‹ Œuvres complètes de M. Émery, supérieur-général de Saint-SulpiceChapitre 56 sur 454 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Vaines excuses des religieuses tièdes.

J'entends quelquefois des personnes religieuses dire, pour excuser leur tiédeur,

que Dieu faisait des grâces extraordinaires aux saints fondateurs de leurs ordres, parce que leurs vertus en devaient être comme les fondements, et cela est véritable; mais ces personnes ne devraient-elles pas considérer que l'exemple qu'elles sont obligées de donner aussi par leur vertu, doit de même servir de fondement à ceilesqui viendront après elles ? Si nous, qui soumies encore en vie, ne tombions point dans le relâchement, et si celles qui nous succéderont se maintenaient aussi dans l'étroite observance de la règle, cet édifice spirituel ne subsisterait-il pas? Mais quel avantage puis-je tirer de ce que ces saints, qui m'ont précédée, l'ont établi et soutenu avec tant de travaux et de courage, si, par ma faute et mon peu de vertu, je le laisse tomber en ruine? N'est-ii pas visible que ceux qui entrent en religion, au lieu de porter leur pensée à un souvenir aussi éloigné que celui des fondateurs des ordres, les arrêtent sur les supérieurs et les autres religieux qui leur sont présents ? En vérité, c'est une chose plaisante de rejeter la cause de nos imperfections sur ce que nous ne nous sommes pas rencontrées dans ces temps passés 1

0 mon Sauveur, que ces excuses sont vailles et déraisonnables ! Et ri est-il pus évident que c'est se tromper soi-même '! J'ai honte, mon Dieu, d'être si mauvaise et si inutile pour votre service; mais je vois bien que je ne dois attribuer qu'à mes imperfections et à mes péchés, si vous ne m'avez pas favorisée des mêmes yrâces que vous avez faites à ceilesqui étaient avant moi. Je ne puis voir sans douleur que ma vie est différente de la leur, ni en parler sans verser des larmes. Je reconnais qu'au lieu de profiter de leurs travaux, je les ai rendus inutiles par le mauvais usage que j'en ai fait, sans pouvoir m'en prendre qu'à moi-même, et non pas à vous, de qui personne ne saurait avoir sujet de se plaindre. Chacun doit seulement, lorsque son ordre se relâche en quelque chose, s'efforcer par sa vertu d'être comme une pierre dont la solidité aide à soutenir ce saint édifice, et ne point douter que vous ne l'assistiez dans une résolution si louable.

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