‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 41 sur 454 · CHAPITRE VIH.I · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH.I

Langage que doivent tenir les religieuses. m

Ce n'est plus le temps, quand on est dans une communauté religieuse, de s'amuser à îles jeux d'enfants, tels que sont, ce me semble, ces amitiés que l'on voit d'ordinaire dans le monde, quoiqu'en elles-mêmes elles soient bonnes. Ainsi, vous ne devez jamais user de ces paroles : M'aimez-vous donc bien? ne m aimez-vous point? ni avec vos parents, ni avec nul autre, si ce n'est pour quelque fin importante, ou pour le bien spirituel de quelque personne; car il arrivera peut-être que pour disposer quelqu'un de vos frères ou de vos proches , ou queluue autre personne semblable a écouter une vérité, et à en faire son profit, il sera besoin

amitié si agré.i-

d'user de ces témoignages blés aux sens, et même qu'une de ces paroles obligeantes (car c'est ainsi qu'on les nomme dans le monde) fera un p.lus grand effet dans leur esprit que plusieurs autres qui seraient purement selon le langage de Dieu, et qu'ensuite de cette disposition, elles les toucheront beaucoup plus qu'elles n'auraient fait sans cela. Ainsi , pourvu que l'on n'en use que dans cette vue et dans ce dessein, je ne les désapprouve pas ; mais autrement elles n'apporteraient aucun profit, et pourraient nuire sans que vous y prissiez garde. Les gens du monde ne saventils pas qu'étant religieuses, votre occupation est l'oraison ? Sur cela, gardez-vous bien de dire : Je ne veux pas passer pour bonne dans leur esprit ; puisque faisant, comme vous faites, partie de la communauté, tout le bien ou tout le mal qu'ils remarqueront en vous retombera aussi sur elle. C'est sans doute un grand mal que des personnes religieuses, qui sont si particulièrement obligées à ne parler que de Dieu, s'imaginent pouvoir avec, raison dissimuler en de semblables occasions, ce qui ne peut se faire que pour quelque grand bien, et cela n'arrive que très-rarenient. Ce doit être là votre manière d'agir ; ce doit être votre langage : que ceux qui voudraient traiter avec vous l'apprennent donc, si bon leur semble; et s'ils ne le font, gardez-vous bien d'apprendre le leur, qui serait pour vous le chemin de l'enfer. S'ils vous prennent pour des filles grossières et inciviles, que vous importe? S'ils vous prennent pour des hypocrites, il vous importe encore moins.

Vous y gagnerez de n'être visitées que de ceux qui sont accoutumés à votre langage ; earj comment celui qui n'entendrait pas l'arabe pourrait -il prendre plaisir de parler beaucoup à un homme qui ne saurait aucune autre langue? Ainsi ils ne vous importuneront plus, ni ne vous causeront aucun préjudice; au lieu que vous en recevrez un fort grand de commencer à parler un autre langage : tout votre temps se consumerait à cela; et vous ne pourriez savoir comme moi qui l'ai expérimenté, quel est le mal qu'en reçoit une âme : en voulant apprendre cette langue, on oublie l'autre, et on tombe dans une inquiétude continuelle qu'il faut fuir sur toutes choses, parce que lien n'est plus nécessaire que la paix et la tranquillité d'esprit pour entrer et pour marcher dans le chemin de la perfection.

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