est bien clair que, si les adversaires raisonnent juste les Cathôiques anglais approuvent l'usurpation de a ma son de Hanovre approuvent que le sceptre reste à Ta mais dans la main d'un prolestant, et sa net onnent les résultats, cimentent a toujours 'la p,4lonmanTe de la religion protestante, comme chose à laquelle
'vV ,'.(1,! 'a approuve, est complice de ces excès Voila où mène le système qui confond le Sî
tontes' léflo"" 1C,18ai'emeiU —S'e ^'exécute; Le premier promet obéissance active aux ioi< que la morale approuve, et patience , nenie „ ce qui regarde celles que la loi de Dieu "ÏB condamner, et sur toutes choses, de ne pasf à roc-
Le second promet tout sans examen, aveuglénu ni; et ne peut être pris qu'avec Dieu seul. R
Les opposants qui soutiennent que par la nromesse de l.uel.te, on approuve tout on sanctionné Serai! ît't Pe™et.l(Jllt ^"S difficulté aux I °e "m Serait-ce pour diminuer la somme des résistance; a leur système? its.siantca
GEUYRES COMPLETES DE M. EMERÏ.
Parcourez avec altenlion l'histoire de l'Eglise, les conciles, vous n'y verrez jamais agitées ni la question des droits, relativement à l'obéissance exigée , ni celle relative au serment de fidélité aux gouvernements.
J'ai démontré par les faits que jamais les Chrétiens n'ont attaché au serment de fidélité.le sens qu'y donnent les adversaires, qu'ils n'ont jamais pensé que, sous prétexte que ce mot fidélité avait un certain sens en grammaire, ce sens devait le suivre en politique, et leur permit des réserves qui sont de droit naturel.
Donc l'Eglise, de tout temps, n'y a fias attaché ce sens erroné ; donc elle a jugé la question que l'on agite aujourd'hui.
Donc, sons les deux rapports, celui de la qualité de la puissance et celui de la chose exigée comme condition de la liberté du ministère religieux, le problème est résolu et par Jésus-Christ et par son Eglise.
Ne nous y méprenons pas; la question que l'on agite est, par sa nature et par ses résultats, de la plus haute importance. Jésus-Christ vous dit : Obéissez. Voilà un ordre absolu. Il ne s'agit plus que de savoir si vous êtes dans la position où Jésus-Christ vous donne l'ordre d'obéir; s'il en était ainsi, comme je crois l'avoir démontré, votre résistance serait coupable sous tous les rapports. 11 faut choisir et vous déterminer prompte ment. Les peuples attendent de vous le pain spirituel de chaque jour : l'ordre ne souffre point de délai ; et Jésus- Christ vous demande encore aujourd'hui : De qui [est celte image? {Mat th. xxu,2û) qu'estce qui bat monnaie? qu'est-ce qui commande ici? Votre réponse doit être franche comme celle des Juifs. Eh bien, vous ditil, obéissez.
Ne répétez pas que vous ne pouvez obéir à la loi, que l'on ne vous permette d'énoncer des réserves. On vous répond que les premiers Chrétiens savaient que la constitution de l'empire n'était pas favorable à la religion, qu'elle y était proscrite. Ils n'en déclaraient pas moins leur soumission sans réserve énoncée, n'en priaient pas moins pour la conservation et la prospérité de S'empire, malgré l'avantage qu'ils pouvaient espérer d'un nouvel ordre de choses. L'histoire nous dit que, très-nombreux partout, répandus dans tout l'empire, ils eussent été en état de donner, par leur révolte, beaucoup d'inquiétude aux païens ; mais que, toujours soumis à l'ordre de Dieu, ils attendirent de lui seul un changement que jamais ils ne se permirent de tenter, quelque avantageux qu'il eût été pour la religion. Ils ne croyaient pas non plus que les réserves de droit fussent une restriction mentale contraire à la sincérité; lorsque, malgré la proscription de la religion à laquelle leur serment de fidélité, dans le système des adversaires, devait les faire adhérer de tout leur cœur, ils n'en déclaraient pas moins leur foi et faisaient l'impossible pour étendre son domaine.
Parce que les subtilités que l'on met en
avant tombent devanL l'acception reçue de la valeur du serment de fidélité chez tous les peuples du monde ; parce qu'il n'est pas un gouvernement, un code de lois, auquel on pût prêter serment, s'il entraînait l'obligation, sous peine de parjure, d'approuver tout ce qu'il contient, de l'aimer, de lui sacrifier toutes ses lumières, de s'interdire toute réflexion, tout désir d'amélioration, de le maintenir dans toutes ses parties.
Parce que le gouvernement, par l'organe du ministre de la police générale, a déclaré le sens qu'il y attachait, et vous a dit que ce n'était point une adhésion au code de lois, que c'était simplement une déclaration, une promesse de ne pas troubler l'ordre établi par la constitution. Voilà qui est parfaitement clair.
Je dirai plus : le serment de fidélité et d'obéissance le plus absolu à tous les ordres d'un gouvernement, sans réserve énoncée, n'entraîna jamais l'obligation d'une obéissance générale, sans exception : et celui qui le prête ne saurait être taxé d'imprudence ; il est, au contraire, dans l'ordre de Dieu.
Témoin cette foule de Chrétiens qui, engagés dans l'ordre politique, étaient obligés à ce serment; et n'en résistaient pas moins avec énergie, lorsqu'un ordre contraire à la justice leur était intimé.
Témoin cette légion thébéenne, qui, d'après le serment d'obéir, pressée de courir sur les Chrétiens pour les égorger, répond à l'empereur : « Jusques ici nous nous sommes fait honneuri du serment de fidélité que nous vous avons prêté : vous n'avez pas eu de sujets plus soumis ; mais l'ordre que vous nous donnez n'est pas juste : nous avons un m. litre dans le ciel qui le condamne; c'est à lui que, pour ce moment, nous devons l'obéissance. Dans ce cas un Chrétien, forcé de désobéir, ne se révolte pas ; il ne sait plus que mourir. »
Voilà une belle réponse à ceux dont la délicatesse s'alarme au point de dire : si nous promettons fidélité, sans énoncer de réserves, nous ne pouvons plus nous refuser à rien de ce qui nous sera demandé. Il faut tout applaudir, tout sanctionner; c'est un piège; on nous redemandera autre chose.
La légion ne s'exprimait pas ainsi. Elle ne regarde pas le serment comme un piège dans lequel elle aurait donné. Sachant qu'elle le prêtait à un prince injuste et capable d'excès, elle n'a pas hésité un instant; elle ne s'est pas permis une défiance sur l'avenir, en offrant d'avance des exceptions, des réserves. Parce qu'elle savait que, les (proposer, serait faire une injure gratuite à l'au-, torité de Dieu, qui, toujours doit être respectée, dans quelque main que la Providence l'ait placée.
Commencez par obéir, vous crie la religion ; après cet acte que la puissance exige, si l'on vous présentait à approuver ou exécuter ce que votre conscience vous défend, votre résistance serait plus belle, mieux reçue ; et Dieu vous couronnerait, si la perséséculion en devait être le résultat. Beati
PROMESSE DE FIDELITE
IlilS
trilis,ivous dit'Jésus-Christ. [Luc. vi, 2?:)
Votre cause serait sainte. Vous diriez avec la légion : Jusques ici nous nous sommes fait un devoir de la soumission à l'autorité qui nous gouverne : mais plus nous nous sommes montrés obéissants, par esprit de paix et de charité, plus notre résistance sein courageuse; parce qu'elle est animée par la même charité, par l'amour de l'ordre éternel, qui ne nous permet plus.de souscrire à vos volontés.
Un trait que je ne saurais taire, c'est celui de l'évêque de Clermont, qui, le 9 juillet 1790, monte à la tribune, et otfre» tant en son nom qu'en celui des évoques de France, de jurer de nouveau fidélité à la nation, a la loi et au roi; il dit qu'ils s'y étaient déjà soumis par devoir ; mais qu'ils ne pouvaient souscrire à la nouvelle constitution du clergé, que la conscience leur défendait de sanctionner.
En substance : Nous avons abandonné, il y a déjà longtemps, tout ce qui tient au temporel. Jusques ici nous nous sommes résignés à toutes les privations résultant du nouvel ordre de choses. Ministres d'un Dieu pauvre, qui a déclaré que son royaume n'était pas de ce monde, nous savons souffrir avec lui, nous bénissons sa main dans l'abondance et dans la misère. Nulle difficulté. Mais dans l'ordre de la religion, domaine qui vous est étranger, la discipline nous est confiée : susceptible de changements, il est vrai, ils ne peuvent être opérés que par la puissance spirituelle. Vous les présentez comme un nouveau code à notre acceptation. Vous ne consultez pas, vous commandez. Ici s'arrête l'ordre d'obéir, ici se trouvent les exceptions de droit naturel, qu'il n'était pas nécessaire d'énoncer dans la prestation du serment, pur et simple, d'obéissance. Ici, nous devons à Dieu ce qui est à Dieu. Voilà bien la conduite de saint Maurice et de ses compagnons. Nulle réserve, dans le serment d'obéissance, de part et d'autre : mais un ordre contraire à !a loi de Dieu leur est intimé; même résistance et mêmes motifs. C'est encore ici que j'admire l'accord parfait de tout ce qui marche dans la vérité.
Encore un mot sur les conséquences exagérées des adversaires :
Une assemblée est chargée de rédiger et poser les bases d'une constitution sociale. Les avis se partagent; les uns adoptent, les autres combattent : et, enfin, malgré la divergence d'opinions, une majorité s'établit, et l'emporte. Le nouvel ordre de choses est proclamé, et tous les membres de l'assemblée font le serment de fidélité. Qui osera dire celle absurdité; que, par ce serment, la minorité jure adhésion, approbation de toutes les parties d'un acte, qu'un moment
(8) Les adversaires jettent les hauts cris, à raison de ce que ma logique les fait arriver au blasphème. Cela esl Irès-fàcheux pour leur système ; niais au lieu Je battre l'air par île vaincs clameurs, pour venger leur cause outragée, il y aurait un moyen bien simple, ce serait, non de dire, mais de prou-
auparavant, elle rejetait comme contraire à l'avantage du corps social? Que jure-t-elle donc? Elle jure que, puisque la majorité l'a voulu, malgré sa répugnance très-active, elle se soumet et promet d'être fidèle au nouvel ordre établi ; qu'elle s'interdit tout acte séditieux, tendant à troubler la société, s;ms cependant approuver le nouveau code de lois, ni s'interdire les réflexions, les moyens honnêtes, qui pourraient tendre à l'améliorer.
Voilà la position du clergé en 1790; elle est la vôtre à bien des égards. Vous faites partie de la minorité; les décrets ont passé malgré votre résistance, malgré votre opinion. On vous demande promesse de fidélité; il faut obéir pour être dans l'ordre de Dieu, parce que cet acte n'emporte point adhésion.